Le débat sur la dette redémarre aux Etats-Unis

Le plafond sera renégocié d’ici à mi-octobre. Retour historique sur une «bizarrerie».

Les Etats-Unis s’apprêtent-ils à revivre le psychodrame de l’été 2011 ? Lundi 26 août, le secrétaire américain au Trésor, Jacob Lew, s’est voulu alarmiste. Dans une lettre adressée au Congrès il y a deux jours, il prévient : «Le plafond légal de la dette des Etats-Unis sera atteint mi-octobre.»

Si, d’ici-là, républicains et démocrates ne s’entendent pas pour relever ce plafond, aujourd’hui à 16.700 milliards de dollars [12.688 milliards d'euros], le pays pourrait se retrouver en défaut de paiement.

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Scandale du fisc américain : les racines du mal

La “malédiction du second mandat”, dont plusieurs présidents américains ont été victimes, menacerait-elle Barack Obama ? Le scandale de l’Internal Revenue Service (IRS ; le fisc américain) sera-t-il un jour comparé par les politologues à l’affaire Lewinsky pour Bill Clinton, à l’ouragan Katrina pour George W. Bush, voire au Watergate pour Richard Nixon ?

Cette fois, l’affaire de l’IRS menace le président américain parce qu’elle met en cause deux idées-forces de sa campagne électorale victorieuse de 2012 : la confiance en l’Etat et l’honnêteté politique.

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Aux États-Unis, les «patriotes» extrémistes inquiètent

[Sans pour autant approuver systématiquement les groupes de citoyens américains évoqués par cet article, la rédaction de Fortune tient à préciser qu'elle ne cautionne pas davantage certaines des accusations portées contre eux et relayées par celui-ci.]

Rien ne semble pouvoir arrêter la montée en puissance des milices extrémistes anti-gouvernementales. Racistes, surarmées, elles menaceraient la sécurité intérieure américaine.

En rouge le nombre de groupes extrémistes dits «patriotes». En vert, les milices. Source: SPLC

Ils n’ont jamais été aussi nombreux. Une récente étude du Southern Poverty Law Center (SPLC), une association américaine de défense des droits, a comptabilisé 1360 groupes extrémistes ultraconservateurs, dits «patriotes» aux États-Unis, en 2012. C’est 7% de plus qu’en 2011.

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Barack Obama va évoquer une réforme de l’immigration aux USA

Barack Obama va évoquer mardi [29 janvier 2013] une plus grande ouverture de l’immigration aux Etats-Unis, jugée bénéfique par la majorité des économistes, mais ne devrait pas présenter de programme détaillé par peur de braquer le camp républicain.

Clandestins arrêtés en Arizona, au nord de la frontière mexicaine, en 2010

Le président démocrate s’exprimera à 19h15 GMT à Las Vegas, dans le Nevada, au lendemain de la présentation d’un projet de réforme par un groupe de huit sénateurs des deux camps, qui marque une évolution d’une partie des républicains sur le sujet.
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Second mandat pour Obama

par Paul Jorion

On n’aura donc pas eu droit aux affres des infinis recomptes de bulletins de vote que les États-Unis avaient connus en l’an 2000, puisqu’Obama l’aura emporté sur Romney avec une majorité assez nette. Du point de vue législatif, évolution paradoxale : les républicains étoffent un peu leur majorité au Congrès, et les démocrates, la leur au Sénat.

Obama n’aura pas les coudées franches sur le plan législatif. Cela fera-t-il pour lui une réelle différence si l’on se souvient que lorsqu’il avait été élu, il disposait d’une majorité de rêve, mais n’en avait absolument rien fait, sinon attendre qu’elle s’effrite. Ses premiers cent jours, s’étaient égrenés tout en demeurant, à la consternation générale, le même désert.

Les Français ont vécu récemment une réédition du même scénario. Pourquoi, se demandera-t-on, de tels paradoxes ? Je hasarde une hypothèse : parce que dans l’un et l’autre cas, le vainqueur s’est déjà situé mentalement dans la phase suivante : celle du gouvernement d’unité nationale qui sera nécessaire pour faire admettre aux peuples qu’il n’y a plus rien à gagner à vouloir reconstruire à l’identique, et l’on se ménage l’opposition traditionnelle en faisant sa politique à elle plutôt que la sienne propre. On se souviendra ainsi de l’alignement consternant d’Obama sur certaines positions du « Tea Party », la frange libertarienne du parti républicain.

