Pierre Lascoumes : « Les élites se donnent de bonnes raisons pour frauder »

Pierre Lascoumes est directeur de recherche CNRS au Centre d’études européennes (CEE) de Sciences Po. Auteur notamment, avec Carla Nagels, de « Sociologie des élites délinquantes. De la criminalité en col blanc à la corruption politique », ed. Armand Colin, septembre 2014.

Les riches fraudent tout autant que les pauvres. Mais ils se donnent de bonnes raisons de le faire. Entretien avec Pierre Lascoumes, directeur de recherche CNRS au Centre d’études européennes (CEE) de Sciences Po.

Pourquoi les riches fraudent-ils ?

Pourquoi ne frauderaient-ils pas ! Le sociologue Émile Durkheim (1858-1917) expliquait déjà que chaque groupe social, les riches comme les autres, entretient un rapport particulier aux normes. Et le Hollandais Willem Adriaan Bonger (1876-1940) ajoutait que les transgressions s’expliquent par la compétition entre catégories sociales et le besoin de reconnaissance.

Même les mieux dotés se sentent dans un climat de concurrence qui incite certains d’entre eux à recourir à tous les moyens pour assurer leur place. Le besoin de puissance est sans fin.

Les élites économiques qui fraudent développent tout un ensemble de « techniques de neutralisation », dites-vous, pour justifier leurs actes. De quoi s’agit-il ?
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Grande-Bretagne : Les 1% sont au sommet de la pyramide sociale depuis 800 ans

La richesse et une position sociale élevée restent en Grande-Bretagne, en grande partie, une donnée héréditaire.

Selon une étude de chercheurs de l’Université de Californie et de la London School of Economics, le statut social d’une famille peut perdurer pendant huit siècles ou plus. Pour arriver à cette conclusion, les scientifiques se sont basés sur le niveau d’éducation et sur les corpus de noms de famille en Angleterre sur huit générations.

Les chercheurs ont constaté que la richesse et le statut social ne sont pas seulement transmis à la génération suivante et que sur une période de 800 ans, ce sont toujours les mêmes noms de famille qui semblent revenir au sommet de la société britannique.

Les économistes ont utilisé pour leurs recherches le Domesday Book, le plus vieux registre de population conservé qui date de 1086. A cette époque, les noms de famille ont d’abord été adoptés par les classes supérieures. Beaucoup de ces familles d’un statut élevé descendaient de conquérants normands, bretons et flamands qui avaient envahi l’Angleterre en 1066.
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Jacques Attali : « La forme la plus supérieure de l’égoïsme c’est l’altruisme »

Il faut cesser d’être des résignés réclamant – Le grand désastre de la France c’est son système scolaire – L’état actuel de la société est devenu hyper-individualiste – L’État-Providence ne peut plus tout donner. Le marché est en train de gagner mondialement contre la politique et la démocratie.

Un bonheur sans croissance est-il possible ?

« On ne tombe pas amoureux d’un taux de croissance », lisait-on sur les murs de Paris en mai 68, signifiant par là l’absence de communauté de sens et de corrélation nécessaire entre l’augmentation, quantitative, de la richesse nationale et la recherche, qualitative, de bonheur personnel. Révolte d’enfants gâtés, diront certains et il est vrai que le raisonnement qui va suivre ne concerne que les pays riches dont l’affluence a permis la sortie hors du règne de la nécessité.

Commençons par ce paradoxe bien connu, mis en évidence par l’économiste Easterlin[1] en 1974 selon lequel une hausse du PIB ne se traduit pas nécessairement par une hausse du niveau de bien-être ressenti par les individus.

Ce paradoxe est à rapprocher de ce que l’on nomme, en psychologie, le « paradoxe de l’abondance » qui montre que la disponibilité d’une satisfaction, auparavant rare, finit par produire lassitude et passivité. L’excitation ou l’euphorie liées à la consommation d’un bien provient de sa rareté. « Malheur à qui n’a plus rien à désirer ! » disait Rousseau. « Il perd pour ainsi dire tout ce qu’il possède. On jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espère, et l’on n’est heureux qu’avant d’être heureux. (La nouvelle Héloïse, 1761).

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Seuls les riches seront immortels

Vivre plus longtemps, en bonne santé… Et même, pourquoi pas, vivre pour toujours, dans un corps synthétique qui ne connaîtra ni la maladie, ni la décrépitude, ni la mort. Financés par des multinationales et des oligarques milliardaires, de nouveaux alchimistes poursuivent ce vieux rêve de l’humanité.

