Créances douteuses : un boulet à 900 milliards d’euros pour les banques

Avec 136 milliards d’euros de créances douteuses supplémentaires, la rentabilité des banques est sous pression.

C’est un boulet de 880 milliards pour les principales banques de la zone euro, soit 4 % du total de leur bilan. Cette somme correspond au total des prêts dits « non performants » (c’est-à-dire en retard de paiement depuis au moins 90 jours), détectés par la BCE au sein des 130 banques de la zone euro passées au scanner par ses soins.

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Pas besoin d’humains (Vidéo)

« Humans need not apply » [NDLR : peut se traduire par : Pas besoin d'humains] dresse un tableau pessimiste d’une civilisation où la double logique de rentabilité et de sécurisation va pousser de plus en plus l’homme sur le côté : les robots feront de plus en plus facilement, pour moins cher, des tâches de plus en plus complexes, et cela mieux que l’homme, même si ce n’est pas de façon parfaite.


(NB : si les sous-titres ne se lancent pas automatiquement, cliquer sur le bouton “Sous-titres” en bas à droite)

(Merci à Martine)

Après la « ferme des 1.000 vaches », la ferme des 250.000 poules (Màj vidéo)

Addendum du 19/10/2014 : Au cœur de la « ferme des 1.000 vaches »

Rien ne semble devoir stopper le développement des fermes-usines en France. Après l’ouverture de la très controversée «ferme des 1.000 vaches» à Abbeville, c’est un autre projet, encore plus ambitieux, qui devrait voir le jour dans la Somme selon le Journal du Dimanche.Un établissement capable d’accueillir 250.000 poules pondeuses doit ouvrir ses portes dans quelques mois à Beauval dans la Somme, à 40 kilomètres seulement de… la ferme des 1.000 vaches.
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Comment les banques centrales provoquent les crises financières

Nous disons et écrivons très souvent que l’économie est largement financiarisée depuis plus de 15 ans. Nous vivons dans une économie de bulles d’actifs financiers. En fait, lorsqu’une bulle éclate sur un actif, on assiste généralement à la naissance d’une nouvelle bulle sur un autre actif car l’argent abondamment créé par les banques centrales ne peut, en général, être repris sous peine de provoquer d’énormes pertes en patrimoine chez les investisseurs privés ou de créer une crise bancaire.

Nous sommes donc en plein aléa moral puisque certains acteurs financiers ne sont pas assez rigoureux dans l’analyse du risque de leurs investissements ; ils se reposent sur le fait qu’ils ont une capacité de nuisance systémique et qu’en conséquence il y aura toujours un prêteur/sauveur en dernier ressort (en l’occurrence la banque centrale de sa zone monétaire).

C’est l’une des principales origines des crises financières que nous connaissons depuis les années 2000 : des politiques monétaires trop accommodantes pour ne pas dire laxistes avec un environnement de taux “anormalement” bas et donc de coûts de financement très avantageux (taux emprunts d’Etat de plus en plus ridicules, écarts de taux vis-à-vis des taux de swap ne rémunérant que très peu ou même pas du tout le risque bancaire ou d’entreprise).

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La pratique du ‘tunnelling’

Des sociétés qui mettent en scène la faillite de certains de leurs sites de production pour s’en séparer plus facilement, qui organisent la chute de leurs revenus afin d’en justifier la fermeture et les licenciements qui en découlent; Qui, en résumé, imputent à la conjoncture et au marché leurs propres orientations stratégiques, depuis 2000, les économistes de la Banque Mondiale appelle cela du tunneling.

Par Caroline Castets

Une pratique encore relativement peu connue mais de plus en plus répandue chez les grands groupes internationaux. Ceux-là mêmes qui, depuis quelques années et

“sous couvert de la crise”, y ont recours pour restructurer à moindre frais et à moindre risque, indique Nadine Levrato.

Professeure d’économie et spécialiste des cessions d’entreprises, elle évoque un procédé consistant à habiller en “morts naturelles” les fermetures de sites sains et rentables pour un résultat final nettement plus avantageux qu’une restructuration menée à visage découvert. Surtout, elle pointe un phénomène qui, bien qu’encore discret, tend à se généraliser en toute impunité.

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JO: après les fastes de Sotchi, un gouffre financier guette la Russie

Les gigantesques constructions érigées à Sotchi pour les jeux Olympiques les plus chers de l’histoire, achevés dimanche, risquent de se transformer en gouffre financier pour la Russie, compte tenu des énormes investissements difficiles à rentabiliser.

Après sa désignation en 2007 pour organiser les JO, Sotchi est devenue l’un des plus grands chantiers au monde où des bâtiments et des immeubles ont poussé comme des champignons sur les bords de la mer Noire et dans les montagnes du Caucase au-dessus de la ville, dans une zone auparavant quasi vierge d’infrastructures sportives.

L’aménagement de routes et voies de chemins de fer a porté le coût total de l’opération à 50 milliards de dollars (37 milliards d’euros) pour cet événement international sans précédent en Russie depuis la chute de l’URSS, dont le président Vladimir Poutine a voulu faire une vitrine du pays.

Mais que vont devenir tous ces bâtiments neufs après le départ des milliers d’athlètes, accompagnateurs, journalistes et visiteurs qui occupent des appartements et hôtels construits spécialement pour les JO et les jeux paralympiques du 7 au 16 mars ?

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Les entreprises françaises sont les moins rentables de toute la zone euro

L’information est passée relativement inaperçue. Selon l’INSEE, Le taux de marge des entreprises françaises est tombé à 27,7% au troisième trimestre, à son plus bas niveau depuis 1985.

Ces chiffres semblent contredire le sentiment général en France sur le creusement des inégalités et les milliards de profits réalisés par les plus grandes entreprises. Les sociétés du CAC 40, l’indice vedette de la Bourse de Paris, auront réalisé environ 80 milliards d’euros de bénéfices cette année, une progression de 15% par rapport à 2012.

Mais c’est l’arbre qui cache la forêt. Si les multinationales vont bien, c’est parce qu’elles réalisent, comme leur nom l’indique, l’essentiel de leur chiffre d’affaires et plus encore de leurs bénéfices à l’étranger. Elles ne reflètent pas du tout la santé réelle des entreprises et de l’économie française.

