L’inefficacité des politiques publiques maintient le Mexique dans la crise

A un carrefour de Mexico, Juan Barrera, 34 ans, lave les pare-brise des voitures. “Faut bien manger”, soupire ce maçon au chômage qui gagne moins de 150 pesos (7,7 euros) par jour. Comme lui, 900 000 Mexicains ont perdu leur emploi en 2009 dans le pays d’Amérique latine le plus touché par la crise. Voté lundi 16 novembre, le budget 2010 suffira-t-il pour redresser la barre ? Les experts en doutent.

En 2009, la croissance mexicaine devrait chuter de 7,3 %, contre une baisse de 2,5 % en moyenne dans les autres nations d’Amérique latine et des Caraïbes, selon le Fonds monétaire international (FMI).

“Le Mexique est trop dépendant du marché américain, qui concentre 80 % de ses exportations. Le pays est aussi victime de politiques publiques inadaptées qui lui ont fait perdre son potentiel de leader latino face au Brésil”, souligne Bernardo Bolmedo, professeur d’économie à l’Université autonome du Mexique (UNAM).

La production pétrolière, qui représente 40 % des ressources de l’Etat, ne cesse de décroître, entraînant, en 2009, des pertes fiscales de 14 milliards d’euros. Même dégringolade du côté des transferts de fonds des émigrés. La deuxième source de devises du pays devrait afficher une baisse annuelle de 13 %, selon la Banque du Mexique.

Quant au secteur touristique, il subirait une chute de 15,3 % en 2009, d’après la Confédération nationale du tourisme.

“Le Mexique doit investir davantage en matière d’infrastructures mais aussi en technologie, en éducation ou en recherche”, a déclaré le Prix Nobel d’économie 2001, Joseph Stiglitz, en visite à Mexico. Lire la suite

USA : les gains de productivité actuels n’ont rien d’une bénédiction

On devrait se réjouir de voir la productivité américaine progresser, mais c’est peut-être le signe avant-coureur d’une nouvelle vague de suppression de postes.

Le taux de chômage a grimpé à 10,2 % en octobre, alors même que l’économie était en croissance. Au troisième trimestre, la productivité augmentait de son côté à un rythme équivalent à 9,5 % par an. Le phénomène est classique en période de sortie de crise, mais il s’est produit très tôt – le produit intérieur brut (PIB) était encore en phase de contraction – et pourrait perdurer.

Si c’est bien le cas, le redressement tarderait à venir sur le front de l’emploi, et le chômage pourrait atteindre un niveau record. Les banques s’en trouveraient alors affaiblies, et les salaires comprimés.

D’ordinaire, l’augmentation de la productivité est considérée comme une bonne nouvelle. Cela signifie qu’on a besoin de moins de force de travail pour produire plus de biens et de services.

Mais lorsque l’économie n’en est encore qu’au tout début de sa convalescence, elle traduit surtout le fait que les producteurs ont réussi à accroître leur offre de biens et de services sans recourir à l’embauche. On observe alors une croissance simultanée du PIB et du taux de chômage.

Dans le cas présent, la rapide progression de la productivité a démarré avant même le redémarrage de la croissance : au deuxième trimestre, elle était déjà de 6,9 % en rythme annuel. Lire la suite

Pour le patron de Goldman Sachs, “le système financier nous a précipités dans la crise et nous en fera sortir”

Pour Lloyd Blankfein, le patron de Goldman Sachs, sa banque joue un rôle social. Sa bonne santé actuelle reflète celle, à venir, de l’économie réelle.

“Nous avons une utilité sociale”, en aidant les entreprises à trouver des fonds pour se développer. “Les entreprises qui croient augmentent la richesse créée. Cela, en retour, permet au gens de trouver un travail et de créer plus de croissance et plus de richesse”.

Lloyd Blankfein, patron de Goldman Sachs et le dirigeant de banque le mieux payé de Wall Street, adopte une attitude plus offensive pour défendre son entreprise qu’il y a encore quelque mois.

La réussite de Goldman Sachs pendant la crise financière – même si elle est due en grande partie au soutien du gouvernement américain au secteur financier – devrait même satisfaire tout le monde, selon le dirigeant.

