La crise de la zone euro s’envenime et accélère le plongeon des marchés

Une fois encore, les inquiétudes sur l’état des finances publiques dégradées de pays européens sont à l’origine de ce nouveau “coup de blues” des marchés. Après la Grèce, les inquiétudes se focalisent désormais sur l’Espagne, considérée elle aussi comme un “maillon faible” de la zone euro.

L’annonce du sauvetage de Cajasur, une caisse d’épargne du Sud du pays que contrôlait l’Église catholique a porté le coup de grâce au moral des investisseurs.

Ces craintes font plonger les actions des grandes banques à l’image de Société générale (- 5,27 %), de Santander (- 5,06 %) en Espagne ou encore de Mediolanum (- 7,06 % ) et d’UniCredit (- 4,62 %) en Italie : un défaut souverain et c’est tout le secteur financier qui serait au tapis.

La monnaie unique a aussi replongé. Après un bref sursaut au dessus de 1,26 dollar vendredi 21 mai, l’euro s’échangeait à 1,2230 dollar dans la matinée de mardi.

Une faillite de l’Espagne comme d’un autre État en Europe devient un scénario de plus en plus plausible.

Sortie de crise en “W”

Les inquiétudes des marchés ne s’arrêtent pas là. Pour réduire des déficits publics jugés de plus en plus intenables, les pays d’Europe annoncent un par un des plans d’austérité.

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Crise : gagner du temps n’est pas suffisant (2)

Suite et fin de la Tribune de l’économiste Jacques Sapir à propos des mesures de sortie de crise adoptées par nos dirigeants. L’économiste esquisse une alternative à un système monétaire international durablement en crise.

Il convient donc, et ce très rapidement, de s’atteler à la réforme de la zone Euro, mais aussi de se préparer au pire. Le fait que le tabou d’un engagement des Banques Centrales (et de la BCE au premier chef) ait été partiellement levé, est une bonne chose. Mais, soit on s’oriente vers une monétisation d’une partie des déficits (et il est peu probable que l’Allemagne l’acceptera), soit on se rendra rapidement compte que les facteurs de blocage que l’on connaissait avant cette crise perdurent. De même, la question de la compétitivité au sein de la zone Euro reste entièrement posée.

Il faut redonner de la souplesse au système

Tel était le principe d’un Euro monnaie non unique mais simplement commune, venant chapeauter les monnaies nationales, dans un cadre où les parités seraient fixes mais régulièrement révisables. Ceci correspond à la seule solution permettant de gérer l’hétérogénéité des dynamiques économiques, hors d’un budget européen réellement conséquent qui est aujourd’hui une impossibilité politique.

Enfin, il convient de le protéger contre de nouvelles attaques spéculatives et, pour cela, d’introduire à l’extérieur de la zone des mécanismes de contrôle sur les mouvements de capitaux à court terme.

Il est donc nécessaire de maintenir le rythme des changements, tel qu’il s’est manifesté ce dimanche [9 mai 2010]. Mais, ceci se heurte directement à la temporalité des politiques qui comptent en mois, quand ce n’est en années, problème que vient renforcer la crise politique larvée que vit l’Allemagne.

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Pour l’OCDE, la crise est loin d’être finie

Croissance modérée en vue dans la zone euro, de nombreux risques demeurent. Selon  une étude de l’assureur crédit Euler Hermes, et le dernier rapport de la BCE, l’horizon ne semble pas s’éclaircir pour les pays de l’OCDE.

L’heure est au bilan. Alors que chacun y va de son petit mot sur la fin de la crise, l’assureur crédit Euler Hermes dresse un premier tableau de la crise dans les pays de l’OCDE et les pays émergents. Les pays riches ont de quoi s’inquiéter.

Si l’assureur assure que la reprise de l’économie mondiale est présente, il n’oublie pas de préciser qu’elle n’est pas homogène selon les pays.

Au regard des chiffres de la production industrielle mondiale (+5,6%) et du commerce international (+7,4%) sur les six derniers mois, il ne fait pas de doute que le rebond de l’économie est bel et bien là. « Le quatrième trimestre 2009 a confirmé le rebond de la croissance des pays développés, leur PIB agrégé s’inscrivant en hausse de 0,8%, » commente Karine Berger, directrice marchés et marketing et chef économiste chez Euler Hermes.

