La croissance d’abord ? « C’est la plus forte des croyances économiques. »

La croissance, l’économiste Jean Gadrey, hier « productiviste », ne l’attend plus. Il lui a dit « adieu », même. Et d’après lui, c’est tant mieux.

Fakir : Je voudrais commencer par une déclaration de François Hollande, c’était au G8 : « J’avais, au nom de la France, l’objectif de mettre la croissance au cœur des débats et de faire que cette dimension de croissance puisse trouver toute sa place dans toutes les réunions. Le président Obama a voulu que la croissance soit évoquée comme une manière de donner confiance aux opinions publiques, et aussi aux marchés. Mais je dois dire que dans le G8, cette volonté de croissance, même si chacun des participants pouvait y mettre ses propres mots, a été partagée. Voilà pourquoi je considère que ce G8 a été utile, fructueux, et permet d’envoyer un double message, un message de confiance et un message de croissance. Il n’y aura pas de croissance sans confiance. Il n’y aura pas de confiance sans croissance. »
En moins d’une minute, François Hollande prononce huit fois le mot croissance et quatre fois le mot confiance. Là, on est un peu dans l’incantation, l’invocation d’une puissance céleste.

JG : C’est comme si l’on pratiquait le vaudou pour que la croissance revienne. Mais elle ne reviendra pas.

Surtout, c’est se tromper sur la crise en cours, sur ses causes. Cette crise est apparue aux États-Unis, puis elle a traversé l’Atlantique, après une période de belle croissance. C’est, d’une certaine façon, une crise de croissance.

Lire la suite

L’Ukraine annonce une récession de 3% pour 2014

Le gouvernement ukrainien prévoit une chute de 3% du PIB pour cette année, après une croissance nulle en 2013.

L’économie ukrainienne sortira de cette révolution très affaiblie.

C’est le constat de son ministre des Finances Olexandre Chlapak, qui a déclaré lundi s’attendre à “une baisse de 3% du Produit Intérieur Brut cette année”.

Lire la suite

“Simplicité et justice” : paroles de chrétiens sur l’écologie

Le groupe Écologie, paroles de chrétiens du diocèse de Nantes a été chargé de conduire une réflexion sur les défis posés par la crise écologique mondiale. Sa méthode de travail, correspondant à une démarche du type « voir, juger, agir », a privilégié les apports de chacun des membres en fonction de leurs compétences, pour analyser la situation présente, mieux comprendre les défis auxquels nous sommes confrontés, essayer de les éclairer à la lumière de la pensée contemporaine et de la tradition chrétienne, et proposer quelques pistes d’action. Le groupe était composé d’une dizaine de personnes appartenant à différentes disciplines (scientifiques, économiques, juridiques, philosophiques, théologiques).

Sur la thématique de la crise écologique, de nombreux ouvrages existent, et nous n’avons nullement l’ambition de nous substituer aux experts nombreux qui s’expriment sur la question. Nous renvoyons d’ailleurs le lecteur aux nombreux essais, livres et textes de référence cités en fin de publication. L’originalité de notre démarche se situe ailleurs.

D’une part, le travail inter-disciplinaire nous a permis un croisement de compétences et de regards, avec la forte volonté pédagogique de proposer une synthèse accessible à tous. D’autre part, des voix chrétiennes réfléchissent et s’expriment sur le sujet, mais il existe peu d’ouvrages de synthèse en langue française, notamment sur les prises de parole du Magistère catholique. Elles sont assez peu connues du grand public, et même de bon nombre de catholiques. Certaines parties de notre travail, notamment en matière éthique, sont donc assez originales.

Dans la structure de l’ouvrage, nous avons refusé une présentation thématique à base disciplinaire, pour privilégier ce regard synthétique et croisé. L’ouvrage se présente en 3 chapitres : Approches de la pensée écologique, Repenser aujourd’hui notre société, Vivre autrement.

Lire la suite

Les sociétés écran bientôt dévoilées dans un registre public

Le Parlement européen a amendé la directive anti-blanchiment. Un registre public des bénéficiaires effectifs des sociétés-écrans et des trusts va être mis en place.

Une très large majorité d’eurodéputés a adopté la révision de la directive anti-blanchiment le 11 mars lors de la session plénière à Strasbourg. En discussion depuis des mois, la législation européenne visant à lutter contre le blanchiment des capitaux a été voté par 643 voix pour, 30 contre et 12 abstentions.

Fin de l’anonymat

La principale avancée du texte demeure la mise en place de registres publics des bénéficiaires effectifs des sociétés, fondations et trusts.

Ce registre doit permettre à la police et aux autorités fiscales d’identifier les véritables bénéficiaires de toutes sociétés, fondations ou trusts ayant des activités au sein de l’Union européenne en mettant un terme à l’anonymat de ces structures, principales responsables du blanchiment d’argent.

Lire la suite

Démagogie sans énergie

par Jean-Marc Jancovici

Les municipales puis les européennes ne devraient pas déroger à la règle : il y en aura pour tout le monde.

Lors des élections, l’empilement de promesses tient hélas lieu de grand dessein national ou européen, et la population devient facilement une simple juxtaposition d’ouvriers, de mères de famille, d’automobilistes, de jeunes, d’instituteurs et d’homosexuels.

Ce procédé a au moins le mérite de la simplicité sur le plan économique : les promesses électorales étant toujours additionnelles à l’existant, dès que la liste de tous ceux qu’il faut séduire pour être élu est terminée, il est facile d’en déduire l’argent nécessaire, et donc le taux de croissance qui va en face.

Le taux de croissance annoncé par un candidat ne doit donc rien à un savant calcul, mais tout à la nécessité de se faire bien voir de l’électeur. Et s’il n’y a pas de croissance, ou pas assez ?