“Tout le monde devrait, franchement, être content”, affirme-t-il dans un entretien publié dimanche par le Sunday Times. Selon Blankfein, la bonne santé de Goldman Sachs est un indicateur avancé de la reprise prochaine de l’économie. “Le système financier nous a précipités dans la crise et nous en fera sortir”, ajoute le patron de la banque d’affaires.

Lire la suite

Recul mondial des salaires

Les rémunérations réelles ont baissé dans la plupart des grandes économies mondiales, selon le Bureau international du travail.
“Sur un échantillon de 53 pays pour lesquels des données existent, la croissance des salaires réels moyens (…) est passée de 4,3% en 2007 à 1,4% en 2008″, a expliqué le Bureau international du travail (BIT) qui a procédé à une actualisation de son Rapport mondial sur les salaires publié en novembre 2008.

Concernant une dizaine de pays du G-20, la croissance des salaires réels est passée en moyenne “de 1% en 2007 à -0,2% en 2008″, ajoute-t-il. Les salaires ont stagné [toujours en 2008] notamment dans des pays comme les Etats-Unis, l’Autriche et baissé en Allemagne (-0,6%) et au Japon (-0,9%).

Le BIT prévoit par ailleurs que le tableau continue de s’assombrir en 2009, malgré les signes de reprise économique, en raison notamment de l’augmentation du chômage. Ainsi, “les salaires réels du premier trimestre 2009 ont diminué dans plus de la moitié des 35 pays pour lesquels on dispose de données récentes”, souligne le BIT.

Aux Etats-Unis, “les salaires ont baissé de 2% depuis le début de l’année”, a expliqué un des auteurs du rapport, Patrick Belser, lors d’une conférence de presse. Lire la suite

USA : profits des grands banquiers contre misère des plus de 65 ans

D’un côté les bonus (primes de fin d’année), dont on prévoit déjà que, dans nombre d’entreprises du secteur financier, ils dépasseront leur plus haut historique. De l’autre, l’emploi, qui continue de se détériorer. Tels sont deux sujets du jour aux Etats-Unis.

En des temps antédiluviens – pensez, on était encore au premier semestre 2008 -, la corporation des économistes américains se divisait en deux.

Les premiers, analystes des banques et sociétés d’investissement, s’affichaient partisans déterminés de la définition dite classique de la récession : elle n’existe qu’après deux trimestres successifs de rétraction de la production de richesses (supposée se réduire au PIB). Dès lors qu’elle n’était pas observée, ils en concluaient que les Etats-Unis connaissaient certes un “ralentissement”, mais pas une récession.

Face à eux, nombre d’économistes universitaires – progressivement rejoints par les économistes d’entreprises – jugeaient que le pays était bien entré en récession, puisque l’emploi se contractait durant plus de six mois.

Ce débat a été tranché, du moins formellement, en faveur du second camp : depuis la fin 2008, l’économiquement correct veut que la récession ait bien commencé en décembre 2007.

Entre signes de reprise financière et inquiétudes sur l’emploi, le débat, en filigrane, reprend.

Samedi 24 octobre, le New York Times proposait en “une” de ses pages économiques une analyse et une enquête dont la proximité illustrait bien ce nouveau débat.

Le premier article s’intitulait “Mémoires courtes chez Goldman”, le second, “65 ans et plus, à la recherche d’un travail”. Lire la suite

Le travail sous tension

Des conditions de travail dégradées, conjuguées à un recul des solidarités collectives, expliquent la souffrance psychique de nombreux salariés.

25 suicides en un peu plus d’un an et demi : l’effroi a saisi France Télécom, braquant une nouvelle fois les projecteurs médiatiques sur la souffrance au travail, deux ans après la série noire qui avait endeuillé le Technocen­tre de Renault, à Guyan­court.

Cette violence, que les salariés retournent contre eux, n’épargne aucun secteur : PSA, BNP Paribas, IBM, EDF ou encore l’Assistance ­publique-Hôpitaux de Paris y ont été ou y sont confrontés. Et la liste est loin d’être exhaustive.

Le phénomène dépasse donc largement le huis clos de telle ou telle entreprise, en prise avec des méthodes de management contestables. Difficile, pour autant, d’en évaluer l’ampleur de manière précise. Le nombre de suicides liés au travail est estimé à 300 à 400 par an, en extrapolant à l’ensemble de la France les résultats d’une étude réalisée en Basse-Normandie par l’Inspection médicale du travail en 2002.

