Le business de la peur

La menace terroriste est devenue une réalité qui inquiète de nombreux Français. Ce climat de peur fait les affaires du secteur de la sécurité, qui pèse aujourd’hui dix milliards d’euros. Révélations sur les dessous de ce business qui a le vent en poupe.

Certains industriels sont par exemple prêts à manipuler les statistiques pour faire gonfler leur bénéfices. L’enquête montre également les failles de la biométrie, présentée comme la solution miracle. Gros plan également sur les caméras de surveillance, qui ont envahi le paysage urbain.

Plus de 40.000 objectifs surveillent les villes de France et, depuis peu, les petites communes rurales. Mais ces caméras sont-elles vraiment efficace?

Caméras embarquées : Roulez, vous êtes filmés

Des caméras envahissent les voitures françaises. Les dashcams (contraction de l’anglais dashboard camera, caméra sur tableau de bord) sont embarquées et tournent en permanence quand le véhicule roule.

Leurs images peuvent servir de preuve en cas d’accident ou immortaliser les événements extraordinaires qui se produisent à portée de pare-brise. Des vidéos du crash d’un avion ou d’une météorite dans le ciel de l’Oural ont déjà fait le tour du monde.

Selon l’UFC-Que Choisir, les ventes de ces sortes de boîtes noires de l’automobile ont explosé ces trois dernières années, de 28.000 à 370.000 caméras vendues. On est encore loin des chiffres russes, avec plus de 4,6 millions ces trois dernières années. En Angleterre, des citoyens munis de dashcam traquent les conducteurs en infraction, avant de livrer leurs vidéos à la police.

Des automobilistes ont déjà perdu leur travail à cause de ces justiciers d’un nouveau genre. Un tel scénario est-il possible en France? Ces images peuvent-elles être prises en compte par un juge ? Ne risquent-elles pas, parfois, de se retourner contre leur propriétaire ?

Les drones, un usage controversé

Les drones, des robots volants, ont révolutionné la surveillance et les doctrines militaires. L’Israélien Abe Karem et des ingénieurs du MIT ou de l’US Air Force décrivent les aspects techniques de ces machines, vouées à une évolution rapide et dont les performances ne cessent de croître.

Mais il faut aussi s’interroger sur les problèmes éthiques posés par le recours aux drones par les armées pour effectuer des frappes hors du droit international. Les États-Unis utilisent massivement ces avions sans pilote pour bombarder des cibles un peu partout dans le monde. Des missions qui provoquent souvent la mort de civils.

États-Unis 2013

Ça y est, les entreprises commencent à implanter des puces électroniques dans le corps de leurs employés

Une entreprise suédoise a fait greffer à certains de ses employés une puce d’identification sous la peau. Derrière cette initiative vraiment étrange, Epicenter dit vouloir « faciliter la vie » de ses employés. Ils peuvent par exemple passer les portiques de sécurité ou payer leurs repas à la cafétéria plus simplement. Pourtant, certains s’inquiètent d’une telle technologie. En effet, cette puce pourrait devenir un outil de contrôle et de surveillance. DGS vous en dit plus sur ce projet qui fait polémique. 

Finis les badges, les cartes, les clés et les codes, la société Epicenter a trouvé LA solution pour simplifier la vie très compliquée de ses employés. L’entreprise a décidé d’équiper ses employés (volontaires bien sûr) de puces RFID. Ce dispositif, qui a la taille d’un grain de riz, est implanté sous la peau de la main. Les puces RFID sont des puces électroniques qui contiennent entre autres un identifiant et des données complémentaires.

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Magasins : Vols à tous les étages

En 2007, en France, la fauche dans les magasins a atteint plus de quatre milliards d’euros. Un phénomène en progression qui coûte en moyenne 205 euros par foyer. Les délinquants chevronnés ne représentent qu’une faible partie des voleurs à l’étalage. Le plus souvent ce sont des citoyens ordinaires qui commettent les larcins.

Ces dernières années, la pratique s’est largement banalisée, poussant les magasins, notamment les hypermarchés, a une surenchère technologique onéreuse. Le montant moyen des vols n’excèdent pas quelques dizaines d’euros, mais c’est leur multiplication qui finissent à coûter cher. Pour avoir oublié un peu vite que le vol à l’étalage est un délit à part entière, des clients indélicats se retrouvent parfois plongés dans un engrenage judiciaire, aux conséquences douloureuses.

Durant deux mois, une équipe d’Envoyé spécial s’est intéressée à ces profils surprenants de petits et grands voleurs. Nous avons également accompagné des policiers qui luttent contre ces délinquants d’un genre particulier.


Comment l’Etat compte neutraliser les drones illégaux

La chasse aux drones illégaux vient d’entrer dans sa phase active. Lors des douze prochains mois, sera mis à l’épreuve un système permettant de détecter et neutraliser des petits engins volants sans pilote voire de “localiser le télépilote”. Conçu sous l’égide de la société CS Systèmes d’Information, ce dispositif est l’un des deux lauréats sélectionnés parmi 24 candidats par l’Agence nationale de la recherche (ANR) dans le cadre d’un appel à projets.

Lancé en décembre 2014 à la demande du Secrétariat Général de la Défense et de la Sécurité Nationale (SGDSN), qui dépend du premier ministre, ce concours était intitulé “Protection des zones sensibles vis-à-vis des drones aériens”. L’autre projet, défendu par trois partenaires industriels et quatre laboratoires de recherche publics sous la coordination de l’ONERA, le centre français de la recherche aérospatiale, vise à perfectionner la détection radar des petits objets volants.