Pour qu’une telle stratégie puisse réussir, il faudrait qu’émerge un vaste consensus au centre. Or, et Obama a pu le constater durant son premier mandat, devant la détérioration de la situation qu’entraîne un tel attentisme, c’est précisément le centre qui s’effondre ; ce sont les extrêmes qui gagnent en puissance et les partis de gouvernement, centristes au départ, finissent par s’aligner sur ces extrêmes qui les débordent, et tout dialogue entre eux devient impossible.

Tout laisse présager que c’est à cela qu’Obama se verra confronté durant son deuxième mandat : une double radicalisation, des républicains et des démocrates, chacun de son côté, faisant monter la vocifération de part et d’autre, accompagnée d’une paralysie sur le plan politique, le Congrès et le Sénat parvenant à se neutraliser mutuellement, tandis que le Président tentera de se frayer péniblement un chemin à coups de décrets, d’« executive orders », dont son opposition républicaine mettra systématiquement en cause la constitutionnalité.

Certaines personnalités sont ainsi faites qu’elles se révèlent à leur avantage dans l’adversité plutôt que dans la félicité et espérons pour nous tous qu’il en sera ainsi dans l’avenir immédiat et ce, sur les deux rives de l’Atlantique. Ceci dit, préparons-nous plutôt au monde de demain qui se dessine par-delà l’énorme locomotive renversée du monde qui lui se termine, dont les roues dressées vers le ciel, tournent à vide, désespérément.

Blog de Paul Jorion

“Braquage” à l’américaine… à la Fed !

Pour endiguer la crise, la Réserve fédérale américaine a versé des milliards de dollars en aide financière aux plus grandes institutions financières et à de grandes sociétés aux États-Unis et dans le monde. Il s’agit du plus grand hold-up jamais organisé dans l’histoire économique du monde, estime Charles Sannat*, directeur des études économiques d’AuCOFFRE.com.

AUDIT DE LA FED, ACTE 1

Alors que Ron Paul mène une bataille épique contre la Fed, la banque centrale américaine, une première victoire a été obtenue par cet homme politique avec la divulgation, en juillet 2011, d’un rapport du GAO (Gouvernment Accountability Office) qui est l’organe d’Etat de vérification des comptes du Sénat. En quelques mots, Ronald Ernest « Ron » Paul (né le 20 août 1935) est un homme politique américain, membre du Parti républicain, représentant du Texas à la Chambre des Représentants (de 1976 à 1985, et de nouveau depuis 1997).

Partisan du libertarianisme, il préconise un État fédéral au rôle limité, de faibles impôts, des marchés libres, une politique étrangère non interventionniste ainsi qu’un retour à des politiques monétaires basées sur des métaux (or, argent) pour étalon.  Il est parfois surnommé « Doctor No » au Congrès parce qu’il vote contre toutes les lois qui, selon lui, violent la constitution américaine ou qui augmentent les impôts ou les revenus des membres de la Chambre des Représentants.

Des montants phénoménaux

A titre d’étalon de comparaison, le PIB de la France, c’est-à-dire l’ensemble de la richesse produite en un an en France, s’élève à environ 2 000 milliards d’euros. Notre budget, en tout cas l’ensemble des recettes de l’Etat, est d’environ 350 milliards d’euros.

Le premier audit de la Réserve fédérale a permis de découvrir de nouveaux détails sur la façon dont les États-Unis ont fourni la modique somme de 16 000 milliards de prêts secrets pour renflouer les banques américaines et étrangères ainsi que les entreprises durant la pire crise économique depuis la Grande Dépression.  Il ne faut pas non plus oublier les (plus de) 10 000 milliards de dollars prêtés via des accords de swap aux autres banques centrales et dont la BCE, la banque centrale européenne, a été la première bénéficiaire avec plus de 8 000 milliards de dollars. Il faut donc retenir que, sur une période allant de 2007 à fin 2008, les Etats-Unis ont injecté plus de 26 000 milliards de dollars dans le système financier international.

