Les métaux et l’avenir de la technique : Vers l’âge des low-tech

Une présentation de Philippe Bihouix, ingénieur à Centrale-Paris et spécialiste des métaux, sur la situation actuelle des métaux, leur utilisation, et pourquoi nous allons que nous le voulions ou non nous diriger vers un âge des low-tech, vers la décroissance, subie ou volontaire.

Jacques Ellul : « Le système technicien »

Pour Ellul la technique appelle sa propre croissance, en dépend, et s’en soutient : c’est cette spontanéité proprement inhumaine qui fait sa réalité, dans un cercle de l’autonomie qui à la croissance fait correspondre la croissance, jusqu’à ce que l’on puisse parler pour la Technique d’un corps propre, « son entité particulière, sa vie ».

Manuscrit de Talhoffer : Le livre de combat secret du Moyen-Âge

Le livre sur le Combat de Hans Talhoffer (1420-1490) est un des plus mystérieux manuscrits du Moyen-Âge au monde. Daté de 1459, il se compose de 150 feuillets en papier écrit en dialecte Souabe, et dans ses pages illustrées apparaît une collection unique d’images de combats sanglants, de personnages portant de curieux accoutrements, de duels, de machines de guerre et d’inventions insolites.

Les pages de ce manuscrit inconnu ont été ramenées à la vie grâce à la technologie actuelle de restauration, mais encore aujourd’hui, la majorité de son histoire et de son contenu reste inexpliqué.

D’après le manuscrit, la véritable histoire de l’Europe durant le Moyen-Âge se révèle être violente, secrète, spirituelle, et contient une mine de connaissances, preuve que la société médiévale était bien plus sophistiquée et étrange que nous le pensions.

Hans Talhoffer est le plus connu de tous les maîtres escrimeurs germains du sud au XVe siècle. Il est contemporain au maître d’armes Paulus Kal, avec qui les manuscrits suggèrent une rivalité professionnelle. Talhoffer enseigna selon la tradition de Johannes Liechtenauer.
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Gunther Anders : De la désuétude de l’homme

La technique désacralise tout même si elle apparaît souvent comme magique et indispensable. La technique actuelle est très différente des sociétés antérieures. Les moyens dont nous disposons sont disproportionnés par rapport à nos capacités d’humains. Les humains sont vite limités, les machines ne le sont pas. La compréhension des finalités de nos ensembles techniques est très difficile.

La technique englobe tout. Notre vie est enserrée dans la technique, qu’elle soit machinique ou organisationnelle. Dans notre vie, selon Gunther Anders, il existe deux types de travail, celui de la journée et celui du soir ou du week-end, du temps libre. Le premier concerne la production, le second celui de la consommation.

La production des marchandises produit aussi la demande, l’offre sollicite la demande. Il y a une sorte d’inversion avec le développement de la science et de la technique. La publicité est en charge de faire écouler la production pour que se réalise le capital. Il y a bien un travail humain au service de la consommation.

Anders parle de l’importance de la télévision dans ces dispositifs. La télévision a pour fonction de produire le monde. Elle prend le relais des grands systèmes religieux et philosophiques. C’est la télévision qui donne maintenant une vision d’ensemble. La télévision nous rend consommateur du monde. Gunther Anders a observé la société américaine, où l’influence de la télévision était perceptible dès les années 40.
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Les ennemis de la machine

Ils sont chrétiens, anarchistes, libertaires, décroissants ou zadistes. Pour eux, la technologie est aliénante, totalitaire, voire mortifère. Les uns appellent à briser les machines, quand d’autres espèrent convaincre les foules de cesser de croire en leur pouvoir. Marginaux parce que radicaux, ils sont aussi les seuls ou presque à développer une critique érudite et politique d’une société dominée par la technique. Enquête sur les technocritiques, ces irréductibles qui résistent, encore et toujours, à l’envahisseur.

Quand on nous demande de définir la ligne éditoriale d’Usbek & Rica, nous répondons ceci : « On interroge la notion de progrès. On essaie notamment de savoir si le progrès technologique est toujours synonyme de progrès humain, et surtout : comment rester un humain dans le monde ultra-technologisé qu’on nous promet. » À force d’enquêter sur le transhumanisme, l’utérus artificiel ou la biologie de synthèse, une conviction s’est forgée dans nos esprits : l’un des grands clivages politiques de demain opposera les individus qui croient en un avenir toujours plus numérique et technologique, et ceux qui refusent de vivre dans un monde où la machine est au cœur du système. D’un côté, les « technophiles » ; de l’autre, les « technophobes », comme ils sont trop souvent désignés par paresse intellectuelle. Notre magazine a toujours tenu à ouvrir ses pages à ces deux « camps ».

La tyrannie de la vitesse

Nos sociétés ont accéléré la cadence. Accélération technique, accélération des rythmes de vie, accélération des changements sociaux. Comment en sommes-nous arrivés là ? Et si on prenait le temps de penser nos vies…

Des journées trop chargées, à se dépêcher, à courir, pour tenter d’effectuer ce qui, en se couchant, restera à faire. À terminer demain. « Il faudrait allonger les journées ! », dit une collègue. « Le temps passe trop vite ! », se plaint l’autre. « On vit comme des dingues », renchérit la troisième.

« Vous les Occidentaux, vous courez vers la mort ou quoi ? », m’a un jour demandé un Sénégalais. Avant de me conseiller, en wolof : « Danke, danke »(« doucement, doucement »). « Être affamé de temps ne provoque pas la mort, rassurent John Robinson et Geoffrey Godbey, mais, comme l’avaient observé les philosophes antiques, empêche de commencer à vivre (1). » L’existence pleine a besoin de temps pour se déployer.

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Chine : Pour le PDG de Schneider Electric, “7,4%, c’est un taux de croissance dont on rêverait !”