Il s’agit néanmoins d’un phénomène relativement récent, apparu au cours des années 1990 dans l’industrie et les services, selon les médecins du travail. Auparavant, seule l’agriculture était repérée comme touchée. Condi­tions de vie très dures, isolement, endettement et risque de paupérisation formaient les ingrédients d’un cocktail potentiellement explosif pour les petits exploitants agricoles. Ils ne sont désormais plus les seuls à mettre fin à leurs jours au boulot. Qu’est-ce qui a changé ? Lire la suite

Sur France 3 ce soir : “La mise à mort du travail”, plongée dans la condition salariée

France 3 diffuse les 26 et 28 octobre une série de trois documentaires intitulée “La mise à mort du travail”, sur la souffrance de salariés et la mécanique implacable qui y conduit, apportant un nouvel éclairage sur l’actualité de France Télécom et d’autres entreprises.

Les volets “La destruction” et “L’aliénation” occuperont la première partie de soirée le lundi 26 octobre à partir de 20H35. Suivra “La dépossession” le mercredi 28 octobre à 23H00.

La diffusion de ce triptyque a été avancée car “il y a urgence”, selon son producteur Christophe Nick. Il poursuit ici son travail sur la violence, entamé avec “Chroniques de la violence ordinaire” sur une cité sensible en 2005 et “Ecole(s) en France” en 2006.

Le réalisateur de “La mise à mort du travail”, Jean-Robert Viallet, a tourné pendant deux ans en immersion dans les entreprises, rencontrant autant les directions que les employés.

Elles sont “un des mondes les plus difficiles à pénétrer”, selon les auteurs.

Le premier volet alterne des séquences dans la consultation de la psychologue Marie Pezé à l’hôpital de Nanterre, au Conseil des Prud’hommes de la ville et dans le bureau d’un Inspecteur du Travail des Hauts-de-Seine.

Y défilent des caissières d’un même hypermarché, licenciées pour le vol de deux paquets de chewing-gum, ou poussées à la démission pour avoir monté une section syndicale. L’une en a perdu ses cheveux et est sous morphine pour des troubles musculo-squelettiques.

Une cadre supérieur décrit aussi ses pulsions suicidaires face aux “17% de plus” qui lui sont demandés chaque année en performance. Deux délégués syndicaux d’une société informatique rapportent insultes et menaces de mort reçues de supérieurs.

L’épisode se termine sur l’interrogation du Dr Pezé: “pourquoi donnons-nous notre consentement à ces pratiques ?” Lire la suite

La mondialisation n’améliore pas l’emploi des pauvres

La mondialisation et l’ouverture du commerce n’ont pas permis d’améliorer les conditions de travail dans les pays en voie de développement, indiquent l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) et l’Organisation internationale du travail (OIT).

Dans ces pays, environ 60% des actifs travaillent dans l’économie informelle, échappant ainsi à la législation du travail et donc à toute forme de protection sociale. Les taux de travail informel varient selon les régions. Ils avoisinent 30% dans plusieurs pays d’Amérique latine et atteignent même plus de 80% dans certains pays d’Afrique subsaharienne ou d’Asie du sud-est.

La forte croissance de l’économie mondiale n’a pas, pour le moment, conduit à une amélioration correspondante des conditions de travail et du niveau de vie pour nombre de gens.”

Les travailleurs précaires de secteurs comme le bâtiment, l’agriculture et les mines ne paient généralement pas d’impôts et sont privés de bénéfices sociaux comme les primes d’invalidité ou de retraite. Ils restent aussi vulnérables qu’avant le boom du commerce.

Même dans l’économie officielle, une proportion croissante de travailleurs ne sont pas déclarés ou travaillent dans des conditions précaires. Cet état de fait va probablement empirer avec la crise financière mondiale“.
Lire la suite

France Télécom, laboratoire de catastrophe générale

Une tribune libre de Michel Drac

L’auteur a publié plusieurs ouvrages de réflexion sur la situation contemporaine – principalement, Céfran et De la souveraineté – et une oeuvre d’anticipation romancée, Eurocalypse.

