Le bilan mitigé des relocalisations

Deux usines sont revenues de Chine il y a deux ans : une usine de Vélosolex à Saint-Lô en Normandie et une fonderie à Dreux près de Paris. Ces deux relocalisations se sont faites à l’époque sous l’œil des caméras. Ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg évoquait “un retour exemplaire”.

Les relocalisations, c’était son combat. Mais à Dreux dans l’Eure, la belle histoire a viré au cauchemar. L’entreprise a été liquidée fin août et les 65 salariés ont été licenciés. Un échec cuisant sur lequel les pouvoirs publics ne veulent pas s’exprimer. Sylvain Loiselet, ancien patron, explique que produire en France était possible, mais que les banques et les pouvoirs publics ne lui ont pas donné assez de temps.

L’usine flambant neuve de Vélosolex est installée en Normandie. 38 salariés ont été embauchés. La région a prêté quatre millions d’euros; en échange, l’entreprise s’est engagée à embaucher localement. Mais la relocalisation reste marginale en France. Seuls 2.000 emplois ont été rapatriés en cinq ans.

La compétitivité est une idée morte

La quête de la compétitivité n’est pas seulement erronée, elle est dangereuse, parce qu’elle masque les vrais défis et les vrais enjeux de l’avenir de nos économies et de nos sociétés. Telle est la thèse que soutient Thomas Coutrot, cofondateur des Économistes atterrés et porte-parole d’Attac.

Peu nombreux sont ceux qui le contestent : la montée des inégalités socio-économiques et l’augmentation continue des émissions de gaz à effet de serre portent en germe des catastrophes sociales et écologiques à l’horizon de deux ou trois décennies. Pourtant les décisions politiques de court terme ne sont pas seulement indifférentes à ces menaces, mais en accélèrent de toute évidence l’arrivée.

Contrairement à une vision superficielle, l’austérité n’engage aucunement nos sociétés dans la voie de la sobriété. La priorité donnée par François Hollande à la compétitivité de la France s’inscrit en effet dans une vision de court terme — redresser la croissance des exportations du pays par la baisse du coût du travail et des dépenses publiques — qui est contraire à toute perspective de redistribution des richesses et de transition écologique. Je voudrais montrer ici en quoi ses effets secondaires prévisibles, l’accroissement encore accéléré des inégalités et des émissions de GES, nous rapprochent des grandes fractures annoncées.

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Lettre à une croissance que nous n’attendons plus

« Le Monde » publie un texte de Manon Dervin (Etudiante à Science Po Rennes), choisi par le Cercle des économistes dans le cadre du concours  » Imaginez votre travail demain – La parole aux étudiants « , organisé à l’occasion des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence. Ce texte s’inspire d’ « Un Projet de Décroissance ». Merci Manon.

Par Manon Dervin – Texte intégral ICI

Ô très chère Croissance. Ma bien-aimée. Ton retour s’est fait attendre. Ton dogme fondé sur la valeur centrale du « travail  » conditionne encore aujourd’hui toute la vitalité du système économique. Tu fabriques l’Emploi et en tires ta force. Les médias, les politiques et tous les travailleurs retiennent leur souffle. Te chercher a plongé le monde occidental dans une torpeur sans précédent. Une gueule de bois post-crise financière de 2008 soignée à coups de jéroboams de mesures économiques afin de te faire revenir.

Mais aujourd’hui je ne t’attends plus, Croissance. L’âge d’or des « trente glorieuses  » est terminé, le réveil est difficile et la situation pas si facile que ça à accepter. Je pensais te connaître. Qui es-tu vraiment, Croissance ? Je te prie de m’excuser pour les mots qui vont suivre. Il me fallait te conter mes désillusions.

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Changement climatique, déplétion pétrolière, crises… Ebauche d’une vision désirable du monde en 2050

“Songez à la quantité de changements qui se sont déroulés pendant les cent dernières années, qu’il soient sociaux, techniques, culturels, politiques ou environnementaux: tous ces changements ne font pas le poids face à ce dont vous serez témoin au cours des vingt prochaines années”. Ainsi a répondu le scientifique ayant modélisé les limites de la croissance, Dennis Meadows, à la question de savoir qu’elle était sa vision d’un avenir de “descente énergétique”, question qu’a pu lui poser le “cueilleur de visions” comme il se définit lui-même, Rob Hopkins, fondateur du mouvement Transition (1).

“Comment sera ma ville, mon village, mon pays, ma planète dans ces prochaines dizaines d’années ?”

Oui, à l’heure où la finance ajoute une crise à une crise (les « subprimes », les dettes des états, la Grèce…), à l’heure où le réchauffement global et les désordres dont il est capable font suffisamment peur au G7 (2) pour que celui-ci promette très officiellement la décarbonation totale de l’économie durant ce siècle, de plus en plus de personnes devraient se poser une question: “Comment sera ma ville, mon village, mon pays, ma planète dans ces prochaines dizaines d’années ?”

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Quand le “made in” Vendée combat l’import chinois

C’est peut être la prochaine icône du “Made In France”. Une voiture sans permis assemblée en Vendée. Auparavant l’entreprise faisait produire les véhicules en Chine, mais cette année, elle a décidé de relocaliser près des Sables-d’Olonne.

Les Français s’attaquent à un marché de niche mais le carnet de commande est déjà plein. Le succès reste modeste : les vendéens assemblent 25 voitures par mois et voudraient en produire le double.

BFMTV 02/06/2015

Merci à Julian DXB

Wendell Berry : Vers des économies locales durables

Wendell Berry démonte avec brio le fonctionnement et les mythes du système économique actuel basé sur la foi dans le libre échange et sur la compétitivité avant de décrire sa vision d’économies locales durables et propose des règles qu’une communauté devrait pouvoir suivre afin de construire et faire fonctionner de telles économies, tout en précisant le rôle que pourrait y jouer les systèmes alimentaires locaux.