L’état de santé, en moyenne, des entreprises françaises est très préoccupant. Leur taux de marge est bien plus faible que celui des entreprises allemandes (plus de 40%), mais aussi italiennes, britanniques et même espagnoles (entre 34% et 40%). Les entreprises françaises sont tout simplement les moins rentables de la zone euro. Les profits des entreprises françaises font à peine plus de 6% du PIB, les allemandes et les italiennes un tiers de plus, les espagnoles et les américaines deux fois plus.
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Chine : L’inquiétude monte autour de l’endettement

La dette est supérieure à celle des autres pays émergents.

Attention au dérapage ! Les inquiétudes se font de plus en plus palpables au sujet de l’endettement de l’économie chinoise. En mars, la banque Nomura mettait en garde contre un risque de crise financière. En avril, l’agence de notation Fitch dégradait la note de la dette chinoise en monnaie locale en raison de l’explosion du crédit. Et hier [14 mai 2013], ce sont simultanément deux institutions, CLSA et Moody’s, qui ont tiré la sonnette d’alarme.

Le courtier CLSA, régulièrement optimiste au sujet de la Chine, a en effet présenté, à Pékin, une étude qui fait état d’un risque en nette hausse en matière d’endettement. Son auteur, Francis Cheung, qui dirige la stratégie de CLSA pour la Chine, a ainsi dressé le tableau d’une économie «droguée» à la dette, comme en témoigne la hausse du crédit de 58% constatée lors du premier trimestre de cette année.

Efficacité remise en cause
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Musique : Ecowar

NB: En raison du son particulièrement “hardcore”, pensez à diminuer le volume de votre PC…

Paroles de la chanson du groupe Tagada Jones

Production et rentabilité ne laissent pas de place pour la qualité,
Pas de pitié sur le marché, l’économie doit tout dévorer,
Aujourd’hui encore, les aliments proviennent de la terre,
Mais depuis quelques années, la productivité leur a déclaré la guerre
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France : L’unique centre d’appels téléphoniques en coopérative

Dans l’univers impitoyable des centres d’appels, une petite entreprise se démarque en arrivant à concilier politique sociale et performance économique. C’est en partie dû à son statut : A Cappella est une Scop, une société coopérative de production. Les bénéfices sont en priorité redistribués aux salariés, et les valeurs sociales y sont prépondérantes.

Les centres d’appels en France, ce sont autant d’emplois que dans l’industrie automobile, soit environ 260.000 salariés. Depuis une dizaine d’années, les plateaux téléphoniques et leurs bureaux en « marguerite » ont poussé partout. Ils appartiennent à des sociétés spécialisées dans la « relation client » (Téléperformance, B2S…) ou sont gérés en interne par toute entreprise qui souhaite fidéliser ses clients ou en conquérir de nouveaux : banques, opérateurs de télécoms, assurances, vendeurs d’électricité ou de gaz, agences de voyages…

Ces centres sont souvent considérés comme des laboratoires où sont expérimentées les techniques de management de demain, visant à obtenir des salariés une productivité et une rentabilité maximales. « L’industrie automobile a été le laboratoire de la soumission des corps. Le nouveau lieu où se forgent les techniques d’asservissement des personnes, ce sont les centres d’appels », estime l’inspecteur du travail Jacques Dechoz.

« C’est là où l’on retrouve aujourd’hui la nouvelle classe ouvrière, et une proportion énorme de fils et filles d’immigrés. » Des salariés souvent jeunes, au statut plus ou moins précaire, payés au Smic ou pas loin, dans un secteur marqué par un fort turn-over.
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Full Option

Dans un monde où la course à la rentabilité règne en maître, quelle est la place de l’humain et des revenus ? Voilà la question essentielle posée par « Full Option », documentaire qui tente de démontrer la déshumanisation progressive et inquiétante des travailleurs dans un monde globalisé.

Le réalisateur s’attache à comparer le « secteur humain » au secteur automobile, secteur qui est en proie à des délocalisations et des sous-traitances toujours plus complexes. Le documentaire part de la Belgique, passe par la Roumanie et atterrit en Thaïlande.

Il part à la recherche du travailleur idéal en appliquant le principe « quand un modèle s’avère peu rentable, on en essaie un autre… ».

Rapidement, le reportage questionne le problème de la division internationale du travail et la mise en concurrence des différents maillons de la chaîne de production, avec comme effet pervers une pression à la baisse sur les coûts du travail, au Nord comme au Sud. Quelle réponse apporter ? Le documentaire invite à l’interrogation et propose des pistes de réflexion et d’action autour de l’agenda du travail décent.

Le marché de la charité

Les associations humanitaires se gèrent désormais comme des entreprises. La professionnalisation du secteur a modifié le rapport au don. La collecte de fonds est devenu un marché potentiel. Marketing, rentabilité, marché, la rhétorique économique a progressivement investi la sphère de l’humanitaire. « En tant que commercial, j’ai été formé à vendre un produit. On vend la détresse, on vend une situation d’urgence et des projets. » Le propos d’André Gasser est sans ambiguité. Cet ancien chef d’entreprise est aujourd’hui président des Parrains de l’Espoir. Basée à Illkirch, cette association, fondée en 1978, s’est spécialisée dans l’urgence et le développement. A l’origine, André Gasser conciliait ses activités de dirigeant et son engagement caritatif.

« Saturation du public »

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Le moteur hybride à air, progrès ou gadget ?

Tout dépend de l’évolution des autres technologies, à commencer par l’hybridation électrique, avant sa commercialisation, prévue en 2016.

Par Philippe Doucet

Annoncé par PSA la ­semaine dernière, le moteur hybride à air comprimé fait actuellement figure de nouvel espoir dans la lutte contre les rejets de CO2, dont le niveau maximal autorisé devrait être en Europe de­ 95 g/km en 2020.

Sans entrer dans ses détails ,

cette technologie consiste à stocker de l’air comprimé dans les phases de décélération et de freinage du véhicule pour le restituer ensuite en appoint du moteur thermique ou de manière autonome.

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Les banques face à leurs clients

La grande majorité des banques se sont détournées de leur ancienne fonction de conseil et préfèrent aujourd’hui traiter leurs prestations de service comme des produits à rentabiliser au maximum. Jouant du thème de l’autonomie du client, elles se défaussent sur lui du risque d’exclusion bancaire. Comment leurs salariés réagissent-ils face à cette nouvelle donne ?

