Allemagne : À qui appartient l’ex RDA

Des milliers d’entreprises, des millions d’hectares de bois, de terres et d’étendues d’eau, des centaines de milliers d’habitations. La RDA avait déclaré l’ensemble de ces biens et ressources “propriété du peuple”. Avec la réunification, la question se pose: désormais, à qui appartiennent-ils?

L’ambiance est à la ruée vers l’or, et des investisseurs du monde entier se jettent dans la mêlée, encouragés par d’importants avantages fiscaux. Mais les privatisations massives ne sont que rarement en accord avec les intérêts des populations locales.

L’Est manque de capitaux, la grande majorité des investissements provient donc de l’Ouest: de l’ex RFA, des États-Unis, et surtout de France avec Elf, GDF, Lafarge, ou encore la Générale des Eaux, qui rachète les mythiques studios de cinéma de Babelsberg. Entre 1990 et 2003, les entreprises françaises ont ainsi injecté plus de 8 milliards d’euros dans les nouveaux Länder.

Allemagne : Enquête sur les crimes de la réunification

Quelques années après la chute du mur de Berlin, l’Allemagne réunifiée met sur pied une Commission d’enquête sur les crimes d État, baptisée ZERV. Sa tâche est historique, et titanesque : enquêter sur les crimes du parti socialiste unifié d Allemagne au temps de la RDA et poursuivre les responsables en justice.

Pour le chancelier Helmut Kohl, resté dans les mémoires comme l’homme de la réunification, ce devait être un signal fort pour la population : la victoire de l’État de droit sur l’État totalitaire qui venait de s’effondrer. 700 enquêteurs, pour la plupart originaires de RFA, sont envoyés à Berlin pour rouvrir plus de 20.000 dossiers et éplucher les archives de la Stasi.

Les affaires mises en lumière s’avèrent plus graves et plus complexes que ce qu’ils imaginaient: liquidations d’opposants, meurtres commandités puis maquillés, corruption, mais aussi criminalité économique et trafic d armes, pour des montants s’élevant à des dizaines de milliards de deutschemarks.

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Allemagne : Des fermes d’État à l’agrobusiness

Par Rachel Knaebel

Main basse sur les terres de l’Est. Après avoir connu la noblesse prussienne, la collectivisation, les coopératives et la transition, l’agriculture est-allemande suscite désormais l’appétit de grands investisseurs souvent étrangers au secteur. Une situation paradoxalement favorisée par les structures héritées du régime communiste.

Peu après la réunification de 1990, l’agriculture est-allemande a vu arriver des investisseurs sans passé d’exploitants mais aux poches bien pleines. Le patron d’un empire industriel de la gestion des déchets (Remondis) a ainsi acheté en 1994 plusieurs des 465 domaines agricoles gérés directement par l’État au temps de la République démocratique allemande (RDA).

Appelées « biens du peuple », ces fermes représentaient moins d’un dixième des terres est-allemandes cultivées. L’agriculture de la RDA s’organisait plutôt autour de coopératives agricoles de production, soumises au contrôle du régime mais constituées des sols et des équipements mis en commun lors de la collectivisation forcée qui dura jusqu’en 1960 — en 1945, les Soviétiques avaient exproprié les propriétaires terriens possédant plus de 100 hectares et étatisé les terres.

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Allemagne : La pauvreté progresse encore

La pauvreté a encore augmenté en Allemagne, pourtant première économie de la zone euro, pour atteindre son plus haut niveau depuis la Réunification en 1990.

Ce rapport, publié jeudi et baptisé : “la République fissurée” fait état d’un taux de pauvreté historiquement élevé passant de 15% en 2012 à 15,5% en 2013. Selon ce rapport également, jamais les différences entre régions n’ont été aussi profondes.

L’héritage de la Stasi (Docu)

Regroupées par un Office fédéral, les archives de la Stasi, la police politique au service de l’ex-régime de la RDA, représentent une somme phénoménale de données recueillies sur les faits et gestes des citoyens est-allemands, mais aussi une mine de renseignements sur les mécanismes d’un pouvoir totalitaire.

Dès 1992, les particuliers ont pu consulter leurs dossiers, découvrant qui les avait trahis, épiés ou soutenus. Ce choix de faire toute la lumière sur les événements passés, au risque de douloureuses tensions, semblait indispensable pour une Allemagne déjà durement confrontée à la question de la mémoire.

Un détour par l’Afrique du Sud, avec sa Commission de vérité et de réconciliation, et la Russie, qui n’a pas rendu publiques les archives du régime stalinien, mettent en perspective la difficulté de faire face à un passé qui ne passe pas.

Réalisé par Inga Wolfram (Allemagne 2014)

François Hollande peut-il encore éviter un «1789» bis?