Lire la suite

A la recherche du peuple disparu : La France des « invisibles », majoritaire et délaissée

Il y a peu de livres qui renouvellent notre vision de la politique, des territoires, des catégories populaires. Fractures françaises de Christophe Guilluy en fait partie. Géographe, l’auteur a redessiné la carte des fragilités sociales à rebours des représentations toutes faites. C’est la France des « invisibles », majoritaire et délaissée. A la recherche du peuple disparu.

François Bousquet : Vous avez mis à jour une nouvelle géographie du territoire, deux France qui se font vis-à-vis : une France métropolitaine et une France périphérique. Qu’est-ce qui les caractérise ?

Pour comprendre la société française, il faut s’affranchir de la carte de l’Insee, qui est celle des aires urbaines : 80 % d’urbains et 20 % de ruraux. Cette carte impose l’idée que la société française se structure autour des grandes métropoles mondialisées sans rien nous dire de la recomposition sociale des territoires. On voit par là combien sont déterminantes les représentations dans la conception que l’on se fait de la réalité. Une mauvaise représentation, c’est une mauvaise politique derrière. Or, les représentations territoriales et sociologiques des élites sont obsolètes et nous interdisent de penser le social.

Je préfère parler de « France métropolitaine » et de « France périphérique ». La France métropolitaine, c’est celle des grandes villes, soit 40 % de la population, pas plus. C’est une France totalement intégrée dans les nouvelles logiques économiques, dans la mondialisation et le multiculturalisme. Elle produit l’essentiel du PIB français. C’est ce qui me fait dire que la mondialisation fonctionne, mais seulement dans les grandes villes.

Lire la suite

Olivier Delamarche : « La Chine suit le même chemin que le Japon des années 90 »

Olivier Delamarche, du groupe Platinium Gestion et Marc Riez, directeur général de Vega Investments, le 03 mars 2014 sur BFM Business, mettent les points sur les i dans l’émission “Intégrale Placements“, face à Guillaume Sommerer et Cédric Decoeur.

«Les Français ruinés par l’immigration» de Gérard Pince

Gérard Pince est docteur en économie et spécialiste de l’économie du développement : il a publié en 2013 un petit livre intitulé Les Français ruinés par l’immigration (éditions Godefroy de Bouillon). Dans cet ouvrage assez aride Gérard Pince a résumé ses analyses de la comptabilité nationale destinées à évaluer l’impact des populations immigrées sur notre économie. Les sources de toutes les données chiffrées utilisées par l’auteur sont disponibles dans les annexes ; ce rapport est vérifiable par tous les amateurs d’arithmétique.

Les bases du calcul

A la différence d’autres rapports, celui de Gérard Pince ne prend pas en compte tous les étrangers et leurs descendants de la première génération mais seulement les étrangers d’origine extra-européenne parce que, selon lui, l’impact positif des étrangers d’origine européenne sur nos comptes nationaux masque l’impact négatif des étrangers originaires des pays tiers.

Par ailleurs et à la différence de rapports qui ont conclu au faible impact de l’immigration sur notre économie, celui-ci prend en compte la part des dépenses régaliennes qui sont imputables à ces étrangers (les premiers n’intègrent que les recettes).
Lire la suite

L’Autriche minée par ses banques

La crise non réglée de la banque en faillite Hypo Alpe Adria et les évènements ukrainiens pèsent sur le secteur bancaire autrichien qui représente près de trois fois le PIB du pays.

Le siège de Hypo Alpe Adria, à Klagenfurt am Wörthersee, en Autriche

L’Autriche tremble. Le secteur bancaire de la république alpine, qui pèse près de 3 fois son PIB, semble en effet vaciller. Le premier domino du château de cartes viennois, c’est la banque Hypo Alpe Adria (HAA) qui occupe ces derniers jours la une des médias autrichiens et l’emploi du temps des politiques locaux.

Lire la suite

Christophe Guilluy : « Les élites sont obnubilées par les métropoles »

La nouvelle géographie sociale du pays rend inévitable la montée des antagonismes entre les métropoles « mondialisées » et la France des « invisibles ». C’est le constat de Christophe Guilluy, auteur de « Fractures françaises » où il étudie l’évolution socio-culturelle des classes populaires.

Que retenir du projet de loi d’affirmation des métropoles, définitivement voté le 19 décembre par le Parlement ?

Cette priorité est tout, sauf une surprise. Cela fait trente ans que les élites et la technostructure, obnubilées par la question économique, organisent la France autour de ces métropoles. Le texte du gouvernement Ayrault met simplement en forme cette vision sur les plans politique et institutionnel.

Pourquoi les métropoles correspondent-elles, selon vous, à l’expression de la vision dominante ?

Si les grandes villes sont les zones les plus inégalitaires de France, elles restent néanmoins les mieux intégrées à la mondialisation : les 40% de Français vivant dans les métropoles génèrent plus de 60% du PIB national. Les métropoles sont les vitrines de la mondialisation heureuse. La droite libérale, d’ailleurs, aurait très bien pu être derrière cette réforme territoriale.

Lire la suite

“La renaissance des communs” de David Bollier

Ce texte écrit par Hervé le Crosnier est la préface du livre “la renaissance des communs, pour une société de coopération et de partage”, écrit par David Bollier et paru aux éditions Charles Léopold Mayer.

Les Très Riches Heures du Duc de Berry : Septembre

La lecture du livre que vous avez entre les mains provoque un profond sentiment de joie, on y sent quelque chose qui pétille et qui rend l’espoir. Avec son style fluide (et excellemment traduit), David Bollier nous emmène dans un voyage du côté lumineux des relations humaines. Non que les dangers, les enclosures, les menaces sur les perspectives mondiales soient absents. Il s’agit bien d’une critique de la société néolibérale, de la transformation du monde sous l’égide d’un marché juge et arbitre des équilibres, et d’une critique de la façon dont les Etats baissent les bras devant les forces des monopoles privés.