“Socialisme pour les riches”

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USA : Jouissance de l’inégalité

Par Timothy Snyder (historien américain, né en 1969, docteur de l’université d’Oxford, il est aujourd’hui professeur à Yale, où il enseigne l’histoire de l’Europe centrale et orientale. Il collabore régulièrement à la “New York Review of Books” et est l’auteur de plusieurs ouvrages. Son dernier livre, paru en 2010, “Terres de sang, l’Europe entre Hitler et Staline”, a été un best-seller aux Etats-Unis. Il a été traduit en français et publié chez Gallimard).

Un spectre a hanté la dernière convention républicaine – le spectre de l’idéologie. La romancière Ayn Rand (1905-1982) et l’économiste Friedrich Hayek (1899-1992) servent de référence à de nombreux libertariens américains, à une bonne partie du Tea Party et à Paul Ryan, colistier de Mitt Romney, en particulier. Les deux auteurs, très différents, ont fait l’objet de nombreux malentendus et, dans le cas d’Hayek, sont plus souvent cités que lus. Pourtant, dans leur forme vulgarisée, leurs arguments sont utilisés à titre de pierre angulaire intellectuelle pour Ryan et d’autres membres de l’aile droite du Parti républicain, dont Mitt Romney doit s’assurer le soutien.

Ayn Rand

L’ironie de la chose est que ces deux auteurs, dans leur lutte contre la gauche marxiste du milieu du XXe siècle, se fondaient en partie sur les mêmes hypothèses implicites que le marxisme lui-même : la politique relève d’une simple et unique vérité ; l’Etat finira par disparaître ; une avant-garde d’intellectuels est nécessaire pour réaliser une utopie prévisible à l’avance. Le résultat en forme de paradoxe : un ticket républicain qui fait sienne une idéologie dépassée, s’emparant d’une partie du pire qu’ait produit le XXe siècle et le présentant comme un projet pour le XXIe.

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Où va l’Amérique ? De Wall Street à Main Street, la peur du déclin

A moins de trois mois de l’élection présidentielle américaine, Gilles Biassette, journaliste à La Croix, radiographie ce pays et ce qu’il reste du « rêve américain ». Selon lui, « les États-Unis semblent aspirés par la spirale du déclin et profondément miné par le doute », en dépit de ses succès dans les technologies de l’information et du divertissement.

« Thésée et le minotaure » – Maître des Cassoni Campana (1500-1525)


L’expert place au cœur de son analyse le malaise des classes moyennes, “l’âme” de la nation. Ces dernières, victimes au premier chef de la désindustrialisation, ont décroché du “rêve américain” qui veut que demain sera meilleur qu’aujourd’hui. Or face à ce malaise, une réponse radicale et paradoxale – celle du moins d’État – a surgi dans le champ politique avec le Tea Party.

L’idée d’un déclin de l’Amérique est omniprésente aux États-Unis, dans les journaux, les librairies – pas moins d’un livre par mois est publié sur ce thème. Le “losing ground” – la perte de terrain du pays – est devenu obsessionnel avec la perspective que les États-Unis vont passer tôt ou tard derrière la Chine, si ce n’est pas déjà le cas. Newsweek a donné récemment un graphique montrant la Chine dépassant les États-Unis dès 2017. Une vision pessimiste que la fragilité de la reprise en cours vient nourrir tous les jours.

Une voie que Gilles Biassette estime totalement inadaptée aux besoins actuels de réformes du pays. Jugeant sévèrement les leaders du parti républicain qui semblent à ses yeux avoir renoncé à “éduquer” leurs bases en cédant au populisme, il s’inquiète de l’immobilisme régnant à Washington du fait du blocage partisan et de la perte de l’esprit de compromis. “Même s’il est réélu, Barack Obama ne sera pas en mesure de mener sa politique face à un Congrès majoritairement républicain.” Une impasse politique qui ne peut qu’accélérer le déclin du pays.
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Les Etats-Unis au bord de la « falaise fiscale »

Est-ce que l’Amérique joue à se faire peur ? Depuis plusieurs mois, ils sont nombreux à dire, le président de la Réserve fédérale en tête, que le pays est en train de se précipiter la tête la première vers un mur fiscal qui, s’il n’est pas évité, va le faire plonger à nouveau dans la récession.

