Jacques Attali : « L’ordre cannibale » (1979)

Interviews de Jacques Attali à l’occasion de la sortie de son livre “L’ordre cannibale” dans lequel il évoque l’évolution de l’homme et de la médecine. Il explique que progressivement l’homme pourra acheter des copies de lui-même, des organes artificiels et des machines permettant de se soigner. Ainsi, il estime que l’homme deviendra un objet de consommation pour l’homme lui-même.

Où vont la médecine, la maladie, la santé ? La crise de nos sociétés ne plonge-t-elle pas ses racines les plus profondes en ce domaine où les attitudes et les conceptions risquent, d’ici la fin du siècle, de se trouver radicalement bouleversées ? Telle est la première interrogation à laquelle répond Jacques Attali dans cette « économie politique du mal » réalisée au terme de plusieurs années de réflexion et d’enquête, notamment aux USA, au Japon et partout en Europe.

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Une puce électronique sous la peau, c’est désormais possible

Le salon de l’électronique de Berlin a livré ses dernières innovations. Parmi elles, la greffe d’une puce sous la peau qui permettra de déverrouiller une porte à distance, de contrôler la lumière d’une pièce ou de lancer des impressions.

Martine Rothblatt, une patronne qui rêve d’être éternelle

La femme d’affaires la mieux payée des Etats-Unis est transsexuelle. Chef d’entreprise visionnaire, férue d’intelligence artificielle, passionnée par l’immortalité, elle est aussi transhumaniste.

Seules quelque 5 % des entreprises figurant au palmarès Fortune 500 sont dirigées par des femmes. Si on double la taille de l’échantillon, la proportion est la même. Et le niveau de rémunération des femmes PDG semble être à la traîne, bien que cela soit difficile à affirmer puisqu’elles sont si peu nombreuses. Une liste récente recensant les 200 dirigeants américains les mieux payés ne compte que 11 femmes, qui gagnent en moyenne 1,6 million de dollars [1,25 million d’euros] de moins que leurs homologues masculins.

Certaines sont célèbres : Marissa Mayer, PDG de Yahoo, qui l’année dernière se classait au 34e rang avec un revenu de 25 millions de dollars [19,5 millions d’euros], loin devant Meg Whitman, patronne de Hewlett-Packard, en 95e position avec une rémunération de 18 millions de dollars [14 millions d’euros]. Mais la dirigeante américaine qui pèse le plus lourd fait beaucoup moins parler d’elle.

C’est Martine Rothblatt, 59 ans, fondatrice de l’entreprise biomédicale United Therapeutics, qui avait déjà fait fortune en créant Sirius Satellite Radio, un opérateur de communications par satellite. L’an dernier, elle a engrangé 38 millions de dollars [29,5 millions d’euros].

Mais ce qui distingue Martine Rothblatt des autres femmes d’affaires les plus riches d’Amérique, c’est qu’elle est née homme. Quel effet cela lui fait-il de voir son nom tout en haut de la liste ? “C’est un peu comme gagner à la loterie”, lâche-t-elle. Elle ne souhaite aucunement être érigée en modèle de réussite au féminin. “Je ne peux pas prétendre que ce que j’ai réussi dans ma vie est équivalent à ce qu’une femme aurait pu réaliser, car pendant la première moitié de ma vie j’étais un homme”, tempère-t-elle.

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Jean-Claude Heudin : « Transhumanisme et post-humain, un futurisme teinté de science-fiction »

La course vers l’Homme augmenté est en marche. Auparavant simple fantasme, le post-humain serait, selon certains, sur le point de naître. Futura-Sciences a rencontré Jean-Claude Heudin, spécialiste de l’intelligence artificielle, robots et “créatures artificielles” et directeur du laboratoire de recherche de l’IIM (Institut de l’Internet et du Multimédia) afin qu’il nous parle plus en détail du transhumanisme.

Transhumanisme : L’homme de demain

Le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel international prônant l’usage des sciences et des techniques afin d’améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains. Le transhumanisme considère certains aspects de la condition humaine tels que le handicap, la souffrance, la maladie, le vieillissement ou la mort subie comme inutiles et indésirables.

Dans cette optique, les penseurs transhumanistes comptent sur les biotechnologies et sur d’autres techniques émergentes. Les dangers que présentent de telles évolutions sont énormément préoccupants.

Selon les philosophes ayant étudié l’histoire du transhumanisme, son transcendantalisme s’inscrit dans un courant de pensée remontant à l’Antiquité; la quête d’immortalité de l’Épopée de Gilgamesh ou les quêtes de la fontaine de Jouvence et de l’élixir de longue vie, au même titre que tous les efforts ayant visé à empêcher le vieillissement et la mort, en sont l’expression.