En apparence, personne ne s’oppose à l’inclusion bancaire, censée favoriser l’inclusion sociale des personnes concernées et contribuer à la croissance économique en développant l’accès approprié aux services bancaires de ceux qui en étaient jusqu’alors exclus. Un large consensus semble unir décideurs politiques, comme l’illustre la mise en place du Partenariat global pour l’inclusion financière lors du sommet du G20 à Séoul en décembre 2010, établissements bancaires dont la Fédération bancaire française ne cesse de rappeler les efforts dans ce domaine, et monde associatif, comme en témoigne la publication récente par la Croix Rouge Française, le Secours Catholique et l’UNCCAS d’un Manifeste pour l’inclusion bancaire. Pourtant, promouvoir l’inclusion bancaire n’a rien de consensuel. Alors que cette thématique est souvent assimilée à une dimension secondaire de la lutte contre la pauvreté cantonnant les réponses bancaires apportées au sein des actions périphériques dites de responsabilité sociale des entreprises, s’interroger sur les moyens de sa promotion conduit en fait à questionner le cœur de l’activité bancaire. Comme en témoigne indirectement la hausse constante des accrochages entre clients et banquiers depuis l’éclatement de la crise financière [1], les salariés de banques en contact avec la clientèle rencontrent de grandes difficultés aussi bien pour la promouvoir que pour en assumer les échecs.

La thématique de l’inclusion bancaire conduit ainsi à remettre en question la vision d’une industrie bancaire au sein de laquelle les salariés en agence ne seraient que les rouages d’une mécanique bien huilée destinée à écouler toutes sortes de produits. La promotion de l’inclusion bancaire passe nécessairement par ces salariés et suppose son articulation parfois conflictuelle aux actes de vente qu’ils réalisent quotidiennement. Mais cette articulation est-elle possible au sein de l’établissement bancaire qui les emploie ?

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PSA Sochaux : Cadences en chaînes

L’usine PSA de Sochaux, berceau historique de l’aventure Peugeot, est le miroir d’une industrie qui a révolutionné ses méthodes en quelques décennies. Concurrence, globalisation des marchés, objectifs de croissance et de rentabilité ont, au fil des ans, métamorphosé le travail dans cette usine où l’on a longtemps été embauché de père en fils.

Depuis plus d’un siècle, l’usine Peugeot de Sochaux fait et défait la vie économique de la région. Trois équipes se relaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans les ateliers pour produire 1.600 voitures par jour. En décembre 2008, la crise frappe de plein fouet le secteur automobile. A Sochaux, 800 contrats d’intérim ou CDD sont supprimés, ainsi que l’équipe de nuit. Lorsqu’au printemps le marché se redresse, l’usine a perdu plus de 1 milliard d’euros et ses dirigeants n’ont qu’un objectif : retrouver croissance et rentabilité.

Après avoir été les cobayes du taylorisme et du fordisme, après avoir vu les robots remplacer un certain nombre de leurs camarades aux postes les plus pénibles, les ouvriers doivent désormais se soumettre à une nouvelle doctrine, inventée par le concurrent japonais Toyota : le toyotisme.

«On fait tout pour que le salarié sur la ligne de montage soit un robot, ne se déplace plus et ait toutes les pièces nécessaires à proximité.»
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« Cessons de protéger la finance comme si elle était ‘le sang’ de nos économies »

Une mise en revue critique et sans appel des dévoiements de l’hyper-capitalisme par l’auteur des « 7 plaies du capitalisme ».

“Les dix plaies d’Egypte”, enluminure du 14ème siècle

La crise de 2008 est le symptôme d’une mutation maléfique du capitalisme depuis la chute du communisme qui entraîne irrésistiblement vers le gouffre des inégalités, de la stagnation et du chômage l’ensemble des sociétés occidentales.” Ce diagnostic on ne peut plus sombre n’est pas posé par Jean-Luc Mélenchon mais par l’entrepreneur Henri de Bodinat dans un essai aussi incisif que percutant (*). Pour se faire comprendre, le cofondateur d’Actuel et de Radio Nova, aujourd’hui à la tête d’un fonds d’investissement, puise dans le registre biblique pour décliner les sept maux qui font “courir le capitalisme à sa perte”. Surplombé par la cupidité, “la mère de toutes les plaies”, cet inventaire pointe au premier chef “l’infection” du système par le lobbying de grandes entreprises en quête de surprofits et qui mine profondément nos régimes politiques. Or en se concentrant dans les mains des groupes de pression financiers, ce mal atteint des proportions jamais atteintes.

L’interpénétration de la finance avec le pouvoir est quasiment totale. Les mesures ne se prennent plus dans le sens de l’intérêt général mais au bénéfice de la seule préservation des intérêts bancaires”, dénonce Henri de Bodinat qui appelle à couper d’urgence ce lien pour “sauver” le capitalisme. (*) A lire : Les Sept Plaies du capitalisme par Henri de Bodinat – éditions Léo Scheer.

La crise est, comme la fièvre du malade, le symptôme des dévoiements du système capitaliste. Avant 2008, les dirigeants et les organisations internationales ne voulaient pas voir ces dérives sur le mode du “tout va très bien Madame la Marquise”, en dépit des signaux d’alerte comme le gonflement hors de proportion des profits de la sphère financière.

Aujourd’hui pour traiter le mal, on pratique cette même méthode Coué en refusant de s’attaquer aux causes profondes ou en refusant de prendre les remèdes radicaux pourtant inévitables, comme par exemple à mes yeux la sortie de l’euro pour les pays européens les plus mal en point. On persévère dans le déni. Alors que nous sommes dans bon nombre de cas à la limite du point de rupture, en particulier dans les sociétés qui connaissent une proportion de jeunes au chômage insupportable. Le risque est de connaître des crises de plus en plus violentes allant jusqu’à des révolutions comme en 1789 ou 1917.

A biens des égards, la situation actuelle rappelle celle de la fin de l’Empire romain au III-IVe siècle après JC, quand une caste richissime côtoyait une plèbe désargentée. Une polarisation si forte qu’elle allait conduire à l’écroulement de l’Empire. Ce type de clivage ne concerne pas que les pays occidentaux puisqu’on retrouve ces inégalités aussi bien en Chine, en Inde et au Brésil. Ces pays – surtout la Chine – ont embrayé sur la voie du capitalisme en exacerbant toutes ses dérives.