Baptisé Boréades, le système de CS – sur lequel devrait être concentré plus des deux-tiers du financement dégagé par l’ANR – se présente comme “une solution globale”. Il s’appuie sur l’expérience de cette société dans la surveillance de zones sensibles dans le domaine militaire et civil.

En liaison avec deux entreprises partenaires, CS a développé un savoir-faire qui lui permet de détecter un drone de petite taille, y compris ceux de 30 cm d’envergure soit à peu près le gabarit des drones qui ont été observés au-dessus de Paris et de centrales nucléaires.

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Un oeil sur vous : Citoyens sous surveillance !

Existe-t-il encore un espace dans nos vies citoyennes qui échappe à la surveillance ? Observer, contrôler et analyser les comportements n’ont jamais été aussi aisés qu’aujourd’hui. Depuis une dizaine d’années, les avancées technologiques se sont accélérées, jusqu’à favoriser une révolution sociétale : la surveillance ciblée s’est transformée progressivement en une surveillance de masse à l’échelle planétaire.

Jadis concentrée sur l’espace public, elle pénètre désormais notre vie privée. L’intimité est une notion de plus en plus floue, soumise à des attaques de moins en moins détectables. Plus sournois que les caméras de surveillance dont beaucoup aimeraient qu’elles couvrent chaque angle mort de l’espace public, le “regard invisible” joue les passe-muraille : jeux vidéo connectés, activité sur les réseaux sociaux, requêtes sur les moteurs de recherche ou géolocalisation via nos smartphones sont autant de constituants manipulables de notre seconde identité – l’alter ego numérique.

En fournissant, souvent sans y consentir ni en avoir conscience, un nombre important de données, le citoyen est devenu l’enjeu d’une bataille politico-économique sans précédent, entre les tenants du tout-sécuritaire, les multinationales du web ou les défenseurs des libertés individuelles.

Techno-dictature
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Au-delà d’Internet : Tor, Darknet, Bitcoin et surveillance de masse

L’être humain est devenu de plus en plus dépendant des nouvelles technologies. Non pas qu’il est seulement dépendant, il est aussi plus que jamais relié et connecté à Internet: sa vie est de plus en plus affichée et ses informations privées de plus en plus menacées d’intrusions.

Ce premier épisode traite de ce qu’on appelle le « Darknet » et plus précisément de Tor (acronyme de The Onion Router), le plus célèbre des réseaux superposés. Tor permet à chaque utilisateur de naviguer sur Internet de manière plus « anonyme » et « sécurisée » (la sécurité restant un terme relatif). A titre d’exemple, si nous voulions aller sur le moteur de recherche de Google, notre ordinateur passera sur plusieurs réseaux à travers le monde avant de se connecter sur le site désiré.

Partie 1:

Un spécialiste résume ce qu’on peut trouver dans le Darknet : du simple article philosophique traitant de « Matrix » aux sites dédiés à toute une série de ventes d’armes, fausses monnaies, drogues… Il n’est pas question de défendre ou de combattre le Darknet, mais plutôt de constater qu’il peut à la fois être utilisé par des personnes honnêtes défendant la liberté d’expression que des personnes mal intentionnées… Il revient assez rapidement sur le moyen de paiement utilisé : le Bitcoin.

Partie 2:

Ce deuxième épisode traite de la surveillance de masse, à travers les divers projets internationaux qui ont vu le jour à la fin de la seconde guerre mondiale dans le contexte de la guerre froide.
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Les villes du futur : les villes intelligentes (2/3)

Londres, Paris, Shanghai… : les grandes villes historiques misent sur les dernières innovations technologiques pour accueillir toujours plus d’habitants. Jusqu’où iront-elles en matière de gestion informatisée de nos vies collectives ?

À l’heure où les ressources énergétiques traditionnelles s’amenuisent, des villes comme Hambourg ou Paris parient sur les smart grids ou réseaux intelligents, qui permettent d’analyser la consommation des foyers en temps réel et d’ajuster la production.

Optimiser les déplacements des piétons et des voitures fait également partie des priorités des grandes villes, toujours plus congestionnées. Alors que des systèmes de vélos ou de voitures électriques en libre-service sont progressivement mis en place à travers le monde, des métropoles comme Londres ont recours à la numérisation pour fluidifier le trafic.

Réalisé par Jean-Christophe Ribot (France 2014)

Edward Snowden : « Nos droits sont en train d’être redéfinis en secret »

Le 28 octobre 2014, l’hebdomadaire américain The Nation a publié un grand entretien réalisé avec le lanceur d’alerte Edward Snowden [1]. Voici  une version exclusive de ce document en français.

Lundi 6 octobre 2014, les journalistes Katrina vanden Heuvel et Stephen F. Cohen se sont entretenus à Moscou, pendant près de quatre heures, avec l’ancien consultant des services secrets. Dans cet échange, Edward Snowden évoque sa situation et ses rapports avec les autorités russes. Il rappelle que ce sont les États-Unis qui l’empêchent de sortir de son « exil ».

L’ancien employé de la CIA et de la NSA (Agence nationale de sécurité) aborde plusieurs sujets centraux : est-il possible de renforcer le contrôle démocratique des actions des gouvernements et des entreprises sur Internet ? Si oui, de quelle manière ? Pourquoi est-il nécessaire de s’engager pour de nouvelles formes de « désobéissance civile » et de se battre pour défendre nos droits fondamentaux ?