Le risque d’une “économie totale”

Dans un des articles qu’il a publié, Wendell Berry utilise une approche intéressante afin de s’attaquer au système économique dominant, celui de la crise environnementale, replaçant l’individu au cœur de celle-ci :

« Si les gens font l’effort de reconnaitre leur responsabilité économique comme une part de leur propre pouvoir, alors, inévitablement, ils découvriront qu’il n’existe en soi pas de crise environnementale, que ce n’est pas une crise de notre environnement, mais bien une crise de nos vies en tant qu’individus, membres d’une famille, d’une communauté, en tant que citoyens. Nous souffrons d’une « crise environnementale » parce que nous avons consenti à une économie dans laquelle – en mangeant, buvant, travaillant, voyageant et nous amusant – nous sommes en train de détruire la nature »(…) « donc, nous nous tromperons si nous essayons de corriger ce que l’on identifie comme des problèmes « environnementaux » sans s’attaquer à la simplification économique qui les a causé ».

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Made in France, l’année où j’ai vécu 100% français

Peut-on vivre en consommant exclusivement des produits fabriqués en France ? C’est la question qui a poussé un jeune journaliste à vivre pendant neuf mois une expérience unique.

Benjamin Carle, totalement assujetti à une consommation et à une culture mondialisée, a décidé de remplacer chacun de ses biens par un équivalent conçu et fabriqué majoritairement dans l’Hexagone.

Documentaire réalisé par Benjamin Carle (France – 2014)

Deutsche Bank transfère 100 milliards de dollars hors des Etats-Unis pour obéir à la Fed

La banque allemande aurait décidé de réduire le bilan de ses opérations outre-Atlantique pour répondre aux nouvelles exigences de la Réserve fédérale américaine avec les banques étrangères.

Pendant que Bruxelles temporise, la Deutsche Bank a décidé d’agir. Face à la décision de la Fed de mettre en place des règles plus strictes pour les banques étrangères, l’établissement allemand a décidé de réduire le bilan de ses opérations aux Etats-Unis d’une centaine de milliards de dollars, écrit le Financial Times.

Le montant total des opérations de la banque aux Etats-Unis serait ainsi ramené à 300 milliards de dollars alors que certaines d’entre elles seraient relocalisées en Europe ou en Asie.

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Renault Trucks, Habitat ou Rossignol : Le mirage de la relocalisation

Il paraîtrait que la relocalisation est en marche. C’est du moins ce qu’affirme le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, qui martèle l’expression « made in France » à qui veut l’entendre. Pourtant, il s’agit d’un phénomène encore très limité. Rue89Lyon passe au crible les sociétés qui ont relocalisé en Rhône-Alpes depuis le début de l’année 2013.

Renault Trucks est le dernier en date. Mais avant lui, les médias rhônalpins ont parlé du fabricant de skis Rossignol, de Photowatt, un fabricant de panneaux solaires, de l’éditeur de mode Garella, ou encore de la chaîne d’ameublement Habitat. Ces sociétés ont relocalisé une partie de leur production dans la région.

Pour le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, qui annonçait des mesures pour inciter à la relocalisation le 14 juin dernier, un mouvement de relocalisation s’amorce en France. Et il va même plus loin : selon lui, les consommateurs manifesteraient un « amour » envers le « made in France ».

Pour étayer son propos, Arnaud Montebourg avance un chiffre quelques jours plus tard : ces quatre dernières années, 107 entreprises ont relocalisé tout ou partie de leur activité en France. Pour le ministre, c’est clair, un phénomène de relocalisation se met en marche… Ou du moins c’est ce qu’il aime à croire :

« Un mouvement tangible de relocalisation a commencé: il est minoritaire mais prometteur. Il n’est pas massif mais pionnier. »

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La formation en Intelligence Economique à la croisée des chemins

Depuis vingt ans, nous cherchons à créer un état d’esprit favorable à une prise en compte de  l’usage de l’information. Si j’osais une comparaison historique un peu décalée, nous sommes encore loin d’égaler le niveau de ferveur des soldats de l’armée de l’an II. Or c’est justement la volonté de réagir sans trop savoir comment et avec une minorité potentiellement agissante que l’armée de l’an II a pu se transformer en une force capable de rivaliser avec toute une partie de l’Europe de la fin du XVIIIe siècle. La France du XXIe siècle entame à peine cette mutation dans un contexte de guerre économique.

Par Christian Harbulot

Les pays qui sont très avancés dans un tel processus sont les nouveaux entrants à l’image de la Chine qui développe depuis  30 ans un modèle d’accroissement de puissance par l’économie, reprenant à son compte les fruits du modèle japonais et sud-coréen. Ces économies combattantes ne fonctionnent pas comme les acteurs économiques du monde occidental. Mais le résultat est là : la Chine est en train de devenir la partie la plus dynamique du monde.

Face à ce monde en mouvement, on ne ressent pas dans notre pays l’âme d’un peuple, ni le partage de valeurs communes pour un combat utile à l’intérêt général.

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Abrégé du manifeste convivialiste

Un autre monde est non seulement possible, il est absolument nécessaire. Et urgent. Mais comment dessiner ses contours et le penser ? Le manifeste convivialiste se propose d’expliciter ce que partagent toutes les initiatives qui sont déjà en train de le bâtir et leur philosophie politique implicite commune. Parmi les signataires de ce manifeste on compte déjà Serge Latouche, Hervé Kempf ou encore Jean-Claude Michéa.

