États-Unis : Un plan Marshall pour l’Amérique

Suite à l’effondrement d’un pont autoroutier en Californie le mois dernier, l’impact observé sur toute la région sud-est des États-Unis vient souligner une fois de plus la gravité des défaillances infrastructurelles du pays. En effet, dans une certaine mesure, la plus importante économie au monde s’écroule aujourd’hui peu à peu.

L’aversion idéologique vis-à-vis de l’investissement du secteur public, de même que la prédominance d’un mode de pensée à court terme de la part de ceux qui rédigent les budgets, ont abaissé les dépenses jusqu’à des niveaux bien insuffisants en matières d’autoroutes, d’aéroports, de chemins de fer, de réseaux de télécommunications et de production d’électricité.

Seulement voilà, cette problématique ne peut plus être ignorée. Si les États-Unis n’agissent pas rapidement afin de conférer de solides fondations à leur reprise économique fragile, le pays pourrait à nouveau glisser lentement vers la stagnation.

La logique la plus évidente voudrait en principe qu’une économie développée procède judicieusement et continuellement à des investissements dans les biens publics. Or, au vu de la situation infrastructurelle des États-Unis, il semble que tous les acteurs décisionnels ne partagent pas cette conception. Lire la suite

La France s’appauvrit depuis 2007

En dépit d’une stagnation du PIB au deuxième trimestre, “la reprise est bel et bien engagée“, estime le gouvernement. Peut-on vraiment parier sur une croissance durable?

Le vocabulaire ne change pas, même si la réalité décrite n’a plus rien à voir. Ce vendredi matin sur France Inter, le ministre des Finances Michel Sapin insistait sur l’existence d’une reprise en France, en dépit de la stagnation du PIB au deuxième trimestre annoncée par l’Insee.

Et de rappeler que la croissance de l’économie française a été de zéro ou presque aussi bien en 2012, 2013 que 2014. Alors, 1% de croissance -l’objectif pour l’ensemble de 2015-, ça n’a évidemment rien à voir….

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OCDE : « La zone euro pourrait être tombée dans une trappe de stagnation persistante »

Dans son dernier rapport d’Economic Outlook (‘perspectives économiques’), l’Organisation de coopération et de développement économiques, un think tank parisien plus connu sous son acronyme OCDE, exhorte la Banque centrale européenne (BCE) à envisager un soutien monétaire d’urgence pour la zone euro, et le bloc de la zone euro à assouplir sa doctrine fiscale.

L’OCDE craint que la zone euro ne soit tombée dans une « trappe de la stagnation persistante » et note que les risques de stagnation augmentent dans la zone euro, ce qui pourrait faire peser une menace sur toute l’économie mondiale. Une stagnation prolongée dans la zone euro pourrait avoir pour effet d’entraver la croissance économique mondiale en raison des liens commerciaux et financiers que celle-ci entretient avec le reste du monde.

Selon les modélisations présentées dans le rapport, un choc négatif pourrait provoquer une nouvelle période étendue de croissance très faible accompagnée d’une faible inflation, qui conduirait à un maintien du chômage à son niveau actuel très élevé.

L’Organisation table sur une croissance mondiale de 3,3% cette année, de 3,7% pour 2015, et de 3,9% pour 2016. Les États-Unis et le Royaume-Uni auront une croissance plus forte que celle de la zone euro et du Japon, et certains pays émergents, notamment l’Inde, l’Indonésie et l’Afrique du Sud, devraient aussi connaitre une reprise vigoureuse. Cependant, l’économie de la Chine devrait s’affaiblir légèrement, tandis que celle de la Russie devrait stagner l’année prochaine.

Pour la zone euro, l’organisation prévoit une croissance de 0,8% cette année, puis 1,1% en 2015, et 1,7% en 2016. Aux États-Unis, cependant, l’OCDE prévoit de bien meilleures perspectives, avec une prévision de croissance de 2,2% pour cette année, et près de 3% pour 2015 et 2016.