Faut-il saluer les initiatives des pays qui prônent le renforcement de leur souveraineté digitale ? De quelle manière Internet recompose-t-il les relations sociales et les pratiques politiques au niveau planétaire ? Pourquoi faut-il élaborer une Magna Carta (Grande Charte des libertés) pour Internet ? Quels seraient les contours de nos nouveaux « droits numériques » ?

Enfin, Edward Snowden expose pourquoi, selon lui, l’organisation de la production mondiale et la robotisation progressive des économies imposent la mise en place d’un revenu garanti pour tous.

PARTIE 1 – De la nécessaire désobéissance civile

The Nation  : Nous sommes très heureux d’être ici avec vous. Nous venons souvent à Moscou pour notre travail et pour voir de vieux amis, mais, de votre côté, vous n’avez pas choisi de venir vivre en Russie. Arrivez-vous à travailler ici, à sortir et à rencontrer des gens ? Ou vous sentez-vous enfermé et vous ennuyez-vous ?
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Une enfance sous surveillance

Les dispositifs permettant de suivre ses enfants à la trace sont à la mode. Non sans poser de lourdes questions pédagogiques, éthiques et juridiques.

Les parents balisent. Des applications permettaient déjà de scruter, depuis son téléphone portable, celui de ses enfants. Les objets physiques se multiplient désormais pour les suivre à la trace, sous la forme d’un innocent porte-clef ourson à géolocalisation, d’un manteau connecté lancé par Gemo ou d’un bracelet électronique.

Comment ne pas faire le rapprochement avec le bracelet qui permet aux prisonniers de ne pas être enfermés derrière des barreaux ? Pucer un enfant permet-il de le sortir de l’emprise de parents devenus des geôliers surprotecteurs, comme le souligne Nadia Daam sur Slate ? En le laissant quelques mètres sans une main dans la sienne, mais avec un fil à la patte.

Puce-moi si tu peux

Albert, 36 ans, cadre dans l’industrie chimique à Huttenheim (Bas-Rhin) raconte ainsi qu’il n’accompagne plus son fils à l’école, « faute de temps mais également pour lui donner une certaine autonomie, sachant qu’il maîtrise les règles élémentaires de sécurité ». Mais il lui a tout de même confié une balise, pour vérifier qu’il est bien arrivé jusque dans sa classe de CE2 :

« C’est pour moi un soulagement de pouvoir consulter à distance les données GPS, et voir ainsi si son trajet s’est bien passé. »

« Quand on voit la société dans laquelle on vit et les horreurs qu’on découvre au quotidien, comment ne pas avoir peur pour son enfant ? », réagit quant à elle la blogueuse Maman Geek dans les commentaires de son article consacré au sujet.
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États-Unis : Quand les entreprises espionnent l’activité physique de leurs employés

« Quantifier » l’employé jusqu’au nombre de pas qu’il fait dans la journée, c’est ce que certaines assurances et entreprises américaines imposent. Les salariés portent sur eux des compteurs de mouvements pour mesurer leur activité physique.

Beaucoup utilisent des applications de ce genre sur smartphone, ou des gadgets dédiés, tels que FitBit ou Jawbone. Ces appareils, à première vue ludiques, comptent le nombre de pas effectués par l’utilisateur dans la journée, la distance parcourue et peuvent même à peu près compter le nombre de calories brûlées ou la pression artérielle…

Aux États-Unis, pas moins de 13 millions de ces appareils ont été distribués dans des entreprises, les données étant récupérées par l’employeur… et les assureurs. Ce sont d’ailleurs les assurances santé qui tentent d’imposer ces outils de flicage aux entreprises, sous peine de pénalité de cotisation ou de remises pour ceux qui les utilisent.

Les bracelets connectés et autres trackers d’activité pullulent désormais sur le marché. Ils équipent de plus en plus d’utilisateurs heureux de pouvoir suivre leur activité physique et les résultats de leurs pratiques sportives. Or leur usage n’est déjà plus seulement personnel…
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Espagne : Santander 2.0, la ville hightech

A quoi ressemblera la ville de demain? Sera-t-elle faite de voitures volantes survolant les gratte-ciels? Probablement pas. Elle sera en revanche ultra-connectée. Exemple avec Santander, dans le nord de l’Espagne, une ville branchée.

A chaque coin de rue, sur les façades, sous les lampadaires, sous les bus, il y a 12.000 capteurs intelligents. Des instruments qui analysent la pollution, le bruit, le trafic routier, l’humidité ou encore la luminosité.

Santander est en passe devenir une ville intelligente. Un modèle d’urbanisme qui séduit de plus en plus les municipalités. Et surtout un marché mondial qui pèse des milliards d’euros pour les entreprises hi-tech.

Toutes les informations remontent vers une plateforme centrale qui régule ainsi automatiquement l’éclairage public, le ramassage des ordures. Ou le stationnement. Le cerveau du système, c’est un laboratoire de l’Université de Santander. Ici, les ingénieurs planchent sur la conception de nouveaux capteurs toujours plus performants et sur une utilisation participative

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Surveillance : La Cnil dénonce l’argument “simpliste” de Valls et Sarkozy

La présentation du rapport d’activité 2013 de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), ce lundi, a été l’occasion pour sa présidente au mandat fraîchement renouvelé de sonner une charge sans merci contre la surveillance massive dans les démocraties. Isabelle Falque-Pierrotin a méthodiquement démonté l’argumentaire “simpliste” des ministres de l’Intérieur de droite comme de gauche, qui se sont succédé depuis une dizaine d’années, pour consolider la surveillance des citoyens français.

