Les derniers jours de l’URSS

Moscou, le 25 décembre 1991: sous les vivats de la foule, le drapeau rouge flottant sur le Kremlin est remplacé par le pavillon tricolore de la Russie impériale.

Le mythe soviétique vient de mourir. L’URSS n’a pas connu la lente agonie qu’on lui présidait. Elle n’a pas connu le destin de la Chine, qui a su négocier le virage vers l’économie libérale. Elle s’est désintégrée, dissoute dans les mouvements suivant la chute du Mur de Berlin.

Comment s’est produit ce bouleversement géopolitique majeur du XXe siècle ? Quelle est la part de calcul, de hasard et de stratégie dans les événements qui ont entraîné, en deux ans, la chute de l’empire soviétique ?

Nos années Goulag

Écrit par Valérie Nivelon et réalisé par Christine Robert à partir des Archives sonores du goulag*, ce documentaire inédit donne la parole aux derniers témoins européens du goulag. Une coproduction RFI/France Culture.

En 1939, l’Union Soviétique annexe les territoires orientaux de la Pologne (Ukraine et Biélorussie occidentales) et les Pays Baltes. Leurs élites politiques, économiques et militaires sont condamnées à la déportation dans les camps du goulag. L’arrestation a souvent lieu la nuit, les familles disposent de très peu de temps pour faire leurs valises, et ne connaissent pas leur destination. C’est le début d’un terrible voyage vers l’inconnu. Lorsqu’ils arrivent sur leur lieu de déportation, Antanas, Miia, Placid et Zofia découvrent un système concentrationnaire et une société en marge. Antanas, déporté lituanien : « Il y avait tellement de nationalités que j’ai même constitué une liste. Il y avait même des Français, qui sont presque tous morts, des Indiens, des Américains, des Anglais et des Turcs ! ».

Avec les témoignages de : Antanas Seikalis, Miia Joggias, Placid Ollofson et Zofia Daniszewska
Conseiller scientifique : Alain Blum, Directeur d’études à l’EHESS.

1/4 : Les Européens déportés au goulag


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Dmitry Orlov : “La population européenne est moins instable qu’en Amérique”

Traduction d’un entretien avec Dmitry Orlov réalisé le 15 décembre 2011.

Quelle différence voyez-vous entre l’avenir de l’Amérique et celui de l’Europe ?

Les pays d’Europe sont des entités historiques qui gardent encore des vestiges d’allégeance par delà le domaine monétisé, commercial, tandis que les États-Unis ont commencé comme une entité commerciale, basée sur une révolution qui était essentiellement une révolte fiscale et donc n’avait pas de position de repli. La population européenne est moins instable qu’en Amérique, avec un plus fort sens de l’appartenance régionale, et elle est plus susceptible d’avoir des relations avec ses voisins, de pouvoir trouver un langage commun et de trouver des solutions aux difficultés communes.

La plus grande différence probablement, et la plus prometteuse pour une discussion fructueuse, est dans le domaine de la politique locale. La vie politique européenne est peut-être endommagée par la politique de l’argent (1) et le libéralisme de marché, mais au contraire des États-Unis, elle ne semble pas en complète mort cérébrale. Du moins j’espère qu’elle n’est pas complètement morte ; l’air chaud sortant de Bruxelles est souvent indistinguable de la vapeur dissipée par Washington, mais de meilleures choses pourraient se produire au niveau local.

En Europe il reste quelque chose comme un spectre politique, la contestation n’est pas entièrement futile, et la révolte n’est pas entièrement suicidaire. En somme, le paysage politique européen peut offrir beaucoup plus de possibilités de relocalisation, de démonétisation des relations humaines, de dévolution à des institutions et des systèmes de subsistance plus locaux, que les États-Unis.

L’effondrement américain retardera-t-il l’effondrement européen ou l’accélérera-t-il ?
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Cuba : Comment survécut le pays sans pétrole en 1990 [Rediff.]

L’humanité n’a jamais fait l’expérience de la pénurie totale de pétrole. Il n’existe qu’un précédent, à l’échelle d’un petit pays isolé : Cuba. Après l’effondrement de l’Union soviétique, ce pays a en effet connu une pénurie de pétrole comparable à celle qui frappera inévitablement le monde entier à moins qu’on ne la prévienne par des changements immédiats et radicaux dans les habitudes de consommation de l’énergie.

