Philippe Béchade : La manipulation des marchés financiers

Interview de Philippe Béchade qui développe son point de vue quant à la manipulation des marchés financiers.

Philippe Béchade est un analyste financier français, analyste technique et arbitragiste de formation, rédacteur en chef à la Chronique Agora, chroniqueur économique sur BFM depuis 1996, rédacteur de la lettre économique Pitbull. Il a une formation en droit à l’université Paris Ouest Nanterre. Il a été responsable produits dérivés à Fidinvest de 1989 à 1993. Il crée avec Jacques Meaudre le fil d’actualités économiques commentées Cercle Finance.

Il fut en France l’un des tout premiers “traders” (il fut parmi les 40 premiers traders à avoir un agrément sur les marchés dérivés) mais également formateur de spécialistes des marchés à terme.

Il est considéré comme un analyste “hétérodoxe”, comme Olivier Delamarche dont les analyses sont assez proches, bien que Philippe Béchade soit plus proche d’une tendance social-démocrate (opposition aux paradis fiscaux, critique de l’”ultralibéralisme” américain, exigence d’un meilleur équilibre entre capital et travail). Il préconise le retour à des monnaies composites sur le modèle des DTS (droits de tirage spéciaux), correspondant à une économie réelle au lieu d’une économie casino.

En juin 2014, il est nommé président du think tank Les Éconoclastes, qui réunit plusieurs économistes, dont entre autres Olivier Delamarche.

Frédéric Lenoir : « Guérir le monde »

Pour le philosophe Frédéric Lenoir, les crises sociales, politiques, environnementales et les crises de valeurs des dernières décennies sont toutes reliées entre elles. La vision cartésienne du monde et l’ultralibéralisme adopté par l’élite mondiale a mené à une vision dénaturalisée de l’être humain.

Nos sociétés semblent avoir oublié que nous pouvons ressentir au fond de nous même le sentiment de bonheur autrement que par la consommation, apportant un plaisir immédiat, mais qui nous envahit guère longtemps.

Pour acquérir ce sentiment de bonheur, l’être humain doit être solidaire envers autrui, mais il est bien difficile d’agir ainsi dans un monde aussi individualiste que le nôtre. Les problèmes qui nous paraissaient autrefois bien éloignés sont maintenant près de notre réalité due à l’accélération du temps et au rétrécissement de l’espace.

Les médias nous bombardent d’évènements négatifs se déroulant partout sur le globe et nous y assistons de manière passive, apportant un grand sentiment d’insatisfaction. Il devient donc plus difficile de cultiver notre bonheur personnel.
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Russie : Selon Marine Le Pen, “les Russes refusent le modèle ultralibéral et mondialiste”

Interview exclusive de Marine Le Pen, réalisée le 19 juin 2013, à l’occasion du voyage officiel en Russie de la présidente du Front national.

Marine Le Pen, accompagnée de Ludovic De Danne (à droite sur la photo), conseiller chargé des Affaires étrangères et des Relations internationales, a été reçue par Alexeï Pouchkov (au centre sur la photo), chef de la commission des Affaires étrangères à la Douma à Moscou en Fédération de Russie.

RIA Novosti: C’est la première fois que vous réalisez une visite officielle en Russie. En tant que responsable politique, quelle est la portée symbolique d’une telle visite, pourquoi la Russie?

Marine Le Pen: Sa portée est importante car les Russes sont attachés à leur identité, à leur culture, ils refusent de se soumettre au modèle ultralibéral et mondialiste que je combats moi-même en France. Nous sommes des peuples frères, et il y a tout intérêt à envisager pour l’avenir des relations approfondies entre la Russie et la France. On a l’impression que depuis plusieurs années, l’Union européenne pousse la France à distendre ces relations.

RIA Novosti: Vous avez rencontré le président de la Douma. Quels thèmes ont été traités? Quelles sont vos impressions à chaud?
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La citation du jour

«Nous devons revenir vers l’économie sociale de marché, que l’on a abandonnée depuis trente ans au profit d’une ligne ultralibérale.

Cela veut dire la préservation d’un certain modèle économique et social de protection.»