La philosophie transhumaniste trouve cependant ses racines dans l’humanisme de la Renaissance et dans la philosophie des Lumières.

Laurent Alexandre : « Les neuro-révolutionnaires »

Faut-il mettre des limites à l’Intelligence Artificielle? Comment la maîtriser et doit-on l’interfacer à nos cerveaux biologiques? A l’ère des prothèses cérébrales, le risque de neuro-manipulation, de neuro-hacking et donc de neuro-dictature est immense.

Nous devons encadrer le pouvoir des neuro-révolutionnaires comme Google: la maîtrise de notre cerveau va devenir le premier des droits de l’Homme.

La Haute finance à l’assaut de votre patrimoine génétique

Le dieu-argent de la haute finance est un dieu gourmand voire vorace. Il n’a jamais de sensation de satiété. Ce 21ème siècle est son heure. Il s’est coup sur coup approprié sans grande difficulté le marché de l’emploi, a saboté le concept d’Etat-Nation, a privatisé les services publics, a démantelé les institutions publiques de plus en plus soumises aux besoins impératifs du marché mondial, a confisqué les capitaux de retraite et autres épargnes, a mis la main sur les ressources naturelles mondiales, a siphonné les monnaies nationales et les excédents des balances publiques, etc. La privatisation de la planète et de ses ressources est ainsi une réalité difficilement contestable.

Les exploits du dieu-argent sont innombrables. Le plus déterminant pour l’avenir de l’humanité serait la réussite du renversement déjà bien engagé de la suprématie des législations nationales en sa faveur. Pour faire simple, le système du dieu-argent supplante aujourd’hui les gouvernements qui lui ouvrent grand les portes de leurs territoires et de leur législation dans une ambiance d’impuissance mêlée d’un certain fatalisme.

Que ce transfert de la suprématie du peuple en faveur des marchés financiers soit reconnu constitutionnellement et l’on verra tomber tout rempart protecteur de l’homme, de son identité et par extension de l’humanité.

Cette fragilisation des droits de l’humain et de sa liberté de disposer de lui-même dans un environnement sécurisé est fortement aggravée actuellement par une technologie massivement soutenue par les marchés financiers qui a pris une option claire pour le transhumanisme.

Eugénisme, marchandisation de l’être humain, captation du patrimoine génétique, humanisation des robots et robotisation de l’humain sont devenus non seulement possibles mais exigés par des décideurs inconnus cachés derrière les marchés financiers.

La bataille de fond qui se livre actuellement est celle de l’identité de l’humanité, des libertés inaliénables et gratuites de l’homme. L’enjeu : La privatisation de la VIE et de l’immortalité. Rien de moins !

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Les ennemis de la machine

Ils sont chrétiens, anarchistes, libertaires, décroissants ou zadistes. Pour eux, la technologie est aliénante, totalitaire, voire mortifère. Les uns appellent à briser les machines, quand d’autres espèrent convaincre les foules de cesser de croire en leur pouvoir. Marginaux parce que radicaux, ils sont aussi les seuls ou presque à développer une critique érudite et politique d’une société dominée par la technique. Enquête sur les technocritiques, ces irréductibles qui résistent, encore et toujours, à l’envahisseur.

Quand on nous demande de définir la ligne éditoriale d’Usbek & Rica, nous répondons ceci : « On interroge la notion de progrès. On essaie notamment de savoir si le progrès technologique est toujours synonyme de progrès humain, et surtout : comment rester un humain dans le monde ultra-technologisé qu’on nous promet. » À force d’enquêter sur le transhumanisme, l’utérus artificiel ou la biologie de synthèse, une conviction s’est forgée dans nos esprits : l’un des grands clivages politiques de demain opposera les individus qui croient en un avenir toujours plus numérique et technologique, et ceux qui refusent de vivre dans un monde où la machine est au cœur du système. D’un côté, les « technophiles » ; de l’autre, les « technophobes », comme ils sont trop souvent désignés par paresse intellectuelle. Notre magazine a toujours tenu à ouvrir ses pages à ces deux « camps ».

Le transhumanisme, ce nouvel eugénisme ?

Le transhumanisme apparaît de façon récurrente dans l’actualité : neurosciences, intelligence artificielle, robotique, séquençage de l’ADN, autant d’ « avancées » qui sont les parties émergées de l’iceberg. Gènéthique se penche sur les fondements de ce courant qui prend de plus en plus de place dans notre vie quotidienne et semble être une résurgence de la pensée eugéniste. Deux philosophes, respectivement spécialistes de ces courants, livrent leurs réflexions sur les convergences entre eugénisme et transhumanisme.

Gènéthique : Pouvez-vous donner, chacun selon votre spécialité, une définition de l’eugénisme et du transhumanisme en rappelant les sources historiques et philosophiques de ces courants ?