La cupidité, mère de toutes les plaies

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« Le problème n’est pas la Grèce mais la finance spéculative qui l’a rendu possible »

La finance sans visage, voilà l’ennemi.” Depuis que François Hollande s’est lancé sur ce thème au Bourget, la formule – volontairement floue – a fait florès. Jerôme Cazes, spécialiste des risques financiers – il a été directeur général de l’assureur-crédit Coface – se montre doublement plus précis que le candidat socialiste. S’il cible d’abord la finance spéculative et non la finance en général, c’est pour mettre dans son collimateur plus particulièrement les activités pour compte propre des banques.

En délaissant le crédit pour une quête forcenée de rentabilité, le système bancaire est devenu intrinsèquement un facteur de risque ; danger qui n’a d’ailleurs pas manqué de se concrétiser”, analyse l’expert qui met radicalement en cause les états-majors financiers de l’Hexagone pour leur défense obtue – et intéressée – de la banque universelle. Pour éclairer l’opinion sur ces enjeux essentiels et mettre en scène les acteurs de façon vivante et accessible, Jerôme Cazes a emprunté une voie originale, celle d’une fiction qui prend la forme d’un thriller” financier haletant – forcément haletant.

Pourquoi un thriller ? Cette forme m’a paru adaptée pour décrire un monde – celui de la finance – réputé compliqué et ennuyeux qui place avec tous ces acronymes l’opinion dans un rapport d’infériorité. La finance fonctionne pourtant avec des invariants à la portée de la compréhension de tout le monde. Les motivations des acteurs relèvent de la même logique que celles d’un détective privé dans un thriller. La complexité du sujet est bien réelle.

Si elle permet d’écarter les curieux, elle dépasse bien souvent l’entendement même des opérateurs, ce qui la rend dangereuse. Il est temps de revenir à des mécanismes simples et compréhensibles. Cette conviction que je me suis forgée après une expérience professionnelle de plusieurs années dans une grande banque, j’ai voulu la faire partager à mes lecteurs en faisant preuve de pédagogie. J’y décris la prochaine crise de crédit, encore pire que la crise actuelle, dont le point de départ est situé dans les fonds municipaux américains, impliquant des investisseurs internationaux dont chinois et français. J’y décris aussi des milieux financiers qui sont à des années lumière des enjeux collectifs et de l’intérêt général.

La finance spéculative

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Une économie mondialisée au détriment des salariés et des citoyens

Une économie pour qui et pour quoi ? Certainement pas uniquement au bénéfice de quelques-uns situés au sommet, ni des grandes entreprises et de leurs PDG. Les succès de l’économie ne peuvent non plus être mesurés par le rythme de croissance du PIB, ou le niveau atteint par l’indice Dow Jones, ou par l’élévation du revenu moyen.

"Je veux que vous achetiez de la m...", dit l'Oncle Sam

La crise du capitalisme américain signe le triomphe des consommateurs et des investisseurs sur les travailleurs et les citoyens. Et puisque la plupart d’entre nous occupent ces quatre rôles – même si les plus riches prennent la part du lion dans la consommation et l’investissement – le cœur de cette crise réside dans la possibilité croissante pour chacun d’entre nous, en tant que consommateur ou investisseur, de faire de bonnes affaires, et dans notre capacité déclinante à être entendu en tant que travailleur et citoyen.

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Saxo Banque dévoile ses prévisions chocs pour 2011

Saxo Banque dévoile aujourd’hui [lundi 20 décembre 2010] ses prévisions chocs annuelles. Réalisées par les équipes d’analystes à Copenhague, ces prévisions dressent le scénario macro-économique pour 2011. « Prévisions chocs », car elles se veulent plus pessimistes que celles de l’analyste de marché moyen et parce qu’il est important que les scénarios les moins probables soient pris en compte.

Ceux qui ont déjà entendu parler des prévisions chocs de Saxo Banque savent qu’il s’agit d’un exercice basé sur la théorie du « Black Swan » [Cygne Noir], inspirée par le philosophe libanais Nassim Nicholas Taleb. Dans son livre, The Black Swan : The Impact of the Highly Improbable, Nassim Nicholas Taleb décrit un événement de type « Black Swan » comme étant très improbable et possédant 3 caractéristiques : il est imprévisible, son impact est très important et la probabilité qu’il se produise est bien plus élevée que ce qui est annoncé par le consensus.

Soyez conscient qu’il s’agit bien plus ici d’une analyse approfondie que d’une simple série de prédictions. La probabilité que nos estimations se révèlent exactes n’est pas supérieure à 50%, mais la possibilité que ces événements surviennent comme prévu est bien plus élevée que ce qui est actuellement annoncé par le marché.

Les prévisions chocs de Saxo Banque pour 2011 :

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« Entre le collectif et l’individuel, la France a du mal à choisir »

Selon Philippe d’Iribarne, chercheur atypique, dans le monde du travail ou à l’égard des immigrés, notre pays est tiraillé entre le respect de tous les particularismes et la défense d’une égalité sans faille.

Pourquoi le modèle français d’intégration des immigrés ne fonctionne-t-il plus ? Qu’y a-t-il de particulier dans l’identité française qui rend les réformes si difficiles dans ce pays ? Philippe d’Iribarne montre que l’universalisme et la défense des particularismes s’y combinent, souvent mal. La fierté des métiers, les statuts et beaucoup de traits particuliers remontent loin dans notre histoire.

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Comment expliquez-vous l’écartèlement entre la volonté de la France d’assimiler ses immigrés et celle de « respecter les différences » ?

Nous sommes dans une situation paradoxale qu’on a retrouvée lors des débats sur l’identité française ou de l’expulsion des Roms. Il y a une tension entre le citoyen et l’individu.

D’une part, la France se définit comme la patrie des droits de l’homme, dans laquelle tout citoyen est l’égal de tout autre, où tout ce qui est discriminatoire doit être refusé au nom des idéaux d’égalité et de liberté.