Le peuple cubain a su faire preuve d’une solidarité exemplaire qui l’a rendu capable, entre autres exploits, de transformer complètement son agriculture en une dizaine d’années. Les tracteurs et les fertilisants russes avaient en effet permis à Cuba, dans le cadre de sa révolution verte, de se doter d’une agriculture plus industrialisée encore que celle des États-Unis, produisant de grandes quantités de sucre destiné l’exportation et important une forte proportion de sa nourriture, 50% de son riz par exemple.

Aujourd’hui, le pays est auto-suffisant et après avoir redécouvert les vertus de la petite ferme privée et celle du jardinage urbain, il exporte des spécialistes de l’agriculture biologique dans le reste de l’Amérique latine.


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Russie : Oligarques, les nouveaux collectionneurs d’art

A l’heure actuelle, Moscou, capitale de la Russie, est la ville d’Europe qui compte le plus grand nombre de millionnaires et de milliardaires. La nouvelle mode pour ces oligarques russes, c’est d’investir leur immense fortune dans l’art.

Un moyen de se faire bien voir du Kremlin, de redorer leur image et de gommer les origines de leurs dollars, bien souvent acquis dans l’ombre du pouvoir depuis la fin de l’Union soviétique.

En suivant ces nouveaux amateurs, dont certains se prennent véritablement au jeu, ce documentaire donne une image inédite d’une Russie où coexistent l’art, l’argent facile et l’autoritarisme d’État.

La doctrine Poutine

Entretien avec Michel Eltchaninoff*

Poutine est anti-moderne, conservateur et expansionniste. Persuadé de la décadence de l’Occident en général et de l’Europe en particulier, il prône une « voie russe », qu’il pense être un autre modèle politique et social. M. Eltchaninoff analyse cette doctrine.

La Vie des Idées : On présente souvent Poutine comme un autocrate à la fois nostalgique de l’URSS et soucieux de regagner une puissance perdue depuis la fin du bloc soviétique. Cette vision n’est-elle pas un peu simplifiée ? N’y a t-il pas une doctrine Poutine, qui ne se réduit pas au regret de la gloire passée ?

Michel Eltchaninoff : Poutine est un héritier du soviétisme. Il a vécu les quarante premières années de son existence en URSS. Il s’y est puissamment imprégné de certaines valeurs — patriotisme, militarisme, complexe de supériorité de la grande puissance. Il a servi ce qu’il considérait comme le corps d’élite de la nation : le KGB, devenu FSB après 1991. En revanche, il semble n’avoir jamais cru au modèle communiste d’une économie d’État ou d’une société sans classe. Il n’a donc pas voulu, à son arrivée au pouvoir en 1999, réhabiliter le soviétisme. Il a cependant affirmé vouloir réconcilier les héritages tsariste et communiste du pays.

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Espace à vendre (Archive)

Le programme spatial Soviétique a changé le cours de l’histoire, en propulsant la civilisation dans la plus grande ère de réalisation jamais vu, avec plus d’un millions d’individus et grâce à un budget pratiquement illimité, cette organisation a établi les standards de l’exploration spatiale pendant la guerre froide, faisant ainsi mordre la poussière à l’Occident.

Russie : La Mafia Rouge

Dans l’Union soviétique du début des années 80, la vieille garde, dirigée par Léonid Brejnev mène le pays. L’économie est dans un piteux état, et les denrées essentielles se font rares. Les esprits criminels s’organisent pour fournir illégalement à des gens privilégiés des biens de consommation de base. Leurs activités sont protégées par de hauts fonctionnaires.

Sous le régime de Brejnev, l’Union soviétique connaît des années de stagnation politique. Pendant ce temps, en coulisse, un bras de fer s’opère entre Nikolaï Chtchiolokov, le ministre de l’Intérieur (MVD) et Iouri Andropov, le chef du KGB. Ce combat inévitable, opposant la police criminelle à la police politique, marque l’étape finale d’une longue lutte de pouvoir en URSS.

Partie 1: “Commerce de détail

Partie 2: “Mafia poilitique
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Russie : Moscou, au cœur de tous les extrêmes

À Moscou, la jeunesse semble avoir perdu la tête, au cœur de la plus grande capitale d’Europe nous avons découvert une génération déboussolée. De plus en plus de Moscovites risquent leurs vies pour quelques minutes de frisson.