D. Moyse : Historiquement, l’eugénisme est né sous l’impulsion de Francis Galton, le cousin de Darwin, au XIX ème, et son projet était « d’améliorer l’homme ». On voit donc aussitôt que l’eugénisme est, dans une certaine mesure, la forme initiale de l’intention d’ « augmenter l’homme » ! L’eugénisme s’est déployé sous deux formes, dites « positive » et « négative ». La première relevait de l’intention de produire les hommes les « meilleurs », par croisement des « spécimens humains » eux-mêmes supposés dotés d’aptitudes excellentes. La forme négative se manifestant de son côté par l’élimination des « moins bons », par le moyen de la stérilisation notamment.
Il convient d’insister sur le fait que l’eugénisme n’est nullement réductible à ses exactions ostensiblement criminelles, et qu’il ne fut pas du tout l’apanage des régimes politiques totalitaires, en particulier fascistes.

Une injection dans l’oeil pour voir dans le noir !

Quelques gouttes dans les yeux, voilà ce qu’il faut pour devenir un super-héros. Un groupe de «bio-hackers» californiens connu sous le nom de Science for the Masses, vient en effet de rendre publique leur premier test sur l’homme d’un produit améliorant la vision nocturne.

Après en avoir reçu sur les yeux, le cobaye a pu voir dans le noir des formes que les autres ne pouvaient pas distinguer.

Le secret de leur invention porte le nom de chlorine e6 (Ce6), un dérivé de la chlorophylle, le pigment qui donne aux feuilles leur couleur verte significative. Les propriétés de cette molécule sur la vision sont connues depuis longtemps: «Il y a une bonne quantité de documents qui parlent d’injection dans des modèles comme des rats», a expliqué le «bio-hacker» Jeffrey Tibbetts au Mic.

«Après avoir fait des recherches, il faut passer à l’étape suivante».
Quand un chercheur joue les souris de laboratoire

Pour pousser la recherche jusqu’au bout, un membre de Science for the Masses s’est donc porté volontaire pour tester le produit. Le biochimiste Gabriel Licina a reçu 25 microlitres du mélange dans chaque œil. Une dose extrêmement faible. L’équipe a ensuite attendu: les expérimentations passées ont montré qu’il fallait une heure pour que la Ce6 agisse.
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Web 4.0 : l’internet de l’ADN et le web généticiel

Dans ce post daté du 3 mars dernier sur son blog, Olivier Ertzscheid, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication, dresse une histoire passée du Web et présente des projections sur ce qu’il pourrait être à l’avenir. Selon lui, ce sera l’Internet du génome avec toutes les interrogations qu’une telle évolution laisse en suspend.

Par Olivier Ertzscheid

1998-2006. Documents. Web 1.0

Il aura fallu 8 ans à Google pour parvenir à indexer tous les documents disponibles. Oh je vous vois venir, oui, vous avez raison, Google n’indexe pas “tous” les documents disponibles. Probablement moins de 5% des documents effectivement publiés sur le réseau. Alors disons qu’il lui aura fallu 8 ans pour parvenir à indexer suffisamment de documents pour s’assurer d’éliminer la concurrence, de stabiliser des parts de marché le plaçant en situation de quasi-monopole, et, dans les usages autant que dans notre inconscient collectif, pour fonctionner comme une métonymie du web : la partie prise pour le tout.

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Les vertiges du transhumanisme

S’il fallait résumer la philosophie transhumaniste d’une idée, la plus extrême mais aussi la plus saisissante, ce serait celle-ci : un jour, l’homme ne sera plus un mammifère. Il se libérera de son corps, ne fera plus qu’un avec l’ordinateur et, grâce à l’intelligence artificielle, accédera à l’immortalité.

Science-fiction ? Pas si simple. Dans la Silicon Valley, l’idée de l’« homme augmenté » n’effraie personne. Pas plus que celle de longévité indéfinie. Cette enclave en dehors des contraintes temporelles a quitté depuis longtemps le XXsiècle, ses conventions de langage et de pensée. Ce qui paraît tabou ailleurs lui semble empreint d’un principe de précaution dépassé par les progrès exponentiels de la science. Elle invente des mots, comme « disruption », la faculté de perturber l’ordre établi, et peu se soucient que les mutations promettent de mettre sur la paille des industries entières. Sûre de sa « révolution », elle vit dans sa bulle – ou son nuage – numérique. « L’idéologie de la Silicon Valley, c’est celle de la toute-puissance », résume un investisseur étranger. Les seigneurs californiens « veulent être les maîtres du monde ». Mais il ne faut pas en déduire, ajoute-t-il, que « c’est forcément mauvais pour l’humanité ».