Au sein de la zone euro, les interventions de la BCE pour assouplir la politique monétaire ont été limitées jusqu’à présent, et l’Allemagne s’y oppose farouchement.

Expresse.be

Japon : Le vieillissement démographique étouffe l’entrepreneuriat

Le Japon connaissait une croissance particulièrement rapide au cours des années soixante-dix et quatre-vingt, mais il connaissait sur la même période le gonflement de bulles spéculatives. Lorsque celles-ci éclatèrent, l’économie nippone bascula dans une longue stagnation. Plusieurs raisons ont été avancées pour expliquer ce ralentissement de la croissance japonaise.

L’une d’entre elles est que le Japon manque d’entrepreneurs et que, contrairement aux États-Unis, il a échoué à développer un secteur des nouvelles technologies dynamique. Le Japon se caractérise en effet par la plus faible propension d’entrepreneurs parmi les pays développés. Selon les théories dominantes, l’entrepreneuriat joue pourtant un rôle essentiel dans la croissance économique.

Sans création de nouvelles entreprises, il est difficile d’imaginer comment les technologies radicales pourraient se diffuser et bouleverser l’environnement économique. Les entreprises en place peuvent certes moderniser leurs produits et techniques de production, mais les innovations radicales tendent à être associées avec l’entrepreneuriat et l’émergence de nouvelles entreprises.

Pourtant, le manque d’entrepreneurs dont souffre le Japon ne semble pas s’expliquer par un manque d’investissement technologique. En effet, ses dépenses en recherche-développement représentent à 3 % de son PIB, soit à un niveau supérieur à celui des autres pays développés.
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Philippe Herlin : La zone euro sur la voie de la récession ?

Les États-Unis viennent d’annoncer une croissance (annualisée) de 4% pour le deuxième trimestre, après le très mauvais résultat du premier (finalement révisé, pour la troisième fois, à-2,1%, au lieu de -2,9%). Une bonne nouvelle, mais attendons les prochaines révisions officielles de ce chiffre, tant il paraît miraculeux… Nous y reviendrons.

En Europe par contre, la tendance est bien plus claire : elle passe progressivement d’un espoir déçu de faible croissance à la stagnation, puis aux premiers signes de récession. En Italie, le “miracle” Matteo Renzi a l’air de faire long feu : le pays connaît son deuxième trimestre de récession de suite, -0,2 après -0,1%.

Réagissant à ces chiffres, le ministre de l’économie, Pier Carlo Padoan, a reconnu, dans une interview au quotidien Il Sole 24 Ore du 6 août, que le pays se trouve “dans une phase de sortie de la récession très pénible, car la récession est vraiment profonde. ‘’

La France n’est pas officiellement en récession, mais l’horizon de la croissance reste désespérément plat. François Hollande a déclaré attendre de l’Allemagne “un soutien plus ferme à la croissance“, notamment en investissant plus. Berlin renvoie Paris dans ses buts :”Les déclarations très générales en provenance de Paris ne fournissent aucune raison pour de quelconques corrections dans la politique économique du gouvernement allemand“, a déclaré la porte-parole du gouvernement, Christiane Wirtz.

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L’adieu à la croissance

Que cela plaise ou pas, une nouvelle ère s’ouvre, celle d’une croissance durablement proche de zéro.

L’annonce d’un recul du PIB au tournant de l’année 2013 ( – 0,2 % au quatrième trimestre 2012, -0,2 % au premier trimestre) a occulté une réalité bien plus alarmante encore : la panne sans précédent dans sa durée de la croissance française. Sur les cinq derniers trimestres, l’activité n’a pas progressé d’un iota en France et le niveau de la richesse produite se trouve toujours aujourd’hui en deçà de celle de 2007, l’année du déclenchement de la crise des subprimes aux Etats-Unis. Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale, l’économie française n’a connu une période aussi longue de stagnation.