Mais cette critique se fait à partir des perspectives, des mouvements qui inventent ici et maintenant les utopies capables d’ouvrir les fenêtres et de faire entrer le vent joyeux d’une histoire à venir.

La richesse des communs s’appuie sur leur longue histoire, rendue invisible par la suprématie du modèle économique individualiste. Mais c’est au futur que les communs peuvent offrir une architecture collective pour résister aux crises, économiques, sociales, politiques et écologiques, que nous connaissons.

Lire la suite

Probabilité et mode de gestion d’une prochaine crise financière

Une prochaine crise financière peut connaitre son épicentre en dehors de la zone euro, mais sa force dévastatrice aura pour théâtre principal la zone euro. La raison en est qu’il s’agit de la zone la plus fragile du globe. Ses conséquences seront évidemment planétaires.

Face à la crise potentielle, des outils insuffisants ou improbables.

Les instruments mis en place pour protéger la zone euro aggravent la situation (politiques budgétaires)[1], ou ne permettent pas le réaménagement institutionnel, par ailleurs souhaité (MES, LTRO, OMT, Union bancaire, etc..).

Les transformations imaginées sont elles-mêmes irréalistes (émission de titres publics à l’échelle de la zone) ou fondées sur des hypothèses insuffisamment robustes.

Parmi ces dernières, on pourra citer celle imaginée par des proches des milieux bancaires[2] lesquels proposent des transferts vers le sud par des fonds d’épargne souscrits par des investisseurs du nord, essentiellement allemands, avec garantie du gouvernement allemand. Il s’agit d’un moyen d’échapper à des transferts directement publics et donc inacceptables du point de vue allemand[3].

Ce schéma est peu convaincant. Il suppose qu’effectivement les dettes soient converties en capital productif permettant l’alignement progressif de la productivité du sud sur celle du nord (privatisations dans de meilleures conditions que celles prévues par les structures de cantonnement).

Lire la suite

L’industrie européenne gagne en compétitivité grâce aux énergies renouvelables

L’industrie européenne a conservé sa position sur le marché mondial grâce à des niveaux d’intensité énergétique relativement bas et à la haute pénétration des énergies renouvelables, révèle un document de la Commission consulté par EurActiv.

Les énergies renouvelables « contribuent à réduire les coûts d’importations des carburants et à améliorer la balance commerciale de l’énergie » affirme un rapport de la direction générale des affaires économiques et financières (DG ECFIN), qui vient d’être publié dans le cadre de la présentation de paquet énergie-climat 2030.

Selon la Commission, l’électricité provenant d’énergies renouvelables, comme l’éolien et le solaire, présente des opportunités pour les industries et le commerce et « contribuent à réduire [la] dépendance énergétique » dans l’Union européenne.

Lire la suite

L’indicateur de progrès véritable : est-ce lui qui va remplacer ou compléter le PIB ?

La carrière des indicateurs est une chose intéressante. Certains semblent installés pour des lustres pendant que d’autres aspirent à les détrôner ou à les compléter. Leur carrière future dépend des « réseaux d’intéressement » (termes de sociologues de l’innovation) qui se forment pour les défendre, et de l’influence de ces réseaux sur les décisions politiques, lesquelles sont seules en mesure de décider que tel ou tel indicateur sera désormais placé en haut de l’agenda politique et donc statistique.

Vue sous cet angle, la carrière publique de l’indicateur de progrès véritable ou IPV (en anglais, GPI, Genuine Progress Indicator) est curieuse. Après avoir été assez en vogue jusqu’au milieu des années 2000, il est plus ou moins tombé dans l’oubli, y compris du côté des écolos qui ont été à l’origine de sa mise au point.

Mais il est réapparu en 2013 parce que de très grands noms de l’économie écologique ont décidé de l’utiliser dans des articles et livres qui ont fait le tour du monde (de l’écologie politique). C’est en particulier le cas du livre « Vivement 2050 ! Programme pour une économie soutenable et désirable », coordonné par Robert Costanza, et surtout de l’article collectif sur l’IPV dans la revue Ecological Economics (n° 93, 2013).

Lire la suite

En trois ans, près de 900.000 personnes sont devenues pauvres en France

En 2011, 8,7 millions de personnes vivaient en-dessous du seuil de pauvreté, qui s’élevait à 977 euros par mois. Soit 893.000 de plus qu’en 2008. Les chômeurs et les jeunes sont les populations les plus fragiles.

Les conséquences de la crise de 2008-2009 se précisent au fil du temps. On connaissait déjà les effets de la crise sur l’activité – le PIB a reculé de 2,5% en 2009 selon l’Insee -, sur les défaillances d’entreprises – 65.000 en 2009, un record – et sur les destructions d’emplois qui se sont élevées à 331.000 en 2009 selon une étude du Trésor. Une étude de l’Insee publiée ce lundi nous éclaire sur l’impact de la crise sur la pauvreté.

Lire la suite

Un partenariat transatlantique pour le meilleur des mondes

En octobre 2013, le réseau Seattle to Brussels (S2B) a publié un rapport très fourni sur le traité transatlantique, accord de libre-échange entre les Etats-Unis et l’Union européenne en cours de négociation.

