La course à la jeunesse

Dans des sociétés gouvernées par la jeunesse et la performance, la vieillesse est parfois perçue comme une maladie à éradiquer. Certains sont prêts à avaler tous les élixirs pour s’en affranchir. Après avoir envahi les États-Unis, la testostérone séduit la France. L’hormone ferait des miracles sur les hommes vieillissants, nostalgiques de leur puissance d’autrefois.

A Paris, Ariana compte s’infliger un peeling chimique, une brûlure profonde de l’épiderme. Grâce aux découvertes sur les télomères, des capuchons qui protègent notre ADN, des pilules pourraient donner vie au fantasme ultime : arrêter le temps.

L’imprévoyance générationnelle : Question taboue

En France, l’idée des inégalités entre générations figure comme un non-dit. La raison en est simple: mettant en cause plusieurs choix politiques opérés par les générations vieillissantes, les dettes publiques sans cesse reportées ou les invraisemblables ratés du système d’enseignement français, sans parler du patinage artistique autour de la réforme des retraites, elle est quasiment taboue. En fait, personne n’a envie d’endosser le fiasco d’un égoïsme générationnel.

On renvoie alors la responsabilité aux élites politiques qui nous gouvernent, oubliant que celles-ci ont été démocratiquement élues et que l’opinion publique est plus que jamais une boussole qui oriente leurs choix. De surcroit, (presque) toutes les familles éprouvent une solidarité face aux difficultés potentielles d’insertion de leur progéniture et déploient la panoplie du parent responsable: encouragement pour conduire au plus haut niveau scolaire, aide matérielle et morale pour accompagner au mieux vers l’autonomie, accueil lors des différents « pépins » qui peuvent survenir dans la vie du jeune adulte.

Cet effort est évidemment indexé sur les revenus de chaque famille – 54 % des 18-24 ans et 34 % des 25-34 ans reçoivent une aide financière de leurs parents (BVA 2014, Les Français et leur budget). Ainsi, les parents se posant en premier amortisseur de la crise de la reproduction sociale, la perception du conflit de génération existe à peine. Cette question objective n’est pas perçue subjectivement.

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Japon : Miyako, l’île des centenaires

L’île de Miyako, appartenant à l’archipel d’Okinawa, est réputée pour sa douceur de vivre. En particulier, l’île est connue pour être la région du Japon où se concentrent le plus de centenaires: les personnes âgées y vivent en bonne santé et, dit-on, heureux. Dès l’aube, ils s’attellent à leurs tâches quotidiennes.

Après sa gymnastique matinale, Koso Kawamitsu, vaillant centenaire, élève du bétail: c’est devenu son ikigai, sa raison de vivre. Après soixante-quinze ans de mariage, Koso est toujours amoureux de Yuki. Mitsu Shimoji a ouvert il y a deux ans un centre où l’on apprend à tisser le célèbre miyako-jofu, cette étoffe bleue et noire extrêmement délicate dont on fait les plus beaux kimonos. Seitoku Sgama vibre au rythme de son sanshin (guitare à trois cordes) fabriqué par un autre ancien. « Quand je joue, dit-il, la vie marque une pause et m’attend. » Sa famille a un profond respect pour le grand âge.

Pin-pin : c’est ainsi que, sur l’île on qualifie affectueusement les anciens, « pimpants et sautillants », passés maîtres dans l’art de vivre centenaires et heureux. Leur alimentation saine, variée et légère, qui provient souvent de leurs propres potagers, explique en partie cette vitalité. Mais ils la doivent plus encore à leur envie de vivre. Une fois par an, tous les habitants rendent hommage à leurs anciens lors d’une fête spéciale, le keiro-no-hi.

Équateur : Secrets de longévité

En Équateur, épargnés par le cancer, le diabète et peut-être Alzheimer, des hommes et des femmes de petite taille intriguent les chercheurs qui tentent de repousser les maladies survenant avec l’âge. Une captivante enquête par les réalisateurs de “Mâles en péril”.

Papy et Mamie vivent maintenant en Slovaquie [Rediff.]

L’Allemagne vieillit. Or, le pays manque de personnels qualifiés pour s’occuper de ses retraités, et les maisons spécialisées coûtent cher. Désormais, les familles envoient leurs aînés dans des pays où leur prise en charge est moins onéreuse.

Par Anette Dowideit

Le “dernier voyage” conduit de plus en plus d’Allemands vers une maison de soins située à l’étranger.

Dans des pays comme la Slovaquie, la République tchèque ou la Hongrie, mais aussi l’Espagne ou la Thaïlande, le nombre de structures spécialisées dans la prise en charge de clients d’Europe de l’Ouest est en augmentation, et il arrive même qu’elles soient administrées par des Allemands.

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Ces retraités qui font le choix de reprendre le travail

Secrétariat, gardiennage, petits travaux : 500.000 retraités ont fait le choix de reprendre une activité cette année, soit quatre fois plus qu’il y a six ans. La motivation ? Le désir d’être utile, l’envie de changement ou le besoin d’argent. Des sexagénaires se lancent même dans la création d’entreprises.