Même la jeunesse dorée est en quête de repère, l’élite russe souffre d’une mauvaise image à l’étranger alors certains veulent apprendre les bonnes manières grâce à une comtesse française.

Dans les banlieues, certains ont rejoint le mouvement ultra nationaliste qui traque les clandestins et les font expulser et d’autres jeunes basculent dans la violence et font régner la terreur dans les rues de Moscou.

Cette nouvelle génération n’a jamais connu l’Union soviétique. Découverte des jeunes Moscovites en pleine crise d’identité au cœur de la capitale où tous les excès sont permis.

Partie 1:

Partie 2:
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Radio Courtoisie : « Que veut Poutine ? »

Dans son libre journal du 12 mai 2014 sur Radio Courtoisie, Henry de Lesquen, assisté de Jacqueline Loevenbruck, recevait Vladimir Fédorovski, éditeur, écrivain. Thème : “Que veut Poutine ?”.

Ukraine : Horizons de la révolution

(Notre lecteur Boreas nous transmet la traduction d’un article de Olena Semenyaka, ukrainienne, professeur de philosophie à l’Université de Kiev. Merci à lui.)

Même quand la différence géopolitique entre l’Occident et la Russie existait encore, la Russie ne satisfaisait pas entièrement à la définition de la puissance tellurique [ou continentale, ndt]. J’ai déjà commenté l’opposition faite par Carl Schmitt entre le Nomos de la Mer (les puissances thalassocratiques, atlantistes) et le Nomos de la Terre (bloc tellurique, continental) en ce qui concerne les États-Unis et la Russie, qui a toujours été tenue pour acquise par Douguine.

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Haroun (Vadim) Sidorov, l’auteur de l’article « L’État russe en tant que nomade, anarchiste naturel et technocrate » (…) remarque assez que l’identité russe a toujours été plus nomade (la mobilité asiatique), contrairement à la paysannerie européenne qui est directement liée à la terre où elle vit et qu’elle défend (définition du Partisan de Carl Schmitt et, à propos, auto-description des disciples de Stepan Bandera).

Les traditions de l’État russe ont toujours été marquées par une centralisation bureaucratique élevée (monarchisme-absolutisme-despotisme), par opposition à la haute mobilité verticale européenne et à l’accent mis sur les droits de l’aristocratie et les libertés locales ; le servage a existé en Russie pendant longtemps, jusqu’au déclenchement même de la révolution.

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Sont-ils tous devenus fous?

par Jacques Attali

Il m’arrive parfois de demander s’il est possible d’avoir raison contre tout le monde. Ou bien s’il faut se résigner à penser que l’unanimité vaut raison. Au vu du tour que prend l’affaire ukrainienne, je me sens cependant renforcé dans ma première intuition, exprimée ici : il est fou, pour l’Occident, de faire du problème de la Crimée l’occasion d’une confrontation avec la Russie.

Gérard Garouste : Dérive

Qu’on ne s’y trompe pas. On n’a jamais lu sous ma plume une approbation du régime actuel de la Russie. Ni de sa stratégie internationale. Et je ne parle ici que de l’intérêt de l’Occident, et plus précisément de l’Europe.

Et, pour moi, l’intérêt de l’Europe n’est pas de se lancer dans un affrontement avec la Russie. Mais au contraire de tout faire pour intégrer notre grand voisin de l’Est à l’espace de droit européen.

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La face cachée du pétrole (Rediff.)

Dès ses débuts, l’industrie pétrolière est marquée par la rivalité entre l’Américain Rockefeller et les frères Nobel, installés à Bakou, en mer Caspienne. La Première Guerre mondiale est gagnée en grande partie grâce au pétrole acheminé auprès des forces alliées par la Standard Oil of New Jersey, appartenant à John D. Rockefeller.

Des livraisons suspendues en 1916, lorsque le magnat américain apprend le partage du Moyen-Orient (dont il convoite le sous-sol) entre Britanniques et Français. Dès 1928, dix-sept ans avant Yalta, les dirigeants des compagnies pétrolières se partagent le monde au terme d’un accord dont les termes resteront cachés jusqu’en 1952… La seconde partie du documentaire dissèque les tractations secrètes qui ont eu lieu au Proche-Orient entre les États-Unis, la CIA et les grandes monarchies du Golfe.

