Singapour : Les secrets de la réussite

Singapour fête les 50 ans de son indépendance et connaît une ascension économique importante. En cinq décennies, sa richesse a été multipliée par cinquante. Cet État microscopique, moins grand que la ville de New York, est désormais le troisième pays au monde pour le revenu par habitant.

TPP : Le traité de libre-échange trans-pacifique devient réalité

Les négociations commerciales trans-pacifiques aboutissent. Les douze pays, engagés depuis 2008 dans des négociations sans fin, ont trouvé un accord, confirmé par le Premier ministre japonais et d’ores et déjà salué par le président américain.

Le TPP réunit l’Australie, Brunei, le Canada, le Chili, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour, les États-Unis et le Vietnam.

La croissance asiatique à l’épreuve de la « trappe malthusienne »

Lors d’une récente conférence tenue à Bangkok, Haruhiko Kuroda (2015) a recensé trois faits stylisés à propos de la croissance asiatique. Premièrement, elle s’est poursuivie à un rythme régulier et très rapide au cours des dernières décennies. Alors qu’elle disposait du PIB par tête le plus faible à travers le monde en 1950, l’Asie a réalisé depuis les meilleures performances de croissance.

La crise asiatique de 1997-1998 n’a été qu’une parenthèse, dans le sens où les pays asiatiques ont su recouvrir rapidement leurs pertes en termes de revenu et de production. Le taux de croissance annuel moyen a été de 4 % au cours des six dernières décennies. Par conséquent, le PIB par habitant asiatique a été multiplié par 12 depuis 1950. Deuxièmement, il y a toutefois une forte hétérogénéité en termes de PIB par habitant d’un pays asiatique à l’autre.

Si Hong Kong, Singapour, Taïwan et la Corée du Sud jouissent aujourd’hui de niveaux de vie particulièrement élevés, la majorité des pays asiatiques sont des pays à revenu intermédiaire. Même ces derniers présentent des PIB par habitant très différents les uns des autres.

Troisièmement, les taux de croissance eux-mêmes ont été très hétérogènes d’un pays asiatique à l’autre. Le Japon enregistrait des taux de croissance à deux chiffres dans les années soixante, mais semble acculé à la stagnation depuis les années quatre-vingt-dix.
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Chine : Bientôt des yuans dans toutes les poches ?

Première exportatrice mondiale, la Chine dépend du dollar pour ses échanges commerciaux, sa monnaie n’étant pas convertible. Une subordination financière — et politique — dont elle cherche à se dégager par une internationalisation du yuan. La monnaie chinoise est d’ores et déjà devenue la cinquième devise mondiale pour le commerce. M. Ding Yifan, conseiller du gouvernement, explique les étapes à franchir.

Dès le milieu des années 1990, avec la croissance du commerce entre la Chine et ses voisins, le renminbi (RMB), ou yuan, est devenu un moyen de paiement bien accueilli dans toute la région. Lors du sommet du G20 de novembre 2008 à Washington, M. Hu Jintao, le président d’alors, s’était engagé à diversifier le contenu en devises étrangères des réserves chinoises.

Dans la foulée, des mesures ont été prises pour promouvoir l’internationalisation du RMB ; et cela ne passe pas inaperçu. A la fin d’octobre 2014, le yuan est devenu une monnaie de réserve dans plus de cinquante pays et territoires.

Selon la Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication (Swift (1)), en décembre 2014, le RMB a remplacé les dollars canadien et australien au rang de cinquième monnaie de paiement du monde (2). Il se situe juste derrière le dollar américain (87 % des échanges internationaux (3)), l’euro (6,6 %), la livre sterling et le yen. Il totalise 2,17 % du marché mondial, au coude-à-coude avec la monnaie japonaise (2,69 %).
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Singapour : L’exil doré ?

Singapour serait le pays le plus favorable aux entreprises selon la Banque mondiale. La fiscalité de ce pays de 5 millions d’habitants surnommé la Suisse de l’Asie, attire chaque année plus d’un millier de Français.

Parmi eux, Richard LeSand, un designer de meubles, ou encore Grégory Imbert qui lance en Asie le concept de coffrets cadeaux. Deux entrepreneurs français venus s’installer et tenter leur chance dans ce temple de l’ultra-libéralisme.

Émission “Sept à huit” diffusée le 15 mars 2015 sur TF1

Amérique latine : Le libéralisme revient en force

L’Alliance du Pacifique symbolise-t-elle la montée en puissance de la droite libérale et libre-échangiste dans la région, ou une simple réponse aux déçus des gauches, chaviste ou luliste?

En Amérique latine, les partisans du libre-échange ont désormais leur cénacle: l’Alliance du Pacifique (AP). Dernière née des multiples instances d’intégration régionale que le sous-continent n’a cessé de générer depuis les années 1960, cette alliance, qui regroupe quatre pays dotés d’une façade maritime sur le Pacifique –Mexique, Colombie, Pérou et Chili– est née à l’initiative de Lima en 2011, et a été officiellement créée en 2012.