Jean-Pascal Tricoire, PDG de Schneider Electric et président du comité France – Chine, est l’un des dirigeants réunis au Forum Économique de Davos. Surnommé “le Chinois du CAC 40“, il est à la tête d’un groupe qui réalise une grande partie de son chiffre d’affaire dans l’Empire du Milieu. Jean-Pascal Tricoire revient sur les prévisions de croissance en Chine pour 2014, qui viennent d’être révisées à la baisse par le FMI.

Il relativise le ralentissement de la croissance chinoise, estimant que “cela correspond à l’application d’une politique qui avait été exprimée de vouloir une croissance plus modérée, plus sociale, plus inclusive, plus environnementaliste“.

Communications : Des SMS vraiment privés

Saviez vous que la NSA récupérait près de 200 millions de SMS par jour à travers le monde? Si eux le peuvent, j’imagine que d’autres aussi… Pour vous en convaincre, il vous suffit de faire une petite recherche sur google duckduckgo.

Personnellement, tout ceci me chagrine fortement. Même si ma vie privée n’a rien d’extraordinaire, j’aimerais que les sextos envoyés à maman ainsi que les blagues de cul envoyées à mon beau-père restent entres nous… J’ai donc décidé de scruter le web à la recherche d’un outil, facile d’utilisation pour les non geeks, open source (un critère de transparence mais pas que), et adaptable à mon smartphone qui tourne sous cyanogenmod (un android open source).

Bingo, et bonne nouvelle pour tous les utilisateurs d’android aussi, Open WhisperSystems a développé une petite application, nommée TextSecure, à installer depuis le Play Store. Cette application, conseillée par le grand Edward Snowden, est une des seules à remplir tous les critères de sécurité du test effectué par l’Electronic Frontier Foundation. Elle utilise les algorithmes Curve25519, AES-256, et HMAC-SHA256 et comme le chiffrement se fait de bout en bout (avec un système intégré de vérification pour être certain que le destinataire et l’expéditeur sont bien ceux qu’ils prétendent être), il n’est pas possible d’intercepter en clair les messages via une attaque Man In The Middle.

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États-Unis : 1800 scientifiques se demandent si l’espèce humaine devait craindre l’avènement des robots

Peut-on vivre en harmonie avec les robots? C’est la question à laquelle une récente étude tente de répondre. En effet, pas moins de 1.800 scientifiques ont exprimé leur point de vue et les avis sont très partagés.

Voici le résultat de l’étude de l’Université d’Elon aux États-Unis: 52 % des scientifiques qui se sont exprimés lors de cette étude sont persuadés que l’impact de la robotique permettra de créer de nouvelles perspectives pour l’Homme, une certaine valeur ajoutée, avec la création par exemple de nombreux emplois liés à ce secteur bien spécifique. On imagine en effet très bien la nécessité d’un large éventail de techniciens et d’ingénieurs pour le soin et la maintenance de nos nouveaux amis.

Les progrès en robotique permettent, entre autres, de soutenir notre charge de travail et aussi de nous remplacer dans des secteurs laborieux, dangereux ou de précision. On s’imagine déjà dans un univers à la Star Wars avec des robots utilitaires à chaque coin de rue, avec pourquoi pas un petit R2D2 en guise de compagnon pour nous apporter le café. L’automatisation par la robotisation va aussi faciliter l’ouverture de nouveaux marchés.

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Benoît Heilbrunn : « Les nouvelles formes de consommation »

Benoît Heilbrunn, professeur de marketing à ESCP Europe, revient sur les mutations actuelles de la société de consommation. D’un système fondé sur le marketing et des objets omniprésents, nous entrons dans un modèle post-consommatoire où la consommation serait collaborative et enseignée à l’école.

L’échange consommatoire n’est plus simple un échange économique, c’est aussi un échange de valeurs, de compétences et de symbolique.

(Merci à K)

Alexis Escudero : « La reproduction artificielle de l’humain »

L’ouvrage d’Alexis Escudero, La Reproduction artificielle de l’humain1, a suscité de vives polémiques dans les milieux politiques « radicaux » [de gauche NDLR], certains critiques allant jusqu’à le qualifier de réactionnaire et machiste2. [...] PMA et GPA ne signifient pas l’égalité des minorités et des majorités sexuelles dans leur rapport à la procréation, mais la soumission de tous et toutes à l’institution médicale, l’État, l’économie, et la tyrannie technologique. Telle est la position d’Alexis Escudero.

À rebours des positions qu’a tenue la gauche ces deux dernières années, les partisans de la liberté et de l’émancipation doivent s’opposer à la reproduction artificielle de l’humain et à ce qu’elle implique inévitablement : eugénisme, marchandisation des corps et du vivant, manipulation génétique des embryons, transhumanisme.[...]

La dernière publication de la sociologue canadienne Céline Lafontaine, Le Corps-marché3, ouvrage sur la marchandisation de la vie humaine dans la bioéconomie, pointe l’un des nœuds du désaccord : « La volonté affirmée par certaines auteures de s’affranchir des conceptions biologisantes et naturalisantes de la différence des sexes au profit d’une perspective purement constructiviste a favorisé un certain aveuglement face aux enjeux réels des biotechnologies, surtout en ce qui a trait aux technologies de la procréation assistée. »

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Les appareils ménagers ont-ils une durée de vie limitée ?

Quand les appareils tombent en panne, la majorité des Français les mettent à la poubelle pour les remplacer par des produits neufs. Une aubaine pour les fabricants d’électroménagers au point qu’elle pose la question d’une réduction volontaire de leur durée de vie.

Enquête sur un sujet qui touche le quotidien de beaucoup de Français : la longévité de leurs appareils ménagers. L’équipe de France 2 s’est rendue chez un réparateur, Alex Allal-Rimbaud. Elle découvre avec stupeur que les pannes des appareils sont identiques et qu’elles surviennent après un même temps d’utilisation.