Titré « A Brave New Transatlantic Partnership » en référence au Brave New World – le Meilleur des mondes – d’Aldous Huxley, ce rapport revient en détail sur les différents aspects de cet accord transatlantique et sur les menaces qu’il représente pour les droits sociaux et l’emploi, l’environnement, l’agriculture, les droits civiques et la vie privée, la santé, la régulation financière et la démocratie. Les Dessous de Bruxelles publieront la traduction française de ce rapport sous la forme d’un feuilleton, en revenant sur chacun de ces enjeux. A commencer dans cet article par un résumé qui synthétise les enjeux du traité transatlantique.

Les négociations entre l’Union européenne et les Etats-Unis sur le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (PTCI) ont débuté cet été, avec le soutien de nombreux représentants politiques et chefs d’entreprise de premier plan qui considèrent cet accord comme une opportunité pour sortir du marasme économique de part et d’autre de l’atlantique.

La consolidation des relations commerciales entre l’UE et les Etats-Unis au sein d’un grand marché transatlantique a été présentée aux citoyens comme un vecteur puissant de croissance économique, avec des prévisions parfois très enthousiastes qui évoquent une hausse du PIB de l’ordre de 1%. Les négociateurs européens et étatsuniens sont persuadés que la suppression des barrières commerciales et l’« harmonisation » de la régulation entre l’UE et les Etats-Unis permettra une croissance du commerce et par conséquence la création de millions d’emploi.

Lire la suite

Les produits dérivés dépassent leur niveau d’avant-crise

« Les produits dérivés sont une arme de destruction massive », a coutume de dire l’investisseur et milliardaire américain Warren Buffett. L’étude publiée mardi 17 décembre par le cabinet d’analyse financière indépendante AlphaValue, intitulée « Quelles banques sont des Fukushima en puissance ? », montre que ce n’est pas près de changer. Celle-ci révèle en effet que la valeur notionnelle des dérivés (c’est-à-dire la valeur faciale qui apparaît sur les contrats de ces produits) dépasse désormais son niveau d’avant la crise des subprimes.

Au premier semestre 2013, elle s’élevait en effet à 693.000 milliards de dollars, contre 684 000 milliards au premier semestre 2008, selon les chiffres que le cabinet a tirés des rapports de la Banque des règlements internationaux (BRI). L’équivalent de dix fois le PIB mondial, contre trois fois le PIB mondial il y a quinze ans. « C’est un risque potentiel énorme, et la crise n’a pas changé les pratiques des banques en la matière », explique Christophe Nijdam, qui a piloté l’étude.

CDS, dérivés de taux, swaps… Les produits dérivés sont des instruments financiers dont la valeur varie en fonction du prix d’un actif appelé sous-jacent, qui peut être une action, une obligation, une monnaie, un taux, un indice ou encore une matière première. Ils ont été créés à l’origine par les agriculteurs afin de se couvrir contre les risques financiers, comme par exemple la flambée, ou au contraire l’effondrement, du prix du blé ou du café. Mais dès les années 1980, ils ont été progressivement détournés par les banques à des fins de spéculation.

Selon la BRI, sur les 5.300 milliards de dollars échangés tous les jours sur le seul marché des changes, seuls 7 à 8 % seraient utilisés par des opérateurs finaux non financiers souhaitant réellement se prémunir contre les risques. Or, la crise des subprimes l’a rappelé, les produits dérivés sont loin d’être sans danger. « La plupart s’échangent de gré à gré, c’est-à-dire d’un établissement à l’autre, sans règle de sécurité et dans l’opacité totale », explique-t-on à Finance Watch, une association qui milite pour une meilleure régulation de la finance.
Lire la suite

Les classes moyennes, grandes perdantes du système fiscal français

Alors que le Premier ministre réfléchit à une remise à plat, une étude du Credoc montre que les classes moyennes sont les perdantes du système actuel.

L’étude est passée relativement inaperçue. Elle contredit pourtant pas mal d’idées reçues sur le niveau de redistribution assuré par le modèle social français. Selon ce travail du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc) de fin 2012 et repris fin décembre 2013*, le système socio-fiscal français est, sans surprise, moins redistributif que les modèles scandinaves. Beaucoup plus étonnant, il l’est aussi moins que les modèles anglais ou irlandais, plus libéraux ! De quoi conforter le Premier ministre dans sa volonté de remettre à plat le système fiscal.

D’un côté, les “classes moyennes inférieures” bénéficient relativement moins des transferts sociaux que dans d’autres pays ; de l’autre, les classes “moyennes supérieures” françaises contribuent autant (en proportion de leurs revenus) que les plus aisées.

Lire la suite

G20 : Les BRICS font un pas vers un fonds de réserve monétaire commun de 100 milliards de dollars

En ouverture du sommet du G20 à Saint-Pétersbourg, Chine, Russie, Brésil, Inde et Afrique du Sud confirment leur volonté de mettre sur pied un fonds de réserve de change pour lutter contre les désordres monétaires actuels. En évoquant aussi la responsabilité des Occidentaux.

C’était fin mars à Durban en Afrique du Sud, l’une des principales annonces du sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), lue d’un ton docte par le président sud-africain Jacob Zuma lui-même. La création d’un fond de réserve monétaire propre au BRICS vient de se concrétiser un peu plus à Saint-Pétersbourg. Dénommé “Contingent Reserve Arrangement” ou “currency pool” ce fonds devrait s’élever à 100 milliards de dollars.

Le projet a été dévoilé suite au mini-sommet à cinq qui s’est tenu vers midi ce 5 septembre en prélude au sommet du G20 qui se déroule à Saint-Pétersbourg ce jeudi et demain 6 septembre. Une manière claire de peser d’entrée de jeu face aux pays développés dans ce sommet en principe économique mais reste dominé par le crise syrienne et l’opposition attendue en Vladimir Poutine et Barack Obama.