Contrairement à la plupart des blocs existants, plus ou moins politiques et plus ou moins efficaces (le Mercosur, l’Alba, la CAN, l’Unasur et récemment la Celac…), les objectifs de départ de ces pays, surnommés «Pacific pumas», reposent avant tout sur la promotion du libre-échange avec, à la clé, la libre circulation des biens, des capitaux et des personnes entre les quatre membres (déjà liés entre eux par des accords de libre échange) et le rapprochement économique avec la zone Asie Pacifique.

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Chine : Tianjin, une “smart city” verte qui peine à attirer des habitants

Le projet d’une éco-ville au cœur de la Chine mise sur l’écologie et le développement durable. Mais les habitants ne sont pas encore au rendez-vous.

Située au nord de la Chine, la ville de Tianjin construit depuis 2007 un éco-quartier à l’extérieur de l’agglomération. Le projet est le fruit d’un accord entre Singapour et les autorités chinoises qui ont, à eux deux, dépensé plus de 6,5 milliards de dollars. La philosophie du quartier se résume en trois “harmonies” selon les concepteurs : faire en sorte que les habitants vivent en harmonie entre eux, avec l’économie et avec l’environnement.

D’une superficie équivalente à la moitié de Manhattan le quartier semble très ambitieux. D’autant que les objectifs apparaissent contraignants puisqu’ils associent à la fois le social, l’écologie et l’économie. Mais l’accent est particulièrement mis sur le traitement des déchets et la pollution. Deux enjeux de taille dans un des pays les plus pollués du monde.

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L’armada oubliée de la Chine impériale

Soixante navires composent la puissante armada chinoise qui fait route vers l’Occident en 1405. Les sept voyages qu’elle effectue la mènent jusqu’en Iran, en Arabie saoudite et en Afrique, en passant par Singapour, la Malaisie et l’Indonésie.

Auprès des gigantesques bateaux, trésors de la flotte de l’amiral Zheng He, les caravelles des explorateurs européens ont l’air de coquilles de noix.

Mais dès 1433, l’empire du Milieu perd son avance maritime et l’empereur ordonne l’arrêt des expéditions en mer. La Chine commence à s’isoler et abandonne les océans aux puissances européennes.

Partie 1:

Partie 2:
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Malaisie : Le nouvel Eldorado des entrepreneurs européens ?

Au cœur de l’ASEAN, la Malaisie est classée dans le top 15 des pays les plus compétitifs au monde. La destination fait rêver les entrepreneurs européens. Comment y créer et développer son business en Malaisie? Enquête à Kuala Lumpur.

A Kuala Lumpur une PME européenne, Nea Poli, est devenue en à peine 4 ans, incontournable dans son secteur. Son patron est même désormais reconnu comme comme l’un des meilleurs experts dans le domaine de la “construction verte” (green building) en Asie.

Pour moi, la clé du succès en Asie, c’est de comprendre et de respect la culture locale” indique pour sa part Stellios Plainiotis, le directeur exécutif de Nea Poli. “Par exemple, ici en Malaisie, il y a trois groupes ethniques différents, ce qui signifie trois différentes manières de faire du business.

Ses réalisations affichent les normes environnementales les plus élevées et les plus performantes au monde. Son bureau d‘étude a notamment collaboré à la conception des nouvelles tours Petronas, l’un des plus gros chantiers en plein centre de Kuala Lumpur.
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La dépendance au smartphone, un mal croissant chez les jeunes

Êtes-vous facilement distrait par votre smartphone ? Difficile de vous en séparer? Êtes-vous constamment en train de le consulter sans raison particulière ? Il y a des risques que vous soyez accro et même que vous ayez besoin de l’aide d’un psychologue.

A Singapour, comme dans un nombre grandissant de pays, des psychiatres militent pour que l’addiction aux smartphones soit reconnue comme un trouble psychologique. Avec la Corée du Sud, la Chine et Taïwan, la cité-État est l’un des pays d’Asie les plus concernés par ce phénomène.

Singapour et Hong Kong détiennent le record régional du plus grand nombre d’utilisateurs de smartphones par habitant, selon un rapport publié l’an dernier par le cabinet d’étude Nielsen. 87% des 5,4 millions de Singapouriens sont ainsi munis d’un téléphone multifonctions, contre 65% aux États-Unis. Ils passent en moyenne 38 minutes par session sur Facebook, soit presque deux fois plus que les Américains, selon la société Experian.
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L’histoire secrète de la crise financière ou comment la Fed domine le monde

Par Harold James, professeur d’histoire à l’Université de Princeton et senior fellow au Center for International Governance Innovation.

De nouvelles informations apparaissent, concernant l’attitude des autorités monétaires et financières, face à la crise, en 2008. Elles montrent le rôle clé de la Fed et la marginalisation du FMI.

Le grand roman de Balzac Les illusions perdues se termine par une tirade sur la différence entre « l’histoire officielle », qui est un « tissu de mensonges », et « l’histoire secrète » – c’est à dire la vraie histoire. Dans le temps, il était possible de cacher les vérités scandaleuses de l’histoire pendant longtemps – voire pour toujours. Plus maintenant.

Ceci n’est nulle part aussi apparent que dans les récits de la crise financière mondiale. L’histoire officielle dépeint la Réserve fédérale américaine, la Banque centrale européenne et les autres grandes banques centrales comme adoptant une action coordonnée pour sauver le système financier mondial de la catastrophe.