Il faut combattre farouchement l’argument sans cesse ressassé du rien à se reprocher, rien à cacher“, explique-t-elle en introduction du rapport d’activité 2013, disponible en ligne. “Ce raisonnement simpliste est précisément celui qui était utilisé par les régimes totalitaires pour justifier la surveillance généralisée. Il associe le droit à l’intimité à la culpabilité, plutôt que de l’associer à une liberté fondamentale non négociable“, assène-t-elle.

Il affirme que la vie privée est ce que l’on cache, alors que la vie privée est l’expression de la volonté légitime d’autonomie de chacun d’entre nous“, tonne la présidente de la Cnil. “L’enjeu est de savoir collectivement vers quel type de société nous souhaitons évoluer“, prévient-elle.

Tout le monde est surveillé a priori
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États-Unis : « On tue à partir des métadonnées » (Michael Hayden ancien directeur de la NSA)

Lors d’une conférence sur les questions de la surveillance massive par la NSA, la question des métadonnées derrière laquelle se retranchent souvent les agences de renseignement pour rassurer les citoyens (avec l’argument : « nous n’espionnons et n’interceptons pas le contenu, juste les  méta données ») a été abordée.

En réalité les métadonnées, qui sont la plupart du temps  les seules données effectivement collectées, permettent de savoir absolument tout sur une personne, simplement en faisant des recoupements et du « data mining » qui est à la base de l’exploitation du modèle du  « big data ». Plus surprenante est la déclaration du général Michaeal Hayden, ancien directeur de la NSA qui affirme : « nous avons tué des gens sur la base de métadonnées. »

Fenêtre Sur Corps (Docu)

« Police, vos papiers ! ». Cette injonction risque d’être bientôt totalement dépassée. Avec les techniques biométriques qui permettent d’observer, de mesurer, de recueillir, de capter, d’analyser et de comparer, c’est le corps humain qui devient notre pièce d’identité.

Quelles informations livrons-nous parfois à notre insu ? Quelles techniques permettent de les capter ? Sont-elles vraiment fiables ? Notre corps «transparent» ainsi repéré à tout instant est-il toujours celui d’un homme libre ? Est-ce qu’on ne va pas finir par gérer les flux de corps humains comme des marchandises codes-barres ? Entre fiction et réalité, ce film fait le point sur cette numérisation corporelle, de plus en plus sophistiquée.

Réalisé par Patrice Desenne et Bernard Jourdain (2012)

Les enfants monstrueux du numérique

Par Ferdinand Cazalis (29 novembre 2012)

Ils ont 3, 4 ou 10 ans et regardent le monde au travers d’un Ipad, doudou glacé qui fleure bon la « modernité ». Pour l’industrie technologique, l’enfance se pense à l’ombre des machines, innovations qualifiées de nécessaires par la bien-pensance scientiste et introduites sans recul sur le marché des marmots. Retour sur l’apparition du numérique dans l’aire du jeu et de l’apprentissage.

Nous sommes en 2004. Des hommes se lèvent, mûrs, aux joues granitées. Grattage de nez, sifflotements, fée électricité – une nouvelle journée. Se rasent, enfilent leur costume de Grands responsables, cravate en option, douche, café, emails, cellulaire, taxi, pensées fugitives, travail.

Ils s’appellent Pierre, Olivier, Jean-Claude ou Laurent. Tous sont présidents ou directeurs d’entreprises du secteur micro-électronique et participent au Groupement professionnel des industries de composants et de systèmes électroniques, le Gixel (2). Le plus naturellement du monde, ils veulent faire prospérer les quelque 32.000 emplois et 4 milliards de chiffre d’affaires qu’ils représentent en France.

Pour cela, et parce qu’ils ne se sentent pas les coudées assez franches, ils écrivent un Livre bleu, consistant en une série de recommandations à l’adresse du gouvernement pour développer le marché des circuits imprimés, composants d’interconnexion et autres cartes à puce. Parmi leurs propositions, l’une fit grand bruit, et reste bien connue chez celles et ceux qui s’interrogent sur la portée politique des nouvelles technologies :

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Gouverner par le chaos : Ingénierie sociale et mondialisation

« Comment devenir les maîtres du monde ? En centralisant l’ordre et le pouvoir autour d’une minorité et en semant le chaos dans le peuple, ramené au niveau de pantins paniqués. »

♦ Curieusement, l’affaire de Tarnac rebondit (*). Qui se souvient de Julien Coupat et de son groupe, tous issus de la « mouvance anarcho-autonome » ? Et pourtant, dix personnes sont mises en examen depuis 2008 pour « association de malfaiteurs en vue de la préparation d’acte terroriste ». Pourquoi ce rappel de notre part ? Tout bonnement pour situer une publication, parue en 2010, sur laquelle un de nos lecteurs a appelé notre attention. Ce petit ouvrage de 94 pages prolonge un essai politique insurrectionnel signé Comité invisible et il est attribué aux inculpés de Tarnac. Ce qui nous intéresse, ce n’est point l’aspect policier de l’affaire, mais uniquement le livre, «Gouverner par le chaos – Ingénierie sociale et mondialisation» (**), qui est imputé au groupe des prétendus terroristes. On y trouve quelques recettes qui pourraient fort bien figurer textuellement dans un manuel universitaire destiné aux futurs « maîtres du monde ».

Mais laissons notre lecteur présenter lui-même ce livre. Enfin, on trouvera une précision qui est donnée par un autre correspondant sur l’auteur du « Gouverner par le chaos » (***).