Cette rencontre des BRICS a réuni les chefs d’Etat et de gouvernement Dilma Rousseff (Brésil), Manmohan Singh (Inde), Vladimir Poutine (Russie), Xi Jinping (Chine) et Jacob Zuma (Afrique du sud).

La Chine, principal pays contributeur

Lire la suite

France, où en est la croissance ?

par Jacques Sapir

La presse, essentiellement celle qui soutient le gouvernement, se remplit d’optimisme et de commentaires flatteurs pour notre Président à la vue des derniers chiffres de l’INSEE qui ont été publiés le 14 août. Ainsi, au second semestre 2013 la France aurait connu une croissance de 0,5%, Alléluia ! La croissance revient donc et semble donner raison au Président comme au gouvernement. Pourtant, les commentateurs feraient mieux d’être plus prudents et de lire plus attentivement le document de l’INSEE, qui est loin d’être aussi affirmatif qu’ils ne le disent .

En réalité, le chiffre de 0,5% obtenu au second trimestre 2013 est dû à deux facteurs : une hausse de la consommation de 0,3% et un accroissement des stocks de 0,2%. Or, les stocks des entreprises avaient baissé de -0,8% en 2012. Une correction était attendue et se situe dans la normale des choses. On mesure par ailleurs qu’elle reste inférieure à la baisse précédente. Une comparaison des deux premiers trimestres de 2013 avec 2011 et 2012 montre que cet accroissement ne sera pas durable.

Le PIB et ses composantes

On peut lire sur ce graphique, et c’est pourquoi on le publie, la permanence des facteurs qui font stagner le PNB de la France, et en particulier l’évolution de l’investissement et du solde commercial. On voit parfaitement que l’ensemble des facteurs susceptibles de contribuer à la croissance de l’économie française sont en panne depuis la fin de 2011.

Lire la suite

Allemagne : La pauvreté existe aussi au pays du “miracle économique”

L’Allemagne, pays de Cocagne ou mirage économique ? Du temps où elle tournait à plein régime, la mine “Minister Stein” produisait plus de 2 millions de tonnes de charbon par an. Jusqu‘à sa fermeture le 31 mars 1987, la “Minister Stein” était l’un des symboles de cette industrie lourde qui s’est forgée dans le bassin de la Rhur et qui fut l’un des moteurs du miracle économique allemand.

Récemment encore, taux de pauvreté et croissance économique étaient étroitement liés, en d’autres termes: davantage de croissance signifiait moins de pauvreté, mais plus aujourd’hui. Une étude a démontré qu’en 2011 le PIB allemand a beau avoir augmenté de 3.9%, cela n’avait pas fait baisser le taux de pauvreté ; au contraire celui-ci a augmenté de 4.1%.

A l’approche des élections législatives, les principaux partis politiques planchent sur différentes solutions pour la Rhur et les autres régions en crise. Mais comment réduire la fracture sociale dans une Allemagne qui apparait aux yeux de tous en si bonne santé ?

Olivier Delamarche : Zappage des phrases cultes (Màj)

BFM Business vous fait redécouvrir à travers un zappage toutes les phrases cultes d’Olivier Delamarche, du groupe Platinium Gestion. Fed, Endettement américain, braquage à la chypriote, PIB et Moscovici sont au programme des interventions de Delamarche entre janvier et mars.

Partie 1:

Partie 2:

La FED et la BoJ avec Bernanke et Abe à leur tête sont au programme des interventions de Delamarche entre avril et juin.

Croissance française: gare à l’affichage!

En se focalisant sur la croissance du PIB au 2e trimestre, on peut se réjouir de la sortie de récession de l’économie française. Mais l’emploi a continué de se dégrader tout comme la production. Et l’investissement des entreprises, indispensable pour relancer l’activité et faire baisser le chômage, est orienté à la baisse.

On trouve tout, dans les statistiques. Ce qui peut donner lieu à des interprétations contradictoires. Ainsi, l’augmentation de 0,5% du PIB (produit intérieur brut) en France au 2e trimestre 2013 annoncée par l’Insee le 14 août a été copieusement saluée et abondamment commentée dans les médias après que Pierre Moscovici, ministre de l’Economie, se soit réjoui de ce «très net rebond» qui «confirme la sortie de récession de l’économie française».

Le PIB progresse mais l’emploi continue de se dégrader

Toutefois, le même jour, cet institut produisait une autre estimation qui, toujours sur le 2e trimestre, indiquait un nouveau recul de l’emploi de 0,2% dans les secteurs marchands non agricoles, soit un repli trois fois supérieur à celui observé au 1er  trimestre. Pas de quoi pavoiser: sur un an, d’après le ministère du Travail, 118.200 emplois salariés ont encore été perdus.

La fameuse sortie de récession au deuxième trimestre n’aura donc pas permis d’inverser la tendance. Rappelons que, en France métropolitaine, près de 3,28 millions de personnes étaient inscrites fin juin comme demandeurs d’emplois, soit 11,2% de plus qu’un an plus tôt.

Lire la suite

Olivier Delamarche : « La société américaine ne travaille plus »

Olivier Delamarche, du groupe Platinium Gestion, le 06 août 2013 sur BFM Radio, met les points sur les i, dans l’émission “Intégrale Placements“, face à Guillaume Paul.

On est en train de vous expliquer que la Terre est carrée et non plus ronde et tout le monde applaudit et relaie cela – En 2013, aux États-Unis, 77% des postes créés le sont à temps partiel, on ne peut pas dire qu’il s’agisse d’une reprise – Rien n’est plus sous contrôle – Bernanke ne réduira pas les Quantitative Easing car pour pouvoir payer les intérêts des emprunts américains, il faudrait une croissance de 5% alors qu’on est à 1,1%.