Le déjeuner des Canotiers – Renoir (1881)

Déclaration d’interdépendance1

Jamais l’humanité n’a disposé d’autant de ressources matérielles et de compétences techniques et scientifiques. Prise dans sa globalité, elle est riche et puissante comme personne dans les siècles passés n’aurait pu l’imaginer. Rien ne prouve qu’elle en soit plus heureuse. Mais nul ne désire revenir en arrière, car chacun sent bien que de plus en plus de potentialités nouvelles d’accomplissement personnel et collectif s’ouvrent chaque jour.

Pourtant, à l’inverse, personne non plus ne peut croire que cette accumulation de puissance puisse se poursuivre indéfiniment, telle quelle, dans une logique de progrès technique inchangée, sans se retourner contre elle-même et sans menacer la survie physique et morale de l’humanité. Les premières menaces qui nous assaillent sont d’ordre matériel, technique, écologique et économique. Des menaces entropiques. Mais nous sommes beaucoup plus impuissants à ne serait-ce qu’imaginer des réponses au second type de menaces. Aux menaces d’ordre moral et politique. À ces menaces qu’on pourrait qualifier d’anthropiques.

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Comment monter un projet citoyen d’énergie renouvelables

L’association Energie Partagée (1) a publié un guide de recommandations afin d’aider les communautés locales à construire un projet citoyen d’énergies renouvelables. Trop souvent, les projets ENR importants proviennent de l’extérieur et dépossèdent les régions d’un savoir-faire qu’elles pourraient s’approprier.

L’aide est globale puisque l’intervention d’Energie Partagée intervient à toutes les étapes d’un projet. De la concertation préalable avec les acteurs locaux, les collectivités et les citoyens, permettant de créer une réflexion sur l’énergie. A la définition d’une stratégie de montage d’un projet, en passant par la construction de partenariats, ou par l’organisation juridique et financière d’une société d’exploitation.

Les quatre points d’un projet citoyen selon la charte d’Energie Partagée sont :

  1. L’ancrage local avec les acteurs locaux
  2. La finalité non spéculative
  3. La gouvernance ouverte, démocratique et transparente
  4. Le respect de l’Homme et de l’environnement

La transition énergétique par les territoires

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Face au capitalisme productiviste : Des luttes silencieuses pour de nouveaux paradigmes

Il est de ces luttes dont on parle peu… parce qu’elles demeurent silencieuses, en apparence marginales ou marginalisées, réduites à l’insignifiance face aux logiques de guerre économique… Et pourtant, ces luttes participent patiemment à la construction de nouveaux paradigmes pour les sociétés de demain, en inventant et en expérimentant de nouvelles alternatives à un système qui, dans les faits, est synonyme d’échec à la fois social, économique, démocratique, culturel et environnemental.

Les graves crises systémiques que nous connaissons ont, contre toute attente, renforcé le positionnement de la plupart des élites mondiales. Elles continuent de s’accaparer les terres, d’exploiter à outrance les ressources encore disponibles dans le but de réaliser toujours plus de profit. Par définition, nos sociétés capitalistes ont conduit à la marchandisation de l’ensemble du monde, de manière spéculative. Les biens communs (eau, semences, terres, etc.) sont parmi les cibles centrales de cette logique. Le productivisme et le consumérisme à outrance génèrent ainsi depuis des décennies des logiques mortifères, la destruction de notre « environnement » et la production d’inégalités inacceptablesLe champ politique, loin de prendre en compte les défis à relever, provoqués par l’échec de notre modèle de civilisation, ne propose aucune solution pour nous en sortir. Il n’en appelle qu’à toujours plus de croissance, réelle cause de notre situation critique, alors que les citoyens s’extraient de cette logique pour raisonner en termes de besoins essentiels. 

Considérer avec lucidité ces logiques destructrices et mortifères est tout aussi important que de changer notre regard sur ce qui se passe du côté « des forces de vie ». Car dans un même temps, de nombreuses résistances se manifestent à travers le monde.

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Combien de paysans faut-il près de chez moi si je veux manger local et bio?

Terre de Liens Normandie lance un outil web qui calcule le nombre de paysan(ne)s que nous devrions avoir près de chez nous si nous relocalisions notre consommation alimentaire.

Si tous les habitants du 12ème arrondissement de Paris se mettaient à manger bio et local, sans rien changer à leur consommation de viande, environ 50 500 hectares de terre agricole seraient protégés et plus de 2 600 paysan(ne)s installé(e)s, d’après le convertisseur lancé par Terre de liens Normandie. Parmi ces paysans nouvellement installés, 522 paysans boulangers, 21 céréaliers, 338 maraîchers. Impressionnante, toute cette main-d’œuvre juste pour un arrondissement.

Et si les 65 millions de Français décidaient de relocaliser leur alimentation, ce seraient 23 millions d’hectares de terres de préservées, pour plus d’un million de paysans bio installés, selon ce convertisseur. Un chiffre à comparer avec les 23 000 exploitants actuels en bio, répartis sur 975 000 hectares, que compte le pays. Que ce soit à l’échelle du quartier, de la commune, d’un hôpital, d’une maison de retraite ou encore d’un restaurant scolaire, le convertisseur estime le nombre d’hectares et de paysans dont on a besoin pour se nourrir localement et bio.

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Le localisme, c’est bon pour le moral!

Le localisme occupe une place centrale dans l’instauration d’une société identitaire telle que nous souhaitons la construire. Le localisme est un principe de consommation –et au sens plus large, de fonctionnement, qui permet de redonner un sens logique aux activités humaines.

Le localisme est le fait de privilégier dans sa vie quotidienne, ce qui est local. Que ce soit en termes de consommation, ou d’administration de la vie de la cité, le localisme permet de répondre à nos besoins avec des solutions « au plus près ». Il permet de résoudre les problématiques liées à l’économie, à l’écologie, et à la disparition du lien social.