A la Une du Point cette semaine, « Sommes-nous en 1789 ? ». L’hebdomadaire évoque les dernières heures de la monarchie et révèle les troublantes similtudes entre la chute de Louis XVI et l’abandon complet des rênes du pouvoir par François Hollande. Un historien explique que nous sommes sans aucun doute en 1788 : les marges de manoeuvre sont réduites pour le pouvoir (si mal) en place, afin d’éviter d’entrer de plain-pied en 1789, bis.

Ce n’est pas Frigide Barjot qui a appelé le 5 mai à une grande manifestation nationale afin de donner un « coup de balai » : c’est Jean-Luc Mélenchon, candidat à l’élection présidentielle il y a 10 mois, qui a attiré sur lui 11,1 % des suffrages. Les sondages lui en accordaient souvent 15 ou 18 %. C’est Marine Le Pen, (particuliérement discrète en ce moment, pour des raisons stratégiques évidentes), qui a atteint les 18 % promis à Mélenchon. A eux deux, ils ont rassemblé 39 % de l’électorat français. Que réclame Mélenchon ? Ni plus ni moins qu’une sixième République. Que réclame Marine Le Pen ? Une dissolution, et la proportionnelle. La démission du gouvernement et du Président au passage.

Qui doit payer ? Le Tiers-Etat, les classes moyennes

Mais qui défile dans la rue tous les soirs depuis des semaines, non seulement à Paris, mais un peu partout en France ? Des hommes et des femmes, leurs fils et leurs filles, de tous âges. La plupart n’ont jamais manifesté de leur vie, ou alors pour les plus vieux, en 1984 pour l’Ecole Libre, et en 1997 contre le PACS. Qui sont-ils ? Des petits bourgeois, la classe moyenne. Les cheveux peignés. Les filles en ballerines. Tous mains nues.

Retournons un instant en 1789. Qui, excédé par le mépris dans lequel le Roi les enferme, se proclame Assemblée nationale constituante ? Les députés du Tiers-Etat. Qui sont-ils ? Des petits bourgeois, la classe moyenne.

Qui, en 2013, retourne dans la rue tous les soirs, quasiment tous les week-ends (les prochaines manifestations massives sont programmées pour le 5 mai, le 26 mai). Des petits bourgeois, la classe moyenne.

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Merkel : “La Grèce doit quitter la zone euro maintenant !”

Dans un article paru dans le quotidien allemand Die Welt datant du 28 mars dernier, la chancelière a fait part de sa lassitude vis à vis de la situation grecque ; exprimant son désir que la Grèce fasse enfin défaut et quitte la zone euro craignant que la situation de ce pays n’occasionne “des dommages plus importants“.

Elle a par ailleurs comparé la situation de la Grèce actuelle à celle de la fin de la République Démocratique d’Allemagne.

“Le sauvetage de la Grèce a échoué. La situation actuelle de ce pays ressemble à la fin de la RDA. Athènes doit quitter la zone euro avant que des dommages plus importants ne surviennent !”

Allemagne : Où sont passées les mamans ?

Depuis des années, l’Allemagne est confrontée à une dénatalité record. En cause, une politique familiale coûteuse, pléthorique et contradictoire, dont sont victimes en particulier les 30-40 ans.

Des quadras et quinquas diplômées et sans gamin : voilà l’incarnation d’un phénomène allemand suivi de très près par les démographes. En effet, 20% des Allemandes de l’Ouest nées entre 1960 et 1964 n’ont pas d’enfant, 22% n’en ont qu’un. Et la probabilité d’être sans descendance augmente fortement avec le niveau d’études. “Un quart des diplômées de l’enseignement supérieur n’ont pas d’enfant”, résume Christian Schmidt, chercheur à l’institut économique berlinois DIW, “alors que ce pourcentage n’est que de 15% chez celles qui se sont arrêtées au bac.”

Le phénomène inquiète les cercles du pouvoir à Berlin, dans un contexte de rigueur et de réduction des dépenses publiques. Car ce sont précisément les femmes les plus aisées qui ne font pas d’enfant, alors que le nombre de jeunes vivant dans un foyer pauvre, qui dépend donc des prestations sociales, ne cesse, lui, d’augmenter.

Régulièrement, la presse allemande épingle ces “Dinks” (double income, no kids, ”deux revenus, pas d’enfant“), les accusant d’hédonisme et d’égoïsme. La réalité est souvent bien différente.

Éplorée à 50 ans 
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Allemagne : 1953, le tournant qui a permis au pays de rebondir

L’Accord de Londres, signé le 27 février, a permis à la République fédérale d’effacer la moitié de sa dette d’avant et d’après-guerre. Le «miracle économique» allemand est lancé.

Hermann Josef Abs ratifie l’Accord de Londres du 27 février 1953

En 1951, lorsque Hermann Josef Abs est chargé de représenter la délégation allemande lors d’une série de conférences prévues à Londres, le banquier est conscient de la difficulté de la tâche qui l’attend.