Mais cet âge d’or sera réservé aux riches et dessinera une nouvelle lutte des classes, prophétise le magazine Aeon. L’avenir se partagera entre ceux qui auront accès aux coûteux traitements médicamenteux, aux thérapies géniques, et les autres, pour lesquels la vieillesse sera de courte durée.

Cette lutte a d’ailleurs déjà commencé. Des scientifiques américains sont en train de mettre au point des pilules antiâge qui pourront ralentir le vieillissement, ainsi que des prothèses et des implants électromécaniques qui permettront d’augmenter les capacités humaines. Des innovations qui ne seront accessibles qu’à ceux qui en auront les moyens.

De nouveaux médicaments pourraient permettre aux riches de vivre cent vingt ans ou plus, et en bonne santé. Les pauvres, eux, pourront toujours en rêver. Dans de nombreux pays, la disparité est sidérante entre les revenus des plus fortunés et ceux du reste de la population. Ainsi, depuis 1975, 80 % de la hausse des revenus aux États-Unis s’est faite au profit de seulement 10 % de la population. La vie que peuvent s’offrir les heureux élus n’a rien à voir avec le sort réservé à tous les autres.
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« Au-delà des clivages… ! »

Il y a un débat qui ne me lasse pas de me laisser coi. L’éternel débat entre les kéneysiens ou les néo-kéneysiens et les libéraux ou les néo-libéraux. Entre ceux qui pensent qu’il faut augmenter les salaires pour augmenter la consommation et donc augmenter l’investissement des entrerpises, ce qui finira par créer de l’emploi, et ceux qui pensent qu’il faut commencer par permettre aux entreprises d’investir pour qu’elles augmentent leurs capacités, ce qui va créer de l’emploi et de la consommation. Ce débat est totalement dépassé, à tel point d’ailleurs qu’on peut le comparer à la ligne Maginot à la veille de l’attaque allemande.

Plus rien ne fonctionne parce que nous avons de mauvais outils

Disons-le, il faut dépasser ce clivage économique historique car il ne répond tout simplement pas à la nouvelle économie et à nos nouvelles contraintes. Dans ces deux cadres intellectuels qui ont tous les deux deux siècles, tout est basé quoi qu’ils en disent tous sur une idée totalement partagée de la distribution de la richesse créée par le travail.

Dans ces deux systèmes de pensée, c’est par le travail que la création de valeur est redistribuée. Dans aucun de ces deux systèmes on ne sait où on est en mesure de répartir la richesse autrement qu’à travers l’idée de travail, or le travail est en voie de disparition.

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États-Unis : La loi du plus riche à San Francisco

A San Francisco, les entreprises High tech comme Google fleurissent et leurs employés s’enrichissent à toute vitesse. Mais pour beaucoup d’habitants d’origine de San Francisco, les loyers sont devenus bien trop cher et ce boom économique tourne au cauchemar.

Visite au pays de Google, à la rencontre de Patricia qui risque d’être expulsée de chez elle, mais n’a pas l’intention de se laisser faire…

Les inégalités continuent de se creuser aux Etats-Unis

Les inégalités se sont encore accrues aux Etats-Unis, selon une étude publiée jeudi 4 septembre par la Réserve Fédérale (Fed). Les revenus des 10 % les plus riches ont augmenté de 10 % entre 2010 et 2013 pour s’inscrire à 397 500 dollars par an (307 000 euros). Dans le même temps, ceux des 40 % les moins aisés, ajustés de l’inflation, ont décliné, indique le rapport publié tous les trois ans.

Pour les vingt premiers centiles situés au bas de l’échelle, la chute atteint 8 % à 15 200 dollars annuels. Si le revenu moyen global a augmenté de 4 % au cours des trois dernières années, le revenu médian (c’est-à-dire le revenu qui divise la population en deux parties égales : l’une gagnant plus, l’autre moins), lui a chuté de 5 %. Une tendance qui « correspond avec un accroissement de la concentration des revenus durant cette période », indique la Fed.

Ainsi, les 3 % les plus riches américains concentrent 30,5 % du revenu total en 2013 contre 27,7 % en 2010, tandis que la part des 90 % les moins riches, elle, a reculé. Par ailleurs, cette catégorie des 3 % les plus riches détient 54,4 % de la richesse globale (revenu plus patrimoine) contre 44,8 % en 1989. A l’autre bout de l’échelle, les 90 % les moins riches ont vu leur part tomber à 24,7 % contre 33,2 % en 1989.

