La terre en morceaux

Un pan de la France meurt en silence. Alors que la ville avance et apporte le béton, les terres agricoles disparaissent à grande vitesse: l’équivalent d’un département français est rayé de la carte tous les sept ans – 26 m2 par seconde selon le syndicat des jeunes agriculteurs !

Auteur de nombreux documentaires consacrés au monde paysan (Les terriens, Les bêtes, La maison neuve, La pluie et le beau temps), Ariane Doublet a voulu comprendre les raisons d’un tel désastre. En Normandie, dans le département de la Seine-Maritime, la réalisatrice est partie interroger des agriculteurs, des élus, un aménageur-lotisseur, une maître d’ouvrage de la communauté d’agglomération havraise… Tous se disputent la terre.

Cette raréfaction coïncide avec celle des petites exploitations familiales, prises en tenailles entre le développement des zones urbaines et la croissance exponentielle d’exploitants investissant à tout va. L’hypothèse d’une agriculture financiarisée et sans agriculteurs se dessine.

(Merci à bleu marine)

Pologne : Un livre qui rassemble

On estime actuellement que c’est 50 % du territoire polonais qui est occupé par des terres agricoles, la plupart étant de type familial. Il va sans dire qu’il s’agit d’une activité essentielle à l’économie de ce pays européen.

Pour revitaliser cet aspect du secteur rural, il devient donc essentiel d’insuffler un nouveau souffle de vie aux campagnes et de concentrer des énergies sur la valorisation des terroirs. C’est d’ailleurs la mission que s’est donnée Dagmara Bienkowska.

La Polonaise, consultante en développement, est forte de ses nombreux succès. Les habitants de Zegocina, petite localité ponctuée d’exploitations familiales, lui doivent d’ailleurs une fière chandelle.

En 1996, pour revitaliser l’économie du coin et faire naître un sentiment de fierté locale et de communauté, elle a misé sur la valorisation de la cuisine de terroir. Motivés par ses idées, les habitants de Zegocina ont ainsi publié un livre regroupant leurs recettes traditionnelles.

Roumanie : Ruée sur les terres agricoles avec la bénédiction de l’Union européenne

Paradis agricole, la Roumanie est de plus en plus convoitée par les investisseurs étrangers, au risque de voir ses terres arables lui échapper. Attirés par des terres grassement subventionnées par les aides européennes et une main d’œuvre bon marché, de nombreux Européens, mais aussi des Libanais ou des Qataris, s’y sont installés ces dernières années.

Bruxelles nie tout accaparement des terres: la venue des investisseurs étrangers ne serait que la suite logique de l’intégration européenne. C’est bien pourtant une nouvelle forme de spoliation qui s’est mise en place, avec la complicité, au moins tacite, du gouvernement roumain.

Avec 10 millions d’hectares de terres arables à bas prix – l’équivalent de la superficie du Portugal ou de la Hongrie – la Roumanie, cinquième surface agricole de l’Union européenne, attire forcément. Notamment les entreprises agro-alimentaires, comme les groupes français Limagrain, Guyomarc’h, Bonduelle, Roquette, Bongrain et Invivo. Ou les fonds d’investissement Agro-Chirnogi (Liban) ou Velcourt SRL (Grande-Bretagne).

En Roumanie, l’agriculture est faite de paradoxes. La terre roumaine est à la fois la plus riche et la moins chère d’Europe. Elle est noire, grasse, fertile, riche en humus. En 2012, elle s’achetait encore autour de 2.500 euros l’hectare, contre 5.400 en moyenne en France, ou dix fois plus au Danemark. A l’Ouest du continent, les terres disponibles manquent pour s’installer comme agriculteur ou agrandir les exploitations.
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Pourquoi les centres commerciaux géants recouvrent la France

En période de recul du pouvoir d’achat et de baisse de leur fréquentation, pourquoi ces temples de la consommation se multiplient-ils, malgré tout ? Quels profits en retirent leurs promoteurs ? Quels intérêts y trouvent les élus ? Enquête sur une nouvelle bulle spéculative.

Plus de 50 centres commerciaux sont actuellement en construction en France ! Le pays en compte déjà pourtant plus de 740. Et leur fréquentation est en baisse depuis 2008, tout comme leur chiffre d’affaires [1]. Qu’importe !

Il en pousse partout de nouveaux: Aéroville, l’Atoll, Europa City, So Ouest, My Place, Rives de l’Orne, Confluence… Les centres commerciaux ne connaissent pas la crise. La France est le pays d’Europe de l’Ouest où s’ouvrent le plus de ces mini-villes faites d’escalators et de galeries marchandes.

En région parisienne, des centaines de milliers de mètres carrés de surfaces commerciales sont sorties de terre en quelques années. S’y ajoutent une vingtaine de rénovations ou d’extensions en cours sur tout le territoire [2]. Le rythme de création des implantations commerciales ne cesse de s’accélérer depuis dix ans.

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Majoration de la taxe foncière : la perte assurée de terres agricoles périurbaines

La dernière loi de finances a mis en place un dispositif qui aura pour conséquence une taxation exorbitante des propriétaires de terres à usage agricole classées désormais constructibles dans 1151 communes soumises à la taxe sur les logements vacants.

Une taxe abusive

A compter de 2014, la loi prévoit que, pour le calcul de la taxe foncière, la valeur cadastrale de ces terres à usage agricole sera majorée automatiquement de 25 % et de 5 € par mètre carré (10 € à partir de 2016), soit une majoration minimale de 50 000 € de la base imposable pour 1 ha.

A titre d’exemple, un propriétaire qui paie aujourd’hui 24 € de taxe foncière pour 1 ha sera amené à payer plus de 13 000 € en 2014 et plus de 26 000 € en 2016.

La Coordination Rurale rappelle qu’il existe aussi depuis quelques années un autre dispositif de majoration de la valeur cadastrale à la discrétion des communes qui vise à majorer la valeur cadastrale jusqu’à 3 € par mètre carré.

Un constat désastreux
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