Michel Barnier, Commissaire européen au Marché intérieur et aux Services (Le JDD, 19 mai 2013)

(Merci à perubu)

Alerte à Babylone

Babylone était cette cité assiégée de l’extérieur. Ce qui menace aujourd’hui la société globale d’effondrement résulte de la mystérieuse contrainte qui s’impose à elle de poursuivre son développement sans limite. Et cette contrainte ne peut être satisfaite que par la restriction toujours plus poussée des libertés humaines. À travers une série de déplacements et rencontres au sein de la Cité moderne, ce film nous propose un constat actualisé de cette inquiétante perspective.

Karl Polanyi : Le père de la socioéconomie

Selon Karl Polanyi, le régime normal des sociétés 
est de subordonner le marché aux besoins des hommes, 
et non l’inverse.

Penseur au parcours très singulier, Karl Polanyi est l’un des fondateurs d’une discipline nouvelle, l’anthropologie économique, qui se consacre à l’étude des échanges dans les sociétés anciennes et ambitionne de théoriser, à l’échelle de l’humanité, ce qu’il en est des rapports entre société et économie.

Pourtant, son œuvre la plus célèbre, La Grande Transformation, ne sort pas du cadre de l’histoire européenne moderne. En fait, il y développe ses intuitions théoriques les plus marquantes pour l’ensemble de son œuvre et s’inscrit dans la lignée des penseurs qui, comme Karl Marx et Max Weber, s’attachent à comprendre la particularité du capitalisme moderne et son impact sur les sociétés qui l’ont adopté.

Libéralisme radical versus 
vie sociale

Pour Polanyi, de 1830 à 1870, l’Angleterre en particulier, mais aussi bien d’autres pays, ont connu le règne du marché « autorégulateur », unifié et étendu à toutes choses. Cet essor du marché libre est, selon Polanyi, un phénomène unique dans l’histoire de l’humanité. Même si des marchés existaient depuis la nuit des temps, ils restaient sectoriels, fragmentés et subordonnés à d’autres impératifs sociaux : le droit des familles, les traditions, la religion, les frontières domaniales et nationales. Le libéralisme moderne a fait sauter les derniers verrous en transformant la terre, le travail et la monnaie en marchandises comme les autres.

Or l’idéal même de la « société de marché » ne peut, selon Polanyi, mener qu’à une catastrophe. Il cite certains faits historiques : la montée de la misère ouvrière, le travail des enfants, la décomposition des structures villageoises et familiales, la famine en Irlande. Pour Polanyi, ce ne sont pas des accidents de parcours : le libéralisme radical est, écrit-il, une utopie incompatible avec la vie sociale.

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Connaissez-vous Vance Packard ?

Connaissez-vous Vance Packard ? Il fut le premier, avec son ouvrage The Hidden Persuaders (1), à attirer dès 1957 l’attention du public sur les techniques de manipulation mentale. Vous savez, ces techniques que la loi antisecte a  finalement renoncé à interdire… peut-être parce qu’elles sont plus souvent utilisées par les publicitaires que par les sectes.

En 1964, il publie un autre ouvrage, Une société sans défense, sur la surveillance et le fichage de la population par la police, mais surtout par les entreprises, où cette fois il n’hésite pas à comparer la société dans laquelle il vit, l’Amérique des années 1960, aux œuvres d’anticipation de George Orwell et d’Aldous Huxley : 1984 et Le Meilleur des mondes.

Le temps a passé depuis mais les livres de Vance Packard, de George Orwell et d’Aldous Huxley n’ont rien perdu de leur actualité. Le monde dans lequel nous vivons correspond à peu de choses près à ce qui était à l’époque imaginé comme un cauchemar.

Pourtant une fausse note subsiste : la dictature que redoutaient Orwell et Huxley était d’inspiration soviétique, mais le “ totalitarisme tranquille ” (2)  que nous connaissons aujourd’hui est capitaliste. Hormis cela, tout correspond : l’œil des caméras de vidéosurveillance épie chacun de nos gestes, nous sommes au seuil d’une normalisation génétique, la voix des médias nous berce du lever au coucher dans la douce anesthésie d’un divertissement médiocre et nous assure que notre monde serait parfait sans la petite délinquance et la contestation politique. Ce divertissement insipide comme un sucre d’orge porte même un nom : le tittytainment. Ce terme inventé par Zbigniew Brzezinski, qui fut conseiller pour la sécurité nationale auprès de Jimmy Carter, est une contraction de entertainment (divertissement) et de tits (seins en argot américain). L’évocation des seins se réfère ici plus à leur fonction nourricière qu’érotique. L’idée de Zbigniew est que, dans un monde où 20 % de la population mondiale suffira à faire tourner l’économie, le problème des nantis consistera à doser le pain et les jeux qu’il leur sera nécessaire d’accorder à la majorité démunie afin qu’elle se tienne tranquille :

Un coktail de divertissement abrutissant et d’alimentation suffisante permettrait selon lui de maintenir de bonne humeur la population frustrée de la planète (3).