“Ce sont des cartes de frigo qu’on répare sans arrêt, toujours avec les mêmes pannes. À 100 % c’est toujours la même panne”, explique le réparateur.

La revue Que Choisir a mené de nombreuses études comparatives au fil des années. Elle en tire un constat clé : malgré le progrès technique, les appareils ne tiennent pas plus longtemps. Néanmoins, Arnaud De Blauwe, rédacteur en chef adjoint de la revue, déclare : “Tant qu’on a pas la preuve (…) il est très difficile de le prouver.”  

” La Décomposition des Nations ” par Leopold Kohr (1946)

Au lieu d’essayer désespérément de gonfler les talents limités de l’homme à un niveau permettant de faire face à l’énormité, l’énormité est découpée jusqu’à une taille où elle peut être gérée même par les talents limités de l’homme. En miniature, les problèmes perdent à la fois leur caractère terrifiant et leur portée, ce qui est tout ce que la société peut jamais espérer.

Notre choix semble donc ne pas être entre crime et vertu mais entre crime énorme et menu crime ; pas entre guerre et paix, mais entre grandes guerres et petites guerres, entre guerres totales et indivisibles et guerres locales et divisibles.

Il est donc tout à fait vrai qu’un monde de petits états pourrait ne pas être du tout paisible, mais être constamment bouillonnant de guerres telles que celles qui caractérisaient le Moyen Âge. Mais à quoi ressemblaient donc ces fameuses guerres médiévales ? Le Duc de Tyrol aurait déclaré la guerre au Margrave de Bavière parce que le cheval de quelqu’un avait été volé. La guerre dura deux semaines. Il y eut un mort et six blessés. Un village fut pris, et tout le vin qui était dans la cave de l’auberge bu. On fit la paix, et la somme de cent thalers fut payée en réparations.

L’Archevêché de Salzburg et la Principauté de Liechtenstein tout proches entendirent parler de l’événement quelques semaines plus tard et le reste de l’Europe n’en entendit jamais parler.

États-Unis : 2 banques remplacent les conseillers financiers par des robots

Deux banques américaines d’investissement, Fidelity Investments et Charles Schwab Corporation, vont commencer à offrir, gratuitement, des conseils financiers automatisés bon marché à leurs clients. Elles utiliseront pour cela ce que l’on pourrait appeler des « robots-conseillers » qui s’occupent de la gestion du portefeuille des investisseurs en se basant sur un algorithme.

Il s’agit d’une première dans le monde financier, où traditionnellement, les conseillers financiers prennent une commission de 1% ou plus sur le montant du portefeuille du client en échange de conseils personnalisés.

Ritholtz Wealth Management, un concurrent de Fidelity Investments et Charles Schwab Corporation, a compris le message et a lancé sur le marché un outil de gestion numérique de portefeuille, destinés aux jeunes clients ayant moins de 100.000 dollars à investir, en échange d’une commission de moins de 0,4%. Les clients reçoivent en outre un accès à tout le savoir-faire de l’entreprise.

Cependant, l’offre « robotisée » reste en général marginale. Selon Sophie Schmitt, senior analyst chez Aite Group, la menace concurrentielle actuelle est minime. Il s’agit d’un créneau d’à peine 5 milliards de dollars.
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Georges Bernanos : La France contre les robots

Premier chapitre d’un essai visionnaire accouché par Georges Bernanos en pleine Seconde guerre mondiale. Il y condamne, avec une lucidité et une clairvoyance unique pour l’époque, les dérives des cultures qui vont se laisser broyer dans l’engrenage de la modernité et des États qui donneront à cette Technique leurs blancs-seings aveugles en les signant avec les sangs de leurs peuples.

La France contre les robots est un essai de Georges Bernanos publié en 1947. Il s’agit d’un recueil de différents textes formant une violente critique de la société industrielle. Bernanos y estime que le machinisme limite la liberté des hommes, et perturbe jusqu’à leur mode de pensée. Pour lui, la civilisation française est incompatible avec une certaine idolâtrie anglo-saxonne pour le monde de la technique.

Il y conteste l’idée selon laquelle la libre entreprise conduirait automatiquement au bonheur de l’humanité, car, selon lui « il y aura toujours plus à gagner à satisfaire les vices de l’homme que ses besoins ». D’autre part, il explique qu’« un jour, on plongera dans la ruine du jour au lendemain des familles entières parce qu’à des milliers de kilomètres pourra être produite la même chose pour deux centimes de moins à la tonne », préfiguration étonnante de ce que seront les délocalisations quarante ans plus tard.

Il y prédit aussi une révolte des élans généreux de la jeunesse contre une société trop matérialiste où ceux-ci ne peuvent s’exprimer.

Chapitre 1:
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Quand les humains n’auront plus besoin de postuler ! (Version FR)

Depuis la révolution industrielle, l’être humain n’a cessé de créer des machines, afin d’automatiser les tâches difficiles ou rébarbatives. Ceci a amené une abondance qui n’était pas envisageable avant. Aujourd’hui, nous sommes devant un constat qui demande réflexion sur l’orientation que prend notre société.

En effet, l’automatisation de tous les secteurs d’activités posera de véritables problèmes pour l’emploi dans l’organisation sociétale actuelle. Cette vidéo que nous avons traduite et doublée nous montre à quel point ce sujet est crucial et le sera de plus en plus avec l’avancement effréné des technologies d’automatisations.

Transhumanisme : L’idéologie dominante

Les travaux de Lucien Cerise ont permis de manifester l’émergence de cette nouvelle synthèse de la philosophie moderne qu’est le “Transhumanisme”. S’il s’agissait de nouveaux développements purement intellectuels du positivisme, son intérêt serait mineure, mais cette théorie unifiante habite l’esprit de nombreux décideurs influents qui n’hésitent pas à envisager une redéfinition de l’homme dans un proche avenir.