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L’homme bionique

Bertolt Meyer, enseignant de psychologie dans une université allemande, est né sans bras gauche. Aujourd’hui, il mène une vie quasi normale grâce à une prothèse bionique à la préhension très performante. Les technologies bioniques sont porteuses d’immenses espoirs.

À court terme, la vie de milliers d’handicapés pourrait être transformée. De plus en plus performantes, ces prothèses surpassent les capacités humaines et rendent les membres plus forts, plus souples, plus résistants. Mais de l’homme réparé à l’homme augmenté, des questions éthiques se posent.

« Je me modifie, donc je suis » (Rediff.)

[Note de Fortune : signaler cet article à l'attention de nos lecteurs ne revient pas à cautionner le transhumanisme, bien au contraire.]

Cyril Fiévet s’intéresse depuis des années aux technologies. Editeur et traducteur pour Fyp éditions, il vient de signer Body Hacking, un livre très documenté sur la démarche volontaire de modifier son propre corps, “notamment en lui adjoignant des composants artificiels, dans le but de transformer son comportement naturel”. En nous amenant à la rencontre de ces premiers pirates d’eux-mêmes, Fiévet ouvre une boîte de pandore, esquissée philosophiquement par les transhumanistes, qui nous fait passer concrètement de la science-fiction à la plus concrète réalité. Qu’est-ce qui change quand les gens se mettent à s’opérer dans leur cuisine ?

Rencontre.

InternetActu.net : Qu’est-ce que tu appelles le body hacking (le piratage du corps) ? Est-ce une nouvelle étape de la modification esthétique ou une nouvelle étape de la modification fonctionnelle ? Si la fusion homme-machine n’est pas nouvelle (des lunettes aux implants mammaires en passant par les pacemakers ou les implants cochléaires… “nous sommes déjà des cyborgs“), qu’est-ce qui change dans ce “mouvement” de body hacking par rapport à la médecine améliorative ou réparatrice telle qu’on la connaît ?
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Alexis Escudero : « La reproduction artificielle de l’humain »

L’ouvrage d’Alexis Escudero, La Reproduction artificielle de l’humain1, a suscité de vives polémiques dans les milieux politiques « radicaux » [de gauche NDLR], certains critiques allant jusqu’à le qualifier de réactionnaire et machiste2. [...] PMA et GPA ne signifient pas l’égalité des minorités et des majorités sexuelles dans leur rapport à la procréation, mais la soumission de tous et toutes à l’institution médicale, l’État, l’économie, et la tyrannie technologique. Telle est la position d’Alexis Escudero.

À rebours des positions qu’a tenue la gauche ces deux dernières années, les partisans de la liberté et de l’émancipation doivent s’opposer à la reproduction artificielle de l’humain et à ce qu’elle implique inévitablement : eugénisme, marchandisation des corps et du vivant, manipulation génétique des embryons, transhumanisme.[...]

La dernière publication de la sociologue canadienne Céline Lafontaine, Le Corps-marché3, ouvrage sur la marchandisation de la vie humaine dans la bioéconomie, pointe l’un des nœuds du désaccord : « La volonté affirmée par certaines auteures de s’affranchir des conceptions biologisantes et naturalisantes de la différence des sexes au profit d’une perspective purement constructiviste a favorisé un certain aveuglement face aux enjeux réels des biotechnologies, surtout en ce qui a trait aux technologies de la procréation assistée. »

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Le transhumanisme : La prochaine étape de la civilisation

Le transhumanisme est la prochaine étape de la civilisation, et le laissez-faire est sa justification, sa condition préalable et sa limite :

  • Premièrement, c’est la seule philosophie qui fournisse une justification adéquate à la liberté transhumaniste, et une réponse solide à ceux qui l’opposent ;
  • Deuxièmement, c’est la seule philosophie qui permette au monde d’être suffisamment prospère pour que nous puissions effectivement nous le permettre, et laisse les gens utiliser leur argent à cette fin ;
  • Troisièmement, c’est la seule philosophie qui se développe en un cadre cohérent et rationnel permettant de gérer les nouvelles questions éthiques soulevées par le progrès technologique.

1. Le transhumanisme en tant que droit libéral
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Le besoin de posséder

Quand une société connaît le chômage de masse, « le droit des arbres, on s’en fout » — c’était l’opinion d’une jeune journaliste des Inrocks à la fin des années 1990. Quinze ans plus tard, Jade Lindgaard (1) parcourt le monde pour recenser les modes de vie alternatifs, les dégâts de l’industrie ou du nucléaire. Elle s’exprime en son nom propre, pour « désapprendre » et « se déprivatiser », comme cherchent à le faire des habitants de Nancy qui rénovent ensemble leurs logements.