Constat d’échec : la mondialisation est aujourd’hui la cause de la plus part des maux qui rongent notre pays : chômage (désindustrialisation, délocalisation), immigration (mondialisation des peuples), perte de valeurs, perte de notre identité (remplacée par une culture globale neutre et adaptable dans le monde entier). D’un point de vue purement économique, la mondialisation pourrait être résumée par cette phrase : La mondialisation c’est faire fabriquer des produits par des esclaves, pour les vendre à des chômeurs.

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Richard Heinberg : “2012, la fin de la croissance”

Sous-titré « s’adapter à notre nouvelle réalité économique », ce livre est paru aux USA en 2011. Il commence par cette citation qui résume notre réalité actuelle : « Quand le dernier arbre aura été abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson pêché, alors vous découvrirez que l’argent ne se mange pas » (proverbe du peuple amérindien Cri).

L’idée générale du livre est que la croissance réelle, cumulée et moyenne est derrière nous, même si nous verrons encore des taux de croissance positifs ponctuels dans quelques régions du monde. Pas plus que n’importe quel autre pays, la Chine n’est en mesure de soutenir une  croissance illimitée. La seule incertitude concerne le moment où l’économie se contractera. Mais quand la Chine régressera, l’inexorabilité de la décroissance globale commencera à devenir évidente pour tout un chacun. Voici quelques extraits du livre de Richard Heinberg…

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Europe : A la rencontre des “décroissants”

Notre monde peut aussi fonctionner sans croissance, avec des effets positifs sur l’environnement et la qualité de vie. C’est en tout cas ce qu’affirment les partisans d’une économie post-croissance, qui s’affranchit du ” toujours plus “. Ce mouvement, baptisé ” décroissance ” en France, ” decrescita ” en Italie, ” degrowth ” en Angleterre et dans le monde entier, fait de plus en plus d’adeptes en Europe.

Leur diagnostic : une croissance ininterrompue est incompatible avec nos ressources naturelles limitées, et la dignité humaine est sacrifiée sur l’autel de la mondialisation. Leur réponse : une modification radicale de notre mode de vie – tempérance, abstinence, ” démondialisation ” – et un retour à une logique économique régionale.

Un réseau européen d’adeptes de la décroissance s’engage pour créer un cadre de vie commun, de qualité et respectueux de l’environnement.

Partie 1 : Conférence sur la décroissance à Venise
Partie 2: « Transition Town »
Partie 3: France, La décroissance, le mensuel
Partie 4: Réparer plutôt que jeter

L’illusion de la réindustrialisation

Qui l’eût cru ? Signe de la grande confusion géopolitique dans laquelle nous a plongés la mondialisation, le plus ardent avocat de la campagne “Achetez européen” est indien. Pas n’importe quel Indien, il est vrai : Lakshmi Mittal, le magnat de l’acier, l’un des hommes les plus riches du monde. A la tête d’ArcelorMittal, dont il détient 41 %, M. Mittal a un intérêt certain à ce que l’industrie européenne ne s’effondre pas au profit d’importations du monde émergent. Il a donc lancé, il y a quelques semaines, un appel aux dirigeants européens pour qu’ils prennent des mesures susceptibles d’encourager l’achat de biens fabriqués en Europe.

Pour Lakshmi Mittal, citoyen du monde de l’espèce la plus parfaite, stade ultime de la mondialisation triomphante, c’est ce que l’on appelle du gagnant-gagnant : il pourrait même s’offrir le luxe de deux campagnes parallèles, “Achetez européen” et “achetez asiatique ”. Mais pour certains responsables politiques du monde dit développé, ou des économies avancées, le gagnant-gagnant ne paraît plus qu’un lointain souvenir. Lorsque l’on s’installe dans des taux de chômage proches de 10 %, ce qui est le cas en France (9,8 %) et aux Etats-Unis (8,1 % en avril), la tentation est grande de se dire que, à ce jeu-là, on a plutôt été gagnant-perdant.

D’où le succès du concept de rééquilibrage, souvent assorti de celui de réindustrialisation.

Rééquilibrage (ou rebalancing, en anglais) est donc le mot du moment. Il faut rééquilibrer les ressorts de l’économie mondiale, entre croissance dans les pays émergents et récession dans les pays développés. Rééquilibrer la zone euro. Rééquilibrer l’économie chinoise, afin que le moteur de sa croissance ne soit plus l’investissement mais la consommation intérieure. Rééquilibrer la division mondiale du travail, partage des tâches issu de la mondialisation : aux économies émergentes la production des biens manufacturiers, aux économies développées celle des services.

C’est sur ce dernier aspect du rebalancing que se fondent le plus d’espoirs en Europe et aux Etats-Unis, où l’on observe depuis quelques mois un timide mouvement de relocalisation – reshoring, en anglais.

Les chiffres sont là pour en attester : entre 1998 et 2010, aux Etats-Unis, le nombre d’emplois dans le secteur manufacturier a baissé de 35 %. Voilà pour la mauvaise nouvelle.

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Made in France : La grande illusion

Peut-on aujourd’hui être certain d’acheter français ? Y a-t-il encore une différence entre les produits français et ceux fabriqués à l’étranger ? Ce documentaire propose une enquête sur les coulisses, les arrangements, et les détournements du « made in France » (Documentaire réalisé par Delphine Parickmiler et diffusé sur France 5 le 27 mai 2012)

“La mention « made in France » n’est pas très exigeante, le produit sortant de l’usine doit simplement avoir pris 45% de sa valeur sur le sol français.”

“Dans le secteur du textile, comme ailleurs, l’Union Européenne a mis fin à tout protectionnisme. Indiquer l’origine des produits est facultatif. Dans l’alimentation, c’est la même chose, les produits circulent librement au sein de l’Europe sans obligation d’apposer une mention d’origine, excepté pour la viande de boeuf.”