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« Au bonheur des riches »

Leur vie fait rêver. Ils sont riches et n’ont plus besoin de travailler pour subvenir à leurs besoins. Si l’argent ne fait pas le bonheur, il fait du moins le leur. C’est le cas de Paul Dubrule. A 79 ans, ce papy dandy prend un infini plaisir à tirer sur son cigare cubain. Il aime clamer à qui veut l’entendre qu’il est à la retraite, même s’il continue à présider le conseil de surveillance du groupe hôtelier Accor, dont il est le cofondateur.

Il ne s’en cache pas: Paul Dubrule aime tout ce qui est mécanique (les montres, les vélos, les voitures), le bon vin et qu’on lui “cire les pompes“. Depuis quelques années, cet ancien sénateur et maire UMP de Fontainebleau (Seine-et-Marne) est résident suisse. Il a trouvé refuge à Genève pour fuir la fiscalité française. Avec honnêteté et une pointe de cynisme, l’homme d’affaires raconte, dans le long documentaire Au bonheur des riches, pourquoi ce choix de l’exil.

La faute de la France, devenue un pays “insupportable”, dont il vaut mieux “divorcer” plutôt que de la supporter. Il dit avoir largement contribué à la richesse nationale et payé un “paquet d’impôts” : son groupe n’emploie-t-il pas, après tout, 160 000 personnes à travers le monde, dont la moitié en France ? “Sans les riches, une nation n’existe pas vraiment”, lance Paul Dubrule. D’ailleurs, qui sont vraiment “les riches” ? Que sait-on vraiment d’eux ?

Rapport à l’argent
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Les diamants

Durant de nombreux siècles, le diamant a été l’un des matériaux les plus précieux et recherchés par l’homme. Ces pierres précieuses ont toujours été admirées comme une matière d’une beauté extrême et un signe de richesse extraordinaire. Tous les diamants ne sont pas utilisés en bijouterie car tout défaut peut leur ôter de la valeur et ils sont alors employés pour des applications industrielles.

Le diamant a une grande variété de propriétés. Ces dernières intéressent les scientifiques encore plus et ils veulent donc approfondir leurs recherches. Le diamant est de plus en plus utilisé dans des domaines très connus comme dans la fabrication d’outils, en médecine et dans l’aéronautique.

La technologie du diamant dans le futur aura une croissance incroyable. Nous avons maintenant découvert une façon de reproduire le diamant synthétiquement. Celui-ci possède une forme et une allure qui se rapprochent énormément du diamant naturel. Toutes ces nouveautés ouvriront des portes pour de nouvelles possibilités d’utilisation.

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Quand l’argent fait sécession

Après avoir connu une phase de repli entre la fin de la Première Guerre mondiale et les années 1960, les inégalités sont de nouveau en hausse. Jusqu’où les plus riches peuvent-ils creuser l’écart? Est-on condamné à revivre une fin de 19e siècle où les 10 % les plus riches détenaient 90 % des richesses? Quels sont les instruments de cohésion sociale à notre portée?

Dialogue entre Thomas Piketty, économiste et Thierry Pech, journaliste, dans le cadre du cycle de films “L’argent ne fait pas le bonheur (!)” au Forum des images, le 23 janvier 2014 à Paris.

Inégalité pour tous

Ancien secrétaire au Travail sous la présidence de Bill Clinton et actuel professeur à l’université Berkeley, Robert Reich soutient avec ferveur depuis toujours que l’accroissement des inégalités salariales constitue l’une des menaces les plus graves pour l’économie et la démocratie.

Analysant les origines de cette situation et ses conséquences à court terme, il pointe également les nombreux défis à relever avec cette facilité déconcertante qui lui est propre : celle de rendre accessible à tous des principes d’une grande complexité.

Pourquoi et comment l’accroissement insensé des revenus d’une infime minorité des plus riches, conjugué avec la fragilisation des classes moyennes, constitue la plus grande menace pour l’économie et la démocratie ?

Certes, la leçon d’économie que développe ici Robert Reich, ancien secrétaire au travail de Bill Clinton et actuellement professeur à l’université de Berkeley, n’est pas des plus réjouissantes pour qui ne verrait dans l’organisation de nos sociétés que beauté et justice.

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Richard Wilkinson : “Comment les inégalités économiques nuisent aux sociétés” (Rediff.)