Maison où Henry David Thoreau écrivit son livre : “Walden ou La vie dans les bois”.

Le premier pas est difficile. Le second peut sembler dérisoire, tant le chemin est long. Lindgaard prend le pari que la valeur d’usage supplantera la valeur d’échange, que l’abondance tuera la propriété : « L’assurance de l’accessibilité quand l’usage se fait sentir prendra le dessus sur le besoin de possession », affirmait l’essayiste et militant écologiste libertaire Murray Bookchin. Optimiste souvent, drôlement découragée parfois devant toutes ses poubelles ou son lombricomposteur, elle ne peut que constater la force des habitudes : « Le décalage entre l’information reçue et le comportement adopté est patent. »

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“Hacker le cerveau : la menace ultime?” par le Docteur Laurent Alexandre

Avec la montée en puissance des neurotechnologies et l’automatisation annoncée des tâches intellectuelles l’être humain va intégrer de plus en plus de technologies à son organisme. Quels sont les enjeux éthiques, politiques et moraux qui se posent dans cet environnement où notre cerveau, cet « ordinateur fait de viande », devient un outil piratable ? Avec quels rôles pour les géants du Net, (Google, Amazon, Facebook…) qui sont précisément en train de phagocyter le domaine des neurotechnologies ?

Un humain presque parfait

Dans les laboratoires, un nouvel individu, partiellement reconfiguré, est en train d’être imaginé, testé… fabriqué. « Bientôt, promettent certains scientifiques, nous considérerons l’Homo sapiens (c’est-à-dire nous) comme une version charmante, certes, mais totalement démodée! L’Homo technologicus sera tellement mieux! »

C’est précisément ce que propose le marché de l’amélioration de l’être. « Le temps est venu, disent ses promoteurs, de passer à la vitesse supérieure » : un corps parfait et sans âge, un cerveau infaillible, une reproduction maîtrisée, et à terme… l’immortalité. Quitte à acheter quelques pièces détachées pour faire du « tuning » avec notre propre corps comme certains le font avec leur automobile.

Voyage à la recherche de cet homme du futur… hybride mi-homme mi-machine, humain génétiquement modifié. Un homme presque parfait.

Seuls les riches seront immortels

Vivre plus longtemps, en bonne santé… Et même, pourquoi pas, vivre pour toujours, dans un corps synthétique qui ne connaîtra ni la maladie, ni la décrépitude, ni la mort. Financés par des multinationales et des oligarques milliardaires, de nouveaux alchimistes poursuivent ce vieux rêve de l’humanité.

Mais cet âge d’or sera réservé aux riches et dessinera une nouvelle lutte des classes, prophétise le magazine Aeon. L’avenir se partagera entre ceux qui auront accès aux coûteux traitements médicamenteux, aux thérapies géniques, et les autres, pour lesquels la vieillesse sera de courte durée.

Cette lutte a d’ailleurs déjà commencé. Des scientifiques américains sont en train de mettre au point des pilules antiâge qui pourront ralentir le vieillissement, ainsi que des prothèses et des implants électromécaniques qui permettront d’augmenter les capacités humaines. Des innovations qui ne seront accessibles qu’à ceux qui en auront les moyens.

De nouveaux médicaments pourraient permettre aux riches de vivre cent vingt ans ou plus, et en bonne santé. Les pauvres, eux, pourront toujours en rêver. Dans de nombreux pays, la disparité est sidérante entre les revenus des plus fortunés et ceux du reste de la population. Ainsi, depuis 1975, 80 % de la hausse des revenus aux États-Unis s’est faite au profit de seulement 10 % de la population. La vie que peuvent s’offrir les heureux élus n’a rien à voir avec le sort réservé à tous les autres.
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Transhumanisme : L’idéologie dominante

Les travaux de Lucien Cerise ont permis de manifester l’émergence de cette nouvelle synthèse de la philosophie moderne qu’est le “Transhumanisme”. S’il s’agissait de nouveaux développements purement intellectuels du positivisme, son intérêt serait mineure, mais cette théorie unifiante habite l’esprit de nombreux décideurs influents qui n’hésitent pas à envisager une redéfinition de l’homme dans un proche avenir.

La technicisation de notre quotidien par ce qu’on appelle les techno-sciences (outils numériques, sciences de l’information, sciences neurocognitives, nanotechnologies) constitue une sorte de tsunami qui progresse inexorablement.

Ce progrès technique impressionne par son efficacité et sa rapidité. Il est d’autant plus accepté que l’homme contemporain refuse de plus en plus ses limites et ses faiblesses naturelles. Il acquière une légitimité quand il promet une « meilleure qualité de vie ».