Cependant, les transcriptions publiées récemment des réunions de 2008 du Federal Open Market Committee, le principal organe de décision de la Fed, révèlent que, dans les faits, la Fed a émergé de la crise en tant que la banque centrale du monde, tout en continuant à servir en premier lieu les intérêts américains.

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Singapour : La mondialisation à quel prix?

Îlot de stabilité dans une Asie en effervescence, Singapour doit sa réussite à l’ouverture de son économie à la mondialisation.

Mais l’absence de libertés politiques ainsi que la dépendance de l’économie à la conjoncture mondiale fragilisent le pays. Études des forces et les faiblesses de ce modèle.

Les profits des négociants de matières premières dépassent ceux des banques

Les chiffres donnent le tournis. Les vingt plus gros négociants de matières premières au monde ont empoché près de 250 milliards de dollars (191 milliards d’euros) au cours de la dernière décennie, devant les géants du secteur automobile (179 milliards d’euros sur la même période de 2003 à 2012 pour Toyota, Volkswagen, BMW, Renault et Ford) et bancaire (171 milliards d’euros pour JPMorgan, Goldman Sachs et Morgan Stanley).

Les négociants, pierre angulaire des échanges mondiaux de matières premières, font traditionnellement le lien entre producteurs et consommateurs. Pourtant leurs noms (Glencore, Vitol, Trafigura, Gunvor, Cargill, Archer Daniels Midland, Louis Dreyfus, Wilmar, Noble, Mitsubishi, Mitsui) ne sont pas encore connus du grand public.

Les chiffres d’affaires font encore davantage vaciller : les revenus des dix plus gros négociants en 2012 tournent autour de 916 milliards d’euros, soit l’équivalent du PIB de la Corée du Sud. Toutes ces données, compilées par le Financial Times, dessinent un paysage impressionnant et jusqu’ici méconnu puisque rares sont les négociants cotés en Bourse et contraints à un minimum de transparence financière – des entreprises peu ou pas régulées, comme la plupart des grandes multinationales opérant dans des pays en développement.

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Mondialisation et régionalisation des flux migratoires

En ce début du vingt et unième siècle, les migrations internationales ont pris un essor sans précédent. Mais, à la différence du passé, ce ne sont plus les Européens qui ont émigré de par le monde, l’Europe étant au contraire devenue l’une des premières destinations migratoires, en proie à un déclin démographique, mais la planète entière qui est en mouvement, notamment les zones du sud.

De nouvelles destinations se sont fait jour, comme les pays du Golfe, le continent africain, certains pays asiatiques, tandis que des pays de départ sont devenus des pays d’accueil et de transit, comme l’Europe du sud, puis le Mexique, la Turquie et les pays du Maghreb.

Ces migrations se sont mondialisées depuis trente ans, et ont triplé depuis le milieu des années 1970 : 77 millions en 1975, 120 millions en 1999, 150 millions au début des années 2000, près de 240 millions aujourd’hui.

Ce processus va se poursuivre car les facteurs de la mobilité ne sont pas près d’avoir disparu : écarts entre les niveaux de développement humain (qui combinent l’espérance de vie, le niveau d’éducation et le niveau de vie) le long des grandes lignes de fracture du monde, crises politiques et environnementales, productrices de réfugiés et de déplacés.
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États-Unis : Le krach asiatique de 1997, cause négligée de la crise américaine

Par Dean Baker, économiste, codirecteur du Center for Economic and Policy Research, Washington, DC.

Les États-Unis se plaignent souvent de la concurrence industrielle des pays d’Asie. Ils oublient qu’en 1997, quand la crise financière a ébranlé cette région du monde, ils lui ont imposé un traitement de choc tel que les États concernés se jurèrent de ne plus jamais se trouver en position de faiblesse. Ils ont donc décidé d’amasser des devises… en exportant vers les États-Unis.

Lorsqu’il s’agit d’analyser les déséquilibres dont souffre l’économie des États-Unis, la plupart des experts minorent l’impact – pourtant fondamental – du déficit commercial américain, voire s’en désintéressent totalement. Ils évoquent encore moins l’origine de ce déficit, conséquence directe du plan de sauvetage élaboré par le Trésor américain lors de la crise asiatique de 1997. Ce programme, mis en œuvre par le Fonds monétaire international (FMI), a pourtant conduit au gonflement de la bulle immobilière dont l’explosion, en 2007, a ébranlé le système financier.

Avant 1997, les États-Unis enregistraient des déficits commerciaux qui dépassaient à peine 1 % du produit intérieur brut (PIB). Dans l’esprit de l’administration Clinton, l’un des objectifs principaux de la réduction du déficit budgétaire était de provoquer une décrue des taux d’intérêt qui, à son tour, entraînerait une baisse du dollar. Un billet vert plus faible rendrait en effet les produits américains plus compétitifs sur le marché international, ce qui améliorerait le solde de la balance commerciale et stimulerait l’économie.

C’est d’ailleurs précisément ce qui s’était produit dans les deux années suivant l’élection de M.William Clinton à la Maison Blanche : le dollar chuta en 1993 et en 1994 ; le déficit se résorba par rapport au PIB (alors en croissance de 3 % par an).
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Asie : La mer de Chine méridionale, une garnison flottante

La mer de Chine méridionale qui s’étire de Singapour, au sud-ouest, à Taïwan, au nord-est, est très convoitée.