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« Cessons de protéger la finance comme si elle était ‘le sang’ de nos économies »

Une mise en revue critique et sans appel des dévoiements de l’hyper-capitalisme par l’auteur des « 7 plaies du capitalisme ».

“Les dix plaies d’Egypte”, enluminure du 14ème siècle

La crise de 2008 est le symptôme d’une mutation maléfique du capitalisme depuis la chute du communisme qui entraîne irrésistiblement vers le gouffre des inégalités, de la stagnation et du chômage l’ensemble des sociétés occidentales.” Ce diagnostic on ne peut plus sombre n’est pas posé par Jean-Luc Mélenchon mais par l’entrepreneur Henri de Bodinat dans un essai aussi incisif que percutant (*). Pour se faire comprendre, le cofondateur d’Actuel et de Radio Nova, aujourd’hui à la tête d’un fonds d’investissement, puise dans le registre biblique pour décliner les sept maux qui font “courir le capitalisme à sa perte”. Surplombé par la cupidité, “la mère de toutes les plaies”, cet inventaire pointe au premier chef “l’infection” du système par le lobbying de grandes entreprises en quête de surprofits et qui mine profondément nos régimes politiques. Or en se concentrant dans les mains des groupes de pression financiers, ce mal atteint des proportions jamais atteintes.

L’interpénétration de la finance avec le pouvoir est quasiment totale. Les mesures ne se prennent plus dans le sens de l’intérêt général mais au bénéfice de la seule préservation des intérêts bancaires”, dénonce Henri de Bodinat qui appelle à couper d’urgence ce lien pour “sauver” le capitalisme. (*) A lire : Les Sept Plaies du capitalisme par Henri de Bodinat – éditions Léo Scheer.

La crise est, comme la fièvre du malade, le symptôme des dévoiements du système capitaliste. Avant 2008, les dirigeants et les organisations internationales ne voulaient pas voir ces dérives sur le mode du “tout va très bien Madame la Marquise”, en dépit des signaux d’alerte comme le gonflement hors de proportion des profits de la sphère financière.

Aujourd’hui pour traiter le mal, on pratique cette même méthode Coué en refusant de s’attaquer aux causes profondes ou en refusant de prendre les remèdes radicaux pourtant inévitables, comme par exemple à mes yeux la sortie de l’euro pour les pays européens les plus mal en point. On persévère dans le déni. Alors que nous sommes dans bon nombre de cas à la limite du point de rupture, en particulier dans les sociétés qui connaissent une proportion de jeunes au chômage insupportable. Le risque est de connaître des crises de plus en plus violentes allant jusqu’à des révolutions comme en 1789 ou 1917.

A biens des égards, la situation actuelle rappelle celle de la fin de l’Empire romain au III-IVe siècle après JC, quand une caste richissime côtoyait une plèbe désargentée. Une polarisation si forte qu’elle allait conduire à l’écroulement de l’Empire. Ce type de clivage ne concerne pas que les pays occidentaux puisqu’on retrouve ces inégalités aussi bien en Chine, en Inde et au Brésil. Ces pays – surtout la Chine – ont embrayé sur la voie du capitalisme en exacerbant toutes ses dérives.

La cupidité, mère de toutes les plaies

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Les pays européens sont-ils malades de leurs banques ?

La liste s’allonge. Irlande, Espagne, Islande, même la vertueuse Allemagne et les Etats-Unis bien sûr. Lorsqu’ils étaient étaient solides, dotés de finances publiques équilibrées et de dettes de qualité, sont maintenant entre les mains des marchés, des usuriers et finalement des financiers européens. Quelle maladie les a donc frappés?