Et l’horizon à court et moyen terme apparaît désespérément bouché. Une réalité bien perçue par la force des choses par les agents économiques, ménages et chefs d’entreprise mais encore largement niée par les politiques qui ne cessent pas d’entrevoir le futur avec des lunettes roses. Un tel comportement ne surprend pas l’expert Olivier Berruyer :

Les politiques sont dans l’idéologie de la croissance. Ils vivent dans le règne révolu du “toujours” plus”, estime ce dernier. Or ce retard dans la prise de conscience est lourd de conséquences car il freine les adaptations nécessaires à la nouvelle ère qui s’ouvre, celle d’une croissance durablement proche de zéro et qui appelle nécessairement des révisions douloureuses dans nos façons de produire et de redistribuer.

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La débâcle de l’austérité

Alors que la sortie de récession des économies développées dans le courant de l’année 2009 paraissait marquer la fin de la crise, la rechute de l’activité depuis la mi-2011 a anéanti les espoirs d’une sortie sans douleur de la dégradation des finances publiques causée par l’épisode précédent. Les stabilisateurs automatiques, les plans de relance et les dispositifs de sauvetage des agents privés menacés par la crise financière de 2008/09 ont évité un engrenage récessif, mais au prix d’un creusement des déficits et d’une montée de l’endettement public.

Prévision du 18 octobre 2012, Sous la direction de Xavier Timbeau – L’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

OFCE

USA : les inégalités sont-elles responsables de la crise ?

La montée des inégalités aux Etats-Unis expliquerait aussi bien la crise de 2007 que celle de 1929, selon une étude publiée par le FMI. Pourtant, rien n’est fait pour inverser la tendance. Explications.

Caricature américaine, 2009. Sur l'affiche : "Les saisies immobilières se poursuivent". Les clochards chantent : "Je serai SDF pour Noël" (jeu de mots sur "Je serai à la maison pour Noël" - "I'll be home for Christmas", chanson traditionnelle de Noël).

Les Etats-Unis sont-ils condamnés à plonger dans une nouvelle crise ? Le compromis fiscal conclu entre Obama et ses adversaires républicains a été approuvé jeudi par le Congrès américain. Il s’agit du dernier avatar de l’échec du gouvernement à résorber des inégalités sociales qui ne cessent de se creuser depuis des décennies. Inégalités qui seraient pourtant à l’origine aussi bien de la crise de 1929 que de celle de 2007.

Les inégalités sont-elles à l’origine des crises ?

C’est la thèse des économistes Michael Kumhof et Romain Rancière. Dans un article publié fin novembre pour le FMI, ils rapprochent la montée des inégalités de celle de l’endettement des ménages. Pour eux, c’est le point commun entre les décennies précédant la crise économique actuelle et celles d’avant la Grande dépression de 1929. Entre 1910 et 1929 comme entre 1989 et 2008, la part des revenus de la fraction de 1% des ménages les plus riches est en effet passée de 15% à 25%.

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La génération de l’échec

Par Michel Geoffroy

La génération au pouvoir dans les pays européens depuis la fin du XXe siècle restera devant l’histoire comme la génération de l’échec. C’est la génération de mai 1968, fille spirituelle des lanceurs de pavés, des fumeurs de joints et des idolâtres de Mao et de Che Guevara.

Car elle a tout raté, sauf précisément parvenir à cumuler les pouvoirs médiatiques, culturels, politiques et économiques en Occident et en profiter. Mais quel usage a-t-elle fait de son pouvoir sans précédent ?

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Forex : 2011, année du déclin du roi dollar…

Par Eberhardt Unger

En cette fin d’année 2010, le TWEX (index du dollar évalué par son poids dans les échanges commerciaux) revient buter sur sa ligne de soutien historique autour des 70 points.

Le dollar américain est toujours la monnaie de référence mondiale ; cependant, ces derniers temps, ce rôle fait de plus en plus débat.