Cette zone stratégique pour le commerce maritime mondial dispose d’un fond marin riche en matières premières. Du coup, elle suscite l’intérêt de plusieurs pays de la région comme la Chine, les Philippines, Taïwan, le Vietnam ou encore la Malaisie. La tension s’accroît entre ces pays.

Explications avec Eric Denécé, directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement.


Les parasites fiscaux à peine égratignés

The Economist a publié récemment un article sur la lutte contre le secret bancaire en Suisse. L’occasion de faire un état des lieux approfondi sur les principaux parasites fiscaux de la planète et les mesures en place.
Tour du monde des parasites fiscaux

 

The Economist reprend les chiffres du BCG. Selon cette source, la Suisse viendrait en première position et abriterait plus de 2000 milliards de capitaux (dont plus de 1000 venant d’Europe), suivie par la Grande-Bretagne, l’Irlande et les îles britanniques (1900 milliards, dont 750 venant d’Europe). Puis, suivent les Caraïbes et Panama (900), Hong-Kong et Singapour (900), les États-Unis (700) et le Luxembourg (600). En tout, cela représente 3000 milliards de capitaux européens !

 

Tout cet argent qui a quitté les grands pays européens continentaux représente naturellement un manque de financement pour l’économie nationale (la France exporte 100 milliards d’épargne tous les ans selon Alain Cotta). En outre, il s’agit d’argent qui ne sera pas taxé et c’est donc une perte financière importante pour les États. A 4% de rendement (ce que propose l’assurance-vie), cela représente la bagatelle de 120 milliards de revenus qui échapperaient à l’impôt.

Bref, les pertes fiscales pour un pays comme la France représentent plusieurs dizaines de milliards d’euros (si l’ensemble des sommes étaient rapatriées sur le territoire national) comme l’avait rapporté le Monde ! Malheureusement, la libre circulation des capitaux, la prunelle des yeux de cette Europe laisser-fairiste, est le meilleur allié des parasites fiscaux.

Car comment contrôler ces sangsues fiscales si les capitaux peuvent ignorer les frontières et se déplacer à leur guise ?

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Qui veut la peau de l’Euro ?

Moody’s vient de dégrader violemment la note de l’Irlande. Motif : c’est un pays malade, la cure qu’il a entreprise va le tuer. Il faut se rendre à l’évidence : l’Europe gêne. Il y a de l’acharnement dans ces notes, dans ce jeu contre l’Euro. L’Euro n’est-il pas « l’homme à abattre » ?

Qui veut la peau de l’Euro ? Quand on regarde le champ de bataille alentour, il y a bien une méthode de combat, une sorte de battue à l’Euro. Une stratégie mise en œuvre contre l’Euro. On peut hésiter entre Cantona et Staline.

L’échec de Cantona à secouer les colonnes du temple des banques Euro malgré les craintes de la Commission Européenne, malgré les craintes de Christine Lagarde, malgré toutes les craintes de tous les gens raisonnables, laisse penser que ce n’est pas lui, ni même ses amis, qui veulent la peau de l’Euro le plus ardemment.

Reste la stratégie « Staline ». On a dit de la stratégie déployée par Staline et Joukov à partir de 1943 que c’était une stratégie « en tiroir ». Idéalement, il faut commencer par la partie du front la plus faible, puis monter progressivement jusqu’à ce que l’ensemble du front se soit embrasé. Dans le cas de Staline, le résultat a été probant.

Les agences de notation dans une stratégie stalinienne

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Comment les puissants sont réellement devenus puissants – Du protectionnisme au libre-échangisme, une conversion opportuniste

Par Ha-Joon Chang, professeur à la faculté d’économie et de politique de l’université de Cambridge (Royaume-Uni) ; auteur de « Kicking Away the Ladder. Development Strategy in Historical Perspective », Anthem Press, Londres, 2002 (Prix Gunnar Myrdal 2003)

Les libre-échangistes ont remporté des victoires significatives au cours des deux dernières décennies. Depuis le début de la crise de la dette de 1982 et de l’imposition des programmes d’ajustement structurel par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, de nombreux pays en voie de développement ont radicalement libéralisé leur commerce.

L’effondrement du communisme, en 1991, a ouvert de nouveaux et vastes espaces au libre-échange. Pendant les années 1990, d’importants accords régionaux ont été signés, dont l’accord de libre-échange nord-américain (Alena) qui regroupe le Canada, les Etats-Unis et le Mexique. Pour couronner le tout, les négociations du cycle de l’Uruguay de l’accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT), conclues à Marrakech en 1994, ont débouché sur la naissance de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995.

Si importants que soient ces succès, les libre-échangistes ne s’en satisfont pas. Au sein de l’OMC, représentants des Etats développés en tête, ils continuent à faire pression pour des baisses des tarifs douaniers encore plus fortes et plus rapides, et un élargissement de la compétence de cette organisation à des domaines ne figurant pas dans son mandat initial, par exemple l’investissement à l’étranger et la concurrence.