Des témoins directs expliquent notamment comment le choc pétrolier de 1973 ne fut qu’une gigantesque manipulation orchestrée par les compagnies pétrolières américaines qui souhaitaient, en favorisant la hausse des prix du baril, dégager d’importants bénéfices pour favoriser leurs investissements en mer du Nord et en Alaska.

Ce documentaire adapté du livre du même nom d’Éric Laurent, montre en deux fois une heure que “l’or noir” aura été le moteur de l’histoire du XXè siècle et de ce début de XXIè siècle. Il explique également comment l’administration Reagan a utilisé l’arme du pétrole saoudien pour faire chuter les cours mondiaux et provoquer l’effondrement de l’Union soviétique…

Partie 1:


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Euramérique, Eurorussie ou Eurasie?

Par Alexandre Latsa

Récemment, le site Atlantico a publié un échange de réflexions fort intéressant entre Alexandre Del Valle et Alexandre Melnik sur les perspectives viables pour l’Occident. Les deux Alexandre, qui n’ont de commun que leurs prénoms, prônent deux voies différentes et opposées pour la réaffirmation de l’Occident puissance: l’Alliance continentale Europe-Russie ou l’alliance transatlantique Europe-Amérique.

Cette thématique semble prendre une importance croissante au fur et à mesure que les relations Russie-USA se détériorent, que l’Europe s’enfonce dans la crise et que la Russie regagne stratégiquement des positions, réaffirmant ainsi peu à peu sa position de grande puissance. La même semaine, le site Europe-Israël publiait lui un article intitulé: La morale change de camp, article très élogieux envers Vladimir Poutine et envers la politique russe dans le monde musulman, présentant une Russie devenue la protectrice des minorités, notamment chrétiennes. Le site prenait en exemple les manifestants de la place Tahrir qui dénonçaient l’alliance entre États-Unis et Frères musulmans et appelaient la Russie à s’impliquer dans la révolution égyptienne.

L’occident a été historiquement lié à l’Europe, la Méditerranée puis l’Europe du nord et de l’ouest, avant de ne se juxtaposer sur le monde anglo-saxon dès le 17ième siècle via l’empire colonial de l’Angleterre et sa puissance maritime. Ce règne de la rose n’a réellement pris fin qu’après la première guerre mondiale, qui a historiquement marqué la fin des empires européens, y compris l’empire britannique, supplantés par la puissance la plus occidentale et la plus maritime d’Occident: les États-Unis d’Amérique.

Ceux-ci achèveront la déseuropéanisation de l’Occident en confirmant leur leadership planétaire en 1991, lors de la mort de l’Union Soviétique. La fin de l’Union Soviétique scellera aussi le destin eurasien de la Russie et donc le déplacement du centre d’attraction du continent vers l’Est et l’Eurasie.
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Dmitry Orlov : “Leçons post-soviétiques pour un siècle post-américain”

Par Dmitry Orlov - Juin 2005

Il y a une décennie et demi, le monde est passé de bipolaire à unipolaire, parce que l’un des pôles s’est désagrégé : l’Union soviétique n’est plus. L’autre pôle — symétriquement appelé les États-Unis1 — ne s’est pas (encore) désagrégé, mais il y a des grondements menaçants à l’horizon. L’effondrement des États-Unis semble aussi improbable maintenant que l’était l’effondrement de l’Union soviétique en 1985. L’expérience du premier effondrement peut-être instructive pour ceux qui souhaitent survivre au second.

Les gens raisonnables ne soutiendraient jamais que les deux pôles aient été exactement symétriques ; en même temps que des similitudes significatives, il y avait des différences également significatives, les unes et les autres étant valables pour prédire ce qu’il adviendra de la seconde moitié du géant super-puissant aux pieds d’argile qui autrefois enjambait la planète, lorsqu’elle se désagrégera aussi.

J’ai voulu écrire cet article pendant presque une décennie à présent. Jusqu’à récemment, cependant, peu de gens l’auraient pris au sérieux. Après tout, qui aurait douté que la locomotive économique mondiale que sont les États-Unis, ayant récemment gagné la guerre froide et la guerre du Golfe, continue, triomphalement, vers l’avenir brillant des super-autoroutes, des jets supersoniques et des colonies interplanétaires ?