Dans les réserves monétaires mondiales estimées à 8 954 milliards de dollars US, environ 61% sont libellés en dollars américains (source : FMI/COFER).

Cette proportion a diminué au cours des dernières années d’environ 10% en faveur de l’euro, du yen et de la livre sterling.

La Chine, à elle seule, possède des réserves de change de 2 648 milliards de dollars, et pour toute l’Asie ce montant s’élève à environ 5 000 milliards. Au cours des 10 derniers mois, différentes banques centrales ont acheté de l’or comme réserves monétaires ou ont procédé à une augmentation de leur stock.

Derrière une monnaie de référence, on doit trouver une économie construite sur des fondamentaux solides. Or l’économie américaine est dans une phase de stagnation, et c’est le pays le plus endetté au monde où les dettes augmentent plus vite que le PIB.

Pour le total du passif (Total Liabilities) des Etats-Unis, la Fed a reporté le chiffre 114 428 milliards de dollars dans sa publication « Flow of Funds » pour 2009.

En comparaison, la valeur nominale du PIB américain est de 14 575 milliards de dollars : les dettes ne pourront jamais être remboursées.

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Lutte des classes « made in USA »

Une tribune libre de Patrick Reymond

"Qu'est-ce qui est mieux pour l'économie ? Faut-il que je craque tout, ou que je mette tout de côté ?" (caricature américaine, mars 2009)

Les USA ne produisent désormais que du papier chiotte et de la lutte des classes.

Un article paru dans « Economist’s View » donne le la : 80% de la population a vu ses revenus décroître depuis 1979 ; seuls les 20% restants, au haut de l’échelle sociale, ont vu les leurs croître, encore faut-il différencier.

Le 1% le plus riche, dont le revenu explose ( + 740 000 $), fait monter A LUI SEUL, la dernière tranche de la population ; sans ce 1%, les 19% vivent, au mieux, la stagnation…

En France, on songe encore à leur faire des gâteries : abandon du bouclier fiscal (600 millions €), contre suppression de l’ISF (3 milliards €). Elle est pas belle, la vie ?

On peut noter aussi la descente aux enfers de l’industrie américaine. En 1970, elle est deux fois plus grosse que celle de l’Allemagne et du Japon réunis. En 1985, les deux nations vaincues de la seconde guerre mondiale l’ont rattrapée.

Seule une propagande pire que celle de l’URSS a permis de faire croire a un quelconque progrès.

« Our economy is strong » [notre économie est forte], comme disait Deubeuliou.

En réalité, 80% de la population en est au stade de la décroissance, 19% au stade de la stagnation, 1% se paie sur la bête, situation révolutionnaire idéale par excellence.

Pendant ce temps là, certains disent que l’immigration enrichit profondément le pays d’accueil…

Globalement, on peut dire qu’elle enrichit surtout 1% de la population, et qu’elle est chargée d’appauvrir le reste. C’est donc, de ce côté là, mission parfaitement accomplie…

(N.B. : cet article est libre de droits de citation et de reproduction ; nous demandons cependant à tout utilisateur de bien vouloir citer Fortune comme source).

Alain Cotta : il faut sortir de l’euro et vite !

Alain Cotta, professeur d’économie à HEC, qui avait déjà fait part de son scepticisme sur le traité de Maastricht, dès 1992. Il revient à la charge avec un nouvel ouvrage, où il est question du sort de l’euro. Une monnaie unique qui ne fait plus l’unanimité et qu’il faut quitter, pour revenir à une monnaie commune ou au franc.

Dans son dernier livre, qui paraît aujourd’hui [28 juin 2010], Alain Cotta fait une critique de l’euro et remet son mode de fonctionnement en question. « Sortir de l’euro ou mourir à petit feu », le titre de son livre donne le ton au discours de l’économiste.

En trois actes, à la manière d’une pièce de théâtre, Alain Cotta démontre pourquoi et comment la France doit sortir de l’euro pour revenir au franc.