Les partisans du libre-échange croient agir dans le sens de l’Histoire. Selon eux, cette politique est à l’origine de la richesse des pays développés ; d’où leur critique des pays en voie de développement qui refusent d’adopter une recette aussi éprouvée. Rien n’est pourtant plus éloigné de la réalité.

Les faits historiques sont sans appel : quand les pays actuellement développés étaient encore en développement, ils n’ont mené pratiquement aucune des politiques qu’ils préconisent. Et nulle part l’écart entre le mythe et la réalité historique n’est aussi flagrant que dans les cas de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis.

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Les banques centrales continuent à acheter de l’or…

Par Eberhardt Unger

Les deux plus importants acheteurs d’or du monde, la Chine et l’Inde, en continuant à accumuler des métaux précieux ont alimenté, ces dernières semaines, nombres de discussions sur les marchés financiers. Cependant, peut-être de façon moins spectaculaire mais tout aussi significative, d’autres pays, tels que la Russie ou la Thaïlande par exemple, sont aussi acheteurs du métal jaune. Eux aussi ont contribué à ce que le prix de l’or atteigne un plus haut historique tout récemment.

Graphique des réserves d’or de la Banque centrale de Russie (Source)

La Banque centrale de Russie (BoR) a acheté 300 000 onces d’or en août qui sont venues s’ajouter aux 3,1 millions d’onces (à peu près 93 tonnes) achetées sur les 12 derniers mois. Elle détient maintenant 23,6 millions d’onces. De façon très conséquente, la BoR met en oeuvre son plan de diversification des réserves monétaires de la fédération.

L’augmentation du prix du métal précieux s’est accélérée mi-septembre, lorsqu’on a appris que la Thaïlande avait augmenté ses réserves d’or de 20%, s’inscrivant ainsi sur la liste des pays asiatiques en train de diversifier ses réserves monétaires par des achats d’or sur les marchés. La Thaïlande a augmenté son stock, passant de 500 000 à 3,2 millions d’onces. On sait aussi que le Bangladesh a acheté 10 tonnes en septembre et que le Népal veut aussi acheter.

Beaucoup de pays, particulièrement en Asie, ont un pourcentage d’or dans leurs réserves monétaires qui est encore loin des normes utilisées dans les pays industrialisés occidentaux. Tous pays confondus ce pourcentage est en moyenne de 10,1%, et dans la seule zone euro de 58,1% (Source : WGC, le 01/09/2010).
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Marc Faber : «Le système sera en faillite dans cinq à dix ans»

Selon Marc Faber, le gourou de la finance, les pays occidentaux sont devenus plus risqués que les économies émergentes.

– L’intervention des Etats dans l’économie va-t-elle encore durer des années ?

- Certainement. L’excès de crédits qui a provoqué la crise a été plus ou moins nettoyé et caché sous le tapis. A entendre les discours récents de Bernanke (ndlr : président de la Réserve fédérale américaine) et de Krugman (ndlr : Prix Nobel d’Economie en 2008), aucune mention n’est faite par rapport à la croissance démesurée de l’endettement. Cela n’existe pas pour les Américains. L’Etat peut intervenir dans l’économie de deux manières : directement, ou via la politique fiscale et monétaire. C’est cette dernière qui est privilégiée. Il me semble qu’avec Obama, les aides étatiques augmenteront, notamment pour sauver Fannie Mae et Freddie Mac. Ils ont bien plus de problèmes que n’en ont eus AIG et d’autres établissements. Aujourd’hui comme lors de la faillite du fonds LTCM, le message qui est envoyé par les Etats est : continuez de spéculer, nous sommes là pour vous sauver. Ceux qui veulent, aux Etats-Unis, créer une inflation de l’ordre de 6% par an, ne pourront pas le faire sans avoir de problèmes d’endettement. Pour créer cette inflation, les taux d’intérêt seront artificiellement maintenus à des niveaux proches de zéro, comme aujourd’hui.

Cette année, on prévoit 1600 milliards de dollars de déficit pour les Etats-Unis. A moyen terme, l’endettement américain ne pourra être inférieur à 1000 milliards de dollars, ce qui reste énorme. En conséquence, lorsqu’il faudra remonter les taux d’intérêts pour réduire la dette, le payement des intérêts sera équivalent à 35% des entrées fiscales dans cinq à dix ans. Cela posera des problèmes énormes.

– Où se situe-t-on dans le développement de la crise ?
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Les paradis fiscaux, pierre angulaire du système

[L'auteur de cet article nous demande de préciser qu'il ne désire pas que ses textes soient repris par un parti politique. Nous prions donc les blogueurs de tenir compte de son souhait. - La rédaction de Fortune]

Grâce aux paradis fiscaux, le CAC 40 paie deux fois moins d’impôts que les PME. Bizarrement, alors que Sarkozy a joué le cow boy tout l’hiver pour terrasser lesdits paradis fiscaux, ceux-ci se portent très bien. Normal, leur poids dans l’activité commerciale internationale est bien plus important qu’on ne le pense.

Les coûts en Europe, les bénefs’ au paradis !

Enfin, bref. C’est le Conseil des prélèvements obligatoires qui l’a dit dans un rapport publié fin 2009 : pour 100 euros d’impôts sur les bénéfices payés par une PME, une entreprise du CAC 40 n’en paiera que 43. Ça fait 2,3 fois d’impôts en moins. Si le CAC 40 payait comme les autres, l’État pourrait encaisser 15 milliards d’euros par an au lieu de 6,5 actuellement.