Ces innovations technologiques sont les produits du travail de certains chercheurs qui envisagent une amélioration de l’humain, et donc une optimisation du donné de la nature, mais également la transformation de ce donné – le trans-humanisme – et ceci jusqu’à son dépassement ultime : le post-humanisme. Nos enfants sont concernés par ces choix idéologiques. Les politiques, en effet, prennent comme principes de gouvernement toutes ces découvertes techniques sensées rendre l’homme meilleur et transformer notre vie terrestre en paradis.
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«Quand nous serons tous des cyborgs, il sera trop tard»

De la science-fiction, le transhumanisme ? Pour l’anthropologue Daniela Cerqui, l’hybridation homme-machine a déjà commencé.

On corrige la myopie au laser, pourquoi ne pas obtenir une vision de 16/10 ? Militaires et navigateurs peuvent ne pas dormir pendant des jours et des jours grâce au Modafinil. Les étudiants débrouillards aussi. On fabrique des exosquelettes pour permettre aux handicapés de marcher… et aux soldats américains de concurrencer Hulk !

Après l’homme réparé, voici l’homme augmenté et bientôt le transhumain (hybride homme-machine). Cet homme 2.0 n’est pas sans poser toutes sortes de questions d’ordre éthique et philosophique. Auxquelles tente de répondre depuis des années l’anthropologue suisse Daniela Cerqui.

Rue89 : « Transhumanisme », « post-humanisme »… Ces mots ne font pas encore partie du vocabulaire courant. De quoi s’agit-il ?

Daniela Cerqui : Il n’y a pas de définition universellement admise ni solidement établie. Mais je dirais que le transhumanisme est une idéologie portée par différents courants des sociétés occidentales affirmant qu’il est du devoir de l’homme d’utiliser toutes les avancées possibles des sciences et des technologies pour augmenter ses performances.

Autrement dit, multiplier prothèses, implants, transgenèses et autres produits stimulants, non seulement pour réparer l’individu si besoin, mais aussi pour l’améliorer.

L’objectif ? Qu’il reste jeune et en bonne santé ; qu’il soit hyper relié aux autres et au monde ; qu’il devienne plus intelligent, plus rapide, plus empathique. Et qu’il soit même doté de capacités inédites comme la télépathie ou la vision à 360° par exemple.
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Fusion homme-machine : jusqu’où aller ?

Il existe des cœurs artificiels, des os en carbone et des implants cochléaires permettant aux malentendants de retrouver l’ouïe. Des chercheurs pensent que dans les 20 prochaines années, la science donnera naissance à des capacités “surhumaines” qui nous rendront plus performants et permettront de vivre plus longtemps. Quel impact la technologie aura-t-elle sur les êtres humains ?

Xenius, présenté par Carolin Matzko, Gunnar Mergner (Arte 15/08/14)

FUTUREMAG : L’homme augmenté

L’ère de « l’humain augmenté » a-t-elle déjà débuté? C’est ce qu’il semblerait quand on rencontre Neil Harbisson, un artiste anglais qui se définit lui-même comme un cyborg, après s’être greffé une caméra au cerveau. Atteint depuis la naissance d’un déficit visuel qui ne lui permet pas de voir les couleurs, Neil a volontairement modifié son corps pour faire de ce handicap une expérimentation artistique et ressentir différemment le monde qui l’entoure. Nous partons à Londres à la rencontre de cet être hybride et discutons ensuite du mouvement transhumaniste avec Cynthia Fleury, philosophe et membre du Comité Consultatif National d’Ethique français.

FUTUREMAG : Les vêtements intelligents

Connaître en temps réel notre pouls ou notre taux de déshydratation sera bientôt aussi simple que de consulter sa montre pour connaître l’heure. Et ce, grâce aux vêtements intelligents, aujourd’hui en plein développement. Reportage sur cette innovation et ses applications surprenantes chez les sportifs mais aussi chez les pompiers !

FUTUREMAG : Les lunettes connectées, plein les yeux !

Vous avez peut-être entendu parler des lunettes connectées qui nous permettent de voir mieux mais aussi de voir plus. Ouvrez grand les yeux, nous vous faisons découvrir les lunettes connectées dont vous ne pourrez bientôt plus vous passer !

A quoi ressemblerait une journée complète avec des lunettes connectées ? Illustration en image.

FUTUREMAG : Une rétine artificielle pour les aveugles

Qui aurait cru, il y a seulement quelques années, qu’il serait possible de rendre la vue aux personnes devenues aveugles ? A l’Institut de la Vision à Paris, la première patiente équipée d’une rétine artificielle est aujourd’hui capable de voir de nouveau ! Une première que l’on doit au Professeur Sahel, directeur de cet institut que Raphaël Hitier est allé interviewer.

Réputation et transhumanisme : Google devient-il un « Dr Jekyll et Mr Hyde » ?