Acte 1 : Promesses de politiques

En 1997, médias, politiques et dirigeants des grandes banques françaises ont crié haut et fort que l’euro était la meilleure manière, pour la France, de s’affirmer comme une puissance économique au sein de l’Europe et de montrer aux dirigeants américains et chinois qu’ils étaient capable de s’unir pour créer une monnaie concurrentielle. Oubliant les monnaies nationales aux valeurs différentes, 16 pays créaient la zone euro.

En clair, l’auteur rappelle que l’euro a été évalué sur les bases de la monnaie allemande : le mark. Déjà, le déséquilibre entre les pays à monnaie forte (pays nordiques) et les pays latins, dont la monnaie était moins puissante, faisait bondir certaines voix que l’on a préféré marginaliser à l’époque. Alain Cotta faisait déjà partie de ceux-là.

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Si la Stagflation s’invitait à dîner ?

(Par Laurence Crottaz, épouse d’Olivier)

Définition de la stagflation : C’est la combinaison entre la stagnation de l’activité économique et une forte inflation (hausse des prix à la consommation, sans hausse des salaires). Aujourd’hui, il semble que ce soit c’est le plus grand danger qui menace la zone Euro.

Ce terme de stagflation a été utilisé pour la première fois en novembre 1965 par Iain Macleod pour décrire la situation de l’économie britannique durant les 30 glorieuses ensuite généralisée aux autres pays en 1970.

Les causes de la stagflation de 1970:

  • la chute des taux de rentabilité des sociétés américaines depuis le milieu des années 1960, puis en Europe et au Japon,
  • la crise du Système Monétaire International (abandon de l’étalon or),
  • le premier choc pétrolier en 1973.

Les conséquences furent un fort ralentissement de l’activité avec une forte poussée du taux de chômage et une lourde inflation.

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La mort annoncée de l’euro : une bonne nouvelle pour la Russie ?

Aujourd’hui directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales où il dirige le Centre d’Études des Modes d’Industrialisation (CEMI-EHESS), Jacques Sapir est un économiste de renommée mondiale. Il est intervenu à ce titre à de nombreuses reprises sur la question de l’avenir de la zone euro et de l’union monétaire européenne et s’est attaché à mettre au jour les causes profondes de l’impuissance des gouvernements européens à gérer efficacement une crise « grecque » qu’on a supposée à tort locale.

Mais il est avant tout un spécialiste reconnu depuis plus de 20 ans de l’économie russe, qu’il s’agisse de celle de l’URSS ou de celle de la transition à l’économie de marché. Il a enseigné en Russie à la Haute Ecole d’Economie de 1993 à 2000, et enseigne aujourd’hui à l’Ecole d’Economie de Moscou. Il a été l’un des rares à prédire le krach de 1998, ce qui lui a notamment valu d’être appelé à intervenir en tant qu’expert auprès de la Banque centrale de Russie, dans le cadre d’un Groupe de travail sur la sécurité financière.

Bref, nul ne paraissait mieux placé que lui pour répondre à une question qui ne semble pas empêcher outre mesure les économistes russes de dormir : en quoi la Russie est-elle concernée concrètement par la crise européenne ? Lire la suite

Les leçons de l’Afrique

Pour sortir de la crise grecque, il n’y a d’autre solution que de restructurer sa dette, affirme la grande économiste indienne Jayati Ghosh. A en juger par l’expérience des pays africains très endettés, il semble que les mesures d’austérité menacent non seulement la reprise économique, mais qu’elles risquent également d’aggraver la récession.

Il est désormais évident que les problèmes de l’économie grecque — et de la zone euro — n’ont pas été résolus par l’injection titanesque de fonds de secours de la part de la BCE et du FMI, et qu’ils ne peuvent l’être. Le gouvernement grec est invité à mettre en œuvre des mesures d’austérité qui entraîneront une baisse sensible des revenus et de l’emploi, pas seulement aujourd’hui, mais dans un avenir prévisible. Or, cela ne permettra pas de corriger les déséquilibres existants, mais cela risque surtout de les aggraver.