Les résidences sociales et intergénérationnelles

En 2015, les sénateurs vont s’interroger sur les moyens de s’adapter à une société vieillissante. En 2015, les plus de 85 ans vont dépasser les deux millions de personnes. Pour mieux qu’ils restent intégrés dans la société, des résidences intergénérationnelles voient le jour.

Chine : De l’enfant unique aux « supervieux »

A Rudong, les jeunes sont une espèce en voie de disparition. Ce district d’un peu plus d’un million d’habitants dans la province du Jiangsu (est de la Chine) a reçu le qualitatif de « super-vieux », en raison de la forte proportion de personnes âgées : 20 % de la population a plus de 65 ans.

« Le district est entré dans ce stade de son développement démo- graphique vingt ans plus tôt que les autres parties de la Chine, ce qui pousse certains experts à voir en Rudong un prélude de la Chine de deux prochaines décennies », relève l’hebdomadaire Nanfang Zhoumo dans un reportage.

Car, après trois décennies d’enfants uniques (environ 60 % des familles y sont astreintes stricto sensu, les autres bénéficiant de dérogations diverses), la Chine grisonne à grande vitesse. Le vieillissement prématuré de Rudong n’est pas le fruit du hasard : le district, qui est sous la tutelle de la ville de Nantong, fut une zone pilote dans la mise en œuvre de la planification familiale dans les années 1980.

En trois ans, il parvint à réduire son taux de croissance démographique de 2 % à 0,5 % et fut distingué en 1986 par le gouvernement pour ses prouesses. Or ce passé glorieux menace de faire aujourd’hui sa ruine : Rudong voit se profiler de lourds déficits de ses fonds de pension.
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États-Unis : L’énorme succès des cures de testostérone

Le marché de la testostérone représente deux milliards de chiffre d’affaires par an aux États-Unis. Les prescriptions ont doublé en quatre ans. Les cures de testostérone étant récentes sur le marché, il y a peu de recul. A long terme, certains spécialistes craignent des risques d’accidents cardio-vasculaires.

La solitude s’aggrave en France

Un Français sur huit est seul : en 2014, la solitude touche désormais 5 millions de personnes, un phénomène qui s’est surtout aggravé chez les plus âgés, même s’il n’épargne plus les jeunes, révèle lundi une enquête de la Fondation de France.

Edward Hooper – Automat (1927)

Les Français sont un million de plus qu’en 2010 à ne pas avoir de relations sociales au sein des cinq réseaux de sociabilité (familial, professionnel, amical, affinitaire ou de voisinage), souligne cette étude.

Si un Français sur huit est aujourd’hui seul, un sur trois risque de le devenir, poursuit l’enquête.

De toutes les générations, les plus de 75 ans ont subi de plein fouet cette montée de la solitude depuis quatre ans: en effet, une personne âgée sur quatre est désormais seule (27% en 2014 contre 16% en 2010).

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Pierre Rabhi : « La joie d’exister ne figure jamais dans un bilan »

Pierre Rabhi publie «Semeur d’espoirs», chez Actes Sud, un long entretien avec Olivier Le Naire au cours duquel les deux hommes ont évoqué la religion, l’amour, la vieillesse, le désarroi des jeunes, le sens de l’Histoire, la non-violence, le travail, l’éducation, le statut de la femme, le mariage homosexuel, la procréation médicalement assistée, le nucléaire, la politique et, bien sûr, l’écologie.

Pierre Rabhi et J.M. Le Clézio à La grande Librairie 10 avril 2014 – France 5

Retraite : Quelles garanties ?

Que cela nous plaise ou non, nous vieillissons tous. Il y a autant de manières d’envisager sa retraite que de futurs retraités. Même il est une question qui taraude presque tout le monde : ma retraite est-elle garantie et me permettra-t-elle de vivre décemment ?

Gros titres dans les médias, analyses et scénarios catastrophe des experts financiers, mise en garde des politiques : le spectre d’une vieillesse précaire est sans cesse agité. Évidemment, il est impossible de nier l’évolution démographique: dans à peine 40 ans, un Français sur quatre aura plus de 65 ans. En Allemagne, un sur trois.

Faut-il pour autant en conclure que le principe de régime de retraite solidaire est menacé ? Ne s’agirait-il pas d’un épouvantail brandi par le secteur de la finance pour conclure des affaires lucratives ?

Rencontre avec le président du Conseil d’orientation des retraites sur les défis à relever et les solutions à apporter au système de retraite à la française.

Travailler plus longtemps préserverait de la maladie d’Alzheimer

Voilà une étude qui va pas manquer d’alimenter la polémique sur l’allongement éventuel du temps de travail lié à l’augmentation de l’espérance de vie.