Démocrates et Républicains : "OK, peut-être devrions-nous faire quelque chose au sujet de la 'falaise fiscale' " (caricature américaine, 2012)

Aux Etats-Unis, on parle de « falaise », la fameuse « fiscal cliff ». Celle-ci est le résultat de lois passées par le Congrès qui, par un hasard malheureux, vont produire leurs effets au même moment, début 2013. D’un côté, il y aura une hausse brutale d’impôts avec la fin de diverses exemptions (à hauteur de 400 milliards de dollars). De l’autre, une forte réduction des dépenses de l’Etat, en particulier dans le secteur de la défense et de la santé (une centaine de milliards). Ce sont des sanctions automatiques qui s’appliquent faute d’avoir trouvé un accord l’an passé pour réduire le déficit budgétaire. Tout cela pourrait amener l’économie à se contracter l’an prochain de 1,3 % au premier semestre, selon les calculs du Congressional Budget Office. Une perspective inquiétante.

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LEAP : 2ème semestre 2012 – Convergence de quatre facteurs explosifs : Banques-Bourses-Retraites-Dettes

Communiqué public du Laboratoire Européen d’Anticipation Politique, 15 mai 2012

Les quatre cavaliers de l'Acropol...ypse

En attendant que l’Euroland se dote, d’ici la fin 2012, d’un projet politique, économique et social commun de moyen et long termes, suite notamment à l’élection du nouveau président français François Hollande, anticipée depuis de nombreux mois par le LEAP, les opérateurs resteront prisonniers des réflexes de court terme liés aux soubresauts politiques grecs, aux incertitudes sur la gouvernance de l’Euroland et aux risques sur les dettes publiques.Parallèlement, aux Etats-Unis, la dissipation de l’illusion d’une reprise (1) cumulée au renouveau d’inquiétudes sur l’état de santé du secteur financier américain (dont JPMorgan vient d’illustrer la fragilité) et au grand retour du problème de l’endettement du pays conduisent les acteurs économiques et financiers à envisager un avenir de plus en plus inquiétant (2).

Au Royaume-Uni, le retour en récession du pays se conjugue à l’échec de maîtrise des déficits et à la montée d’une colère populaire face à une austérité qui n’en est pourtant qu’à ses débuts (3).

Au Japon, l’atonie économique et l’affaiblissement des exportations dans un contexte de récession mondiale (4) font ressortir le spectre de l’endettement excessif du pays.

Dans ce contexte, selon le LEAP, le second semestre 2012 va être le moment privilégié de la convergence de quatre facteurs explosifs pour les économies occidentales : banques, bourses, retraites et dettes. Lire la suite

2012-2016 : Les Etats-Unis insolvables et ingouvernables (3ème partie)

Dans ce troisième extrait, rendu public le 10 avril 2012 et faisant suite à ceux diffusés le 02 avril 2012 et le 28 mars 2012, de son numéro du 15 décembre 2011, le Laboratoire Européen d’Anticipation Politique poursuit son analyse relative à l’avenir des Etats-Unis pour la période 2012-2016.


Emeute du Black Friday à Fresno (Californie) pour des consoles de jeux vidéos, le 25 novembre 2011

La détérioration du tissu socio-économique et socio-politique des Etats-Unis est un phénomène qui s’est engagé il y a déjà une quarantaine d’années. Dans de précédents [numéros], nous avons souligné l’importance des ruptures du tournant des années 1970 dans la dynamique américaine : fin du lien fixe entre le dollar et l’or, défaite dans la guerre du Vietnam, « impeachment» du président Nixon, dernière période des grandes inventions/aventures scientifiques US (conquête spatiale, Internet…), etc. Lire la suite

2012-2016 : Les Etats-Unis insolvables et ingouvernables (2ème partie)

Dans ce second extrait, rendu public le 02 avril 2012 et faisant suite à celui publié le 28 mars 2012, de sa publication du 15 décembre 2011, le Laboratoire Européen d’Anticipation Politique poursuit son analyse relative à l’avenir des Etats-Unis pour la période 2012-2016.