Il vient de faire paraître Crise ou coup d’Etat ?, une étude des mécanismes de la crise économique et de ses aspects délibérés.

Il nous montre ici comment, loin d’être anecdotique, l’affaire des suicides au sein du personnel de France Télécom est le produit d’un mode d’ingénierie sociale, vecteur d’un changement radical d’existence des classes moyennes au travail, ainsi que le symptôme d’une perte de sens susceptible de déboucher sur la violence, dans un contexte général de déclassement et même de destruction, servant peut-être des fins autoritaires.

La crise qui commence (ou plutôt : qui vient d’entrer en phase aigue) va certainement impacter très lourdement les «classes moyennes». Logiquement, on peut même dire que du point de vue des classes dirigeantes mondialistes, cette crise ne marque que l’étape ultime dans le processus de démantèlement des classes moyennes occidentales.

Depuis 30 ans, au fur et à mesure que l’offre mondiale de main d’œuvre était multipliée par 3 (essentiellement du fait de l’entrée de la Chine et de l’ex-bloc soviétique dans l’économie capitaliste), la mise en concurrence du travail ouest-européen et américain (cher) avec le travail asiatique ou est-européen (bon marché) a rendu possible un ajustement progressif de la structure de classe en Occident.

Cet ajustement a porté essentiellement, jusqu’ici, sur la transformation forcée (délocalisations) d’une partie du prolétariat entre précariat (explosion du travail temporaire et à temps partiel) et sur l’érosion des revenus des couches moyennes (évolution des revenus des neuf dixièmes de la population les moins riches, sur la dernière décennie : – 1,5 % par an aux USA sur la base de l’inflation réelle, – 0,5 % par an en Europe, même base).

Cependant, jusqu’ici, les couches moyennes n’ont pas été impactées au point de prendre conscience du fait qu’elles basculaient dans l’appauvrissement (l’ajustement hédoniste des biens et les nouvelles technologies ont en partie masqué la réduction du revenu disponible réel, étant donné la structure de consommation ludique qui caractérise ces couches). Lire la suite

Pôle emploi toujours aux prises avec les difficultés

“Débâcle”, “grand bazar”, “cafouillage”, les qualificatifs n’ont en effet pas manqué, pour décrire l’ambiance kafkaïenne qui règne dans certains site alors que le taux de chômage en France devrait atteindre 10 % à la fin de l’année.

Pôle emploi, né de la fusion ANPE-Assedic, amorce une rentrée délicate. Les employés, surchargés de travail, se plaignent de ne pas pouvoir assurer le service minimum aux demandeurs d’emploi, et les chômeurs se plaignent de ne pas être reçus.

“La dégradation du marché du travail n’est pas terminée”, reconnaissait la ministre de l’économie, Christine Lagarde, le 28 août. Fin juillet, 2,535 millions de demandeurs d’emploi étaient inscrits à Pôle emploi, en hausse de 25,6 % sur un an.

La moyenne nationale du nombre de demandeurs d’emploi à suivre est de 90 par conseiller, le volume des portefeuilles peut varier de 50 à 300 demandeurs d’emploi. “Avec un tel volume, on ne peut recevoir que par téléphone” indique un conseiller.
Lire la suite

Pau (64) : L’éconstruction pour tous

Bâtir sa maison avec des matériaux recyclés, le tout pour moins de 30.000 euros, c’est possible si l’on en croit les responsables de la communauté Emmaüs de Lescar-Pau, dans le sud-ouest de la France.

Depuis 2009, les Compagnons sont invités à dessiner la maison dont ils rêvent, puis à participer à l’élaboration des plans et à l’écoconstruction de leur futur foyer. Ces maisons bâties en partie avec des matériaux de récupération changent de forme ou de couleur au gré du goût de leurs architectes respectifs.

De la maison sur pilotis au chalet en bois et paille, chaque bâtisse de ce quartier expérimental est unique et consomme peu d’énergie.

L’objectif principal du projet est de permette aux Compagnons de retrouver un nouvel élan de vie grâce au bien-être que peut leur procurer ces habitations personnalisées. Une mairie a également été construite à la sortie du village. Un conseil municipal alternatif s’y réunit régulièrement. Au risque d’être considérée comme le vilain petit canard d’Emmaüs, la communauté continue de « risquer l’utopie ».