Donc, quand on entend justement les PDG du CAC 40 et le Medef dire que les “prélèvement obligatoires“, autrefois appelés “cotisations sociales” sont écrasants, il convient de relativiser largement.

Mais par quel miracle le CAC 40 est-il épargné (ce qui ne l’empêche pas de gémir pour obtenir des réductions d’impôts et des subventions diverses et variées) ? La réponse est simple : les paradis fiscaux et les transferts des bénéfices [1] !

On sait par exemple que BNP Paribas –dont l’État est le 1er actionnaire, avec 17% du capital depuis avril 2009 [2] – détient 189 filiales offshore [3] dans des paradis fiscaux, les Banques Populaires en ont 90, le Crédit Agricole en a 115, LVMH en a 140 (dont 33 à Guernesey, allez savoir pourquoi…) le groupe PPR en a 97, Schneider 131… Parmi les paradis les plus prisés, on a les Pays-Bas, (17% des filiales du CAC 40) le Royaume-Uni (30 % des filiales), le Luxembourg, sans oublier Hong Kong, la Suisse…

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Le nombre de millionnaires a crû de 14 % en 2009

La crise a glissé sur les plus fortunés. Ou presque. Selon le dernier rapport annuel « Global Wealth 2010 » présenté hier, à New York, par le Boston Consulting Group (BCG), le niveau global de la richesse privée a opéré un « remarquable come-back » en 2009 avec un rebond de 11,5 % (contre une chute de 10 % en 2008).

A 111.500 milliards de dollars, le niveau global de richesse estimé par montants d’actifs sous gestion a pratiquement retrouvé son pic de 2007 (111.600 milliards de dollars).

Stimulé par la poussée des économies émergentes, le nombre global des foyers millionnaires a également bondi de 14 %, à 11,2 millions de foyers, soit moins de 1 % des foyers de la planète qui se répartissent quelque 38 % de la richesse privée mondiale.

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La Turquie s’éloigne de l’Occident, comme le reste du monde

La Turquie et toutes les nations émergentes, rendues confiantes par leurs succès économiques, s’émancipent d’une tutelle occidentale moralisatrice de plus en plus mal supportée, écrit l’éditorialiste Semih Idiz, dans le quotidien turc Hürriyet.

Le best-seller de Fareed Zakaria titré « Le monde post-américain et l’essor du reste du monde » est une lecture fascinante, un livre prémonitoire. La question de l’Iran s’inscrit parfaitement dans cette perspective. Le problème va bien au delà des actuelles ambitions nucléaires de Téhéran. Cette affaire est en train de se transformer en une impasse qui dessine une nouvelle division du monde.

Cette division peut être caractérisée ainsi : « L’Occident et le Reste du monde », pour reprendre l’expression de Zakaria. Le développement de pays comme l’Inde, la Chine, le Brésil et la Russie – en d’autres termes « le Reste » – dessine un nouveau paysage mondial qui ne répond pas aux vœux de l’Occident.

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Yuan sous-évalué : quand les BRIC se fissurent

Dans leur croisade contre un yuan chinois sous-évalué, les Etats-Unis se sont découverts de nouveaux alliés : l’Inde et le Brésil. Deux puissances émergentes qui s’agacent de plus en plus ouvertement de l’avantage concurrentiel dont profite l’”atelier du monde” sur les marchés mondiaux grâce à la faiblesse de sa devise. “Si la Chine réévalue le yuan, cela aura un impact positif sur notre commerce extérieur“, a ainsi estimé le gouverneur de la Reserve Bank of India, Duvvuri Subbarao, mercredi 21 avril.

Manmohan Singh, Dimitri Medvedev, Hu Jintao et Luiz Inacio Lula da Silva

Le responsable semble peu apprécier les méthodes des autorités monétaires chinoises qui ont lié le renminbi (yuan) au dollar par une parité fixe depuis l’été 2008 : “Si certains pays dirigent leur taux de change et le maintiennent artificiellement bas, ce sont d’autres pays qui se retrouvent à supporter le fardeau des ajustements“, a-t-il critiqué. Manifestement, son homologue de la banque centrale du Brésil n’en pense pas moins. Un yuan plus fort est “absolument fondamental pour l’équilibre de l’économie mondiale“, a affirmé mardi 20 avril Henrique Meirelles.

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Des guerres de l’eau à l’horizon

La seule véritable «guerre de l’eau» est intervenue entre deux cités-États de Mésopotamie… il y a quelque 4 000 ans.. Mais l’ONU presse les gouvernements d’intégrer la politique hydrique à leur agenda prioritaire.

Quand on entend parler du Yé­men, on pense souvent au recrutement de terroristes d’Al-Qaïda, comme l’auteur de l’attentat raté de Noël dans un avion de la Northwest Airlines. Mais la montée de l’intégrisme n’est pas la me­na­ce la plus grave à peser sur le Yémen. Le plus grand danger auquel doit faire face ce pays, c’est le manque d’eau.