Reste que cette reprise cache des disparités géographiques notables. A commencer par la zone Pacifique, « là où tout se passe, » selon Karine Berger. L’Asie a largement dépassé ses niveaux d’avant crise, avec des bonds de production de 15,9% et des échanges commerciaux en hausse de 1,9%. A l’inverse, dans les pays avancés, la production a chuté de 10,8% et le commerce de 13%. Au total, l’OCDE a perdu près de cinq points dans la production industrielle mondiale en dix ans. « Pour la première fois, les pays avancés fournissent moins de 50% de la production mondiale, » explique Karine Berger.

Une situation qui a eu des répercussions sociales, avec une perte de dix millions d’emplois et  des répercussions financières, avec un quasi doublement du déficit public dans l’OCDE par rapport à 2008, à 1150 milliards d’euros.
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Une sortie de crise longue et pénible

Par John Mauldin

La crise actuelle est exceptionnelle non seulement par sa violence, sans précédent depuis les années 1930, mais aussi en raison de sa caractéristique première : elle a été provoquée par une explosion de l’endettement, aux USA au premier chef, mais aussi dans de nombreuses économies développées où les bulles immobilières ont été financées par la dette, comme c’est l’usage. Le soutien à la consommation apporté par les États a permis de stopper le processus destructeur amorcé en 2008, mais les problèmes de fonds ne sont pas réglés.

La résorption de la dette s’étalera sur des années, et les revenus qui y seront consacrés déprimeront pendant longtemps la dépense et l’activité. D’ici là, avec la fin des plans de relance et les hausses d’impôts qui se profilent dans l’ensemble des économies développées, une deuxième phase de récession menace, estime le financier John Mauldin, qui craint par ailleurs que les États ne parviennent plus à se financer, à l’image de la Grèce, loin d’être tirée d’affaire, tant la rigueur qu’on lui impose sera dévastatrice.

Le système mondial a survécu à toutes sortes de crises au cours des dernières décennies et il a toujours rebondi. Pourquoi est-ce si différent aujourd’hui ?

Parce que nous arrivons à la fin d’un supercycle de 60 ans d’endettement. Nous avons emprunté (et pas seulement aux États-Unis) comme s’il n’y avait pas de lendemain. Et parce que nous étions convaincus que toute cette dette était sûre, nous l’avons multipliée, empruntant d’abord 3 fois, puis 5, puis 10, puis jusqu’à 30 fois le montant dont nous disposions réellement. Et nous avons convaincu les autorités de régulation que c’était une bonne chose. Plus longtemps les choses sont restées en l’état, plus nous étions convaincus que cela se prolongerait ainsi. Le graphique ci-dessous montre le tas de sable que nous avons empilé. Ce n’est pas joli.

Ratio d’endettement par rapport au PIB, tous secteurs confondus.
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Sur les marchés, la sortie de crise s’annonce périlleuse

Pour les marchés financiers, 2009, nouvelle année de crise, fut une période déroutante. Pour sortir les économies de la récession, pour éviter de revivre le cauchemar de la crise de 1929, les banques centrales, en Europe, aux États-Unis, au Royaume-Uni et ailleurs ont mis en place des moyens inédits.

Les vannes du crédit ont été grandes ouvertes. Après avoir ramené les taux d’intérêt directeurs à zéro ou presque, pour permettre aux entreprises et aux ménages de se financer plus facilement, les banques centrales ont employé en 2009 des mesures plus audacieuses encore. Trop audacieuses aux yeux de certains. Et les interrogations se multiplient quant à la tournure des événements en 2010.

Les banques centrales sont-elles allées trop loin ? Ben Bernanke, le patron de la Réserve fédérale américaine (Fed), est surnommé “helicopter Ben,” car il avait expliqué, en 2004, que pour éviter une déflation, la Fed pourrait “déverser de l’argent aux marchés d’un hélicoptère.

A défaut d’hélicoptère, M. Bernanke a opté en mars pour la méthode dite du “quantitative easing.” Une politique de création monétaire consistant à faire racheter directement par la Fed les bons du Trésor américains et d’autres titres d’emprunts. Résultat, en quelques mois, le bilan de la Fed est passé de 1 000 milliards à 2 000 milliards de dollars. La banque centrale américaine est devenue une véritable hedge fund,” estime l’économiste Jacques Attali.