Après les Etats-Unis, après l’Irlande, l’Angleterre, l’Islande, voici l’Espagne qui est envoyée au tapis par ses banques. L’Allemagne, la vertueuse Allemagne, qui n’est pas au tapis «  doit » cependant beaucoup de son endettement public à son système bancaire. Y a-t-il une malédiction et des sorts qui auraient été jetés ? Est-ce une épidémie, un virus transmis à l’échelle planétaire et qui, loin de s’attaquer aux ordinateurs, s’en serait pris à la cervelle des banquiers ? Faut-il penser que le trader de la Société Générale, celui de JP Morgan et tous les hystériques des produits structurés à base de subprimes n’étaient pas des individus sains qui se trompaient de stratégie ou parfois, prétendaient à des stratégies personnelles, mais des malades contaminés par une épidémie  à  l’échelle mondiale.

Laissez faire les banques, le Souverain paiera !

L’ultralibéralisme s’est déchainé non pas tant sur le plan des commerces et des industries traditionnelles, si ce n’est dans ces cas, en se faisant le défenseur des tendances oligopolistiques et anticoncurrentielles des grandes firmes au nom … de la liberté d’entreprendre. Il s’est surtout déchainé sur le thème de la banque de la finance et des marchés qui, si on les laisse libres, sauront allouer les ressources au mieux des intérêts des agents économiques, dire les valeurs au mieux du respect que l’on doit à tout investisseur et distinguer le long terme et le court terme au mieux de la construction d’une économie durable et ouverte.

Donc, laissez faire les banques, laissez-les produire la monnaie, que vous, souverains bornés et engoncés n’avait su produire que pour payer des fonctionnaires improductifs, des dépenses de sécurité sociale coûteuses et des investissements publics à la rentabilité aléatoire. Socrate disait que se gratter commençait dans le plaisir et terminait dans la douleur.

La liberté bancaire sans limitation, le droit privatif de battre monnaie sans autre contrainte que le profit, le droit de fabriquer des sources de profit sous la forme de produits financiers plus ou moins complexes, sans autre limitation que l’imaginaire des cerveaux financiers, tout ceci a effectivement commencé dans le plaisir et s’est achevé dans les larmes.

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Union européenne : Le piège mortel du mondialisme

Hollande ou Sarkozy, quel qu’il soit, l’élection d’un président de la République, le 6 mai 2012, ne changera rien aux contraintes économiques de la France. La question économique cruciale est la suivante : comment dans le cadre d’une monnaie unique et d’une Union européenne ultra-échangiste la France peut-elle rester un pays de production ? Et a contrario comment un gouvernement peut-il sérieusement espérer créer des emplois sans rétablir des écluses douanières et monétaires ?

En dehors de Nicolas Dupont-Aignan et de Marine Le Pen, ces questions n’ont guère été abordées lors de l’élection présidentielle, elles sont pourtant déterminantes. Polytechnicien et disciple de Maurice Allais, Antraigues fait le point pour Polémia. L’intégralité de ce texte de fond est disponible en PDF.

1/3- L’Europe et l’ « ultralibéralisme »

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La crise et l’avenir des idées fausses

Par Thierry de Montbrial

La crise qui secoue le monde aujourd’hui remet en cause nombre des dogmes jusqu’ici communément admis : la croyance en une croissance éternelle, l’acceptation de modèles financiers déconnectés de la réalité économique, la foi en un irénisme mondial qui fait fi des états-nations et des biens publics. C’est l’occasion de redécouvrir et peut être de retrouver notre identité.

La crise économique et financière a secoué le monde et le monde cherche des coupables. Les uns accusent le capitalisme sauvage et ses excès de cupidité. Les autres pointent les gouvernements et les banques centrales, soupçonnés de complaisance à l’égard des puissances financières. La vérité, c’est que la responsabilité est partout. Dans la recherche de ces responsabilités, chacun combat ses propres peurs et son propre ressentiment. La crise est un moment de doute et de rupture. C’est vrai, mais nous verrons qu’elle offre également l’occasion de redécouvrir, de retrouver, son identité.

Ceux qui annoncent depuis l’été 2008, face au « capitalisme fou, » le grand retour de l’État dans l’économie, prennent parfois leurs rêves pour la réalité, ils prennent surtout leur revanche sur une idéologie de la fin des années 70 qui s’est incarnée dans le Thatchérisme et le Reaganisme, une idéologie du « tout libéral » qui ressemblait à s’y méprendre au « laisser faire, laisser aller » du XIX ème siècle. Cette idéologie vivait sur l’idée que le marché peut résoudre tous les problèmes. Tous les problème économiques, naturellement, mais aussi – je caricature à peine – les problèmes géopolitiques inextricables, comme, par exemple, le conflit israélo-palestinien. Cette idéologie, par défiance, les Français l’ont surnommée « ultralibéralisme. » Précisons au passage que si l’auteur de ces lignes se revendique comme un libéral, il a abondamment prouvé qu’il n’est nullement un « ultra ».