La technicisation de notre quotidien par ce qu’on appelle les techno-sciences (outils numériques, sciences de l’information, sciences neurocognitives, nanotechnologies) constitue une sorte de tsunami qui progresse inexorablement.

Ce progrès technique impressionne par son efficacité et sa rapidité. Il est d’autant plus accepté que l’homme contemporain refuse de plus en plus ses limites et ses faiblesses naturelles. Il acquière une légitimité quand il promet une « meilleure qualité de vie ».

Ces innovations technologiques sont les produits du travail de certains chercheurs qui envisagent une amélioration de l’humain, et donc une optimisation du donné de la nature, mais également la transformation de ce donné – le trans-humanisme – et ceci jusqu’à son dépassement ultime : le post-humanisme. Nos enfants sont concernés par ces choix idéologiques. Les politiques, en effet, prennent comme principes de gouvernement toutes ces découvertes techniques sensées rendre l’homme meilleur et transformer notre vie terrestre en paradis.
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Bertrand Russell : « Éloge de l’oisiveté »

Bertrand Russel (1872-1970) était mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique est un digne représentant de la philosophie analytique, considéré avec Gottlob Frege, et Alfred North Whitehead comme l’un des fondateurs de la logique contemporaine. Il reçut par ailleurs le prix Nobel de littérature en 1950. Ce cours essai est paru en 1932 sous le titre “In Praise of Idleness”.

Ainsi que la plupart des gens de ma génération, j’ai été élevé selon le principe que l’oisiveté est mère de tous vices. Comme j’étais un enfant pétris de vertu, je croyais tout ce qu’on me disait, et je me suis ainsi doté d’une conscience qui m’a contraint à peiner au travail toute ma vie. Cependant, si mes actions ont toujours été soumises à ma conscience, mes idées, en revanche, ont subi une révolution.

En effet, j’en suis venu à penser que l’on travaille beaucoup trop de par le monde, que de voir dans le travail une vertu cause un tort immense, et qu’il importe à présent de faire valoir dans les pays industrialisés un point de vue qui diffère radicalement des préceptes traditionnels. Tout le monde connaît l’histoire du voyageur qui, à Naples, vit 12 mendiants étendus au soleil (c’était avant Mussolini), et proposa une lire à celui qui se montrerait le plus paresseux. 11 d’entre eux bondirent pour venir la lui réclamer : il la donna donc au 12e. Ce voyageur était sur la bonne piste.

Toutefois, dans les contrées qui ne bénéficient pas du soleil méditerranéen, l’oisiveté est chose plus difficile, et il faudra faire beaucoup de propagande auprès du public pour l’encourager à la cultiver.

J’espère qu’après avoir lu les pages qui suivent, les dirigeants du YMCA lanceront une campagne afin d’inciter les jeunes gens honnêtes à ne rien faire, auquel cas je n’aurais pas vécu en vain.
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Lewis Mumford, Techniques autoritaires et démocratiques

« Démocratie » est un mot dont le sens est désormais confus et compliqué par l’usage abusif qu’on en fait, souvent avec un mépris condescendant. Quelles que soient nos divergences par la suite, pouvons-nous convenir que le principe qui sous-tend la démocratie est de placer ce qui est commun à tous les hommes au-dessus de ce que peuvent revendiquer une organisation, une institution ou un groupe ?

Benedetta Cappa

Ceci ne remet pas en cause les droits de ceux qui bénéficient de talents naturels supérieurs, d’un savoir spécialisé, d’une compétence technique, ou ceux des organisations institutionnelles : tous peuvent, sous contrôle démocratique, jouer un rôle utile dans l’économie humaine. Mais la démocratie consiste à conférer l’autorité au tout plutôt qu’à la partie ; et seuls des êtres humains vivants sont, en tant que tels, une expression authentique du tout, qu’ils agissent seuls ou en s’entraidant.

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Une passionnante histoire de la contestation des « progrès » techniques en Occident

Dans une synthèse passionnante, Techno-critiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences, François Jarrige fait revivre la contestation des « progrès » techniques en Occident. De l’introduction des métiers à tisser à la lutte contre le nucléaire et les OGM, il brosse avec talent une tranche d’histoire mal connue, plaidant pour le droit à refuser les techniques.

Il arrive même aux poètes de s’écharper sur le « progrès » qu’apportent les techniques nouvelles. Lorsque le 8 mai 1842, aux premiers temps du ferroviaire, un accident de train sur la ligne Paris-Versailles fait plusieurs dizaines de morts, Alfred de Vigny se lamente : « Quel sacrifice horrible à l’industrie ! Irez-vous souvent vous atteler à ces machines aveugles, inexorables », écrit-il.

Pour Alphonse de Lamartine la réponse est claire. « Messieurs, sachons-le, lance-t-il à ses collègues parlementaires qui débattent des suites de la catastrophe ferroviaire. La civilisation aussi est un champ de bataille où beaucoup succombent pour la conquête et l’avancement de tous. Plaignons-les, plaignons-nous et marchons. »

Ce clivage entre partisans et adversaires de l’innovation – ici l’introduction d’un nouveau moyen de locomotion – est une constante historique. A chaque époque les hommes qui ont foi dans le progrès technique, convaincus qu’il va apporter abondance, puissance et bonheur à l’humanité (ou à une partie d’entre elle) s’opposent à ceux qui en contestent les bienfaits ou, à tout le moins, demandent à juger sur pièce.