Si la Banque d’Angleterre (BoE) a suivi la même voie, la Banque centrale européenne (BCE), plus orthodoxe et craignant pour sa crédibilité, n’a pas souhaité aller aussi loin, se contentant de mesures de prêts exceptionnelles.

Le plus gros risque est qu’en faisant “fonctionner la planche à billets,” les banques centrales alimentent de nouvelles bulles. Et permettent à des liquidités en excès de se nicher artificiellement sur un compartiment de marché (matières premières, immobilier, Bourses). Autrement dit, les politiques monétaires ultra-accommodantes pourraient faire le lit de la prochaine crise. La question est donc de savoir quand et comment faire machine arrière. Lire la suite

La sortie de crise n’est pas pour demain

La crise des économies développées est sans précédent depuis 80 ans, tant les destructions de richesse sont importantes, et le retour à un régime de croissance antérieur semble éloigné, sinon impossible, estiment les économistes de Groupama Asset Management.

Le retournement a été sans précédent depuis 80 ans,” a déclaré Laurent Berrebi, directeur des études économiques chez Groupama AM, lors d’une conférence. “La production industrielle a effacé depuis début 2008 plus de 10 années de croissance, le phénomène étant particulièrement marqué dans le secteur des biens durables.

Michel Aglietta, professeur à l’université Paris-Ouest et conseiller économique de Groupama AM, a estimé que la sortie de crise serait semée d’embûches et que la destruction de richesse a été telle que les pays développés ne pourront retrouver ni le niveau de richesse ni le rythme de croissance potentielle dont ils jouissaient avant la crise.

La crise financière de 2008 dans les pays occidentaux s’apparente au Japon par l’ampleur de la déflation des bilans, la progression des dettes publiques, le ralentissement des revenus salariaux et la déflation (des prix).” La dérive de la dette des États va peser sur la conjoncture dans la mesure où un retour à un niveau d’endettement soutenable va nécessiter des hausses d’impôt.

Laurent Berrebi a souligné que les surcapacités structurelles des entreprises non financières étaient devenues considérables et “vont continuer à ponctionner les profits des entreprises qui demeurent très faibles. Le seul moyen dont disposent les entreprises pour améliorer leur rentabilité est la réduction de la masse salariale qui va de pair avec les suppressions de surcapacités.”
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Et maintenant il faut choisir : l’hyperinflation ou l’hyperimpôt

La sortie de crise paraît bien incertaine. Plus l’économie réelle souffre, plus la Bourse pavoise. C’est simplement le fruit de l’abondance de liquidités des plans de relance. Ces politiques monétaires laxistes des banques centrales et ces politiques budgétaires aventureuses des États portent un nom ancien, «la planche à billets».

Malgré le vernis technique mis à les habiller, ce n’est qu’un réflexe panique, une fuite en avant sans prétention ni d’anticipation ni de réforme. On fera plus tard le bilan de cette période où les plans de relance ont marqué un basculement, dans le sens où l’Asie et les autres pays émergents sont devenus propriétaires des économies occidentales en les finançant à crédit.

Cette crise est nouvelle. Ce n’est ni une crise de l’offre ni une crise de la demande. C’est une «crise des actifs». La spéculation autonomise la valeur des actifs : elle crée les bulles. La finance a cru être une source autonome de richesse. L’affaire des subprimes a montré qu’il n’en était rien. La spéculation (alimentée par le crédit facile) et le carry trade sont devenus le poison d’une économie virtuelle. C’est le signe d’une société qui privilégie la rente sur le travail.

Bouclier fiscal, exonération des droits de succession, diminution relative du coût du travail, défiscalisations, les exemples ne manquent pas de ces politiques, initiées à l’origine par la droite américaine, qui nous ont précisément menés à la crise d’aujourd’hui. L’ajustement des valeurs d’actifs est inévitable et la crise reste devant nous. Personne n’envisageant le retour à une croissance flamboyante, la sanction des relances sera fatalement classique: l’hyperinflation ou l’hyperimpôt.
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Après le spectre de 1929, celui de 1937

La mode est à l’équitable. Le café, le cacao, le tourisme, le sucre, la chemise de lin, le budget, le sac en chanvre, les plans de relance. La chronique économique ne peut faire exception. Après avoir évoqué, dans ces colonnes [celles du Monde], le meilleur, c’est-à-dire un scénario conjoncturel rose où la reprise se révélerait bien plus forte que prévu, il faut aujourd’hui, pour être juste et impartial, envisager le pire. A savoir une rechute.