« Gouverner par le chaos » émane de la mouvance d’ultragauche, ou réputée telle, il existerait, de l’autre côté de l’échiquier, des gens finalement assez proches d’un think-tank comme Polémia. C’est intéressant. Voici quelques thèses développées dans cet opuscule.

Le chaos n’est plus l’ennemi des classes dirigeantes. Il est au contraire devenu la stratégie privilégiée du pouvoir.

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Musique : “Rien à cacher”

Paroles et musique : la Parisienne Libérée – Entretien : Jérémie Zimmermann

Nos carnets de santé
Nos poèmes, nos dessins
Nos demandes de congé
Nos premiers tchats coquins
Nos recettes de cuisine
Nos relevés bancaires
Nos rancards, notre planning
Et notre compte à découvert

Rien, rien, rien, à se reprocher
Rien, rien, rien, rien à cacher (bis)
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Big Data : Les Nouveaux Devins

Sur internet, l’ensemble de nos données personnelles sont, en permanence et sans que nous le sachions, l’objet de toutes les attentions. Tous surveillés d’accord, mais par qui ?

Par des petits génies de l’algorithme et des statistiques qui passent au crible nos vies numériques. Ils étudient nos goûts, nos comportements et nos habitudes pour tenter de pronostiquer… nos désirs. On les appelle « les nouveaux devins ».

Cette activité a déjà un nom : Big Data. Le traitement massif des données personnelles trouve ses applications dans tous les domaines : commerce, sport, politique, criminalité, consommation… C’est l’un des enjeux majeurs de ce siècle. Certains pensent qu’il pourrait révolutionner notre société, comme l’a fait le pétrole, au siècle dernier !

Partie 1:

Partie 2:
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Loi de programmation militaire : Danger pour la vie privée et la démocratie ?

Réunis sur le même plateau : hacker, développeur et chef d’entreprise pour qu’ils nous livrent leurs perceptions croisées concernant vos données privées et de la façon dont les États, les entreprises, les services de renseignements peuvent les utiliser… Les avantages, les dérives probables et des solutions.

NSA : Comment échapper à Big Brother ?

Si l’agence américaine semble avoir la capacité de déchiffrer la plupart des échanges cryptés, il est possible de lui compliquer la vie…

Chaque semaine amène son lot de révélations sur les capacités de surveillance de la NSA. La réaction du grand public est inlassablement la même, mi-cynique, mi-blasé : «On s’en doutait». La dernière en date : l’agence américaine serait capable de déchiffrer une grande partie du trafic Internet crypté, grâce à des standards qu’elle a affaiblis et des portes dérobées qu’elle force les équipementiers à installer.

Ce dont est capable la NSA
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Comment les banques gagnent de l’or en stérilisant des matières premières

« Les banques devraient être des banques, pas des sociétés pétrolifères »

Pour les ultralibéraux les marchés et les bourses éclairent les décideurs économiques à l’aide d’indicateurs rationnels. La réalité est tout autre : adossées aux facilités financières de la Banque fédérale de réserve américaine (la FED), les grandes banques de Wall Street spéculent sur les matières premières (pétrole, blé, cuivre, aluminium, etc.), pèsent sur leurs cours et disposent, avant d’autres acteurs économiques, d’éléments permettant d’anticiper l’évolution du cours de bourse des entreprises qui achètent les matières premières, objet des spéculations. C’est l’institutionnalisation du délit d’initié.

Même certains journaux américains « mainstream » commencent à s’en émouvoir. Polémia publie sous la signature d’une de ses correspondantes un texte présentant un article de David Kocieniewski, paru le 20 juillet 2013, dans le « New York Times ». Nous livrons aussi à nos lecteurs l‘intégralité de l’article intitulé « Des tas d’aluminium mais, pour les banques, de l’or pur ». A déguster et à méditer.

Je suis avec beaucoup d’intérêt l’actualité financière, comme on lit un polar, sauf que la fin n’est pas encore rédigée… Plusieurs grosses banques (Goldman Sachs, JP Morgan par exemple) ont mis en place une spéculation sur les matières premières (blé, pétrole, aluminium, etc.). Dans l’article ci-après, il est décrit très précisément comment elles procèdent. Vous comprendrez comment certains malins ont deviné que le cuivre allait flamber ; attention aux poignées de porte qui risquent de disparaître !
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Espionnage informatique : Interview d’un hacker, cryptanalyse et… ancien de la DGSE

Entretien avec Éric Filiol (directeur de laboratoire de virologie et de cryptologie informatique, hacker incontesté) pendant le “Hack in Paris” 2013, à propos des derniers outils de contrôle du web développés par les gouvernements.

Au nombre des sujets abordés: PRISM (Snowden), ECHELON, sécurité informatique, vie privée, démocratie, formation des élites et des répercussions de la surveillance informatique à l’échelle étatique dans la vie des citoyens et des entreprises.

A noter qu’il est possible d’installer certains programmes pour contrer les trackers qui vous espionnent : http://www.ghostery.com/download

États-Unis : Les pauvres et la dictature des marchés

Pour écrire notre livre Days of Destruction, Days of Revolt (Jours de destruction, jours de révolte), Joe Sacco et moi avons passé deux ans à enquêter sur les endroits les plus pauvres des États-Unis. Nous sommes allés dans les “misérables zones sacrifiées” de notre pays – les premiers endroits obligés de s’agenouiller devant la dictature des marchés – pour montrer ce qui arrive quand le capitalisme dérégulé et l’expansion économique illimitée s’en donnent à cœur joie.