L’idéologie en question se mariait fort bien à la mondialisation montante. Sur le plan théorique, certains grands économistes lui ont donné ses lettres de noblesse en s’attaquant à la notion de bien public, sur laquelle nous reviendrons plus tard. A commencer par Milton Friedman, qui avait toujours, dans ses écrits et ses cours, ignoré ce concept. Le prix Nobel Ronald Coase, quant à lui, avait développé une conception des biens publics si proche de celle des biens privés que ce glissement scientifique cautionnait l’idéologie en vogue.

Tout cela convergeait en une croyance : la planète, affirmait cette croyance, était finalement un ensemble assez homogène avec des individus, personnes physiques ou morales, qui se ressemblaient. La politique avait donc de moins en moins d’importance, l’économie des échanges réglait le monde, les frontières s’estompaient inexorablement. Il ne restait qu’un vaste marché mondial régi par les seules relations commerciales au sein de ce marché. C’est cette croyance, cette foi immature dans le marché, qui nous a conduit en quelques étapes à la crise actuelle.

D’où est venue la grande illusion ? Elle a certes pris son départ dans les années 80, mais elle a connu son véritable essor dans les années 90 avec la chute de l’Union Soviétique.

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Au pays de Damoclès

Elle crève à petit feu. Parce que ses gestionnaires se sont fourvoyés à dépenser sans compter, à multiplier les emprunts foireux, à truquer les comptes, à faire semblant que tout allait bien quand tout allait mal. Mais le couperet est tombé : compte bloqué. Non, non, “elle” n’est pas une banque qui aurait spéculé sur des options moisies, fourrées de subprimes

L'épée de Damoclès, par Richard Westall, 1812

Ce serait si simple… si la Grèce était une banque, elle aurait déjà reçu des dizaines de milliards d’aides d’urgence, elle aurait pu emprunter à volonté au taux hallucinant de 1%, qui lui aurait permis de placer ses billes flambant neuves à 3 ou 4% dans… des emprunts d’État. Elle se serait refaite, petit à petit. Personne ne s’en serait même inquiété. Si la Grèce était une banque, rien n’aurait changé. Elle aurait continué à gaver ses oligarques et à dépenser à vau l’eau, encore et encore.

Ironie du sort : les banques, à l’origine de cette maudite crise qui fait déraper les États les uns après les autres, ont pourtant été les premières à s’en sortir, sauvées in extremis par… les États. Aujourd’hui, elles empilent les bénéfices, aux dépens… des États ! Et devinez quoi… elles vont même jusqu’à aider ces mêmes États à maquiller leurs comptes. Résultat des courses, la Grèce se retrouve à emprunter à un taux cinq fois plus élevé que les établissements financiers. Un comble.

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Aux États-Unis, la fin des certitudes

L’ultralibéralisme n’a plus le vent en poupe. Les universitaires s’interrogent. Après les banques, c’est au tour des écoles de commerce et universités d’être mises en cause pour leur rôle dans la crise économique, aux États-Unis. Et outre Atlantique, les MBA (Master of Business Administration), réputés mettre l’accent sur la rentabilité sont en première ligne de ces attaques.

Le théoricien des affaires canadien, Henry Mintzberg, lui-même diplômé de l’école de commerce du célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT), reproche aux enseignants de vouloir faire du management une science exacte. A trop privilégier les chiffres et négliger les considérations sociales, Mintzberg estime que l’on va droit à la catastrophe; les étudiants de ces écoles étant les acteurs de Wall Street de demain. L’auteur du livre «Des managers, des vrais ! Pas des MBA,» épingle aussi bien la Harvard Business School que la plus prestigieuse école de finance américaine, la Wharton Business School de l’Université de Pennsylvanie. Le problème, souligne dans l’une de ses publications la Fondation Carnegie pour l’Avancement de l’Éducation, réside dans le fait que «les techniques analytiques, les méthodes d’ingénierie financière et l’idéologie même du programme des écoles de commerce sont profondément hostiles à l’éthique des affaires.»