Mais plus récemment le nombre de sceptiques a commencé de croître régulièrement. Les États-Unis sont désespérément dépendants de la disponibilité de pétrole et de gaz naturel peu chers et abondants, et accrochés à la croissance économique. Une fois que le pétrole et le gaz seront devenus chers (tels qu’ils le sont déjà) et de plus en plus difficiles à obtenir (l’affaire d’une année ou deux tout au plus), la croissance économique s’arrêtera et l’économie américaine s’effondrera.

Beaucoup de gens railleront ce pronostic déprimant, mais cet article devrait trouver quelques lecteurs tout de même.
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Amérique latine : Quand Washington observe Pékin

« Zou chuqu » est une expression officielle utilisée par le gouvernement chinois. Elle décrit l’invitation faite aux entreprises du pays – notamment celles portées vers les marchés internationaux auxquelles il est directement associé – pour qu’elles se déploient et investissent activement en Afrique, au Moyen-Orient et en Amérique latine.

Ce slogan pourrait se traduire par « aller au dehors » ou « sortir au loin ». Il revêt des dimensions géoéconomiques, géopolitiques et géoculturelles intégralement analysées et mises en perspective dans une récente livraison de la publication universitaire britannique The China Quarterly Special Issues [1].

Peu présente dans la région  avant les années 2000, et ce malgré l’existence de relations officielles développées avec plusieurs pays latino-américains depuis les années 1960 – Cuba en 1960, Chili en 1970, Pérou en 1971, Brésil en 1974 -, la Chine est désormais sur le point de détrôner l’Europe en tant que second partenaire commercial de l’Amérique latine, après les États-Unis.

Dans ce numéro consacré aux liens qu’entretiennent la Chine et l’Amérique latine au 21ème siècle, les auteurs (universitaires latino-américains, européens, états-uniens, australiens et chinois) exposent notamment dans quel cadre politique s’inscrivent les relations sino-latino-américaines du point de vue des autorités de la seconde puissance mondiale.
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La Russie puissance d’Eurasie

Philippe Conrad présente La Russie, puissance d’Eurasie – Histoire géopolitique des origines à Poutine, d’Arnaud Leclercq (Ellipses, 2012). Après l’effondrement du soviétisme, le plus vaste pays du monde est passé de la superpuissance à l’humiliation, avant de redevenir un acteur majeur du monde multipolaire. Forte de son identité retrouvée et gorgée de richesses naturelles, la Russie dispose d’atouts considérables, comme les nouvelles routes de la soie ou celles de l’Arctique, qui feront d’elle la superpuissance eurasiatique tournée vers une nouvelle économie-monde centrée en Asie.

Loin des clichés médiatiques, plongeant dans les profondeurs de l’histoire et de la géopolitique, Arnaud Leclercq nous offre une réflexion atypique et inscrite dans la longue durée, nourrie d’une connaissance intime des Russes. Il met en lumière les constantes religieuses, identitaires, politiques de la Russie et trace les perspectives d’une puissance qui, n’en déplaise à l’Occident, sera de plus en plus incontournable.

Partie 1 :

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“La nouvelle grande Russie” de Xavier Moreau

Xavier Moreau, diplômé en histoire des relations internationales de l’université Paris Sorbonne (Paris IV), est chef d’entreprise, fondateur du cabinet de conseil international Sokol (Ukraine, Russie, Kazakhstan).

Philippe Conrad présente “La nouvelle grande Russie”, de Xavier Moreau (Ellipses, 2012). Ce manuel est une authentique analyse géopolitique du redressement politique et économique de la Russie pourtant héritière de l’Union soviétique, déroulant ses dates clés sur les vingt dernières années.

Il entreprend avec originalité de faire comprendre au lecteur comment de superpuissance déclinante elle est devenue un acteur clé du monde multipolaire tel qu’il se dessine aujourd’hui et pour les années à venir.

En reprenant à chaque date les mêmes rubriques de la collection « Les dates clés » (intérêt ; contexte ; document ; commentaire), l’auteur garantit au lecteur de ce manuel un outil lui laissant toute liberté dans la façon de l’utiliser pour augmenter ses connaissances et se forger une opinion sur l’épopée la plus dense et la plus surprenante de l’après-guerre froide ainsi qu’un commentaire particulier et original des étapes de la reconstruction de l’État russe.


RealPolitik TV

(Merci à Imperator.)