Cittàslow : Les villes lentes contre la frénésie du monde moderne

(Article du 4 mars 2008)

Dans un monde en constante accélération, quelques municipalités européennes ont créé un réseau, Slow Cities, visant à ralentir le rythme de la vie. Ce réseau réunit des villes et municipalités désireuses d’améliorer la qualité de vie de leurs citoyens, notamment en matière de nourriture et d’environnement.

Né en Italie, il y a maintenant 20 ans, Cittaslow (« Villes lentes » en italien), est issu d’un autre mouvement: Slow Food, en opposition au Fast Food nord-américain, synonyme de mal bouffe. L’objectif de cette organisation internationale est de protéger la gastronomie et le plaisir de la table.

La philosophie des « Villes lentes » repose sur certains principes. En n’utilisant que des produits régionaux de qualité, on apporte ainsi son soutien aux agriculteurs qui travaillent dans le respect de l’environnement et qui refusent de faire appel à de la main d’œuvre bon marché. Un mouvement qui a gagné 70 villes italiennes de moins de 60 000 habitants et une vingtaine d’autres dans le monde, jusqu’en Nouvelle-Zélande.

Des villes enracinées

L’objectif des Villes lentes est de combattre l’ubiquité dans ses deux dimensions : être, en même temps, ici et ailleurs. L’abomination absolue pour ces militants sont ces lieux modernes « hors sol » que sont les grands aéroports internationaux ou ces magasins entrepôts, tous sur le même modèle, qui défigurent les banlieues. Une ville lente refuse le « hors-sol » comme le « hors-temps ». Une stratégie de relocalisation des échanges et des consciences est inséparable de l’éloge de la lenteur comme une réaffirmation du local.

La modernité, en produisant l’homme sans qualité, joue la stratégie de la mondialisation de l’espace et du temps. Mondialisation des échanges commerciaux, développement des transports et mondialisation du temps vont de pair, comme le montrent les cotations boursières et les horloges internationales des palaces. Les villes lentes, parce qu’elles n’ont de cesse d’articuler ces stratégies de relocalisation et de retemporalisation, tendent à redonner de la qualité de vie, c’est-à-dire à enfanter un humain plus humain puisque plus autonome, parce que seul capable de s’autolimiter.

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Re-made in USA : Les multinationales américaines réévaluent leur course à la délocalisation

La publication par General Motors d’un résultat record de 9,2 milliards de dollars arrive à point nommé dans la course à la présidentielle pour Barack Obama. Le renflouement massif par le Trésor américain ressort comme le meilleur actif de son bilan économique, l’encourageant à faire du “re-made in America” l’un des axes majeurs de sa campagne. Esbroufe politicienne en période d’élection ou reconquête en perspective d’une compétitivité industrielle un temps perdue ? Cette possibilité d’une relocalisation d’emplois de Chine vers les Etats-Unis, qui n’est plus aussi inenvisageable, laisse perplexe.

Marqueur politique

Ce qui s’est produit à Detroit peut être décliné dans d’autres industries [...]. Aujourd’hui il devient plus coûteux de produire dans certains pays comme la Chine.” Par ce discours, le Président américain coupe l’herbe sous le pied de ceux qui fustigent son bilan économique. Alors que 51 % des Américains désapprouvent encore sa gestion de l’économie et 59 % sa gestion du budget et du déficit selon les enquêtes récentes, ce thème offensif et tourné vers l’avenir lui permet de se réconcilier avec le “Corporate America”, rappelant au passage le recul du chômage depuis 5 mois consécutifs.

L’habileté n’a pas échappé aux politiques français, ils jouent des coudes pour s’approprier en pleine campagne le marqueur “made in France”, plus vendeur que celui de la réduction de dette. Cependant, “avant de rechercher la réduction des coûts, les industriels sont guidés par le marché. Ils doivent donc être présents sur le territoire chinois dans les années à venir”, réfute Pascal Colombani, senior advisor chez ATKearney. L’industrie américaine a d’ailleurs perdu des parts de marché dans presque tous les secteurs : aérospatiale et défense, technologies de l’information, équipements de télécommunications, automobile… hormis les services financiers. Alors que les 20 premières multinationales américaines détenaient 33 % de leurs actifs à l’étranger en 1990, cette part est montée à 58 % aujourd’hui. Le pari du 44e Président semble donc osé mais le dernier numéro de la Harvard Business Revue (1) démontre qu’il ne manie pas seulement le marketing politique. La revue décrète la fin de la vogue de l’“outsourcing” et la réévaluation par les multinationales de leur course à la délocalisation.

Perte de compétitivité chinoise

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Délocaliser n’est pas une fatalité

Après la “prime à la relocalisation”, en 2009, une nouvelle mesure a été annoncée, dimanche 29 janvier, par le chef de l’Etat pour lutter contre les délocalisations : baisser le coût du travail. L’idée est simple : diminution des charges sociales patronales et compensation par une hausse de la TVA (baisse des recettes oblige). Face à l’inefficacité de la mesure prise en 2009 (voir Le Monde du 9 mars 2010), que peut-on attendre de cette proposition ? Au regard des connaissances disponibles sur la question, rien. Et ce d’autant plus que la mesure se fonde sur une idée reçue, celle de la responsabilité seule du coût du travail.

Acceptons temporairement l’hypothèse selon laquelle le coût du travail serait bien responsable des délocalisations et de la désindustrialisation. Dans ce cas, ce n’est certainement pas la mesure annoncée qui modifiera la tendance. La baisse supposée du coût de production en France (induite par la baisse du coût du travail) ne peut absolument pas être suffisante pour compenser les différentiels de coûts du travail, y compris si elle est accompagnée d’une hausse de la TVA sur les produits importés. A moins d’un très sérieux alignement par le bas, d’une précarisation de l’emploi poussée à l’extrême, voire d’un recours aux formes illégales du travail, il n’y a aucun moyen de lutter contre les délocalisations motivées par les différentiels de coût du travail. Ceux-ci sont beaucoup trop importants. La tendance naturelle, c’est l’alignement vers le haut. Progrès social oblige, les salaires augmentent dans les pays dits “low cost“, comme en Chine où on a assisté à un triplement du salaire moyen entre 1990 et 2005, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

La mesure ne peut qu’être inefficace, mais là n’est pas la question. Inéluctables, les délocalisations ? Pas toujours, car la relation entre désindustrialisation, délocalisation et coût du travail est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît.