Les pays pauvres très endettés (PPTE) d’Afrique auraient une ou deux choses à apprendre aux Grecs. Ils pourraient leur apprendre comment les mesures déflationnistes imposées aux gouvernements font piquer du nez l’activité économique, une spirale qui détruit les capacités existantes et les perspectives de croissance futures, tout en poussant une grande partie de la population vers une existence matérielle fragile et incertaine.

Ils pourraient leur apprendre à quel point cette méthode est fondamentalement ingérable. La dégringolade du PIB rend, en effet, encore plus difficile le service de la dette. Par conséquent, celle-ci continue non seulement de s’accumuler, mais s’étend davantage à cause des intérêts non rémunérés. Des intérêts qui s’ajoutent au capital et s’accumulent, si bien que la dette du pays ne cesse d’augmenter, même sans nouveaux afflux de capitaux étrangers.

Ils pourraient leur dire qu’au bout du compte, il n’y aura pas d’autre solution que de restructurer la dette, parce que le problème ne fera que croître même avec (et en partie à cause) des mesures d’austérité les plus rigoureuses. Ils pourraient leur parler de leur propre expérience, de ces décennies perdues dans une régression économique qui aurait pu être évitée si la restructuration de la dette avait eu lieu beaucoup plus tôt et que l’on avait pris des mesures différentes pour favoriser la reprise.
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Partage de la valeur ajoutée : le hold-up tranquille

«La guerre des classes existe, c’est un fait. Mais c’est la mienne, celle des riches, qui mène cette guerre et nous sommes en train de la remporter.»

(Warren Buffett, deuxième fortune mondiale, New York Times, 29 novembre 2006)

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C’est le point aveugle du débat économique. Une donnée clé, et d’autant mieux cachée par les grands médias : de toutes les richesses produites en France, les salariés récoltent, aujourd’hui, d’après l’Insee, 9,3% de moins qu’en 1983 – autant qui va en plus aux actionnaires. Soit plus de 100 milliards d’euros par an…

«La part des profits est inhabituellement élevée à présent (et la part des salaires inhabituellement basse). En fait, l’amplitude de cette évolution et l’éventail des pays concernés n’a pas de précédent dans les 45 dernières années.»

D’où sont tirées ces lignes ?

On croirait une communication de la CGT ?

Ou un discours d’Olivier Besancenot ?

Au contraire : ce passage est extrait d’un article de la Bank for International Settlements. La Banque des Règlements Internationaux. Une institution qui réunit chaque mois, à Bâle, en Suisse, les banquiers centraux pour « coordonner les politiques monétaires » et « édicter des règles prudentielles ».

Dans leurs Working Papers n° 231, daté de juillet 2007 et titré Global upward trend in the profit share («Hausse tendancielle mondiale de la part des profits»), eux insistent pourtant sur les «hauts niveaux de la part du profit inhabituellement répandus aujourd’hui», sur cette «marge d’une importance sans précédent», sur cette «preuve à la fois graphique et économétrique d’un fait particulier concernant le partage des revenus dans les pays industrialisés : une poussée à la hausse de la part des profits au milieu des années 80, ou son pendant : une poussée à la baisse de la part des salaires» et ainsi de suite sur vingt-trois pages.

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Europe/USA : le « miracle » japonais ne se répétera sans doute pas

Un scénario alternatif à un retour à une situation de forte récession, pouvait être envisagé avant les récents problèmes de dette souveraine de la Grèce : qu’il y ait une période longue (10 à 20 ans) de déflation douce et de stagnation économique, associée à une hausse régulière des dettes publiques, jusqu’à atteindre par exemple le niveau japonais (plus de 200% du PIB d’endettement public brut *), sans que cela ne pose de problème au marché obligataire (maintien de taux bas).