Faut-il supprimer des vacances pour relancer l’économie française?

L’idée a été avancée dans plusieurs pays européens pour faire face à la crise. Mais son efficacité est loin d’être prouvée sur le long terme.

En plein été, le gouvernement français décide de supprimer les vacances du mois d’août et d’avancer la rentrée d’un mois pour remplir les caisses de l’Etat. Rassurez-vous, aoûtiens de France, il s’agit d’un scénario de fiction, celui du récent film d’Antonin Peretjatko, La Fille du 14 juillet.

Il y a peu de chances pour que le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, ou n’importe quel autre gouvernement, prenne une décision aussi soudaine et drastique. Mais l’idée de réduire les vacances pour favoriser l’économie n’est pas l’apanage des scénaristes de cinéma.

En 2010, deux fédérations représentant les PME allemandes ont proposé de réduire d’une voire deux semaines le nombre légal de congés payés «pour préserver la reprise» économique. Plus récemment, le secrétaire d’Etat italien à l’Economie a proposé de réduire les congés d’une semaine pour sortir son pays de la récession, affirmant qu’une telle mesure entraînerait «un impact immédiat d’environ un point sur le PIB».

En France, sans aller jusqu’à proposer de supprimer une semaine de vacances, Luc Chatel avait reproché aux socialistes lors de la dernière campagne présidentielle d’avoir participé à la «fuite en avant budgétaire» de la France en ayant fait «payer à crédit les 5e semaines de congés payés». Et l’idée ne vient pas toujours d’en haut: en mars 2012, les électeurs suisses ont rejeté à 66,5% un référendum fédéral issu d’une initiative populaire qui proposait d’instaurer deux semaines de congés payés supplémentaires, craignant les conséquences néfastes sur l’économie.

Lire la suite

Les deux menaces qui planent sur l’économie américaine

Les États-Unis sont déjà en faillite. Tout a commencé par un chiffre : 1 000 milliards. Peut-être est-ce là le point de bascule de la dette américaine.

Tout a commencé par un chiffre : 1 000 milliards. Peut-être est-ce là le point de bascule de la dette américaine, puisqu’elle continue encore et encore de venir s’y échouer. La première fois, c’était il y a cinq ans. Le monde tremblait de stupeur et d’indignation devant l’horreur des subprimes. L’homme américain moderne découvre alors le monstre qui lui a permis d’acheter à crédit son manoir en banlieue avec piscine, revêtements de sol en marbre et trois garages pour ses SUV dévoreurs de carburant. Ce n’était que le début : on découvrit également la porosité d’un système économique mondial que l’on pensait imperméable, sûr et sans faille. Nous avions tout faux. 1 000 milliards de dollars plus tard, des banques avaient fait faillite, de beaux discours avaient été prononcés… mais l’American Dream repartit de plus belle au fur et à mesure que les rotatives de Monsieur Bernanke tournaient à plein régime.

Aujourd’hui, condescendants comme jamais, les Etats-Unis nous narguent du haut de leur “croissance” retrouvée. Tout cela est beau comme le scénario d’un blockbuster hollywoodien… à un ou deux petits détails près.

Lire la suite

Zone euro : Nouveau record d’endettement

Voilà un indicateur qu’il est opportun de publier alors que la moitié de la France est en congés … et l’autre abasourdie par la canicule.

Selon les données officielles publiées par Eurostat, la dette de l’union monétaire rapportée à son Produit Intérieur Brut (PIB) s’est élevée à 92,2% au premier trimestre 2013. Elle ne représentait « que » 90,6% du PIB au dernier trimestre 2012. Le montant de la dette publique des 17 pays de la zone euro s’élevait ainsi à 8750 milliards d’euros à la fin du premier trimestre.  A la fin du premier trimestre 2013, la part des prêts intergouvernementaux dans le PIB était de 2,1% dans la zone euro et de 1,6% dans l’UE.

Lire la suite

On ne connaît pas le nombre de chômeurs en France…

On sait juste qu’il va augmenter en 2013 !

Les calculs du chômage, qu’il s’agisse du nombre des demandeurs d’emploi et plus encore du taux de chômage en pourcentage de la population active, ne sont pas simples. Actuellement, les économistes sont un peu perdus et n’ont qu’une certitude: l’inversion de la courbe du chômage, si ardemment voulue par le Président de la République, n’est pas pour la fin de cette année.

L’exercice le plus compliqué consiste à déterminer le taux de chômage, puisqu’il s’agit de déterminer un rapport entre deux variables, le nombre des demandeurs d’emploi  et l’ensemble de la population active ayant un emploi ou non; on multiplie donc les risques d’erreur. Pour le mesurer au sens du BIT –Bureau international du Travail— qui définit des normes internationales, l’Insee réalise en continu une enquête emploi menée auprès d’un échantillon représentatif de la population française.

Comme toute enquête menée par sondage, celle-ci est sujette à ce qu’on appelle des «aléas statistiques». Ce problème, les spécialistes savent le gérer. Mais, depuis le début de l’année, la situation est plus compliquée: du fait, comme le dit pudiquement l’Insee, de «la mise en place de nouvelles conditions d’emploi», le nombre d’enquêteurs disponibles n’a pas permis de couvrir l’ensemble du territoire de façon uniforme.

Lire la suite

De la croissance à la résilience

Par Jean-Marc Jancovici

Qui n’a jamais entendu que les arbres ne grimpaient pas jusqu’au ciel ? Que cela soit heureux ou malheureux est un débat intéressant, mais il en est un qui l’est bien plus : savoir quoi faire quand l’arbre a terminé sa croissance. Depuis 2007, et pris en monnaie constante, le PIB français n’a pas augmenté. Celui de l’Europe pas plus, celui du Japon a un peu diminué, et même celui des États-Unis est globalement ce qu’il était il y a 5 ans.