Désindustrialisation et délocalisation ne sont pas synonymes

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Des Brics toujours en béton ?

Même fragilisés, les émergents sont là pour durer.

Fatigués, les BRICS ? Fin 2011, ce groupe de grands pays émergents formé par le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud a montré des signes de faiblesse. Croissance nulle au troisième trimestre pour le Brésil, bulle immobilière et déséquilibres en tout genre en Chine, etc. Albert Edwards a tranché. Fin novembre, le célèbre analyste de la Société Générale s’est moqué de l’acronyme Brics en lui attribuant une définition très personnelle et peu flatteuse : Bloody Ridiculous Investment Concept (Putain de Concept d’Investissement Ridicule). Eh oui, la traduction française n’atténue pas la rudesse de la formule.

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Plaidoyer pour un protectionnisme européen

« L’UE, avec ses 495 millions d’habitants, reste à ce jour le plus vaste et le plus riche marché du monde. Face à la menace de rétorsions commerciales, elle a des arguments à faire valoir pour négocier les conditions auxquelles elle consent à acheter les produits et services du monde. » affirme Gaël Giraud, chercheur au CNRS.

Sans attendre que les circonstances nous l’imposent, il nous serait possible de développer un « protectionnisme européen raisonné ». De quoi s’agirait-il ? D’imposer des barrières douanières autour de l’Union européenne (UE), qui pénalisent les biens, services et capitaux importés des pays : qui ne respectent pas les conditions de travail « décentes » préconisées par l’Organisation internationale du travail ; qui ne respectent pas les accords internationaux de Kyoto ; qui tolèrent les sociétés écrans et permettent de contourner l’impôt dû ailleurs (non pas les paradis fiscaux au sens de la liste « grise » de l’OCDE, vidée de toute substance, mais au sens, par exemple, de l’indice d’opacité financière établi par le Tax Justice Network.

Ces conditions peuvent paraître insuffisantes : elles laissent de côté, notamment, les accords multilatéraux sur l’environnement, ainsi que tout ce qui pourrait concerner la lutte contre le dumping salarial. Elles n’en constitueraient pas moins une première étape. Quant à établir une taxe sur les biens produits dans des conditions salariales « déloyales », elle suppose une révision intellectuelle en profondeur du concept même de concurrence, qui n’est guère à la portée, aujourd’hui, de la Commission européenne ou encore de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

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Avenir de l’euro : le Financial Times a-t-il raison ?

Par Philippe Milliau, membre du bureau exécutif du Bloc identitaire

Depuis des mois, le Financial Times, principal journal financier mondial, celui qui donne le ton pour les opérateurs du monde de la finance, pronostique la crise de l’euro, puis « la possible fin de l’euro ». A supposer que cela soit vrai, est-ce souhaitable ? Assurément pas.

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Dmitry Orlov : “Définanciarisation, Démondialisation, Relocalisation”

Traduction d’une conférence donnée par Dmitry Orlov à Dublin, le 11 juin 2009 (N.B. : au regard de l’intérêt du sujet, nous estimons que les imperfections et coquilles de la traduction française sont d’une importance très secondaire. A quelques exceptions près, nous avons jugé superflu de les corriger. – Fortune).

1. Bonjour. Le titre de cet exposé est un peu long, mais ce que je veux dire peut se résumer en termes simples : on doit tous se préparer à une vie sans beaucoup d’argent, où les produits importés sont rares et où les gens doivent subvenir à leurs propres besoins et ceux de leurs voisins immédiats.

Je prendrai pour point de départ l’évolution de l’effondrement de l’économie mondiale, et vais discuter de ce qui pourrait survenir.

Cela a commencé avec l’effondrement des marchés financiers l’an dernier, et il en résulte maintenant une diminution du volume du commerce international sans précédent. Ces évolutions ont aussi commencé à affecter la stabilité politique des différents pays à travers le monde. Quelques gouvernements se sont déjà effondrés, d’autres suivent peut-être le même chemin, et il ne faudra plus attendre longtemps avant que nos cartes soient redessinées radicalement. Lire la suite

Aux États-Unis, la « Transition » prépare l’après-pétrole

Au beau milieu des États-Unis, l’après-pétrole a commencé. Au pays de l’essence pas chère et de la négation du réchauffement, des groupes de citoyens se sont donné pour mission d’aider les communautés américaines à se préparer à la double échéance de la fin du pétrole et du changement climatique.

Leur mouvement a un nom : la Transition.

Rob Hopkins

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Entretien avec Alain de Benoist : les enjeux de la décroissance

Cet entretien a précédé la publication, en 2007, de l’ouvrage intitulé Demain la décroissance (le titre prévu initialement : Objectif décroissance, était déjà pris).

Alain de Benoist nous explique pourquoi l’écologie n’est en rien un domaine réservé aux gauchistes, altermondialistes et autres bourgeois-bohèmes en goguette, ni ne constitue nécessairement une vision du monde contraire au respect des identités, ou une conception rétrograde de l’existence.

Par opposition au mythe de la croissance infinie, apanage tant des théories économiques libérales que des postulats marxistes, la décroissance paraît inéluctable. De Benoist propose d’en tirer parti, au lieu de la subir.

Quelle est la genèse de l’idée de la décroissance ?