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La possibilité d’être humain (Docu)

À travers l’art et les outils primitifs, nous découvrons les prémices de l’humanité. Puis le film, à l’instar de notre société moderne, opère un basculement: l’agriculture et son évolution, la révolution industrielle et la nouvelle ère techno-scientiste.

Derrière la technique et les machines nous entrevoyons le travail, notamment le salariat intimement lié à la (sur)consommation. Un « docutopique » sur la société postmoderne, qui propose une alternative à la société, au règne de l’argent et à l’exploitation des travailleurs.

« Lorsque l’Homme se résigne à ne plus être à la mesure de son monde, il se dépossède de toute mesure. » Jacques Ellul

Et si la décroissance était la réponse au retour à une vie prospère ?

Après “Sous les pavés, la Terre”, Thierry Kruger et Pablo Girault partent à la rencontre de militants, activistes, sociologues, philosophes, artistes… d’hommes qui témoignent, dans leurs environnements, de leurs conceptions de la société postmoderne.

Des témoignages pour la recherche d’un nouvel ordre mondial, enfin à la hauteur des valeurs d’égalité et de fraternité prônées par notre société. On ne peut combattre la crise qui ronge notre économie avec les mêmes idées qui l’ont nourrie.

Jacques Ellul : « L’homme qui avait (presque) tout prévu »

La pensée de Jacques Ellul était isolée dans les années 1960. Malgré un léger regain d’intérêt, elle le reste aujourd’hui. Sans doute parce que le penseur bordelais fut l’un des premiers à remettre en cause l’idée de « progrès technique » et l’optimisme technophile à tout crin, un discours qui ne passait pas pendant les Trente Glorieuses.

En 1966, Jacques Ellul s’énerve. Dès l’avant-guerre, il s’est demandé : « Si Marx vivait aujourd’hui, quel serait pour lui le facteur déterminant de la société ? » Sa réponse : « La Technique », c’est-à-dire ce qu’on appelle communément « progrès technique » mais qu’il se refuse à qualifier ainsi : s’il voit bien où est la technique, il ne trouve pas qu’elle apporte de vrais progrès.

Après bien des difficultés, il a réussi à faire publier en 1954 son premier grand livre sur la question, La Technique ou l’enjeu du siècle, lequel n’a guère eu de succès en France ; alors qu’aux États-Unis, où Aldous Huxley l’a fait traduire et publier dix ans plus tard, il a connu un grand retentissement – plus de 100.000 exemplaires vendus – et y a été pris au sérieux, examiné, critiqué, étudié.

Ellul a d’autres raisons de s’énerver : à 54 ans, il est tricard un peu partout. Pas vraiment reconnu par ses pairs de l’université puisqu’il a préféré rester à Bordeaux plutôt que de « monter » à Paris ; absent des médias car il n’a jamais caché ses convictions anti-communistes et anti-sartriennes (à l’époque où Sartre et le PC dominent la pensée, ça ne pardonne pas), et s’est en prime payé le luxe de se proclamer anarchiste.
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Notre rythme de travail laisse présager une société de maniaco-dépressifs

Les interactions toujours plus rapides et nombreuses dans le monde du travail font des dommages collatéraux : de plus en plus de salariés sont touchés par le “syndrome d’épuisement professionnel”, aussi appelé burn-out.

Atlantico : 5 à 10% de la population active française serait concernée par le burnout, autrement appelé « syndrome d’épuisement professionnel ». En quoi cela consiste-t-il ? Quels en sont les symptômes ?

Odile Chabrillac : Il s’agit d’un abattement à la fois physique, psychologique et intellectuel lié au contexte du travail. C’est le stade ultime du stress qui s’installe en général progressivement. On peut discerner plusieurs étapes la plupart du temps : le sujet s’investit d’abord corps et âme à la tâche. Il se rend ensuite compte que l’énergie qu’il déploie professionnellement ne donne pas les résultats escomptés, mais il continue pourtant. La personne se sent frustrée voire abattue ou impuissante, et commence à consommer des médicaments anti-fatigue la journée et des somnifères le soir. À partir de là, elle ne ressent plus de plaisir à travailler, déplaisir qui peut aller jusqu’à l’impossibilité d’aller travailler. Avant d’arriver à cette situation de rupture, les symptômes peuvent être nombreux : cela va des troubles digestifs, respiratoires, sexuels, à toutes les affections du système nerveux – Irritabilité, spasme, agitation, hypersensibilité, troubles du sommeil, angoisse et ses manifestations (palpitations, mains moites…).

Puis surviennent d’autres signes en rapport avec un état de lassitude extrême : fatigue générale sans amélioration avec le repos (week-end ou congés), trouble de la mémoire, perte de l’estime de soi, sommeil de plus en plus perturbé, perte ou au contraire prise de poids…

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Éoliennes volantes : l’avenir de l’énergie est dans le ciel !

Plus performantes et moins coûteuses que leurs grandes sœurs terrestres, les éoliennes volantes représentent l’avenir de l’énergie. Hissées à l’aide d’un câble à des altitudes oscillant entre 400 et 10.000 m, ces prototypes peuvent générer des quantités d’électricité phénoménales.

Dans quelques années, des essaims de moutons blancs voleront au-dessus de nos têtes. Ni nuages, ni bovidés évidemment. Mais des éoliennes aériennes aux performances très prometteuses. Alors que leurs grandes sœurs terrestres tournent seulement 20% du temps à la faveur de vents d’intensité modérée, ces éoliennes volantes flirtent avec des vents beaucoup plus constants. Et surtout beaucoup plus puissants.

Les plus performantes pourraient produire jusqu’à 10 mégawatts/h. A 1.000 m d’altitude, les éoliennes aériennes produiraient 5 fois plus d’énergie qu’au sol. Développée à grande échelle, cette technologie pourrait satisfaire l’intégralité des besoins énergétiques de la planète. L’exploitation commerciale est prévue dans moins de 10 ans.