Et, d’autre part, on a une vision différenciée de la société lorsqu’il s’agit de la gestion individuelle du quotidien, comme le choix du lieu où l’on habite, de l’école de ses enfants ou de qui on embauche.

Depuis la Révolution, la France s’affirme à la fois par une volonté de construire, dans la vie politique, une société sur la base des droits et des devoirs des citoyens, et, dans la vie sociale, par une prise en compte des particularités, notamment des origines, basque, bretonne, italienne, hongroise ou maghrébine. La question de l’immigration est prise entre ces deux représentations.

Le rapport au travail l’est aussi. La loi Le Chapelier, en 1791, voulait reformater les relations de travail selon les principes d’une société de citoyens régie par des contrats, interdisant les corporations et les syndicats. Mais il a bien fallu admettre, avec le temps, que cela ne marchait pas. On a reconstruit une France d’individus ayant des métiers, des sous-métiers, des statuts et des privilèges, et on a magnifié les idées de grandeur et de noblesse du métier.

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Cobayes humains

Comment l’industrie pharmaceutique sous-traite ses essais cliniques, au mépris de l’éthique et de la sécurité… Une enquête édifiante sur les pratiques des laboratoires pharmaceutiques, prêts à contourner les droits des patients au nom du progrès scientifique et de la rentabilité.

Avant qu’un médicament ne soit mis sur le marché, il est testé sur des animaux , puis sur des êtres humains, au fil d’essais cliniques strictement réglementés. En théorie, du moins. Car du fait de l’augmentation du coût de ces essais en Occident, les laboratoires pharmaceutiques en délocalisent une grande partie vers les pays émergents : Inde, Amérique latine, Europe de l’Est et Chine.

Comme Paul Jenkins le démontre dans cette enquête minutieuse menée en Inde – un marché qui pèse 1,5 milliard d’euros par an -, ces tests cruciaux s’effectuent bien souvent dans l’opacité. Ces “études” représentent pour nombre de familles pauvres une source de revenus non négligeable. Aussi l’industrie pharmaceutique n’a-t-elle aucun mal à recruter des milliers de volontaires, le plus souvent dans les hôpitaux.

La vidéo est également disponible ici. (Merci à Tirelire)

Le temps de vivre

Extrait du dessin animé “Momo à la conquête du temps“, long métrage d’Enzo d’Alo, qui souhaite expliquer les rouages et conséquences de la société de consommation aux enfants.

Tout le propos est en fait d’aborder des thèmes contemporains et matérialistes par le biais du conte, en montrant que le monde s’enferme dans une folie consumériste menée par une exigence de productivité et une optimisation de la rentabilité, ce qui a pour conséquence l’orientation de la vie de chacun vers la suractivité, les heures supplémentaires et le refus de tout ce qui n’est pas rentable.

Le bio tente de plus en plus d’agriculteurs français

Eric Gobard, 41 ans, est un agriculteur heureux, et même enthousiaste. Il y a deux ans, ce céréalier installé depuis huit ans, à Aunoy, au coeur de la Seine-et-Marne, haut lieu de l’agriculture intensive, a converti 30% de ses 200 hectares au mode de production biologique. Il espère aller au-delà, car, dit-il, il se sent “aspiré” par ce mode de production.

Part des Surfaces bio dans les départements en pourcentage de la Surface Agricole Utilisée. (Données Agence Bio, Agreste)

Il est loin d’être le seul. Après des années de stagnation, l’agriculture bio est en pleine explosion. Les conversions ont augmenté de 23,4% en 2009, et, en 2010, la progression s’accentue encore. La barre des 20.000 producteurs devrait être franchie.

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Banques : état des lieux, deux ans après le choc Lehman

Deux ans après la faillite de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers, comment se porte le système bancaire ? Au lendemain d’une crise sans précédent, la question préoccupe gouvernements, économistes et investisseurs, tant la bonne santé des banques constitue un élément essentiel de la reprise économique. C’est particulièrement le cas en Europe, où l’économie est financée aux deux tiers par les crédits bancaires, contre un tiers aux Etats-Unis.

Si, d’un bout à l’autre de la planète, le système bancaire semble stabilisé, il subsiste d’importantes poches de fragilité. Bon nombre d’établissements ne sauraient encore se passer de la béquille des Etats. Surtout, le paysage a été profondément remanié, et les réglementations adoptées aux Etats-Unis et en Europe préfigurent de nouveaux bouleversements.
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Le krach de 2010 : la crise systémique

Par Paul Bara (ancien trader, économiste de marché puis directeur financier, il a parallèlement enseigné l’économie et la finance à Paris X et à l’ENA)

Hokusai, La grande vague de Kanagawa (1831)

La crise actuelle n’est pas une crise comme celles que nous avons connues depuis 1945. La croissance au quatrième trimestre 2009, en France et aux Etats-Unis, n’est due (en partie) qu’à un facteur technique transitoire, le moindre déstockage des entreprises. Nous ne sommes pas dans un enchaînement cyclique normal.

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Si la Stagflation s’invitait à dîner ?

(Par Laurence Crottaz, épouse d’Olivier)

Définition de la stagflation : C’est la combinaison entre la stagnation de l’activité économique et une forte inflation (hausse des prix à la consommation, sans hausse des salaires). Aujourd’hui, il semble que ce soit c’est le plus grand danger qui menace la zone Euro.

Ce terme de stagflation a été utilisé pour la première fois en novembre 1965 par Iain Macleod pour décrire la situation de l’économie britannique durant les 30 glorieuses ensuite généralisée aux autres pays en 1970.

Les causes de la stagflation de 1970:

  • la chute des taux de rentabilité des sociétés américaines depuis le milieu des années 1960, puis en Europe et au Japon,
  • la crise du Système Monétaire International (abandon de l’étalon or),
  • le premier choc pétrolier en 1973.

Les conséquences furent un fort ralentissement de l’activité avec une forte poussée du taux de chômage et une lourde inflation.

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Le nombre de millionnaires a crû de 14 % en 2009

La crise a glissé sur les plus fortunés. Ou presque. Selon le dernier rapport annuel « Global Wealth 2010 » présenté hier, à New York, par le Boston Consulting Group (BCG), le niveau global de la richesse privée a opéré un « remarquable come-back » en 2009 avec un rebond de 11,5 % (contre une chute de 10 % en 2008).