Elle est apparue dans les milieux écologistes lorsque ceux-ci ont commencé à réaliser que, l’activité économique et industrielle étant la cause première des pollutions, il était nécessaire de s’interroger sur la notion même de développement.

Elle est née aussi d’une réaction contre la théorie du « développement durable » qui, prétendant réconcilier les préoccupations écologiques et les principes de l’économie marchande, aboutit seulement à reporter les échéances.

Sur le plan scientifique, le premier grand théoricien de la décroissance a été l’économiste roumain Nicholas Georgescu-Roegen qui, en s’appuyant principalement sur le deuxième principe de la thermodynamique, la loi de l’entropie, a très tôt présenté la décroissance comme une conséquence inévitable des limites imposées par la nature.

Quelle définition pourriez vous donner de la théorie de la décroissance ?

C’est une théorie qui se fonde précisément sur la notion de limites. Toutes les doctrines axées sur la croissance raisonnent comme si les réserves naturelles étaient inépuisables, ce qu’elles ne sont évidemment pas. La biosphère elle-même a ses limites.

Pour les théoriciens de la décroissance, il ne peut pas y avoir de croissance infinie dans un monde fini. Pour le dire autrement, nul ne peut vivre indéfiniment à crédit sur un capital non reproductible.

Quelles différences y a-t-il entre la décroissance et la notion de croissance zéro ? Lire la suite

La finance face à l’emploi

Intervention de Jérôme Cazes, Directeur général de COFACE, au colloque du groupe Xerfi du 15 juin 2010. La finance face à l’emploi : logique des marchés et relocalisation des activités.

Économie réelle versus finance virtuelle : quelles sont les responsabilités de la sphère financière dans la crise ? Les délocalisations, les pertes d’emplois qualifiés, la baisse de l’investissement en France ne sont pas une fatalité. Face à la logique des marchés financiers, il faut relancer une stratégie de l’entreprise centrée sur des activités à forte valeur ajoutée sur le territoire, imaginer de nouvelles incitations pour relocaliser la croissance tout en respectant les règles du jeu de la libre entreprise.

Hausse des salaires : la Chine va-t-elle fermer l’atelier du monde ?

L’empire du milieu réévalue à la hausse les salaires des Chinois sur fond de crise sociale. Si c’est une bonne nouvelle pour le marché intérieur chinois, les vendeurs de vêtements et accessoires au détail songent désormais à délocaliser vers des pays tels que le Vietnam et l’Inde, dont la main-d’œuvre est moins chère. La Chine peut-elle rester l’atelier du monde ?

Les vendeurs de vêtements et accessoires au détail, tels que l’américain AnnTaylor Stores Corp. et Coach Inc., songent à relocaliser une partie de leur production dans des pays bon marché. Même envie chez la marque Guess, qui compte désormais construire sa capacité de production au Vietnam, au Bangladesh, au Cambodge et en Inde.

Le coût de la main-d’oeuvre s’élève à 1,84 dollar par heure en Chine chez les producteurs de vêtements, en hausse de 14% en 2009. En Inde, la main-d’oeuvre se paie plus cher, à 2,99 dollars par heure, en hausse de 17% en 2009. La meilleure opportunité pourrait bien être le Vietnam où la main-d’oeuvre se paie 49 cents par heure avec une hausse de 2% en 2009.

Les récentes augmentations du salaire minimum ont fait augmenter le coût de la main d’œuvre chinoise de 5% à 15% en moyenne cette année (+20% dans la province de Guangdong).

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Euro faible : ne rêvons pas !

L’euro est tombé le 4 juin sous les 1,20 dollar, pour la première fois depuis plus de quatre ans. Ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour la croissance européenne.

“Rêve du chevalier”, peinture à l’huile de Raffaello Santi ou Sanzio, dit Raphaël

La monnaie unique européenne continue sa dégringolade face notamment au dollar. Elle est tombée vendredi 4 juin sous les 1,20 dollar pour la première fois depuis quatre ans.

Mais on verse d’un excès dans un autre en pensant qu’après avoir été la raison de nos maux quand il était fort, l’euro faible est la solution à tous nos problèmes. Certes, il peut aider à compenser l’impact récessif de l’austérité. Mais on est loin d’un retour à une économie normale qui créé des emplois.

Du grand doute sur la construction européenne au procès d’une Allemagne égoïste et dominatrice, de la crainte de voir la Grèce faire défaut au risque d’une faillite d’une caisse d’épargne espagnole, de la peur de l’effet de dominos sur les autres États du sud de l’Europe à la litanie des plans de rigueur, les économistes rebondissent de modes en théories éphémères, de lectures partielles de la crise en affirmations sans lendemain.

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Industrie : comment encourager les relocalisations ?

Aider les entreprises à relocaliser, mais sans passer forcément par une prime : après des décennies de délocalisations, les états généraux de l’industrie organisés par le gouvernement cherchent le moyen d’inverser la tendance pour revitaliser le tissu industriel français.

Le spécialiste des arts de la table Geneviève Lethu, les jouets Smoby, le groupe industriel Gantois… ces dernières années, plusieurs entreprises françaises ont rapatrié des activités qui étaient implantées à l’étranger, en Extrême-Orient ou ailleurs.

Les relocalisations en France restent toutefois des exceptions. El Mouhoub Mouhoud, professeur à l’université de Paris Dauphine, estime qu’il y a “globalement une relocalisation pour dix délocalisations.

C’est dans ce but que le comité des états généraux propose dans un rapport rendu lundi “d’aider des entreprises à étudier leur projet de relocalisation, à valider sa faisabilité et à réaliser les investissements productifs et les créations d’emplois.” Mais sans parler de prime à la relocalisation comme l’avait fait le ministre de l’Industrie. “Nous sommes extrêmement sceptiques sur les aides financières,” explique Yvon Jacob, du Groupe des fédérations industrielles (GFI), membre du comité.