Cadavre de soldat à Petersburg, Virginie, avril 1865 (source : Shorpy.com)

En effet, les Etats-Unis terminent l’année 2011 dans un état de faiblesse sans équivalent depuis la Guerre de Sécession. Ils n’exercent plus aucun leadership significatif au niveau international. Les divergences entre blocs géopolitiques s’aiguisent et ils se trouvent confrontés à presque tous les grands acteurs du monde : Chine, Russie, Brésil (et, plus généralement, quasiment toute l’Amérique du Sud) et désormais l’Euroland (1).

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L’Europe en route vers la dépression

En mai 2010, le gouvernement de la Grèce a été confronté à un problème sur le service de sa dette. Dans le contexte de la zone euro dans son ensemble, les difficultés grecques étaient mineures, équivalant par exemple à un État américain incapable d’équilibrer son budget, comparativement aux USA. La solution évidente était que la Banque centrale européenne acquiert tout ou partie de la dette grecque, mettant ainsi fin au problème d’un trait de plume. Une fois cette difficulté purement financière éliminée, les discussions politiques auraient pu débuter.

La mission d’une banque centrale est double : 1) Assurer la liquidité du système financier structurellement fragile en raison du désappariement des maturités et de l’effet de levier sur la monnaie centrale qui sont à la base de l’activité des banques. 2) Soutenir l’activité et prévenir la surchauffe en pilotant les taux directeurs, ce qui inclut le taux appliqué à la dette d’Etat, qui définit un plancher au dessus duquel viennent s’étager les autres compartiments de risque. Ces objectifs impliquent que l’institut d’émission intervienne en soutien aux banques, mais aussi au Trésor, comme c’est massivement le cas aux USA, au Japon, en Grande Bretagne, et même au Canada, où la banque centrale acquiert 15% des émissions souveraines.

Par construction, l’Union européenne, en interdisant le soutien de la dette publique, a créé les conditions de sa faiblesse, acceptant de facto de s’exposer aux effets déstabilisateurs et déstructurants des mouvements browniens spéculatifs, voyant sans doute dans la menace de sanction des marchés un garde fou souhaitable. Ce faisant, elle impose aux États des règles qui ont depuis longtemps été abandonnées concernant les banques. On sauve les unes, on sanctionne les autres, les acculant à l’austérité et bientôt à la faillite. Tout cela parce que les marchés, n’est-ce pas, ont toujours raison.

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L’impôt et nous

Le futur traité européen, dont l’essentiel est connu depuis le sommet du 30 janvier, est une révolution à l’envers dont on n’a pas encore pris la mesure. La «discipline budgétaire» n’est pas une réforme technique : c’est la mise à mort de trois acquis majeurs de notre histoire, sur lesquels s’est construite notre identité.

La France n’a pas juste fait la révolution contre l’injustice fiscale qui pesait sur l’ensemble du tiers état. Ce que l’on devait désigner plus tard comme les deux caractéristiques majeures de l’impôt, la justice sociale et l’efficacité économique, étaient à la racine du puissant mouvement populaire qui a porté la Révolution. Mais derrière cet appel à la libération des carcans – pour la bourgeoisie, comme l’avait bien vu Marx – et à la fin de l’étouffement du peuple, plus tôt analysé par les Mathiez, Febvre, et Soboul, il y avait aussi la revendication profonde de la maîtrise de l’impôt par la souveraineté populaire.

Or, ce lien étroit entre la révolte du peuple contre l’injustice fiscale, celle de la bourgeoisie entravée par l’inefficacité économique de l’Ancien Régime et l’affirmation que l’impôt relève de la souveraineté populaire est un héritage toujours vivant. Il donne à lire la différence entre la Révolution française et la révolution américaine. Si le Tea Party peut être aussi puissant, c’est parce que le fond de la revendication des colonies britanniques en Amérique du Nord était le rejet de l’imposition comme contraire à la liberté individuelle. La France, elle, avait lié le consentement à l’impôt à la recherche de l’intérêt général citoyen. C’est ce qu’exprime la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 pour qui «une contribution commune est indispensable», elle «doit être également répartie», et «les citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes ou par leurs représentants la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée». Comment mieux lier la «nécessité de l’impôt» avec l’exercice de la souveraineté nationale ?