Cette fameuse théorie du “W”, Dominique Strauss-Kahn a dit cette semaine qu’il n’y croyait pas, et seuls 7 % des économistes américains interrogés par le Wall Street Journal l’envisagent. Cela fait au moins deux bonnes raisons pour s’y intéresser de plus près.

Dans les six mois qui suivirent la faillite de Lehman Brothers, on avait beaucoup craint que se reproduise l’enchaînement fatal de 1929, marqué par quatre années ininterrompues de descente aux enfers des indices économiques. Avec la sortie officielle de récession des nations industrialisées et le rebond de la croissance dans les grands pays émergents, ce risque s’est éloigné, le pire a été évité.

Ce n’est pas pour autant que les économistes ont rangé les ouvrages consacrés à la Grande Dépression. Après y avoir trouvé des enseignements utiles pour éteindre l’incendie des subprimes, ils y cherchent désormais des pistes pour piloter au mieux la sortie de crise.

Et notamment pour faire en sorte que la levée des dispositifs budgétaire et monétaire d’exception mis en place à l’automne 2008 ne casse pas la reprise en cours, comme ce fut le cas aux Etats-Unis au milieu des années 1930.

Après le spectre de 1929, c’est maintenant celui de 1937 et de la récession Roosevelt qui hante les économistes, de Nouriel Roubini à Christina Romer, la conseillère économique du président Obama, en passant par le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mervyn King. Lire la suite

L’impasse des stratégies de sortie de crise

Par Nicolas Baverez, économiste et historien.

Un an après la faillite de Lehman Brothers qui fut près de provoquer l’effondrement du capitalisme mondialisé, les principales institutions financières américaines annoncent des résultats et des bonus record, tandis que leurs homologues européennes se bousculent pour rembourser aux États les dotations en capital et les prêts d’urgence mis en place pour les sauver.

La reprise qui se dessine est insoutenable à terme. Elle repose tout entière sur le restockage des entreprises et la poursuite de politiques de soutien public à un niveau jamais atteint en temps de paix. Elle réédite les erreurs commises après 2001 en reconstituant deux bulles spéculatives sur les marchés d’actions et les dettes des États. Elle relance le modèle économique qui a conduit au krach sans résorber les déséquilibres structurels de la mondialisation. Or la dégradation des finances publiques et des banques centrales dans les pays développés laisse le capitalisme sans défense en cas de nouveau choc.

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Pour Jacques Attali, la crise n’est pas finie

Jacques Attali publie ses conseils pour traverser les tempêtes: « Survivre aux crises » (Fayard), destiné tant au grand public qu’aux dirigeants économiques et politiques.

Extrait:

Votre scénario de sortie de crise ?

- Je ne pense pas du tout qu’on en soit sorti. Il y a la dimension financière : les banques sont encore extraordinairement fragiles. Ensuite, l’endettement des États, le seul moteur de la croissance, atteint des niveaux vertigineux. Enfin, le chômage, qui reste le principal indicateur de la crise pour les gens, ne va baisser ni aux États-Unis ni en Europe.

http://www.dailymotion.com/video/xay7zi

(Merci à Pakc)

La crise commence

Dans le monde fantasmagorique des responsables et analystes de l’économie, le bien et le mal se résument aux frémissements d’un totem : le produit intérieur brut (PIB). Il chute de 2 %, c’est la catastrophe, il remonte en tremblant à 0,3 %, la reprise s’annonce.

Et l’obsession est de rejoindre les 2-3-4 % “normaux” afin que la vie redevienne belle. Je ne caricature pas : des dizaines de déclarations et d’articles dans le Wall Street Journal, The Financial Times, The Economist, Les Echos, La Tribune – et bien sûr, notre cher Monde – ratiocinent autour de ce thème.

Parlons de la vraie économie, celle qui se préoccupe de la subsistance durable des sociétés.

Il n’y aura pas de “sortie de crise”. La crise commence. En fait, ce n’est pas une crise, mais le début de la grande transformation : celle qui nous conduira à une société humaine s’adaptant aux limites de la biosphère ou, si nous restons dans le vieux schéma “croissanciste”… à l’explosion.

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