Nouvelle formule. Les doyens semblent avoir reçu le message. Depuis l’automne noir de 2008, les établissements américains sont en quête d’une nouvelle formule, plus adaptée, plus performante aussi. Et l’on assiste de New York à Los Angeles, à un véritable chamboulement des programmes d’enseignement. Des cours et séminaires sont modifiés, supprimés, de nouveaux sont créés, voire imposés.

La récession est même vécue par certains comme une «aubaine.» Edmund Phelps, professeur d’économie politique à l’Université de Columbia à New York, et prix Nobel d’économie, a presque accueilli la crise à bras ouverts: «J’avais soudain une bonne excuse pour concentrer mon cours sur une conception théorique plus moderne. Notre enseignement est dominé depuis trente ans par la théorie néo-classique de l’école de Chicago, qui suppose que les marchés financiers fonctionnent parfaitement.»

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L’or, gage de liberté et d’efficacité économiques

Par Olivier Demeulenaere

La thèse selon laquelle le libéralisme, voire « l’ultralibéralisme » serait à l’origine de tous nos maux ne résiste pas à l’examen. Les interventions systématiques et répétées des autorités publiques dans la vie économique et sociale montrent que l’étatisme est au moins aussi important.  Certes, les dérégulations massives, ainsi que le démantèlement des frontières au nom de la libre circulation des biens, des services et des capitaux ont fait des ravages. Mais, même aux États-Unis, l’utilisation de l’arme monétaire, budgétaire ou fiscale par les pouvoirs publics a pris des proportions gigantesques – au point que les USA ont été rebaptisés par certains USSA (« États-Unis socialistes d’Amérique »).

Que ce soit la socialisation des pertes du système bancaire ou les politiques de relance de l’activité, les dernières initiatives du gouvernement américain ont de quoi faire enrager les libéraux.

Pour comprendre pourquoi et comment les États (et derrière eux, l’oligarchie financière) ont pu pervertir à ce point le fonctionnement des économies, un article écrit par Alan Greenspan en 1966, et bien connu des défenseurs de l’or, est éclairant. Comble d’ironie, son auteur n’est autre que celui qui deviendra le président de la Fed de 1987 à 2006, et à ce titre, le grand ordonnateur du quantitative easing responsable des deux dernières grandes crises !

Surtout qu’en amont, la crise financière elle-même a été causée par une politique monétaire expansionniste : c’est à une stimulation artificielle du crédit et de l’endettement que l’on doit les célèbres bulles spéculatives dont l’éclatement a provoqué le krach Internet en 2000 et l’énorme collapsus de la fin 2008. Il faut bien l’admettre : les manipulations monétaires engendrent des crises financières et, par voie d’entraînement, économiques, de plus en plus rapprochées.

L’étalon-or et la croissance harmonieuse des économies Lire la suite

USA : le Pentagone plombé par ses sous-traitants… vive les fonctionnaires !

Comment réduire les coûts du Pentagone ? Grave question, à laquelle le Congrès vient de trouver une réponse : en remplaçant ses sous-traitants privés par des fonctionnaires, l’Etat économisera 44 000 dollars par poste ! Une pierre dans le jardin du l’ultralibéralisme et… un Nobel de l’économie pour Obama ?

Mercenaires de la société Blackwater

Le département de la Défense américain estime qu’il pourra économiser 44.000 dollars tous les ans pour chaque poste de sous-traitant remplacé par un fonctionnaire, selon un rapport du Sénat détaillé par le Washington Post.

D’où le vote, [le 19 décembre 2009] au Congrès, d’une ligne de crédit de 5 milliards de dollars, pour embaucher de nouveaux agents gouvernementaux amenés à remplacer ces onéreux contractants, aux Etats-Unis comme à l’étranger. L’histoire ne dit pas combien d’employés seront embauchés, pas plus qu’elle ne précise le nombre de contractuels débauchés.

La faillite de la privatisation de l’armée

A l’occasion de la guerre en Irak, l’administration Bush a largement favorisé le recours au privé. À l’époque, les responsables de la Défense faisaient valoir que le Pentagone avait un besoin urgent et temporaire de personnel ; la guerre était encore considérée comme une opération devant se solder par un triomphe rapide.

Le fait que les décès de mercenaires tués dans les zones de combat ne sont pas comptabilisés officiellement n’était pas pour déplaire non plus. Et le privé étant soumis à la sacro-sainte règle de libre concurrence, l’objectif était également d’économiser de l’argent.
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