Nous voulions montrer les conséquences de l’exploitation sans foi ni loi des multinationales sur les familles, les communauté et la nature. Nous voulions pourfendre l’idéologie régnante du mondialisme et du laissez-faire capitaliste en montrant ce que devient la vie quand les êtres humains et l’écosystème ne sont plus que des marchandises à exploiter jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien ni personne.

Et nous avons voulu mettre en lumière l’impuissance des institutions libérales et gouvernementales officielles autrefois capables de diriger mais qui n’ont plus aujourd’hui assez de pouvoir pour contrecarrer l’assaut des multinationales.

Ce qui s’est passé dans ces zones sacrifiées – les villes post-industrielles comme Camden, N.J., et Detroit, les mines de charbon de l’ouest de la Virginie où les compagnies minières ont fait exploser le sommet des montagnes, les réserves indiennes où le projet dément de l’expansion et l’exploitation économiques sans fin a causé ses premiers dégâts et la culture intensive où les travailleurs sont traités quasiment comme des esclaves – est en train se propager au reste du pays. Ces zones sacrifiées sont tombées les premières. C’est maintenant notre tour.
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L’immanquable contre-histoire du Net

Documentaire d’exception qui retrace la (véritable) histoire de l’Internet. Loin de vanter les travaux de la Darpa, l’agence de recherche militaire américaine qui a créé les bases du réseau, les deux auteurs Jean-Marc Manach et Julien Goetz ont préféré mettre en avant le travail des centaines de hackers et bidouilleurs trop souvent oubliés.

Dans l’ombre, ces aventuriers du code informatique ont réussi à transformer un tas de câbles pas très sexy en le plus formidable outil de télécommunications de l’histoire de l’humanité. “La plupart des gens qui ont créé Internet étaient des hippies, ils prenaient du LSD !” assène en introduction John Perry Barlow, cofondateur de la très respectée Electronic Frontier Foundation (EFF), qui milite pour les libertés en ligne.

“Au début, le système n’essayait pas de contrôler les êtres humains”, se souvient quant à lui Richard Stallman, gourou du logiciel libre et créateur de GNU, un élément vital de ce que l’on appelle communément Linux.

Un outil “dont aucun dictateur n’aurait osé rêver

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Julian Assange et la “grande menace” d’Internet

Le fondateur de Wikileaks met en garde contre les risques de dérives totalitaires que représente Internet.

Prenant le contre-pied de l’image de défenseur du web qu’il véhicule, Julian Assange a vivement critiqué les dérives que peut générer Internet, parlant même de “la plus grosse menace de tous les temps“. “Chaque État-nation a intégré cette technologie.

Donc, résultat des courses, toute la civilisation humaine suit le même chemin”, a-t-il déploré. “Tout se passe sur Internet, la communication des entreprises, la communication d’Etat à Etat. Donc si quelque chose se passe mal sur Internet, ça se passera mal pour toute la civilisation humaine”, a-t-il estimé.

Julian Assange n’a pas hésité à déclarer que la surveillance qui existe aujourd’hui, grâce à Internet, “dépasse tous les rêves de la Stasi“. “Le système de surveillance sur le web est absolu et total“, a-t-il précisé, comparant le flux d’informations disponibles au “nouvel or noir“.
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2013 : Comment l’Union européenne espionnera ses citoyens

Biométrie, vidéosurveillance, drones, détection des comportements anormaux, modèles mathématiques pour identifier des suspects… L’Union européenne finance plus de 190 programmes de recherche sur la sécurité et la surveillance. Au grand bénéfice des industriels, qui recyclent les technologies militaires pour surveiller les populations. Alors qu’un nouveau programme de recherche est en cours de discussion à Bruxelles, l’Europe continuera-t-elle à céder aux lobbys industriels et à investir des milliards dans le marché de la sécurité ?

Ils portent des noms étranges : Tiramisu, Pandora, Lotus, Emphasis, Fidelity, Virtuoso… En apparence, ce sont d’inoffensifs acronymes. En réalité, ils cachent 195 projets européens de recherche dans le domaine de la sécurité et de la surveillance. Des projets relativement inquiétants pour nos libertés. Et financés par l’Europe dans le cadre de partenariats public-privé.

Tout est bon pour combattre « le terrorisme et d’autres activités criminelles comme le trafic d’êtres humains ou la pornographie pédophile ». Et assurer la sécurité des citoyens… Sauf qu’il s’agit aussi avec Indect de détecter « automatiquement » (sic) les comportements suspects, à partir d’images de vidéosurveillance, de données audio ou échangées sur le net. Bienvenue dans Minority Report !

Exemple le plus emblématique : le projet Indect (« Système d’information intelligent soutenant l’observation, la recherche et la détection pour la sécurité des citoyens en milieu urbain »), lancé il y a quatre ans, dénoncé fin octobre par des manifestations dans toute l’Europe. Indect vise à permettre une « détection automatique » des menaces et des situations dangereuses – comme les cambriolages – ou « l’usage d’objets dangereux » – couteaux ou armes à feu.

Détecter les comportements « anormaux »
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Europe : Votre opérateur téléphonique vous surveille

La “directive européenne sur la conservation des données” prévoit que chaque opérateur téléphonique en Europe, chaque fournisseur d’accès Internet dans toute l’Europe, doit stocker une large gamme d’informations sur les utilisateurs. Qui appelle qui ? Qui envoie un courriel à qui ? Qui envoie un texto à qui ? Et si vous utilisez votre téléphone portable, où vous vous trouvez. Toutes ces informations sont stockées par votre opérateur de téléphonie ou votre fournisseur d’accès internet pendant au moins six mois et jusqu’à deux ans.