A 10.000 m, c’est la cour des grands vents soufflant à une puissance phénoménale. On les appelle « courant-jets », ils balaient les hauteurs du globe à des vitesses allant de 100 à 350 km/h. Selon une étude américaine de septembre 2012, ces vents de haute altitude représentent une énergie estimée à 1.800 térawatts.
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La technologie est-elle responsable de l’accélération du monde ?

Par Hubert Guillaud

Le sociologue et philosophe allemand Hartmut Rosa a été remarqué en France depuis la traduction en 2010 d’Accélération : une critique sociale du temps, complété depuis par une synthèse et mise à jour de ce livre dans Accélération et aliénation

Courir après le temps” de Gilbert Garcin

Pour Hartmut Rosa, le temps a longtemps été négligé dans les analyses des sciences sociales sur la modernité au profit des processus de rationalisation ou d’individualisation. Pourtant, selon lui, l’accélération est la caractéristique de la société moderne.

Dans ses essais, il en livre une taxonomie intéressante expliquant que l’accélération sociale que nous connaissons découle de l’accélération technique, de celle du changement social et de celle de nos rythmes de vie qui se manifeste par un stress, une aliénation toujours plus grande qui nous rend de plus en plus incapables d’habiter le monde (vous pourrez trouver une très bonne synthèse de la thèse de Rosa dans le numéro de janvier 2013 de Rhizome, le bulletin de l’Observatoire des pratiques en santé mentale et précarité).

Invité par l’Insa de Lyon, il donnait en mars dernier une conférence auprès d’une foule d’étudiants à la bibliothèque Marie Curie du Campus de la Doua, sur le thème “la technologie est-elle responsable de l’accélération du monde ?“.
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Alerte à Babylone

Alerte à Babylone propose de réfléchir sur l’automatisme de l’application des nouvelles technologies, même quand celles-ci mettent en danger l’environnement et l’avenir des hommes. On évoque beaucoup les transformations sociales impliquées par ces nouvelles techniques.

Avant tout le film déplore l’absence de débat publique avant la mise sur le marché des nouvelles techniques et l’incapacité des pouvoirs publiques à prendre en charge le contrôle des applications. De nombreuses interview de personnages en contact direct avec ces technologies, des chercheurs, des juristes, etc …

Et les coûts de Mégalopolis grandissent encore plus vite que sa taille. A tout prix il faut faire venir plus d’énergie, plus d’eau. Il faut assurer le transport des vivants. Mégalopolis est une citée assiégée, mais elle ne l’est que par sa propre masse. Aussi ne peut-elle être sauvée que par le sacrifice chaque jour plus poussé de ses libertés. ” -  Bernard Charbonneau

Drux Flux

Film d’animation de Theodore Ushev illustrant l’écrasement de l’homme moderne par le rouleau compresseur de la performance. Entre figuration et abstraction, Drux Flux s’inspire de L’homme unidimensionnel du philosophe Herbert Marcuse. Le cinéaste déconstruit les paysages industriels et met en cause la suprématie de la technique au dépend de l’humanité.

Technique : Tutoriel de capture pour la TNT

Note de la Rédaction de Fortune : Nous encourageons tous les lecteurs à utiliser le type de matériel décrit dans ce tutoriel, afin de capturer les émissions intéressantes qui échappent à notre vigilance.

Le but de ce tuto est moins de montrer la technique que de présenter l’aspect inédit de ce logiciel très léger :

- L’enregistrement préventif programmé de programme TV ciblé

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Marius à Marseille enregistre tous les jours son JT France 3 Provence Cote d’Azur ainsi la locale de Marseille.
Paul à Orléans enregistre tous les jours son JT France 3 Centre.
Olivier fait pareil à Lille et Damien à Lyon…
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La tyrannie de la vitesse

Nos sociétés ont accéléré la cadence. Accélération technique, accélération des rythmes de vie, accélération des changements sociaux. Comment en sommes-nous arrivés là ? Et si on prenait le temps de penser nos vies…

Des journées trop chargées, à se dépêcher, à courir, pour tenter d’effectuer ce qui, en se couchant, restera à faire. À terminer demain. « Il faudrait allonger les journées ! », dit une collègue. « Le temps passe trop vite ! », se plaint l’autre. « On vit comme des dingues », renchérit la troisième.

Le phénomène est pourtant ancien : le sentiment d’une accélération est exprimé dès le XIXe siècle avec l’apparition du chemin de fer et se concrétise, dans une multitude d’expériences, au cours de la révolution industrielle. Pourtant, de nombreux penseurs tiennent le phénomène comme caractéristique de notre époque récente, qu’ils appellent la « postmodernité », la « seconde modernité » ou la « modernité tardive ».

Où est passé le temps libre ?

Cette modification perceptive du temps est fondée. Les faits témoignent indéniablement d’une « accélération technique » – la plus visible et documentée : l’augmentation de la vitesse de déplacement, de transmission de l’information et de production. Dans ces domaines, la technique nous permet d’effectuer, par rapport à nos grands-parents, les mêmes actions dans un temps beaucoup plus court. L’histoire de la vitesse de transport – de la marche à pied au navire à vapeur, au vélo, à l’automobile, au train à grande vitesse (TGV), à la fusée spatiale – montre que l’on effectue la même distance en beaucoup moins de temps. Pareil pour le transport des informations : alors qu’il fallait des semaines aux messagers à cheval et aux pigeons voyageurs pour transmettre des informations, le temps requis avec Internet est celui d’un simple clic.

Pourquoi sommes-nous alors débordés, en manque de temps, alors que la technique est censée nous en avoir libéré ? Voici l’un des plus grands paradoxes : plus nous gagnons du temps, moins nous en avons. Le calcul, illogique, interpelle. Où sont alors tous ces gains de temps, ce nouveau « temps libre » généré par la technique ? Remis en circuit. Comme le souligne H. Rosa, « nous produisons plus vite mais aussi davantage », les gains de temps étant ainsi absorbés par l’augmentation de la croissance.