* Ce chiffre doit être fortement relativisé, puisque la dette gouvernementale japonaise détenue par le secteur privé ne s’élève en fait qu’à 52% du PIB (voir cet article sur la dette japonaise).

Les récents développements intervenus en Europe, avec des hausses importantes sur les taux à 10 ans de la Grèce, du Portugal, de l’Irlande, et dans une moindre mesure de l’Espagne, sont un signal très clair envoyé par le marché : ce scénario à très peu de chances de se réaliser chez nous, puisque plusieurs pays commencent déjà à inquiéter le marché (la Grèce ayant largement franchi la ligne rouge).

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Pourquoi l’économie risque de replonger

Par Pierre Dockès.

La perspective d’un second plongeon est devant nous. Le risque, cette fois, est d’abord européen, mais une répercussion vers les États-Unis où la reprise est précaire, comme cela a été le cas en 1931-1933, ne saurait être exclue.

La crise de 2007-2009 avait une double base, l’éclatement d’une bulle immobilière et financière dégénérant en crise bancaire, et une crise mondiale de suraccumulation du capital. De cette dernière, la Chine était la source principale, mais elle exportait ses conséquences avec ses capitaux et ses marchandises.

Ce ne fut pas une crise de sous-consommation et les politiques suivies face à la récession ont évité le processus cumulatif classique via la chute de la demande des ménages. Certes, l’Allemagne avait précocement joué sur la baisse de la consommation pour accroître ses exportations, certes, avec l’effondrement de la bulle immobilière, le resserrement du crédit et la récession elle-même, la consommation a diminué aux États-Unis, mais elle reprend aujourd’hui. En France, elle a relativement bien tenu. Aujourd’hui, si la reprise est forte dans les pays émergents, elle est fragile aux États-Unis, à peine perceptible en Europe et le Japon est en déflation. Alors, le bout du tunnel ? On peut en douter, un choc de demande, d’abord celle des ménages, est probable.

Les politiques d’austérité risquent de provoquer un second plongeon. L’Europe est en première ligne, mais elle n’aura pas le monopole des politiques d’austérité et les États-Unis ne prolongeront pas leur politique de soutien de l’économie.

D’un point de vue général, la transition des politiques actives – nécessaires pour éviter l’effondrement conjoncturel -à des politiques d’absorption des liquidités en excès et de réduction des déficits conduit à une contradiction très difficile à gérer, et pas seulement pour des raisons de timing.
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Les “magasins sociaux” se multiplient en Allemagne

Cela ressemble à n’importe quelle brocante : des canapés usés alignés devant des buffets massifs, des vitrines remplies de verres et d’objets en tout genre, des livres à perte de vue et plusieurs lampadaires années 1950. Sauf que, au Sozialkaufhaus, un magasin social implanté dans un quartier populaire de Neukölln, à Berlin, les tarifs pratiqués s’adressent d’abord à une population particulière : chômeurs de longue durée, retraités, mais aussi des salariés aux revenus modestes, peuvent acquérir ici un lit complet avec matelas et sommier pour 50 euros, un verre pour 20 centimes d’euro, un buffet pour 50 euros, un livre pour 1 euro.

Les vêtements peuvent même être gratuitement emportés dans la limite de cinq pièces. Ce matin froid d’automne, il n’y a pas foule dans le magasin.

Cette image est trompeuse. Car, depuis que Michael Maskolus a créé l’association Die Teller Gottes (“les assiettes de Dieu”) et ouvert son premier centre en 2004, la demande ne cesse de croître.

Jusqu’à 150 personnes par jour, vivant parfois très loin, viennent se procurer des objets ou des meubles à des prix défiant toute concurrence.

“De plus en plus de gens ont besoin de ce type d’offre” en Allemagne, raconte cet ancien chômeur de 47 ans. La preuve : il a ouvert deux autres magasins et une petite cantine où sont servis, chaque midi, des repas chauds au tarif unique de 1 euro.