Traduction française complète de l’intervention de Malte Spitz:
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L’Union Européenne devrait-elle subventionner la sécurité d’Israël ?

L’intégration d’Israël dans le programme européen de recherche lié à la sécurité ébranle les engagements d’impartialité de l’UE au Moyen-Orient.

Depuis que la Communauté Européenne a commencé à financer la recherche en 1984, autant les montants des fonds que la variété des sujets proposés ont considérablement augmenté (le dernier programme-cadre FP7 a un budget de 53 milliards d’euros sur sept ans). Il en va de même de la participation de chercheurs extra-européens à des projets accomplis en collaboration.

Per capita, aucun pays non-membre de l’Union Européenne n’a autant bénéficié des largesses de l’UE qu’Israël. En effet, selon la Commission Européenne, l’UE est maintenant deuxième à la Fondation des Sciences d’Israël en tant que source de fonds de recherche pour les associations académiques et les entreprises publiques israéliennes.

De plus en plus, en Israël, ce fonds aboutit dans le secteur déjà en pleine expansion de la sécurité. Les revenus israéliens tirés des exportations de produits liés au contre-terrorisme atteignent maintenant, selon le gouvernement israélien, un milliard de dollars par an.

Depuis qu’Israël a été intégré dans la « zone de recherche européenne », la Commission a conclu des douzaines de contrats lucratifs pour le plus grand plaisir d’Israël Aerospace Industries (une entreprise publique de fabrication de drones), de Motorola Israel (producteur de « barrières virtuelles » autour des colonies israéliennes) et d’Elbit Systems (l’une des plus grandes firmes privées de technologie militaire en Israël, qui prend en charge, autour de Jérusalem, des segments du « mur de séparation » construit entre les communautés juives et palestiniennes, pour reprendre le terme des Nations Unies).

Quelques 58 projets de recherche liés à la sécurité de l’UE sont maintenant financés par les 1,4 milliards d’euros de la composante recherche-sécurité du FP7. Des compagnies et institutions israéliennes participent à 12 d’entre eux. Parmi ceux-ci, elles en dirigent et coordonnent cinq. Seuls la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la France et l’Italie dirigent plus de projets.

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Sauver l’Europe, mode d’emploi

La crise grecque engendre espoir et inquiétude. Espoir de ceux qui rêvent de voir imploser l’Europe, inquiétude de ceux qui ne peuvent l’imaginer. Cependant, il ne faut pas perdre de vue que l’Europe est un maillon essentiel du Nouvel Ordre Mondial qui a nécessité tant d’énergie qu’il est « impensable » qu’elle disparaisse. D’ailleurs, des solutions sont déjà prêtes, élaborées depuis très longtemps. Comme d’habitude les réformes seront d’ordre technocratique en mettant en place des structures échappant au contrôle des nations et donc des citoyens.

Bien cerner le problème nécessite quelques rappels.

Tout d’abord, il ne faut pas perdre de vue que le traité de Maastricht a divisé l’Europe en deux : d’un côté, l’Union Européenne, de l’autre, la zone euro. Or, la zone euro est extrêmement fragile, du fait que les pays qui la composent ont des économies différentes. Par exemple, l’Allemagne n’est pas du tout au même niveau que la Grèce, et pourtant, ces deux pays ont une monnaie commune.

Cela n’est pas viable ! En effet, nous étions quelques-uns à expliquer que l’euro, dans l’état actuel des choses ne pourrait pas survivre à une crise majeure.

L’économiste Jean-Claude Werrebrouck avait d’ailleurs, le 4 février 2009, donné une excellente synthèse de la situation : « La solution serait, en Europe, de contourner la très dangereuse divergence croissante des taux d’intérêt sur la dette souveraine, en mutualisant les risques. Ce contournement suppose la création d’une agence commune d’émission, faisant disparaître les « spreads ». Mais cela suppose des stratégies de coopération interétatiques, aboutissant à des règles contraignantes pour les Etats menacés de dépôt de bilan. »

En effet, les écarts des taux d’intérêts sur la dette (les spreads), en raison des divergences économiques, sont inconcevables au sein d’une monnaie commune. On peut comparer cela à un bateau dont aucun des rameurs ne rame à la même vitesse et, de plus, sans gouvernail.

Pour éviter ce problème et sauver l’euro, il faut mettre en place une structure « interétatique », un Trésor européen.

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Les problèmes de maintenance des centrales nucléaires françaises

Le taux d’utilisation des centrales françaises est tombé à seulement 78%. Les problèmes de maintenance prolongent les arrêts de réacteurs. Bien que ces opérations soient largement sous-traitées, c’est à EdF de réagir.

Depuis mai 2009, le réacteur numéro deux de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) est à l’arrêt. A cette date, la doyenne des centrales françaises, construite en 1979, doit être rechargée en combustible. Une affaire de quelques semaines. Mais l’opération de routine tourne mal. Des fissures et des fuites sont détectées sur les trois générateurs de vapeur de l’îlot nucléaire. Après enquête, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) impose leur remplacement. Problème, EdF ne dispose pas de ces ensembles de 300 tonnes, qui doivent être commandés et construits. Une opération à 150 millions d’euros. EdF doit demander un délai d’un an à l’ASN. L’opération est alors planifiée pour 2011.

Là où le bât blesse, c’est que des équipements du même type et du même âge, installés dans des centrales en Suisse et aux Etats-Unis, mieux entretenues, n’ont pas connu de telles dégradations…

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Sortie de crise : on a tout faux

Par Olivier Pastré, professeur à l’université de Paris VIII.