La démographie russe : Objet de tous les fantasmes

Par Alexandre Latsa

En octobre 2010, un grand quotidien français, réputé pour le sérieux de ses analyses internationales consacrait 6 pages à un dossier sur la démographie Russe. Le titre : “Quand la Russie disparaîtra : enquête sur un désastre démographique” était posé en grosses lettres sur la photo d’un enfant à l’air hagard et aux mains sales, dont on ne sait trop s’il était en haillons ou pas.

Enfants russes dans le square de Dvortsovaya, au centre de Saint-Pétersbourg, le 1er juin 2010 lors de la Journée nationale de la protection de l'enfance.

Un correspondant ayant vu la photo m’a demandé si c’était une photo colorisée datant du siège de Stalingrad. Le dossier analysait la période de déclin démographique que la Russie a connu après l’effondrement de l’Union soviétique et concluait que la population Russe devrait chuter à 80 millions d’habitants en 2050, le peuple Russe ayant plausiblement disparu en 2150.

Certes, l’effondrement politique, économique et institutionnel qui a suivi la disparition de l’URSS a contribué au déclenchement d’un désastre sanitaire et démographique sans précédent. En quelques années, l’espérance de vie s’est écroulée, et l’état sanitaire moyen s’est considérablement détérioré. La surconsommation d’alcool souvent frelaté, les empoisonnements liés et les suicides ont provoqué une explosion du taux de mortalité. Les maladies sexuellement transmissibles dont le sida, se sont développées, parallèlement à l’augmentation de la consommation de drogue.

Mais surtout, alors que de plus en plus de Russes mourraient, de moins en moins naissaient. L’augmentation de la mortalité s’est accompagnée d’une baisse de la natalité. Face à la crise économique, l’avortement était souvent la seule solution pour beaucoup de femmes. Par ailleurs pour 1993 on a estimé que sur 1,6 millions de naissances, il y a eu près de 5% d’abandons d’enfants.

La démographie russe est un sujet complexe, certes alarmant, mais qui bien souvent est traité de façon excessivement pessimiste dans la presse étrangère.
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La disparition des États-Unis en tant que superpuissance mondiale

Par Alfred W. McCoy, professeur d’histoire à l’Université de Wisconsin-Madison. Auteur régulier pour TomDispatch, il préside également le projet “Empires in transition”, un groupe de travail mondial de 140 historiens, provenant d’universités issues de quatre continents.

Un atterrissage en douceur pour les États-Unis d’ici quarante ans ? N’y pensez pas ! La disparition des États-Unis en tant que superpuissance mondiale pourrait survenir bien plus vite que ce que l’on imagine. Si Washington rêve de 2040 ou de 2050 comme date de fin pour le « Siècle Américain », une estimation plus réaliste des tendances aux États-Unis et dans le monde laisse penser qu’en 2025, exactement dans 15 ans, tout pourrait être pratiquement terminé.

Malgré l’aura d’omnipotence que la plupart des empires projettent, un regard sur leur histoire devrait nous rappeler que ce sont des organismes fragiles. L’écologie de leur pouvoir est si délicate que lorsque les choses commencent à aller vraiment mal, les empires se désagrègent généralement à une vitesse incroyable : juste une année pour le Portugal, deux années pour l’Union Soviétique, 8 pour la France, 11 pour les Ottomans, 17 pour la Grande-Bretagne et, selon toute vraisemblance, 22 ans pour les États-Unis, à partir de la cruciale année 2003.

Les futurs historiens identifieront probablement l’invasion irréfléchie de l’Irak par l’administration de George W. Bush, cette année-là, comme le commencement de la chute de l’Amérique. Cependant, à la place du bain de sang qui a marqué la fin de tant d’empires du passé, avec des villes qui brûlent et des civils massacrés, cet effondrement impérial du 21ème siècle pourrait survenir de façon relativement discrète, par les circonvolutions invisibles de l’effondrement économique ou de la guerre cybernétique.

Mais n’ayez aucun doute : lorsque la domination mondiale de Washington prendra irrémédiablement fin, il y aura des souvenirs quotidiens douloureux de ce qu’une telle perte de pouvoir signifie pour les Américains de tous les milieux. A l’instar de ce qu’une demi-douzaine de nations européennes ont découvert, le déclin impérial tend à avoir un impact remarquablement démoralisant sur une société, apportant ordinairement des privations économiques pendant au moins une génération. Au fur et à mesure que l’économie se refroidit, la température politique monte, déclenchant souvent de sérieux troubles.