Voilà le problème : l’homme moderne est si gourmand qu’il veut parcourir, transmettre, produire trois fois plus (de distance, d’informations, de choses) alors même que la technique lui permet d’aller seulement deux fois plus vite. Si bien qu’il en vient à avoir moins de temps que son congénère en avait au siècle dernier.

Par conséquent, un sentiment d’urgence, anxiogène, pousse à accélérer la cadence.

Une vie sociale en renouvellement perpétuel

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La décadence de l’Occident américanisé…

… et orientations philosophiques pour en sortir.

Par Yvan Blot

Heidegger a eu le mérite de déceler la nature de la décadence qui frappe l’Occident et qui est bien plus grave et plus profonde qu’une simple crise politique. Nous vivons soumis à un système qu’il a appelé le « Gestell », l’arraisonnement utilitaire, et dont le centre, depuis la chute du IIIe Reich et de l’URSS, est désormais aux États-Unis d’Amérique.

«L’adoration du veau d’or» – Nicolas Poussin, 1633

Description du « Gestell » totalitaire qui nous asservit La description du Gestell (système d’arraisonnement utilitaire) fait appel aux quatre dimensions de « Geviert », système au sein duquel tout homme vit nécessairement : l’homme vit sur la terre, sous le ciel, parmi les autres hommes et face à la Divinité. Ce système structuré par quatre pôles est inspiré par la métaphysique d’Aristote avec ses fameuses causes matérielle, formelle, motrice et finale.

La société actuelle, société du « Gestell » est construite autour de quatre idoles majeures, la technique, l’argent, la masse et l’ego.

Argent

Ego ← Gestell → Masses

Technique

La société européenne, sous direction désormais américaine, est le résultat d’une évolution qui a conduit à mettre en place ces quatre idoles.

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Nicolas Sarkozy, le président des riches

Spécialiste de la haute bourgeoisie, Michel Pinçon, aidé par sa femme, Monique Pinçon-Charlot, a rédigé une « Enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy » [Editions Zones, septembre 2010].

Il est difficile de résumer cet ouvrage, collection d’anecdotes révélatrices. Forcément, la note de lecture ci-dessous ne peut que transcrire les très grandes lignes, exprimer la sensation générale du lecteur. Mais ne serait-ce que pour donner envie de lire ce livre, cela vaut la peine de le commenter.

C’est un sujet d’actualité, ô combien. Non que Nicolas Sarkozy en lui-même soit important. Mais parce qu’il représente quelque chose, sa présence à l’Elysée signifie quelque chose : elle veut dire que les « élites » de notre pays sont devenues les ennemies de leur propre peuple.

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L’idéologie du travail

Par Michel Drac

« L’idéologie du travail » [par Alain de Benoist] est un texte court, mais nourrissant. On y trouve une des critiques les plus habiles et les plus convaincantes de la théorie marxienne. Si certains raccourcis peuvent choquer (par exemple l’ignorance de l’étape pourtant fondamentale de la réforme grégorienne dans le rapport de l’Occident au travail), dans l’ensemble, l’exposé tient la route.

Pour Alain de Benoist (AdB), l’idéologie du travail prend son origine dans la Bible : dès les premiers chapitres de la Genèse, l’homme est défini par l’action qu’il exerce sur la nature. Et cela, avant même la faute originelle, qui ne fera qu’aggraver les conditions dans lequel le travail est conduit.

Fondamentalement, l’homme est l’agent du travail dans l’idéologie biblique. En cela qu’il instaure un rapport instrumental entre l’homme et la nature, l’héritage hébraïque s’oppose donc à l’héritage grec, et il annonce, déjà, la technique moderne. L’homme est objet de Dieu, mais la terre est objet de l’homme. Une éthique, puis une morale, découleront inéluctablement de cette idéologie (l’éthique protestante, par exemple). Le capitalisme est, en partie au moins, un produit de l’idéologie hébraïque du travail.

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« La Bourse est devenue un casino géant », selon les professionnels de la finance

La Bourse est-elle devenue une grande pagaille ? A l’ouverture du rendez-vous annuel des opérateurs de marché, le World Federation of Exchange (WFE) à Paris, lundi 11 octobre, le constat des professionnels avait des allures inquiétantes. « La Bourse est devenue un casino géant. Sauf que le fonctionnement d’un casino est plus transparent et plus facile à comprendre », a résumé Thomas Peterffy, fondateur de la société Interactive Brokers, lors du discours d’introduction. Selon lui, l’électronisation des échanges, la libéralisation des marchés et l’accélération intense des transactions a fait naître le désordre sur les marchés boursiers.

Un message frappant et d’autant plus déconcertant que M. Peterffy a fondé à la fin des années 1970 une société de courtage électronique qui a contribué à cette modernisation des échanges aujourd’hui critiquée. « Lorsque j’ai créé ma société, je ne voyais que le coté positif de l’arrivée de technologies sur les marchés, je me suis trompé », a-t-il reconnu.

« VOLCAN FINANCIER »

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La fuite en avant de la modernité

L’époque n’est pas si lointaine où certains espéraient que l’évolution technique permette d’alléger le travail et de libérer du temps libre. Puissante en Occident durant les années de croissance de l’après-guerre, cette promesse n’a pas été réalisée. C’est même l’inverse qui s’est produit.

"Pluie, vapeur, vitesse", par William Turner (1844)

Nous avons le sentiment de manquer de temps, tout en étant équipés de toujours plus d’appareils qui effectuent des tâches à notre place. Dans une grande ville, la possession d’une voiture entraîne automatiquement une augmentation du temps de transport. De façon surprenante, les nouvelles technologies exigent en réalité du temps supplémentaire. De cette manière, elles accroissent aussi le rythme de la vie.