A 111.500 milliards de dollars, le niveau global de richesse estimé par montants d’actifs sous gestion a pratiquement retrouvé son pic de 2007 (111.600 milliards de dollars).

Stimulé par la poussée des économies émergentes, le nombre global des foyers millionnaires a également bondi de 14 %, à 11,2 millions de foyers, soit moins de 1 % des foyers de la planète qui se répartissent quelque 38 % de la richesse privée mondiale.

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Rapatriement de la dette ou dé-mondialisation ?

Par Jean-Claude Werrebrouck

Parmi les nombreuses propositions à effet de juguler les dangers d’une dette publique jugée insupportable, on notera l’intéressant article signé de Rodolphe A. Müller et Pierre-Alain Schieb dans Le Monde du 8 juin.

Constatant une corrélation positive entre la quiétude des marchés et le pourcentage de la dette domestique dans la dette publique totale, les deux auteurs en viennent à proposer un plan de compensation inter-Etats et inter-créanciers, aboutissant à la renationalisation de la dette.

Aucun détail concernant la procédure suivie n’est indiqué. Simplement, il s’agirait d’une gigantesque compensation. Et, sans doute, compensation elle-même fort complexe, puisque les dettes publiques nombreuses, en théorie égales au nombre d’Etats, sont appropriées par des agents nationaux fort nombreux et fort divers : banques centrales, banques nationales et étrangères, compagnies d’assurances, fonds de pension, ménages.

Plus complexe encore – à supposer qu’il existe un accord politique international, regroupant un nombre significatif d’Etats concernés et volontaires – serait le taux de change entre les dettes compensées. Problème qui reste entier, dans une compensation entre Etats n’appartenant pas à un même zone monétaire. Mais, problème qui demeure, même à l’intérieur d’une zone, les nouvelles créances ne jouissant plus des rendements antérieurs. A titre d’exemple, les créanciers français de dette publique grecque verraient s’affaisser, au terme de la compensation, la rentabilité de leur investissement.

Mais il y a beaucoup plus grave. La compensation généralisée aboutirait à la mise sur le devant de la scène, et donc sa mise à l’index, de l’Etat le plus internationalement endetté. Le processus envisagé de rapatriement favorise peu les Etats dont l’endettement est faible ou repose sur une base domestique.

Ainsi, le Japon qui, certes dispose d’un Etat très endetté, serait peu favorisé par la procédure de rapatriement. Il n’y a quasiment rien à rapatrier et seulement 5,8% de la dette publique sont détenus par des étrangers.

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Le virus mutant de la crise

Entretien avec Jacques Sapir

1.- Vous affirmez que l’on ne doit pas confondre le capitalisme et le marché. Quelle est la différence entre l’économie capitaliste et l’économie de marché ?

On a en effet souvent tendance à confondre ces deux notions. Or elles ne sont pas synonymes. Le marché, pris au sens théorique du terme, est un mode de coordination, mais il n’est pas le seul. On constate que, partout où l’on trouve des marchés, on trouve aussi d’autres modes de coordination, comme les réseaux et les hiérarchies, et surtout des institutions sans lesquelles les marchés ne sauraient fonctionner.

Au sens strict du terme, une économie de marché utiliserait uniquement le « marché » comme mode de coordination. Les entreprises n’y existeraient pas. Dans un sens moins strict, on utilise souvent le terme en opposition à « économie mixte » ou encore à « économie planifiée » en oubliant que, dans ces économies, les marchés sont aussi présents. Le problème, avec ceux qui parlent d’économie de marché, est qu’ils ne savent pas à quels marchés ils font référence, et qu’ils ignorent, ou feignent d’ignorer, que certains marchés sont des institutions et parfois même, comme dans le cas des Bourses du monde entier, des entreprises. L’économie de marché, au sens d’une économie entièrement régie par le principe du marché, me semble une impossibilité théorique. Elle relève d’une utopie libérale, au même titre que la société sans classes et sans État.

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Les 35 heures : une excuse commode, mais inexacte

Les 35 heures sont un bouc émissaire facile pour expliquer la perte de compétitivité des entreprises et la perte d’emploi industriel en France. Mais en regardant de près les chiffres, on s’aperçoit que les causes de la désindustrialisation sont ailleurs.

Dix ans après être devenues la norme légale en matière de durée du travail (1), les 35 heures ne sont manifestement pas digérées par une partie de l’opinion, qui en fait le symbole, voire la cause, du déclin industriel de notre pays. Ainsi, à l’occasion de la clôture des Etats généraux de l’industrie, le 4 mars dernier à Marignane, le chef de l’Etat les a violemment attaquées, avançant qu’elles auraient « détruit l’appareil industriel français ».

Plus récemment, mi-avril, Edouard Carmignac, patron d’une société de gestion d’actifs particulièrement performante, a publié dans plusieurs journaux de la presse nationale une pleine page de publicité dans laquelle il écrivait notamment : « N’est-il pas pour le moins surréaliste que le chef de file de l’opposition en France, ayant largement remporté la dernière consultation, ait été à l’origine de l’instauration des 35 heures ? » Comprenons : les électeurs sont particulièrement débiles de mettre en tête de leurs votes un parti dirigé par celle qui a démoli l’économie française. Qu’en est-il au juste ?

Emploi industriel : la France dans la moyenne européenne

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La crise ? Quand c’est fini, ça recommence !

Par Frédéric Lordon

Il y aurait matière à faire un sort à tous les ahuris qui, depuis l’été 2007, ne loupent pas une occasion de se féliciter que « le pire est derrière nous le plus dur est passé la crise est terminée ». On rappellera qu’ils n’en sont jamais qu’à leur troisième tour de piste (automne 2007, printemps 2008, fin 2009) et que, vaillants comme on les connaît, on peut être tout à fait certain, le point chaud grec viendrait-il à relaxer, qu’ils ne nous décevraient pas pour une petite quatrième. Stupéfiante comme elle devient, la situation ne laisse cependant pas trop le loisir de s’appesantir sur ce genre de chose – et puis le compte-rendu de la cécité réjouie est devenu une entreprise sans espoir.