Depuis quelques années, Google effectue des acquisitions très ciblées aux antipodes de ce qui constitue son ADN initial, à savoir l’indexation des contenus du Web et sa mise à disposition à travers diverses plateformes de diffusion comme YouTube, Android et Google +.

Transhumanisme - tableau

Ces incursions d’un autre genre au croisement de la biotechnologie, de l’intelligence artificielle et de la robotique sont motivées notamment par la philosophie transhumaniste dont les deux fondateurs de Google sont proches. Pourtant, rien ou presque dans la communication corporate de l’entreprise ne s’attarde vraiment sur ces chantiers loin d’être superfétatoires.

A ne rien laisser filtrer sur ses intentions exactes, Google risque-t-il un jour d’affronter un renversement d’image encore plus problématique que les controverses actuelles qui lui collent aux basques sur la protection des données persos et l’optimisation fiscale à tout crin ? Réflexions sur des signaux faibles dont il faudrait tenir compte.

Pour le quidam moyen, Google est un puissant et très pratique moteur de recherche sur Internet. Pour le technophile plus averti, Google est un prolifique incubateur de nouvelles technologies d’où sont sortis par exemple le système d’exploitation mobile Android, le navigateur Web Chrome mais aussi des projets plus fantasques comme la Google Car qui se conduit toute seule ou le projet Loon qui vise à fournir une connectivité ultra haut-débit pour les zones rurales grâce à des ballons stratosphériques.

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FUTUREMAG : Retrouvez l’ouïe grâce aux implants cochléaires

Rendre l’ouïe aux personnes sourdes ne tient plus du miracle. C’est aujourd’hui possible grâce aux implants cochléaires, des implants électroniques de plus en plus perfectionnés qui ont permis à des milliers de personnes de retrouver une audition quasi parfaite. Nous irons en Allemagne à la rencontre de Rachel, maître-nageuse sourde depuis 10 ans qui a recouvré l’ouïe grace à ces implants. Explications de cette technologie avec Stefan Fredelake, ingénieur à Advanced Bionics, et avec le Professeur Frachet, spécialiste des implants cochléaires à l’Hôpital Rothschild.

FUTUREMAG : Une prothèse bionique DIY

Suite à un accident, Nicolas Huchet a été amputé de son avant-bras droit. Les prothèses performantes coûtent extrêmement cher. Pour surmonter cette difficulté, il a décidé de fabriquer une prothèse tout seul, pièce par pièce et à bas coût. L’aide nécessaire, en plus des communautés sur le web, c’est dans un « Fablab » situé à Rennes qu’il l’a trouvée. Il nous montre les secrets de la fabrication de sa prothèse low-cost, qu’il souhaite désormais partager avec le plus grand nombre.

FUTUREMAG : Les exosquelettes : lève-toi et (re)marche !

Connaissez-vous les exosquelettes ? Ces squelettes externes parviennent aujourd’hui à faire remarcher des paraplégiques. À l’occasion d’une course hors du commun à New York, rencontre avec Amit Goffer, l’inventeur de l’exosquelette ReWalk. En France, Alain de Rino, kinésithérapeute au centre de revalidation de Kerpape, l’utilise au quotidien et nous explique son fonctionnement.

Il existe deux types d’exosquelettes : les exosquelettes amplificateurs de force et les exosquelettes d’assistance. Explication en images.

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Le tatouage électronique (vidéo)

Le tatouage est à la mode ? Vous ne croyez pas si bien dire. Un tatouage d’un nouveau genre qui pourrait révolutionner la médecine a vu le jour : le tatouage électronique. Nous sommes partis à Chicago, Etats-Unis, pour découvrir cette technologie impressionnante.

Biologie cellulaire : L’aube du transhumanisme ?

Voici un court documentaire de Fanny Mauve tiré des ressources de L’Institut National de l’Audiovisuel et datant de 1958 traitant en bref des découvertes en biologie cellulaire effectuées au cours de la première moitié du XXème siècle.

Alors que la génétique n’en était qu’à ses balbutiements, nous allons voir que certains scientifiques de l’époque étaient déjà expert dans les domaines de la reproduction artificielle ou de l’embryologie expérimentale.

En effet, entre vie éternelle et monstruosité de la science, ses chercheurs allaient écrire l’avenir avec des révélations sur le vivant n’ayant rien à envier au domaine de la science-fiction.

Jacques Loeb, Eugène Bataillon et Grégory Pincus : La fin du mâle ?

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Quels impacts aura la science du futur sur notre corps ?

L’émission « la science du futur », présentée par le célèbre Stephen Hawking, va nous faire aborder les thèmes de la biomécatronique et du transhumanisme. En effet, avec le développement des biotechnologies, il semble probable que notre corps viendra à être de plus en plus impacté par ces dernières, comme nous allons le voir au travers de 5 innovations.