Au coeur de cette logique paradoxale, il y a le processus d’accélération. C’est la thèse du sociologue et philosophe allemand Hartmut Rosa. Il en a défini les dimensions, les causes et les conséquences dans Accélération, un grand livre de théorie sociale qui contient une foule de données intrigantes sur les évolutions de notre rapport au temps.

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L’Occident comme déclin

(extraits)

Par Guillaume Faye

N.B. : ce texte date de 1985.

Phénix renaissant de ses cendres (enluminure du Bestiaire d'Aberdeen, XIIème siècle)

En apparence, l’erreur d’Oswald Spengler fut immense : il annonçait pour le XXème siècle le déclin de l’Occident, alors que nous assistons tout au contraire à l’assomption de la civilisation occidentale, à l’occidentalisation de la Terre, à la généralisation de cet « Occident » auto-instauré comme culture du genre humain, dont, suprême paradoxe, les nations néo-industrielles de l’Orient constitueront peut-être d’ici peu l’avant-garde. En apparence toujours, c’est au déclin de l’Europe que nous sommes conviés. Montée en puissance de l’Occident et perte de substance de l’Europe : les deux phénomènes sont sans doute liés, l’un entraînant l’autre. Tout se passe comme si, après avoir accouché de l’Occident, répandu aujourd’hui sur toute la planète, l’Europe épuisée entrait dans un nouvel âge sombre.

La thèse ici présentée sera simple : l’Occident n’est pas « en » déclin – il est au contraire en expansion – mais il est le déclin. Et il l’est depuis ses fondements, depuis son décollage idéologique au XVIIIème siècle. L’Europe, quant à elle, n’est qu’en décadence.

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Rapatriement de la dette ou dé-mondialisation ?

Par Jean-Claude Werrebrouck

Parmi les nombreuses propositions à effet de juguler les dangers d’une dette publique jugée insupportable, on notera l’intéressant article signé de Rodolphe A. Müller et Pierre-Alain Schieb dans Le Monde du 8 juin.

Constatant une corrélation positive entre la quiétude des marchés et le pourcentage de la dette domestique dans la dette publique totale, les deux auteurs en viennent à proposer un plan de compensation inter-Etats et inter-créanciers, aboutissant à la renationalisation de la dette.

Aucun détail concernant la procédure suivie n’est indiqué. Simplement, il s’agirait d’une gigantesque compensation. Et, sans doute, compensation elle-même fort complexe, puisque les dettes publiques nombreuses, en théorie égales au nombre d’Etats, sont appropriées par des agents nationaux fort nombreux et fort divers : banques centrales, banques nationales et étrangères, compagnies d’assurances, fonds de pension, ménages.

Plus complexe encore – à supposer qu’il existe un accord politique international, regroupant un nombre significatif d’Etats concernés et volontaires – serait le taux de change entre les dettes compensées. Problème qui reste entier, dans une compensation entre Etats n’appartenant pas à un même zone monétaire. Mais, problème qui demeure, même à l’intérieur d’une zone, les nouvelles créances ne jouissant plus des rendements antérieurs. A titre d’exemple, les créanciers français de dette publique grecque verraient s’affaisser, au terme de la compensation, la rentabilité de leur investissement.

Mais il y a beaucoup plus grave. La compensation généralisée aboutirait à la mise sur le devant de la scène, et donc sa mise à l’index, de l’Etat le plus internationalement endetté. Le processus envisagé de rapatriement favorise peu les Etats dont l’endettement est faible ou repose sur une base domestique.

Ainsi, le Japon qui, certes dispose d’un Etat très endetté, serait peu favorisé par la procédure de rapatriement. Il n’y a quasiment rien à rapatrier et seulement 5,8% de la dette publique sont détenus par des étrangers.

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Partage de la valeur ajoutée : le hold-up tranquille

«La guerre des classes existe, c’est un fait. Mais c’est la mienne, celle des riches, qui mène cette guerre et nous sommes en train de la remporter.»

(Warren Buffett, deuxième fortune mondiale, New York Times, 29 novembre 2006)

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C’est le point aveugle du débat économique. Une donnée clé, et d’autant mieux cachée par les grands médias : de toutes les richesses produites en France, les salariés récoltent, aujourd’hui, d’après l’Insee, 9,3% de moins qu’en 1983 – autant qui va en plus aux actionnaires. Soit plus de 100 milliards d’euros par an…

«La part des profits est inhabituellement élevée à présent (et la part des salaires inhabituellement basse). En fait, l’amplitude de cette évolution et l’éventail des pays concernés n’a pas de précédent dans les 45 dernières années.»

D’où sont tirées ces lignes ?

On croirait une communication de la CGT ?

Ou un discours d’Olivier Besancenot ?

Au contraire : ce passage est extrait d’un article de la Bank for International Settlements. La Banque des Règlements Internationaux. Une institution qui réunit chaque mois, à Bâle, en Suisse, les banquiers centraux pour « coordonner les politiques monétaires » et « édicter des règles prudentielles ».

Dans leurs Working Papers n° 231, daté de juillet 2007 et titré Global upward trend in the profit share («Hausse tendancielle mondiale de la part des profits»), eux insistent pourtant sur les «hauts niveaux de la part du profit inhabituellement répandus aujourd’hui», sur cette «marge d’une importance sans précédent», sur cette «preuve à la fois graphique et économétrique d’un fait particulier concernant le partage des revenus dans les pays industrialisés : une poussée à la hausse de la part des profits au milieu des années 80, ou son pendant : une poussée à la baisse de la part des salaires» et ainsi de suite sur vingt-trois pages.

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