Caspar David Friedrich, Naufrage, 1822 (cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Stupéfiante, la situation l’est, sans l’être tout à fait. Car la mutation de la crise de finances privées en crises de finances publiques, et leurs métamorphoses subséquentes en crises monétaires et en crises politiques, étaient prévisibles dès la fin 2007.

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L’économie française au bord de la récession

Avec 0,1% de croissance seulement au premier trimestre, l’économie française va mal. Tout comme celle de l’Europe. Et la situation risque d’empirer avec la rigueur généralisée…

Comme on pouvait s’y attendre les nouvelles ne sont pas bonnes sur le front de l’activité économique au premier trimestre 2010 avec seulement 0,1% de croissance (0,4% en rythme annuel). S’engager dans ce contexte dans une politique d’austérité, risque de faire retomber l’économie française (et européenne) dans la récession. Aggravant du coup au final les déficits publics au lieu de les réduire…

Selon les premiers résultats communiqués par l’Insee, le PIB a quasiment stagné au premier trimestre 2010 avec une hausse du PIB de 0,1% seulement contre 0,5% au dernier trimestre 2009.
Facteur particulièrement inquiétant, la demande intérieure a reculé de 0,1%, alors que c’est elle qui jusque-là tirait la reprise. La consommation des ménages a stagné, en effet, tandis que les investissements, tant des ménages que des entreprises ont continué de baisser de façon sensible. Il faut dire que le pouvoir d’achat des ménages a commencé à reculer fin 2009, tandis que la rentabilité des entreprises continue de se dégrader…
A noter en particulier un recul très violent, (-1,2% sur un seul trimestre, -4,8% en rythme annuel) des investissements publics.

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La mise à mort du travail

Comment les logiques de rentabilité pulvérisent les liens sociaux et humains. Dans un monde où l’économie n’est plus au service de l’homme mais l’homme au service de l’économie, les objectifs de productivité et les méthodes de management poussent les salariés jusqu’au bout de leurs limites.

A l’heure où certains événements bouleversent l’opinion et nous interpellent sur la place du salarié dans l’entreprise, cette série documentaire nous permet de mieux comprendre cette relation complexe entre le travail et le capital, entre des entreprises, leurs dirigeants et leurs salariés.

Dans ces trois films qui mettent en scène des caissières d’Intermarché, le patron de Carglass ou les actionnaires de Fenwick, on découvre ce qui participe de l’épanouissement des uns et de la souffrance des autres. En quoi les logiques de rentabilité des actionnaires financiers pulvérisent les liens sociaux et humains qui faisaient la force des entreprises. Pour la première fois, une série explore les méthodes de gestion dans l’entreprise. Pour la première fois, une série sur le travail parvient à allier rigueur sociologique, enquête journalistique et dramaturgie.

(Quelques extrait de “ La mise à mort du travail ” sur France 3)


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L’éolien prend un coup dans l’aile

La mission d’information sur l’énergie éolienne de l’Assemblée nationale devait rendre son rapport mardi. Les conclusions, très négatives, suscitent déjà la polémique. Explications.

La mission parlementaire sur l’éolien devait établir un cadre juridique pour l’installation d’éoliennes en France et formuler des propositions d’amendements au projet de loi Grenelle 2. Ses conclusions ne manqueront pas de provoquer la frustration des écologistes.

Etat des lieux

A fin 2009, quelque 3.500 éoliennes étaient installées en France, selon le Syndicat des énergies renouvelables, produisant environ 4.500 gigawatts d’électricité. La France occupe ainsi la 7ème place mondiale, loin derrière l’Allemagne (25,8 GW), mais devant la Grande-Bretagne (4 GW). Elle s’est engagée à ce que l’éolien représente 10% de sa production d’électricité d’ici à 2020. Aujourd’hui, on est à 2%.

La rentabilité de l’éolien en question

Une version provisoire du rapport piloté par Patrick Ollier, le président de la commission des affaires économiques de l’Assemblée, dénonce les “dispendieux effets d’aubaine” de l’énergie éolienne. Car le gouvernement oblige EDF à acheter pendant 15 ans l’électricité éolienne à 86 euros par mégaWh. Même si ce tarif est l’un des plus bas d’Europe, il reste supérieur au prix du marché. Surcoût qui sera inévitablement répercuté sur la facture du consommateur, rappellent les anti-éoliens.

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Enron, miroir de notre avenir ?

Par Michel Drac

Petit rappel de l’expérience californienne

En 2001, la grande presse titra sur « l’échec colossal » de la libéralisation du marché de l’énergie, dénoncée par le gouverneur de Californie, Gray Davis. C’était avant que, pour conserver le contrôle du Golden State, l’oligarchie étatsunienne sponsorise un ancien acteur musclé, Arnold Schwarzenegger, et en fasse le remplaçant de Gray Davis – sur qui George Bush, l’ami intime d’un certain Ken Lay, président du groupe Enron, fit retomber le blâme du désastre énergétique californien.

Gray Davis n’avait pas tort en parlant d’échec colossal. La Californie, cœur du capitalisme nord-américain depuis les années 80, en était à prendre des mesures de rationnement sur l’électricité – comme un quelconque pays du Tiers-Monde. Victime de coupures d’électricité à répétition, le Golden State voyait son économie perturbée, sa population exaspérée par la hausse vertigineuse des factures énergétiques. Comment en était-on arrivé là ?

Tout commence en 1996, quand Sacramento décide d’ouvrir partiellement le marché de l’énergie à la concurrence. La concentration verticale des producteurs et des distributeurs vole en éclat. Un nouveau marché de l’énergie apparaît, marché sur lequel les distributeurs vont s’approvisionner chez les producteurs. L’objectif est de faire baisser les prix en créant de la concurrence entre distributeurs et entre producteurs.

Le problème, c’est que ce marché est complètement biaisé. Pour commencer, les prix au détail sont restés en partie encadrés, ce qui fait que, au fur et à mesure que les prix à la production flambent (faute d’investissements dans les capacités de production), les marges des distributeurs se restreignent – jusqu’au point où la plus grande société de distribution, Pacific Gas & Electric, en est réduite à déposer son bilan. Pourquoi cette absence d’investissement dans les capacités productives ? En partie parce que, dans le courant des années 90, un secteur public anémique a trop peu construit de centrales. Mais aussi, et surtout, parce qu’avec la perspective de la libéralisation, les producteurs ont été rachetés par des acteurs qui se positionnent dans une pure perspective de profit, et donc veulent avant tout dégager de la marge (par l’augmentation des prix à la production). Parmi ces acteurs décidés à rentabiliser un capital qu’ils n’investissent pas, et persuadés que l’absence d’investissement va justement leur permettre de dégager du profit : Enron, la société de Ken Lay.