La crise ne fait que commencer. A ceux qui croient qu’une hirondelle budgétaire fait le printemps économique, il convient de rappeler que la méthode Coué ne fonctionne jamais très longtemps dans l’univers de la croissance. Ce n’est pas en montant en épingle quelques indicateurs de consommation glanés ça et là que l’on bâtit un scénario de retour au plein emploi.

Certes, le scénario catastrophe de la déflation a été évité (de peu) grâce à la réactivité des banques centrales et des gouvernements. Mais ce sauvetage in extremis s’est opéré au prix d’une création monétaire porteuse de nouvelles bulles et de déficits budgétaires abyssaux qui ne pourront pas être creusés indéfiniment. Certes, les Bourses se tiennent bien mais elles ne reflètent que la capacité des très grandes entreprises à se redéployer là où la croissance mondiale a perduré, en l’occurrence certains pays émergents.
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Pour une finance mondiale, une régulation globale

(Déclaration conjointe de Gordon Brown, Premier ministre du Royaume-Uni et de Nicolas Sarkozy, le 10 décembre 2009)

En 2008, c’est l’Europe qui a montré la voie face à la crise financière mondiale et qui la première s’est attelée à la restructuration de notre système bancaire et au renforcement du système financier mondial. L’Union européenne a aussi montré la voie en plaidant pour la mise en place d’un nouveau forum de coopération économique réunissant les dirigeants du G20.

Et dès le début de la crise, c’est l’Europe qui a préconisé la relance budgétaire – et s’est efforcée de la coordonner au niveau mondial – intervention décisive qui a empêché qu’une récession ne se mue en dépression mondiale.

Aujourd’hui, nous devons une fois de plus prendre la tête des initiatives visant à forger un nouveau consensus mondial.

Cette crise nous a fait comprendre que nous sommes à présent dans une économie qui n’est plus nationale mais mondiale, et que les normes financières doivent donc être mondiales, elles aussi.

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“La souveraineté nationale de la Grèce est menacée”, dit son Premier ministre

Pressé par les pays européens d’assainir ses finances publiques, le gouvernement grec s’est engagé mercredi à tout mettre en oeuvre afin de restaurer la crédibilité financière du pays et regagner la confiance des marchés, afin de préserver sa propre “souveraineté”.

“Nous sommes déterminés à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour maîtriser l’énorme déficit, restaurer la stabilité des finances publiques et promouvoir le développement. C’est la seule voie pour nous assurer que la Grèce ne perdra pas ses droits à la souveraineté”, a souligné le Premier ministre Georges Papandréou, au cours d’un conseil des ministres.

Car, a-t-il averti, “pour la première fois” depuis le retour de la démocratie en 1974, “l’impasse financière de notre pays menace notre souveraineté nationale”.

De son côté, le ministre des Finances, Georges Papaconstantinou, a affirmé “que le gouvernement fera tout ce qu’il faudra pour retrouver la crédibilité qu’il a perdue avec des mesures précises et un plan pour diminuer, à moyen terme, le déficit et maîtriser la dette publique”.

Soumise à de fortes pressions depuis la crise de Dubaï, la Grèce, membre de la zone euro, est sous le feu des critiques depuis deux semaines en raison de l’explosion de son déficit public, estimé à 12,7% du produit intérieur brut (PIB) et de sa dette estimée à quelque 113% du PIB pour la fin de l’année et à 120% en 2010.

Le 1er décembre, le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, avait apporté un peu de répit au gouvernement d’Athènes, au pouvoir depuis le 4 octobre. “La Grèce n’est pas et ne sera pas en état de faillite”, avait-il assuré.

Mais, lundi et mardi, les agences de notation Standard and Poor’s et Fitch ont successivement mis sous surveillance la note de crédit à long terme et abaissé la note de dette à long terme.

Fitch a en outre annoncé mercredi avoir placé sous surveillance négative l’ensemble des crédits structurés émis par les établissements grecs, accentuant encore la pression sur Athènes.

M. Papaconstantinou a reconnu que “les dégradations des agences de notation rendent difficile la politique du gouvernement”, et prévenu que “la Grèce connaîtra des perturbations sur les marchés ces prochains mois”. Lire la suite

Ces bulles spéculatives qui menacent d’éclater

Un an à peine après l’effondrement des marchés financiers, plusieurs poches spéculatives sont déjà en train de se reformer. Certains économistes s’alarment d’un remake alimenté par l’excès de capitaux en circulation.

C’était il y a un an à peine : les investisseurs paniqués par la débâcle financière retiraient comme un seul homme leurs actifs de tous les marchés un tant soit peu risqués.

N’était-ce là qu’un mauvais rêve ? Depuis, la conjoncture s’est améliorée, l’appétit pour le risque est revenu, et l’euphorie d’avant crise ne paraît déjà plus si loin. Aujourd’hui, tout monte : depuis le début de l’année, les marchés boursiers des pays émergents ont pris 95 %, le pétrole 120 %, tandis que le cours de l’or atteint des niveaux record !

Serait-ce déjà le retour de la bulle ? C’est le désormais célèbre économiste américain Nouriel Roubini, professeur à l’université de New York, qui a mis les pieds dans le plat, dans un article paru, le 1er novembre, dans le Financial Times : “Nous assistons au gonflement de la plus grande bulle de l’Histoire”, écrit-il, prophétisant “la plus grande explosion que l’on ait jamais vue”.

Et, comme le “Dr Catastrophe” – son surnom – avait prédit avec la plus grande précision l’enchaînement diabolique des subprimes, tout le monde se remet à trembler… Lire la suite