Son concept est simple : il récupère tout ce que les gens veulent jeter, répare si nécessaire et revend le tout à des prix très bas. “C’est incroyable tout ce qui peut atterrir dans la poubelle”, s’exclame-t-il en montrant des radiocassettes et chaînes hi-fi encore en bon état.

Le bouche-à-oreille a bien fonctionné et, aujourd’hui, il reçoit plus de dons qu’il ne lui en faut. Ainsi, faute de place, les vêtements s’entassent dans des sacs-poubelle bleus. Les gains de la vente servent à payer le loyer et les salaires des dix employés. “Nous ne faisons aucun profit et s’il devait à l’avenir rester de l’argent en trop, je le reverserai à une association”, assure M. Maskolus, qui se targue, à la différence d’autres associations, de ne percevoir aucune subvention publique.

Dans tout le pays, ces commerces caritatifs connaissent un véritable essor. On estime leur nombre à 350 et, chaque mois, de nouveaux magasins ouvrent leurs portes.

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Depuis 30 ans, les salaires baissent, sauf au sommet

Dans une note de recherche non encore publiée, l’économiste Jacques Sapir explique pourquoi, malgré la déflation salariale, la part des salaires dans la valeur ajoutée n’a pas baissé depuis 1990. En cause : la hausse des salaires les plus élevés et la transformation de revenus du capital en salaires.

Et pour les autres ? La chute des revenus.
La question du « partage de la Valeur Ajoutée » a suscité de nombreux débats en France depuis le début de la crise.

Sans avoir atteint le niveau des Etats-Unis ou de la Grande-Bretagne, la baisse relative sur longue durée des revenus salariaux a été invoquée comme l’une des causes de la fragilité de l’économie française.

Cependant, la diversité de ces mêmes revenus salariaux, qui incluent désormais ce qui était autrefois des revenus du capital, pose le problème de ce que l’on mesure.

Enfin, l’impact du libre-échange sur l’évolution des rémunérations salariales est aussi un facteur qu’il faut pouvoir estimer.

Si l’on fait l’hypothèse que les salaires dans l’industrie ont été en France tirés vers le bas par l’importation de produits provenant des économies à très bas coûts salariaux, c’est plus vers la relation Salaires-Productivité qu’il faut tourner ses regards.

L’ouverture au commerce international fragilise en effet le mécanisme d’indexation des salaires sur la productivité dans l’industrie et donne aux entreprises qui s’externalisent la possibilité de ne plus dépendre du marché intérieur, et des salaires qui y sont payés. Lire la suite

Ces bulles spéculatives qui menacent d’éclater

Un an à peine après l’effondrement des marchés financiers, plusieurs poches spéculatives sont déjà en train de se reformer. Certains économistes s’alarment d’un remake alimenté par l’excès de capitaux en circulation.

C’était il y a un an à peine : les investisseurs paniqués par la débâcle financière retiraient comme un seul homme leurs actifs de tous les marchés un tant soit peu risqués.

N’était-ce là qu’un mauvais rêve ? Depuis, la conjoncture s’est améliorée, l’appétit pour le risque est revenu, et l’euphorie d’avant crise ne paraît déjà plus si loin. Aujourd’hui, tout monte : depuis le début de l’année, les marchés boursiers des pays émergents ont pris 95 %, le pétrole 120 %, tandis que le cours de l’or atteint des niveaux record !

Serait-ce déjà le retour de la bulle ? C’est le désormais célèbre économiste américain Nouriel Roubini, professeur à l’université de New York, qui a mis les pieds dans le plat, dans un article paru, le 1er novembre, dans le Financial Times : “Nous assistons au gonflement de la plus grande bulle de l’Histoire”, écrit-il, prophétisant “la plus grande explosion que l’on ait jamais vue”.

Et, comme le “Dr Catastrophe” – son surnom – avait prédit avec la plus grande précision l’enchaînement diabolique des subprimes, tout le monde se remet à trembler… Lire la suite