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La crise et l’avenir des idées fausses

Par Thierry de Montbrial

La crise qui secoue le monde aujourd’hui remet en cause nombre des dogmes jusqu’ici communément admis : la croyance en une croissance éternelle, l’acceptation de modèles financiers déconnectés de la réalité économique, la foi en un irénisme mondial qui fait fi des états-nations et des biens publics. C’est l’occasion de redécouvrir et peut être de retrouver notre identité.

La crise économique et financière a secoué le monde et le monde cherche des coupables. Les uns accusent le capitalisme sauvage et ses excès de cupidité. Les autres pointent les gouvernements et les banques centrales, soupçonnés de complaisance à l’égard des puissances financières. La vérité, c’est que la responsabilité est partout. Dans la recherche de ces responsabilités, chacun combat ses propres peurs et son propre ressentiment. La crise est un moment de doute et de rupture. C’est vrai, mais nous verrons qu’elle offre également l’occasion de redécouvrir, de retrouver, son identité.

Ceux qui annoncent depuis l’été 2008, face au « capitalisme fou, » le grand retour de l’État dans l’économie, prennent parfois leurs rêves pour la réalité, ils prennent surtout leur revanche sur une idéologie de la fin des années 70 qui s’est incarnée dans le Thatchérisme et le Reaganisme, une idéologie du « tout libéral » qui ressemblait à s’y méprendre au « laisser faire, laisser aller » du XIX ème siècle. Cette idéologie vivait sur l’idée que le marché peut résoudre tous les problèmes. Tous les problème économiques, naturellement, mais aussi – je caricature à peine – les problèmes géopolitiques inextricables, comme, par exemple, le conflit israélo-palestinien. Cette idéologie, par défiance, les Français l’ont surnommée « ultralibéralisme. » Précisons au passage que si l’auteur de ces lignes se revendique comme un libéral, il a abondamment prouvé qu’il n’est nullement un « ultra ».

L’idéologie en question se mariait fort bien à la mondialisation montante. Sur le plan théorique, certains grands économistes lui ont donné ses lettres de noblesse en s’attaquant à la notion de bien public, sur laquelle nous reviendrons plus tard. A commencer par Milton Friedman, qui avait toujours, dans ses écrits et ses cours, ignoré ce concept. Le prix Nobel Ronald Coase, quant à lui, avait développé une conception des biens publics si proche de celle des biens privés que ce glissement scientifique cautionnait l’idéologie en vogue.

Tout cela convergeait en une croyance : la planète, affirmait cette croyance, était finalement un ensemble assez homogène avec des individus, personnes physiques ou morales, qui se ressemblaient. La politique avait donc de moins en moins d’importance, l’économie des échanges réglait le monde, les frontières s’estompaient inexorablement. Il ne restait qu’un vaste marché mondial régi par les seules relations commerciales au sein de ce marché. C’est cette croyance, cette foi immature dans le marché, qui nous a conduit en quelques étapes à la crise actuelle.

D’où est venue la grande illusion ? Elle a certes pris son départ dans les années 80, mais elle a connu son véritable essor dans les années 90 avec la chute de l’Union Soviétique.

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Union Européenne : la nouvelle Union Soviétique ?

Vladimir Boukovsky, né en 1942, est un ancien dissident soviétique qui a passé 12 ans de sa vie emprisonné (camp, prison, hôpital psychiatrique). Il est le premier à avoir dénoncé l’utilisation de l’emprisonnement psychiatrique contre les prisonniers politiques en Union soviétique.

http://www.dailymotion.com/video/x50ehg

Comment franchir le cap de l’effondrement, aux USA… voire en Europe ? (redif.)

Dmitry Orlov est né à Leningrad (Saint Pétersbourg) et a immigré aux États-Unis à l’âge de douze ans. Il a été témoin de l’effondrement soviétique lors de plusieurs visites prolongées sur sa terre natale russe entre la fin des années 1980 et le milieu des années 1990.

Il est ingénieur et a contribué à des champs aussi variés que la physique des hautes énergies et la sécurité informatique. Il est aussi un théoricien majeur du pic pétrolier, dont les travaux ont été publiés sur des sites tels que Life After the Oil Crash et Power Switch.

Il est l’auteur iconoclaste de “Reinventing Collapse — Soviet Example and American Prospects” (Réinventer l’effondrement – Exemple soviétique et perspectives américaines).