L’économie sans croissance dans l’OCDE, c’est maintenant, et c’est parti pour durer un certain temps. Affreux ? Intolérable ? Peut-être, mais réel. Pour un individu pris isolément, l’arrêt de la croissance physique ne pose pas le moindre problème. Comme nous savons que cela arrivera, nous avons le temps de préparer des activités et des motifs d’espoir qui sont adaptés à l’évolution de notre situation physique.

L’économie industrielle est à ce tournant que nous connaissons tous comme individus : elle a vieilli, et ne peut plus assurer la performance d’antan. Les mines et puits de pétrole sont moins généreux, l’espace encore disponible est plus difficile à trouver, et plus généralement toutes ces ressources que 15 milliards d’années d’évolution depuis le Big Bang ont mis gratuitement à notre disposition se font un peu plus tirer l’oreille pour devenir disponibles.

Le problème, c’est que, tel l’artiste qui refuse de se voir vieillir, nous n’avons pas voulu voir le coup venir. On a beau se tourner partout, il n’existe pas la moindre production intellectuelle digne de ce nom sur ce que signifie de gérer un univers sans croissance. Cette question n’a pas besoin de savoir si la croissance est désirable ou pas : elle a vocation à explorer les modes de gestion qui permettent de conserver une société avec un bon moral si la croissance physique n’est pas ou plus là.

Habituées aux coups durs, les entreprises sont un peu mieux armées, mais guère plus. Il leur reste aussi à opérer la difficile mutation de la performance à la résilience, qui ne garantira plus les rendements d’antan quand tout va bien, mais assurera la survie à des horizons de temps plus longs. Sacré défi!

Les Échos

Olivier Delamarche : « Il faut qu’Hollande change de métier, qu’il fasse comique ! »

Olivier Delamarche, du groupe Platinium Gestion, le 16 juillet 2013 sur BFM Radio, met les points sur les i, dans l’émission “Intégrale Placements“, face à Cédric Decoeur.

« Les sociétés américaines vont avoir du mal à défendre leurs marges avec un recul du chiffre d’affaires, elles ont déjà viré tout le monde. Il faut qu’Hollande change de métier, qu’il fasse comique. La crise en Europe n’est absolument pas terminée. Aujourd’hui la vraie question est : comment peut-on vivre avec 0.5% de croissance ? Mais personne n’ose la poser. »

Pascal Lamy : « Le patriotisme économique n’a plus de sens »

Entretien avec Pascal Lamy, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour encore un mois.

Vous travaillez à Genève pour une organisation mondiale, après avoir été longtemps à Bruxelles au service de l’Europe… Que veut dire pour vous une Fête nationale ?

« Pour comparer les différentes échelles de gouvernance aux états de la matière, je dirais que le niveau mondial est gazeux, l’européen, liquide, et le national, solide. Une fête nationale, c’est la célébration d’une appartenance. Et dans ce monde qui s’intègre à toute vitesse, l’appartenance est fondamentale, car il faut savoir articuler des identités différentes. Plus la globalisation progresse, plus il faut cultiver ces appartenances. »

On a cru un temps qu’on allait avec l’Europe dépasser les nations…

« Je n’ai jamais pensé que construire l’Europe, c’était casser les identités nationales. Et je ne le pense pas davantage de la globalisation. Les tensions existent, mais on ne les réduira pas en niant la dimension de proximité. »

Le mot patriote ne vous fait donc pas peur ?

« Pas du tout. »

Et le patriotisme économique ?

« C’est autre chose… Il y a vingt ans, le contenu en importations des exportations (la part des composants étrangers dans un produit national vendu à l’étranger) était de 20 %. La proportion est aujourd’hui de 40 %, elle sera de 60 % dans vingt ans. Donc si le patriotisme économique, c’est vouloir consommer et exporter le plus possible des produits purement nationaux, cela n’a plus de sens. »

Lire la suite

Hollande : Le pays qui fera éclater la zone euro

Quel est le pays de la zone euro le plus endetté ? Ces gaspilleurs de Grecs, avec leurs généreuses pensions de retraite ? Les Chypriotes et leurs banques pleines à craquer d’argent sale d’origine russe ? Les Espagnols touchés par la récession ou les Irlandais en faillite ? Eh bien, curieusement, ce sont les Hollandais sobres et responsables.

La dette des consommateurs aux Pays-Bas a atteint 250% du Produit intérieur brut et c’est l’une des plus élevées au monde. À titre de comparaison, la dette des consommateurs espagnols n’a jamais dépassé les 125% du Produit intérieur brut.

La Hollande est l’un des pays les plus endettés au monde. Elle s’enfonce dans la récession et montre peu de signes d’amélioration réelle. La crise de l’euro traîne désormais depuis trois ans et, jusqu’à présent, elle n’avait infecté que les pays périphériques de la monnaie unique. La Hollande, cependant, est un membre central tant de l’Union européenne que de la zone euro. Si elle ne peut survivre dans cette zone, tout sera terminé.

Ce pays a toujours été l’un des plus stables et des plus prospères d’Europe, en plus d’être l’un des plus grands défenseurs de l’Union européenne. Il s’agit d’un membre fondateur de l’Union et d’un des partisans les plus enthousiastes du lancement de la monnaie unique.
Lire la suite

« Les conséquences apocalyptiques de la hausse des taux ! »

Par Charles Sannat

Mes chères contrariées, mes chers contrariens !