En effet, selon une étude britannique réalisée par des chercheurs de l’institut de santé publique de Cambridge, sous la direction du professeur Carol Brayne, la proportion des personnes de plus de 65 ans atteintes d’Alzheimer au Royaume-Uni aurait baissé de près de 25% en l’espace de 20 ans, passant de 8,3% à 6,5%.

Pour la professeure Forette, présidente du centre international sur la longévité “à côté de l’hygiène de vie, nous devons reconsidérer le rôle bénéfique de l’activité professionnelle, sous réserve qu’elle soit exécutée de manière gratifiante, en matière de lutte contre le déclin cognitif et de prévention des différents types de démence sénile ».

Ces scientifiques ont comparé deux groupes comportant chacun 7.000 personnes tirées au sort. Les patients du premier groupe ont été tirés au sort entre 1990 et 1993 et ceux du second groupe, entre 2008 et 2011.
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Retraite : Mieux vaut vieillir en France qu’aux États-Unis

Alors que s’amorce une énième réforme des retraites, les Français s’inquiètent: comme à chaque fois qu’ils entendent le mot réforme, ils savent que le nouveau régime sera moins favorable que le précédent. Ils peuvent avoir au moins une certitude: quelle que soit l’ampleur de la réforme, ils resteront mieux traités que leurs homologues américains.

Deux notes publiées par le service des études économiques du Crédit Agricole, l’une décrivant le système américain, l’autre montrant ses effets sur le niveau de vie des seniors, dressent un constat assez accablant: il ne fait pas bon vieillir aux États-Unis.

Contrairement à une opinion encore répandue en France, la base des retraites américaines est un régime public par répartition, géré au niveau fédéral, qui a représenté 773 milliards de dollars (un peu plus de 580 milliards d’euros) l’an dernier. C’est la première source de revenu des retraités américains, seuls 26% d’entre eux bénéficiant par ailleurs de prestations de fonds de pension privés.

Une très nette évolution se dégage d’ailleurs depuis une vingtaine d’années: les systèmes de retraite complémentaire dits à «prestations définies» (donnant des droits à la retraite connus d’avance) coûtent cher aux entreprises, qui leur préfèrent les systèmes à «cotisations définies», qui ressemblent plus à de l’épargne salariale qu’à une véritable préparation à la retraite.
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L’Occident comme déclin

(extraits)

Par Guillaume Faye

N.B. : ce texte date de 1985.

Phénix renaissant de ses cendres (enluminure du Bestiaire d'Aberdeen, XIIème siècle)

En apparence, l’erreur d’Oswald Spengler fut immense : il annonçait pour le XXème siècle le déclin de l’Occident, alors que nous assistons tout au contraire à l’assomption de la civilisation occidentale, à l’occidentalisation de la Terre, à la généralisation de cet « Occident » auto-instauré comme culture du genre humain, dont, suprême paradoxe, les nations néo-industrielles de l’Orient constitueront peut-être d’ici peu l’avant-garde. En apparence toujours, c’est au déclin de l’Europe que nous sommes conviés. Montée en puissance de l’Occident et perte de substance de l’Europe : les deux phénomènes sont sans doute liés, l’un entraînant l’autre. Tout se passe comme si, après avoir accouché de l’Occident, répandu aujourd’hui sur toute la planète, l’Europe épuisée entrait dans un nouvel âge sombre.

La thèse ici présentée sera simple : l’Occident n’est pas « en » déclin – il est au contraire en expansion – mais il est le déclin. Et il l’est depuis ses fondements, depuis son décollage idéologique au XVIIIème siècle. L’Europe, quant à elle, n’est qu’en décadence.

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Le virus mutant de la crise

Entretien avec Jacques Sapir

1.- Vous affirmez que l’on ne doit pas confondre le capitalisme et le marché. Quelle est la différence entre l’économie capitaliste et l’économie de marché ?

On a en effet souvent tendance à confondre ces deux notions. Or elles ne sont pas synonymes. Le marché, pris au sens théorique du terme, est un mode de coordination, mais il n’est pas le seul. On constate que, partout où l’on trouve des marchés, on trouve aussi d’autres modes de coordination, comme les réseaux et les hiérarchies, et surtout des institutions sans lesquelles les marchés ne sauraient fonctionner.

Au sens strict du terme, une économie de marché utiliserait uniquement le « marché » comme mode de coordination. Les entreprises n’y existeraient pas. Dans un sens moins strict, on utilise souvent le terme en opposition à « économie mixte » ou encore à « économie planifiée » en oubliant que, dans ces économies, les marchés sont aussi présents. Le problème, avec ceux qui parlent d’économie de marché, est qu’ils ne savent pas à quels marchés ils font référence, et qu’ils ignorent, ou feignent d’ignorer, que certains marchés sont des institutions et parfois même, comme dans le cas des Bourses du monde entier, des entreprises. L’économie de marché, au sens d’une économie entièrement régie par le principe du marché, me semble une impossibilité théorique. Elle relève d’une utopie libérale, au même titre que la société sans classes et sans État.

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