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Parachutes dorés au sommet, précarité pour les autres

« La santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? » s’interrogeait Laurence Parisot, emboîtant le pas à Denis Kessler pour qui le monde se diviserait entre patrons « riscophiles » et salariés « riscophobes ». Avec à la clé la justification de rémunérations stratosphériques pour ceux qui auraient fait, au péril d’eux même, le choix d’affronter le danger. Loin de ces propos d’estrade, la réalité économique est fort différente, nous rappelle Robert Reich, à partir de l’exemple américain. Pour les uns, des salaires et primes de départ mirobolants, venant couronner des échecs insignes, pour les autres une incertitude du lendemain et une précarité toujours croissantes.

Le candidat Républicain à l’investiture Mitt Romney décrit la campagne électorale de 2012 comme celle du « procès de la libre entreprise » qu’il définit comme la possibilité de réussir en « travaillant dur et en prenant des risques ». Le sénateur de Caroline du Sud Jim DeMint, un favori du Tea-Party, déclare soutenir Romney parce que « nous avons vraiment besoin de quelqu’un qui comprenne comment le risque, la prise de risque … est notre façon de créer des emplois, d’offrir des choix, d’accroitre la liberté. » Le Président de la Chambre de Commerce, Tom Donahue, défendant Romney, explique que « cette économie est bâtie sur le risque. Si vous ne prenez pas de risque, vous ne pouvez pas réussir. »

Un instant. Par qui donc croient-ils que les risques soient supportés ? Leurs fadaises sur la prise de risque de la libre entreprise mettent sans dessus dessous la réalité. Plus on est situé en haut dans le système économique, plus il est facile de faire de l’argent sans prendre aucun risque financier personnel. Plus on est en bas de l’échelle, plus les risques sont élevés.

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La «tension psychologique insurrectionnelle»

Par Philippe Grasset

Honoré Daumier, "L'insurrection" (1860)

(…) Dans Notes sur l’impossible “révolution” du 24 septembre 2009, sur dedefensa.org, était exprimée la conviction que les mouvements d’insurrection et de révolte auxquels nous avons l’habitude de nous référer sont définitivement dépassés parce que totalement inefficaces, voire contreproductifs.

Pour diverses raisons exposées dans l’analyse, de tels mouvements sont condamnés par avance s’ils prétendent obtenir directement un résultat décisif correspondant au but d’insurrection de ceux qui l’initient. Pour moi, c’est un fait indiscutable, même si le mouvement parvient à un résultat tangible.

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« La déferlante est pour tous »

Par Philippe Grasset

(…) pour représenter la grande crise, (…) la houle n’a pas le caractère haché, brisé, infiniment brutal et puissant des grandes déferlantes que lève une tempête. S’il n’était galvaudé, le terme de tsunami, par la puissance, la vitesse et l’autonomie qu’il suggère, pourrait faire l’affaire. Certes, ce qui compte est bien cette autonomie de l’ampleur des océans, pour rendre l’universalité de la crise. La vague déferlante couvre toute l’étendue du monde.

On parle ici, vous l’avez compris, de la vraie grande crise, qui est, à notre avis, la crise eschatologique, – crise de l’environnement ou crise climatique (on ne dit pas global warming [réchauffement global] pour ne pas voir déferler en houles multiples les vagues contestataires). C’est la crise de notre univers, qui va des matières premières au climat, des cadres de nos vies à notre survie même, et qui touche absolument tous les domaines. Il nous restait à mesurer la charge psychologique, symbolique, métaphysique de cette idée d’une “crise de notre univers”, – et nous y sommes.

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LEAP : les quatre points individuels de défaillance du système mondial au second semestre 2010

Communiqué public du Laboratoire Européen d’Anticipation Politique (LEAP), 15 juin 2010

Caspar David Friedrich, Entrée de cimetière (1825)

L’actualité confirme chaque jour combien la crise systémique globale est désormais entrée dans sa phase de dislocation géopolitique mondiale, même si les médias ne commencent que timidement à interpréter les bouleversements historiques qui se déroulent sous nos yeux. Lire la suite