Stimuler le cerveau afin d’améliorer les performances intellectuelles

Des chercheurs travaillant au département de psychologie expérimentale de l’université d’Oxford ont eu l’idée d’utiliser un faible courant électrique pour stimuler les performances cérébrales et notamment l’aptitude aux mathématiques.

Bien que ce type de technologies implique bon nombre de questions éthiques, notamment vis-à-vis des inégalités qu’elles pourraient engendrer, il est probable que nous constations leur émergence aux environs de 2020.

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L’humain augmenté (vidéo)

L’ère de l’humain augmenté a-t’elle déjà commencé ? Atteint depuis la naissance d’un déficit visuel, Neil Harbisson, un artiste anglais qui se définit lui-même comme un cyborg, s’est greffé une caméra au cerveau. Il a volontairement modifié son corps pour faire de ce handicap une expérimentation artistique et ressentir différemment le monde qui l’entoure.

“Demain vous allez réparer un homme à l’aide d’une technologie qui aura la capacité d’évoluer. C’est une disparition de la notion de la norme.” – Cynthia Fleury

“On est dans une quête de performances illimitées. On va créer une mésestime des ‘non-améliorés’ qui se sentiront défaillants parce qu’ils ne seront pas améliorés techniquement” – Cynthia Fleury

Réalisé par Bruno Richaud, Future Mag (Arte – 21/06/14)

Les cyborgs sont-ils l’avenir de l’être humain ?

Smartphone, GPS, … nous sommes entourés de technologies ” intelligentes ” censées nous faciliter la vie. Pourquoi ne pas fusionner avec elles et nous transformer en cyborgs ? X:enius se penche sur ce scénario dont bien des aspects sont déjà des réalités.

À l’Université libre de Berlin, les deux présentateurs de X:enius se mettent dans la peau d’humains bioniques le temps d’une journée. À force de stimuler leurs capacités mentales, ils finissent par réussir à piloter un fauteuil roulant rien que par la pensée : preuve que ces êtres mi-humains mi-machines sont depuis longtemps passés de la science-fiction à la réalité.

Ils font même partie du quotidien. Exemple avec le britannique Neil Harbisson, premier cyborg officiellement reconnu par un État. Ceci est certes un cas extrême, mais il y a longtemps que la technique a été greffée sur le corps humain. Des prothèses high-tech remplacent certains membres, tandis que des implants électroniques permettent de soigner la surdité et d’offrir aux aveugles une vision, même sommaire.

Pour autant, certains, appelés ” transhumanistes “, pensent que la technique ne doit pas seulement pallier les handicaps, mais aussi améliorer les capacités physiques pour achever l’œuvre de l’évolution humaine, qu’ils considèrent comme incomplète. La frontière entre l’humain et la machine, autrefois nette, devient de plus en plus floue. Quelle part de vérité contient ce scénario ? Quels sont les enjeux de cette évolution pour notre société ?

Transhumanisme : L’humain 2.0

L’homme, au sens où nous l’entendons, vit peut-être ses dernières heures. Aux yeux de certains, cette proposition apparemment apocalyptique sonne comme une bonne nouvelle. Depuis les années 1930, tout un courant culturel « s’inspirant de la science et de la technologie plutôt que des spéculations de la philosophie traditionnelle » envisage avec enthousiasme le dépassement de la nature humaine. Pour ces hommes – de plus en plus nombreux – la science matérialiste est devenue la nouvelle religion : cela ne fait aucun doute, elle les mènera jusqu’à l’immortalité physique.

Le terme transhumanisme remonte à 1957. On le doit au biologiste Julian Huxley, frère du non moins connu Aldous Huxley, l’écrivain. Issu des termes humain et transition, il évoque la génération d’êtres qui effectuera la jonction entre l’Homme tel qu’on l’entend aujourd’hui et celui de demain : le post-humain.

Le projet transhumaniste est une récupération matérialiste de la quête de la libération spirituelle. Il traduit une volonté de se libérer des contingences de la vie matérielle, et réduit de façon terrifiante la vérité de la destinée galactique des âmes à une colonisation physique de l’espace.

L’allégorie de la jeunesse éternelle et de l’immortalité de l’âme deviennent de simples buts dans la matière et le temps. En ce sens, le projet transhumaniste révèle le plan sous-jacent à la science moderne : la destruction totale de la vie de l’âme. Grâce à la technologie, personne n’aura plus aucun effort à fournir. On pourra devenir « meilleur » à sa guise. Plus intelligent ? Plus sensible ? Une simple pilule, une injection ou un implant suffiront. Fini la recherche laborieuse de vérité, la distinction entre le bien et le mal, la connaissance de soi, etc.

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