«Monsieur Abs, si vous faites du mauvais travail, vous serez pendu à un poirier. Et si vous faites du bon travail, ce sera à un pommier», lui déclare Fritz Schäfer, le ministre des Finances. La boutade, rapportée par Hermann Josef Abs, ne décourage pas pour autant le conseiller financier du chancelier ouest-allemand Konrad Adenauer.

Durant deux ans, le responsable de la délégation allemande tentera de négocier les conditions les plus avantageuses pour la jeune République fédérale d’Allemagne. La RFA doit rembourser à la fois les obligations financières issues du Traité de Versailles, jamais honorées; les emprunts internationaux contractés durant la République de Weimar, dont le paiement des intérêts a été suspendu au début des années 1930; à quoi s’ajoutent encore les aides financières accordées par les Alliés pour reconstruire le pays ravagé après 1945.

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Financièrement, la Première Guerre mondiale se termine dimanche

Ce dimanche 3 octobre 2010, les Allemands pourront enterrer officiellement la Première Guerre mondiale. C’est en effet ce jour-là que l’Allemagne soldera définitivement sa dette héritée de la Grande Guerre, près d’un siècle après le début de celle-ci, rapporte le journal allemand Bild.

«Le montant restant à payer est de 69,9 millions d’euros, une somme prévue au point 2.1.1.6 du budget fédéral 2010, intitulé “Dettes réglées à l’étranger”», précise le quotidien. «La plupart de l’argent ira à des particuliers, des fonds de pensions et des sociétés d’emprunts obligataires, comme convenu dans le cadre du traité de Versailles», ajoute The Daily Telegraph.

Une dépêche AFP relayée par Cyberpresse.ca expliquait l’année dernière pourquoi, 92 ans après la fin du conflit, l’Allemagne continue à payer. En 1919, le traité de Versailles imposait aux Allemands le paiement de 132 milliards de marks-or. Ruiné et frappé par une grave crise économique au début des années 1920, puis par la Grande Dépression, le pays était cependant incapable de s’acquitter de ces colossales réparations. L’Allemagne avait alors emprunté pour satisfaire aux exigences du traité.

En 1932, le moratoire Hoover annulait finalement ces réparations, mais il restait encore à l’Allemagne à rembourser les emprunts contractés pour leur paiement avant cette date.

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Comment va-t-on recréer le franc ?

Par Gérard Lafay, professeur émérite à l’université Paris-II

Contrairement aux espoirs annoncés, l’euro a manifestement échoué. A l’intérieur de la zone concernée, il n’a engendré qu’une faible croissance économique, une délocalisation des activités industrielles et la persistance du chômage, tout en accentuant les divergences entre les pays membres.

La politique de la Banque centrale européenne a en effet suscité une surévaluation chronique de la monnaie unique européenne, et elle a permis un endettement accentué des nombreux agents économiques, tant publics que privés. Au lieu de jouer un rôle d’entraînement, l’Allemagne a mené une politique salariale inutilement restrictive, accentuant le déficit de certains pays de la zone, au point de les conduire au bord du gouffre.

Sur le plan économique, l’euro ne pourrait être poursuivi qu’en menant un fédéralisme budgétaire, solution préconisée par Messieurs Jean-Claude Trichet et Dominique Strauss-Kahn. Cohérente sur le plan économique, cette solution est inapplicable politiquement dans un régime démocratique. Elle impliquerait le même type de transferts budgétaires que celui qui existe, à l’intérieur de chacune des nations, entre les régions riches et les régions pauvres.

Or l’Europe n’est pas une nation, qui a l’habitude d’accepter cette forme naturelle de solidarité. Le pays le plus riche, l’Allemagne, exclut même formellement une telle formule, ayant déjà suffisamment payé pour mettre à niveau les länder de l’ex-RDA.

A plus ou moins brève échéance, l’euro est donc condamné. La question n’est donc pas de savoir s’il faut recréer le franc : une telle issue est inéluctable. La seule question pertinente est de connaître les conditions dans lesquelles ce processus va se dérouler.

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1.300 milliards: coût de la réunification allemande

Alors que l’Allemagne célèbrera lundi le 20e anniversaire de la chute du Mur de Berlin, une récente étude menée par l’institut de recherche IWH de Halle vient d’évaluer à 1.300 milliards d’euros le coût pour l’Allemagne de la reconstruction de l’ex-RDA.

La somme de 1.300 milliards d’euros équivaut à plus de la moitié du PIB allemand de 2008. Selon l’enquête, les transferts de l’Ouest vers l’Est ont “notablement augmenté” au cours des dix dernières années.

L’ex-RDA a fortement rattrapé son retard depuis la réunification grâce à ces aides, mais le taux de chômage y reste deux fois plus élevé que dans le reste du pays. Selon les économistes, il faudra encore des années pour gommer les décalages.

L’institut IW de Cologne a indiqué cette semaine que le PIB par habitant de l’Est atteindrait au cours de la prochaine décennie 80% de celui de l’Ouest. Il est aujourd’hui de 70%, et de 33% en 1991, un an après la réunification. Reuters