La capitale yéménite, Saana, pourrait bientôt être à sec. «L’eau est la préoccupation principale des Yéménites au quotidien, selon Rianne Tenveen, qui travaille sur le terrain pour le Secours islamique. Ici, les gens passent une bonne partie de leur journée à réfléchir à la façon dont ils vont obtenir de l’eau et à se demander s’ils en auront assez.»

Selon les prédictions, les réserves d’eau de Saana – la capitale du pays – devraient être asséchées d’ici 2015. Il s’agit d’une mauvaise nouvelle pour le Yémen, mais aussi pour les pays voisins. «Le Yémen est un pays instable et a une économie en lambeau,» affirme Eugene Chausovsky, géopolitologue à la firme de renseignement Stratfor.

Selon l’ONU, le défi est maintenant de faire en sorte que les gouvernements intègrent la politique de l’eau à leur agenda prioritaire, au même titre que l’économie, l’énergie ou la sécurité. La coopération pour le développement doit y contribuer. Les innovations technologiques (notamment pour l’assainissement) et une coopération internationale accrue seront déterminantes pour prévenir les affrontements que pourrait susciter cette ressource en voie de raréfaction.

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Les pays pauvres s’offrent… des armes de guerre

Un rapport de l’Institut international pour la paix démontre que la course aux armements est engagée dans des pays pauvres, tant en Amérique du Sud qu’en Asie du Sud-Est. Les avions de combat figurent en tête des achats.

Dans son rapport annuel sur le commerce des armements portant sur la période 2005-2009, l’Institut international de recherche pour la paix (Sipri), basé à Stockholm, souligne qu’au niveau planétaire, les ventes d’armes ont été supérieures de 22 % à ce qu’elles ont été en 2000-2004.

Une course aux armements a opposé, ces cinq dernières années, des pays pourtant pauvres, où l’argent consacré à l’achat d’armes, avions de combat en tête, aurait pu être utilisé à meilleur escient, constate l’Institut.

A l’échelle mondiale toujours, «les avions de combat ont représenté 27 % du volume total de transferts d’armes» sur la période étudiée. En 2009, les avions de combat ont constitué 40 % des ventes d’armes conventionnelles russes et 39 % des américaines.

«Les commandes et les livraisons de ces armes potentiellement déstabilisantes ont conduit à une course aux armements dans des régions où règne la tension : Proche-Orient, Afrique du Nord, Amérique du Sud, Asie du Sud et Asie du Sud-Est», note le Sipri.

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L’Asie inaugure la plus grande zone de libre-échange du monde

A compter du 1er janvier 2010, la Chine et les pays de l’Asean auront supprimé les droits de douane sur 7.000 groupes de marchandises et services, couvrant 90 % de leurs échanges. En Asie du Sud-Est, des industriels redoutent de disparaître sous l’afflux de produits bon marché chinois.

La vie de millions d’entreprises d’Asie va se retrouver bouleversée ce soir, à minuit [31 décembre 2009], lors de l’entrée en vigueur officielle dans la région de la plus vaste zone de libre-échange du monde, [peupl]ée par près de 1,9 milliard d’habitants. Lire la suite

Après Dubaï, à qui le tour ?

La quasi faillite de Dubaï n’a pas créé de panique sur la planète financière. Mais l’euphorie des derniers mois laisse place à un sérieux doute.

Quel pays va mettre les clés sous la porte comme l’Émirat vient de le faire ? La Grèce, l’Irlande ? L’Espagne, l’Italie ? Les pays de l’Est européen ? L’examen se fait précis : il s’agit non pas seulement de savoir si ces pays ont les capacités financières de rembourser. Analyse économique classique. Mais de savoir si leur gouvernement a les moyens politiques d’imposer à sa population les mesures d’austérité qui en découleront.

Dubaï a été une surprise : tout le monde savait que la ville-État construisait son futur, mi-Singapour, mi-Miami, à coup de crédits. Tout le monde pensait que construire des Marina en forme de palmier pour que les Britanniques viennent y attraper des coups de soleil, était périlleux.

Et cette tour de 810 mètres, la plus haute du monde : depuis la tour de Babel, l’histoire a montré que dès qu’un pays se plaît à monter ses tours plus hautes que les autres, il tombe (Babel, le Chrysler Building qui a été terminé un jour avant le jeudi noir de 1929, Singapour avant la crise asiatique…)

Dubaï : un subprime ? Les marchés financiers le savaient. Que l’émir Al-Maktoum ait à faire face un jour à un problème d’endettement, tout le monde s’en doutait.

La surprise est venue de l’inaction des Émirats Unis, qui a contraint les autorités de Dubaï de différer de six mois la dette de Dubaï World, un de ses fonds publics. Certes, ensuite, une fois que l’odeur de brûlé avait fait le tour du monde, les banques centrales locales ont agi. D’où le calme revenu dès le lendemain sur les marchés mondiaux.

Mais les investisseurs internationaux n’ont pas compris pourquoi Khalifa Al Nahyan d’Abou Dhabi a pris le risque de ne pas venir immédiatement au secours du cousin. L’opacité et la complexité des circuits financiers de la région ne les ont pas aidés à percer le mystère.