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Quand Bruno Le Maire remet en cause la mondialisation

Laurent Pinsolle se demande si les récentes déclarations de notre ministre de l’agriculture, en réaction, à la chute des revenus agricoles, ne marquent pas un tournant dans la politique française en la matière.

« Nous, en Europe, nous sommes les champions d’un libre échange sans règles, sans contrôles, qui, à mon sens, est allé trop loin et doit être revisité ».

Cette critique de l’Europe ne vient pas de Nicolas Dupont-Aignan, mais bien de Bruno Le Maire. Simple posture ou vraie remise en question ?

Il faut dire que la crise de l’agriculture est aujourd’hui particulièrement sévère.

Le revenu des agriculteurs a ainsi baissé de 34% cette année, le ramenant à un niveau inférieur au début des années 1990 !

Et comme, parallèlement, le prix des produits agro-alimentaires n’évolue pas dans le même sens, il est parfaitement légitime que le ministre de l’agriculture affirme « qu’il faut une meilleure répartition de la valeur ajoutée, ce n’est pas normale qu’en période de crise, les seuls à trinquer, ce soient les producteurs ».

Cette nouvelle déclaration semble donc indiquer que la France veut sérieusement remettre en cause les réformes de la PAC, comme l’annonçait la réunion de 22 ministres de l’agriculture à Paris il y a quelques jours. Lire la suite

Le trou noir de la finance n’engloutira pas les Etats

Le point de vue de Jean-Claude Werrebrouck, économiste, ancien professeur et directeur de L’Institut de Management de la Distribution de l’Université de Lille 2, se situe, pour le moins, à contre-courant du discours dominant qui vante les mérites d’un règlement supranational de la crise.

Si la gestion de ce que nous appelions «la grande crise des années 2010» apparaissait comme le grand retour des Etats, il semble que le présent discours de la fin de la crise consacrerait plutôt le grand retour du marché.

Pour autant, nous verrons dans les développements ci-dessous, que l’apparent retour du marché, est moins à l’ordre du jour, que celui – plus souterrain – des nations souveraines.

Les apparences

Les conclusions du G-20 de Pittsburgh ne sont pas – dit-on – à la hauteur de ce qui avait été ambitionné au G-20 de Londres. A l’ardeur interventionniste semble succéder le retour des délices du marché et, dans un milieu apaisé, on sait que les boucs émissaires s’évaporent : les traders ne seront pas sacrifiés. Les nouveaux sommets atteints à Wall Street en matière de rémunérations sont là pour en témoigner.

La régulation financière ne proviendra pas de la « hard law » [la loi] mais d’instances plus accommodantes, car consanguines, et juridiquement indépendantes des Etats. Il semble même que les banques centrales, indépendantes, seront en charge d’une part de la supervision financière. Mieux : pourquoi ne pas envisager le transfert de l’aléa moral vers les banques centrales et ainsi, soulager les Etats en cas de difficulté, idée suggérée par le gouverneur de la Banque de France ?

Les banques elles-mêmes se libèrent de l’emprise publique – tout en conservant sa garantie – en remboursant les Etats à peu de frais.

Ainsi, l’actionnaire public français a reçu 226 millions d’euros pour services rendus à BNP PARIBAS, soit un manque à gagner de 5,574 milliards d’euros, par rapport à l’actionnaire de droit commun qu’il aurait pu être, en entrant directement dans le capital en octobre 2008.

Ainsi, la finance se propose de continuer à absorber une masse croissante de richesses, avec des chiffres qui continueront d’impressionner : 22% du PIB américain , 12% du PIB Britannique, etc. Lire la suite

(17.10.2009)

► L’agriculture se noie

Porc, lait, viande bovine, fruits et légumes : toutes les filières plongent. Euphoriques il y a deux ans, les producteurs broient du noir. On leur parlait de nourrir le monde. C’est leur propre survie qu’ils doivent, maintenant, assurer. Le retournement économique a été brutal pour les agriculteurs. À l’image de l’effondrement des marchés financiers. Même l’agroalimentaire, que certains imaginaient voir échapper au marasme, patine à son tour. Le moteur des exportations tourne au ralenti. Il y avait 9 milliards d’euros d’excédent en 2008. Ce chiffre a déjà fondu de 48 % sur les huit premiers mois de l’année. Ouest-France

► Le gouvernement envisage une prime pour les industriels qui relocalisent

Les experts estiment que le montant de l’aide sera compris entre 10.000 et 15.000 euros par emploi. Ce montant pourra vraisemblablement s’ajouter à d’autres primes. Le Figaro

► Aéroports de Paris: trafic en baisse de 5,6% sur 9 mois

Aéroports de Paris (ADP) a observé entre janvier et septembre une baisse totale de 5,6% de son trafic, a déclaré le P-DG d’ADP qui a aussi a fait état d’un recul de 4,0% sur le seul mois de septembre par rapport au même mois de 2008. Yahoo

► Surtaxe de 10 % pour les banques

L’amendement de Didier Migaud (PS) proposant une taxe additionnelle de 10 % sur les banques a été adopté mercredi en commission des finances à l’Assemblée lors de l’examen du projet de budget 2010. Adopté par 20 voix contre 11 dont le Nouveau Centre et plusieurs UMP, il crée une taxe additionnelle à l’impôt sur les sociétés sur les banques. Il doit encore être adopté la semaine prochaine à l’Assemblée. «L’État ayant joué le rôle d’assureur de dernier ressort au cours de la crise bancaire de l’automne 2009, il est normal qu’il reçoive la contrepartie de cette couver­ture exceptionnelle en faveur de l’intérêt général». La France suit la Belgique qui a décidé lundi dernier d’imposer une taxe aux banques pour assurer la garantie des dépôts et des produits d’assurance à partir de 2010. Le Figaro