Le cas Enron est particulièrement emblématique des dérives du capitalisme hyper financiarisé, pour lequel seul compte la valeur comptable, sans considération pour la réalité de la production de richesse réelle. Le directeur financier, Jef Skilling, a une théorie intéressante : puisque la rentabilité du capital est maximale dans les activités d’intermédiation (banque, arbitrage), une entreprise industrielle comme Enron doit se transformer en entreprise financière. Et voici comment une société conçue, au départ, pour poser des pipelines et construire des centrales énergétiques (ce qu’Enron n’a jamais vraiment su faire) se transforme en « courtier en énergie ». Au fond, c’est la capitulation du capitalisme industriel devant le capitalisme bancaire : le choix du tout financier comme ultime moyen de rentabiliser optiquement un capital sur-accumulé, que l’économie réelle n’est plus capable de rémunérer.

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Japan AirLines : c’est la fin

Une tribune libre de Patrick Reymond

JAL a déposé le bilan, fait l’impasse sur ses dettes, va virer le tiers de ses effectifs (15600 personnes), en attendant d’en virer au total 50 % (en 2011), puis 100 % (en 2012).

Le problème des dépôts de bilan et de la continuation de l’activité, c’est de fausser profondément le jeu économique dans un secteur.

Si on prend le cas de JAL, le dépôt de bilan ne fonctionnera pas.

Pourquoi ? Parce que c’est un mouvement comptable. On fait l’impasse sur le plus de dettes possibles, en ayant le plus possible de créances non couvertes (qu’on se dépêche de couvrir après la faillite).

C’est là que le bât blesse. JAL et toutes les compagnies aériennes n’ont absolument aucune créance non encaissée. Au contraire, elles encaissent les créances à l’avance.

La compagnie japonaise, si elle fait bien l’impasse sur les dettes, n’est pas non plus dans une situation brillante, après la remise à zéro du compteur.

En effet, les dettes sont finalement assez réduites : beaucoup de charges, dans l’aviation, se paient comptant.

2320 milliards de yens, soit 17,6 milliards d’euros, la dette pour une compagnie de cette taille est loin d’être démesurée.
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Crise et mutation (suite)

Il y a quelques jours, nous avons publié un extrait d’un livre-dialogue, insolite et inclassable, qui vient de paraître, « Crise et mutation » (Editions Charles Antoni – L’Originel, janvier 2010).

En voici un second passage, dû, cette fois, à Jean-Pierre Crépin, ex-associé du groupe de marketing HighCo, spécialiste de la mutation consommateur citoyen, auteur du blog Nécronomie, sur lequel il chronique la crise après l’avoir annoncée dès 2005.

A mon sens, personne n’a mieux écrit sur la valeur travail que Cioran dans «Sur les cimes du désespoir». Je ne résiste pas au plaisir d’en livrer un court extrait, tant il me semble impossible de vouloir égaler une telle précision.

« Les hommes travaillent généralement trop pour pouvoir encore rester eux-mêmes. Le travail : une malédiction que l’homme a transformée en volupté. Œuvrer de toutes ses forces pour le seul amour du travail, tirer de la joie d’un effort qui ne mène qu’à des accomplissements sans valeur, estimer qu’on ne peut se réaliser autrement que par le labeur incessant — voilà une chose révoltante et incompréhensible. Le travail permanent et soutenu abrutit, banalise et rend impersonnel. Le centre d’intérêt de l’individu se déplace de son milieu subjectif vers une fade objectivité ; l’homme se désintéresse alors de son propre destin, de son évolution intérieure, pour s’attacher à n’importe quoi : l’œuvre véritable, qui devrait être une activité de permanente transfiguration, est devenue un moyen d’extériorisation qui lui fait quitter l’intime de son être. Il est significatif que le travail en soit venu à désigner une activité purement extérieure : aussi l’homme ne s’y réalise-t-il pas — il réalise… »

Il est difficile, dans ces conditions, de trouver d’autre vertu au travail que de permettre de consommer dans les démocraties de Marché. Bref, ceux qui ne travaillent pas s’ennuient, ceux qui travaillent s’ennuient également. Tous parlent du travail comme d’une activité extérieure à eux-mêmes…

Pire encore, le capitalisme ainsi globalisé éclaire d’un coup de projecteur une de ses vérités fondatrices, mais qui constitue une insoutenable révélation pour les hommes ; à savoir : l’entreprise est faite pour créer des richesses, pas des emplois. Les salariés ne sont qu’une variable d’ajustement. Un mal encore nécessaire, dans un monde ou le travail salarial est amené à disparaître.
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Rocard : 2 ou 3 décennies pour sortir de la crise

L’ancien Premier ministre socialiste français Michel Rocard prévoit que “deux ou trois décennies” seront nécessaires pour sortir de la crise. “Nous mettrons deux ou trois décennies pour sortir de cette crise,” assure M. Rocard. “Il va falloir encore quelques convulsions pour tirer pleinement les conséquences de ce que nous vivons.

Le modèle capitaliste a connu une révolution depuis trente ans. Et c’est cela qui est remis en cause.” Selon lui, “on a cassé le moteur ‘salaire’ de la croissance! Les actionnaires ont pris le pouvoir,” évoquant le fait qu’ils ont “exigé une rentabilité beaucoup plus élevée des entreprises.

“La crise impose de penser autrement. Mais il y en a pour vingt ans. Les nouvelles explosions du détonateur financier vont aggraver le désarroi et le niveau de chômage. Et accentuer le déséquilibre social.”

M. Rocard pronostique qu’au “bout de trois ou quatre fois, les opinions auront compris.” Pour lui, “l’analyse de la crise n’est pas faite. Pour la partie bancaire et financière, on dit: c’est la faute à la perte de l’éthique, à la disparition de la moralité. C’est très reposant.” “S’il y a retour à la moralité, il n’y a pas besoin de changer les autres règles, tout se passera très bien,” estime-t-il.

Boursorama