Mais la vraie raison est historique et politique, relative à la préséance au sein des Émirats. Et voilà qui cause le trouble : la politique, la petite politique parfois, fait basculer les tours les plus hautes. L’ordre économique ne résiste pas à la beauté du nez de Cléopâtre. Et ce nez fait peur aux banquiers.
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Les paradis fiscaux ne sont pas morts

L’Etat américain du Delaware, le Luxembourg et la Suisse, pourtant blanchis par l’OCDE, prennent les trois premières places d’une liste alternative de paradis fiscaux élaborée par le réseau international Tax Justice Network.

Les paradis fiscaux ne sont pas morts. C’est ce que proclame une plateforme d’organisations non gouvernementales et d’acteurs de la société civile, Tax Justice Network (TJN), en publiant lundi une liste alternative de paradis fiscaux.

Pour élaborer cette nouvelle classification, fruit de 18 mois de travail, le réseau international a mis au point un «indice d’opacité financière», composé de douze points et qui prend en compte le degré de secret d’un Etat et son poids dans la finance internationale. Lire la suite

Qui sont les accapareurs de terres agricoles à l’étranger ?


Avec tout ce qu’on entend sur la “sécurité alimentaire” et les déclarations déformées des médias (cf. « La Corée du Sud achète la moitié des terres de Madagascar » – en fait, il ne s’agissait pas de la Corée du Sud, mais de Daewoo Logistics), il n’est sans doute pas évident pour tout le monde que les principaux responsables de l’actuel accaparement des terres ne sont pas les pays ou les gouvernements, mais les grandes entreprises.

L’attention s’est vraiment focalisée sur le rôle d’États comme l’Arabie Saoudite, la Chine ou la Corée du Sud, alors qu’en réalité, même si les gouvernements facilitent les accords, ce sont des entreprises privées qui prennent le contrôle de la terre.

Et leurs intérêts ne sont tout simplement pas les mêmes que ceux des gouvernements.

« Ce sera une initiative privée. »

Amin Abaza, ministre de l’Agriculture d’Égypte, dans son exposé aux autres nations africaines sur les acquisitions de terres agricoles en Égypte, lors de la Journée mondiale de l’alimentation de 2009

Prenons un exemple. En août 2009, le gouvernement de l’île Maurice a, par l’intermédiaire du ministère des Affaires étrangères, obtenu un bail à long terme pour 20 000 hectares de terre agricole fertile au Mozambique pour y produire du riz pour le marché mauricien. Il s’agit bien d’une externalisation de la production alimentaire, cela ne fait aucun doute.

Mais ce n’est pas le gouvernement mauricien qui va, au nom du peuple mauricien, cultiver cette terre et rapatrier le riz dans l’île. Le ministère mauricien de l’Agro-industrie a en effet immédiatement sous-loué la terre à deux grandes entreprises : l’une, singapourienne, tient beaucoup à développer des marchés pour ses semences propriétaires de riz hybride en Afrique ; l’autre, du Swaziland, est spécialisée dans la production de bétail, mais aussi engagée dans la production d’agrocarburants dans le sud de l’Afrique (voir GRAIN, “L’île Maurice en tête des acquisitions de terres rizicoles en Mozambique”, Oryza hibrida, 1er septembre 2009). Bref, une situation tout à fait courante. Lire la suite

Pour Ben Bernanke, c’est l’Asie qui met en danger l’économie mondiale

Le président de la Réserve fédérale étasunienne Ben Bernanke a souligné lundi que des politiques économiques de promotion de l’exportation en Asie risquaient de faire réapparaître les déséquilibres des échanges commerciaux et financiers.
Ces déséquilibres, de l’avis de certains, ont contribué à alimenter la bulle immobilière aux Etats-Unis.

Les excédents commerciaux atteints par le biais de politiques qui gonflent artificiellement l’épargne intérieure et les industries de l’exportation provoquent des perturbations dans l’allocation de ressources, a-t-il expliqué.

“Pour parvenir à une croissance économique plus équilibrée et durable et pour réduire le risque d’instabilité financière, nous devons éviter des déséquilibres toujours croissants et intenables des flux commerciaux et financiers”, a-t-il observé, dans un discours prononcé à une conférence de la Fed de San Francisco sur l’Asie.

Ces déséquilibres se sont atténués à la suite de la crise, mais la reprise économique et l’augmentation des échanges commerciaux risquent de les remettre en valeur, a-t-il dit.

Ben Bernanke remarque que les économies asiatiques ont fortement rebondi après la crise, avec des taux de croissance annualisés à deux chiffres attendus en Chine, à Hong Kong, en Corée, en Malaisie, à Singapour et à Taïwan.

“A ce stade, alors même que des risques subsistent avec certitude pour les perspectives économiques, l’Asie semble le moteur de la reprise mondiale”, dit-il.

Il ajoute que les pays asiatiques dont l’économie est la plus ouverte, comme Singapour, Hong Kong et Taïwan, ont été les plus touchés par la crise, alors que la Chine, l’Inde ou l’Indonésie, qui sont parmi les économies “les moins ouvertes financièrement” ont vu la croissance de leurs économies se poursuivre tout au long de la crise (ndlr : l’incompréhensible traduction originelle de la fin de cette phrase a été corrigée à l’aide de la version anglaise de cette dépêche). Lire la suite