Nous vous proposons ici de larges extraits de trois de ses conférences ( 123 ), récemment données aux USA, où il compare l’effondrement qu’il prévoit pour ce pays, à celui qui a frappé l’URSS, et conseille à ses auditeurs différentes méthodes pour en franchir le cap.

Nul doute que la situation qu’il anticipe, comme ses solutions, soient assez largement transposables à l’Europe, dans l’hypothèse où la débâcle des Etats-Unis s’y propagerait.

Avertissement : cet article, d’un intérêt exceptionnel, est d’une longueur inhabituelle, malgré les coupes pratiquées dans les trois textes présentés. Si vous êtes pressé, sachez qu’ils se complètent, mais peuvent être lus séparément.

  • I – L’Union soviétique était mieux préparée à l’effondrement que les États-Unis (4 décembre 2006) Lire la suite

Eric Laurent nous en dit plus sur la collusion entre banquiers et politiques

Nous rendons compte ici, pour la deuxième fois, d’un ouvrage intéressant, non parce qu’une redite serait utile, mais en raison de la teneur complémentaire des propos tenus par l’auteur au cours d’un second entretien.

Après La face cachée du 11 septembre (2004) et La face cachée du pétrole (2006), Eric Laurent, toujours aux éditions Plon, publie La face cachée des banques. Sous-titre : scandales et révélations sur les milieux financiers.

Ce livre nous emmène dans les coulisses des établissements financiers et nous brosse le portrait des maîtres de l’Amérique, une poignée d’hommes déterminés qui traversent le temps au rythme des crises et des élections et dans les mains desquels mangent les politiques.

Cette enquête a demandé huit mois de travail. Huit mois à rencontrer des financiers et hommes politiques qui souvent, lorsqu’ils veulent bien répondre, exigent l’anonymat le plus complet. Face à ce livre sorti à la fin du mois d’octobre, la presse reste « inerte et passive », selon les propres mots d’Eric Laurent. Il y a plusieurs raisons à cela, explique l’auteur : « D’abord parce que c’est un sujet compliqué à traiter pour les journalistes. Ces derniers fonctionnent dans l’immédiateté absolue, donc on leur a vendu l’idée que la crise était en voie de résorption, donc il y a moins d’exigence ou d’obligation d’en parler. Et puis je crois que pour beaucoup de journalistes, aujourd’hui, il y a une totale inculture qui fait que c’est un sujet trop barbare. Enfin il y a une une quatrième raison, c’est que l’information circule de plus en plus mal ».

Premier et principal scandale dénoncé dans votre livre : la mainmise des financiers sur les principaux dirigeants américains. Lire la suite

Les 65 misérables années de cet esclavagiste appelé FMI

Le Fonds Monétaire International a été créé il y a à peine 65 ans. Sa charte originale lui imposait de créer des taux de changes fixes entre devises mais aussi des devises couvertes par l’or. Il était supposé être la charnière du système monétaire international.

En moins de 25 ans, il a réussi à épuiser les réserves qui constituaient son capital de départ. Une à une les obligations du FMI furent allégées, laissant l’institution sans mission ou objet. Le FMI aurait dû être dépouillé et son or rendu dans sa totalité aux souscripteurs originaux quand des politiciens corrompus, conseillés par des économistes corrompus également, ont abandonné le régime de changes fixes en 1971. Mais le FMI resta en place et demeura tel un abri anti-aérien détruit par les bombes. Il continue à être utilisé comme une chaire depuis laquelle l’évangile de la rectitude monétaire est prêché – ce qui en fait la risée du monde entier.

Cela ne veut pas dire que le Trésor Américain n’a pas fait de torts importants aux économies qui étaient occupées par les Soviets alors qu’elles reconquéraient l’indépendance après la chute du mur de Berlin. Le FMI a gagné une honte éternelle en agissant comme instigateur en chef « pour rendre le monde sûr pour accueillir une monnaie à cours forcé ». Il n’a pas réussi sa mission, mais ce n’est pas faute d’avoir essayé.

L’une des premières choses que le FMI a faites en tant qu’agent du Trésor américain, après la chute peu glorieuse de l’Union Soviétique en 1990, a été de forcer les pays qui faisaient précédemment partie du bloc soviétique à se séparer de leur or en échange de leur qualité de membre auprès du FMI. Un crime énorme.

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