Nous ressentons instinctivement que les sociétés qui ont des écarts de revenus énormes vont mal dans un sens. Richard Wilkinson met en graphiques des données concrètes sur l’inégalité économique, et montre ce qui peut empirer quand les riches et les pauvres sont trop éloignés : les effets réels sur la santé, la durée de vie, même des valeurs fondamentales comme la confiance.

(Merci à Boreas)

Gérard Foucher : « Combat contre la finance »

Gérard Foucher s’est transformé en résistant contre la finance en cherchant à comprendre le fonctionnement de la monnaie et du système économique. Une entrevue dans la bonne humeur pour comprendre la finance et son système de prédation de la richesse des peuples.

Auteur du livre “Les secrets de la monnaie – Changer la monnaie pour changer le monde“, il était invité à Toulouse le 17 septembre 2013 par le groupe local pour le revenu de base, dans le cadre de la semaine internationale du revenu de base, à présenter la conférence gesticulée qu’il a créé sur la base de son livre.

États-Unis : Un millionnaire chinois invite 250 sans-abri dans un restaurant new-yorkais

Millionnaire, il a voulu faire profiter de sa fortune aux plus pauvres. Un richissime homme d’affaires chinois, Chen Guangbiao, a invité à déjeuner 250 sans-abri à New York, dans un restaurant chic de Central Park, mercredi 25 juin.

Une cérémonie l’a également désigné “meilleur philanthrope du monde“. Il a reçu un certificat des Nations unies pour officialiser ce titre. Il a aussi distribué sous les applaudissements 300 dollars (220 euros) à chaque invité. Il a enfin annoncé qu’il paierait le traitement d’une personne grièvement brûlée après s’être immolée par le feu.

Pourquoi pauvres et riches ne développent pas les mêmes cancers (et ceux des pauvres tuent beaucoup plus)

Une étude américaine menée par le docteur Francis Boscoe révèle que les types de cancer varient selon que l’on est riche ou pauvre. La mortalité touche différemment elle aussi. Le cancer du col de l’utérus serait par exemple plus fréquent chez les précaires.

Le Dr Francis Boscoe, dans un étude publiée dans la revue Cancer, montre que la richesse ou la pauvreté de la personne aurait un lien avec le type de cancer développé.

Dans une étude précédente, menée par l’Université de Davis, en Californie et publiée en 2011, les chercheurs avaient constaté que les personnes ayant des faibles revenus avaient 50% de risque en plus de développer des problèmes cardiovasculaires. Cette fois, les chercheurs ont trouvé des liens entre le statut socio-économique et le type spécifique de cancer. Pour cela, l’équipe de chercheurs a analysé 2,9 millions de personnes a qui on avait diagnostiqué un cancer entre 2005 et 2009. Ces participants provenaient de 16 Etats des Etats-Unis.

Ils ont ensuite été divisés en cinq groupes en fonction de leur niveau de pauvreté, évaluée au moment où le diagnostic avait été fait. L’équipe n’a pas trouvé de lien entre le statut socio-économique et l’apparition d’un cancer, mais a trouvé un lien entre le statut socio-économique et le type de cancer. Sur 39 types de cancers sélectionnés, 32 ont été associés à la pauvreté, 14 sont plus fréquents dans les milieux avec un niveau de pauvreté très élevé, et 18 dans les milieux plus aisés.

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Pour la super-classe le travail est le nouveau «loisir»

L’économiste français Thomas Piketty, nouvelle star aux États-Unis, montre dans son dernier livre, “Le capital au XXIe siècle“, que les super-riches, les fameux 1%, gagnent plus d’argent de leur patrimoine que de leur travail.

Une oligarchie qui s’enrichit sans lien avec son mérite ou sa capacité de travail, ce qui en fait une question embarrassante au-delà des cercles économistes habituellement critiques du capitalisme.

Mais si une super-classe peut aujourd’hui amasser des sommes colossales sans travailler, une élite du travail s’est en parallèle constituée au début du nouveau millénaire, remettant en cause l’idée selon laquelle plus on gagne bien sa vie, moins on travaille.

Si jusqu’aux années 1960 les salariés les plus éduqués et les mieux payés travaillaient moins d’heures que les autres, ce n’est plus le cas au début du XXIe siècle, selon un article stimulant publié par deux chercheurs du département de sociologie de l’université d’Oxford, Jonathan Gershuny et Kimberly Fisher.

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