Avant de vous parler du fort mouvement de hausse concernant les taux d’intérêt dans le monde, je voulais juste revenir sur la baisse de l’or de la fin de la semaine dernière. Quelques jours après – il faut toujours un peu de temps pour que ces informations arrivent jusqu’à nous –, nous avons appris que les appels de marge avaient encore été augmentés, obligeant un certain nombre d’investisseurs à découvert à couper tout ou partie de leur position, ce qui entraîne toujours mécaniquement un afflux d’ordres ce qui pèse sur le cours de l’or.

Évidemment, ce n’est pas la seule mauvaise nouvelle pour l’or (à court terme j’entends), ni pour les actions quelle que soit leur place de cotation, ni pour les obligations !

La mauvaise nouvelle ? Les taux explosent à la hausse !

Avant de commencer à disserter sur ce sujet essentiel, voici quelques chiffres juste pour illustrer ce mouvement massif de hausse des taux :

- Emprunt à 10 ans USA 2,62 % à ce jour contre un plus bas dans la dernière année de 1,38 % ;

- Emprunt à 10 ans France 2,45 % à ce jour contre un plus bas dans la dernière année de 1,65 % ;

- Emprunt à 10 ans Allemagne 1,82 % à ce jour contre un plus bas dans la dernière année de 1,13 % ;

- Emprunt à 10 ans Italie 4,82 % à ce jour contre un plus bas dans la dernière année de 3,64 % ;

- Emprunt à 10 ans Espagne 5,05 % à ce jour contre un plus bas dans la dernière année de 3,94 %.

Plusieurs constats peuvent être tirés à l’appui de ces quelques exemples chiffrés:

Lire la suite

Ils jonglent avec 88 trillions de produits dérivés

Dans le monde des produits dérivés, la valse des zéros donne le tournis. Les traders d’UBS et du Credit Suisse y parient sur des dizaines de milliers de milliards de francs.

Les deux grandes banques suisses tenaient des paris sur 88 000 000 000 000 de francs en produits dérivés en 2012. Vous avez bien lu: le montant se chiffre en dizaine de milliers de milliards. C’est 993 fois le PIB Suisse. Les experts sont divisés: les uns assurent que les risques sont contrôlés, d’autres pensent que ces montants «effarants» menacent tout le système financier. Seule certitude: les deux banques suisses sont les plus grandes joueuses au monde. Les volumes de leurs paris conjugués sur des produits dérivés dépassent ceux des deux leaders mondiaux, JPMorgan et Deutsche Bank. Bienvenue dans la finance des ténèbres, où même la Banque nationale suisse a renoncé à compter tous les trillions.

Le Matin

Krach obligataire : la Fed n’est pas seule en cause

Les écarts de taux obligataires, les “spreads“, entre les pays périphériques de la zone euro et l’Allemagne se creusent. Certes, les tensions autour de la Fed jouent un rôle, mais les inquiétudes ont d’autres excellentes raisons de poindre à l’horizon.

Et si la crise de la dette souveraine revenait en Europe ? En dépit des incantations de François Hollande qui, voici deux semaines, avait décrété que la crise de la zone euro était terminée, en dépit également de la satisfaction de Mario Draghi qui, lors de sa dernière conférence de presse, a insisté sur l’effet apaisant de l’annonce de son programme OMT, les spreads sont de nouveau à la hausse.

Hausse des taux et des spreads

Lire la suite

Japon : Premier domino d’un krach obligataire mondial ?

Le Japon est un “insecte à la recherche d’un pare-brise” écrivait en 2011 l’investisseur américain John Mauldin. En 2013, il me semble que le pare-brise a été identifié et qu’il se rapproche  à grande vitesse.

Le Japon marche très loin devant nous, en éclaireur de la faillite collective. Il serait logique –  en l’absence d’autre événement perturbateur comme, par exemple, des émeutes et des résultats électoraux déroutants dans d’autres pays – que le krach obligataire qui menace les grands pays surendettés débute au Japon.

La bulle obligataire est actuellement proche de son paroxysme. Plus aucune voix audible ne dénonce les maléfices de la création monétaire. Les dithyrambes sur l’excellence de la politique  de Shinzo Abe confinent au grotesque.

Lire la suite

Gare au prochain tsunami financier

“Toutes les grandes défaites se résument en deux mots : trop tard”, affirmait le général MacArthur. Allons-nous attendre qu’il soit trop tard pour comprendre la gravité de la situation ? Allons-nous attendre qu’il soit trop tard pour rompre avec des stratégies qui nous mènent dans le mur ?

Officiellement, il y a eu 40 000 chômeurs supplémentaires en France en avril. Mais le ministère indique qu’en un mois, il y a eu 534 000 nouveaux inscrits à Pôle emploi. Si le chômage augmente de 40 000 personnes “seulement” c’est que, dans le même temps, 494 000 personnes quittaient les fichiers de Pôle emploi. “Presque la moitié ont repris un emploi”, indique le ministère. On en conclut qu’une moitié n’en a pas retrouvé : certains sont en stage, d’autres ont des problèmes administratifs mais, chaque mois, 80 000 ou 100 000 personnes arrivent en fin de droit.

Lire la suite

Indépendance des Banques Centrales et paradigmes culturels

par Jean Claude Werrebrouck

Le choix du modèle allemand de banque centrale qui s’est partout imposé à la fin du siècle dernier, fut facilité par la commune croyance en un nécessaire devoir de lutte contre l’inflation. Cette dernière très importante dans les années 70 était attribuée aux largesses de la politique monétaire que – selon la théologie monétariste de l’époque -  les Etats pratiquaient sans modération. De ce point de vue, le dessaisissement radical de la gestion monétaire au profit d’une banque centrale indépendante, organisme simplement soumis au maintien de la valeur de la monnaie, est apparu comme modèle à suivre.

Aujourd’hui, les difficultés d’une mondialisation intimement liée aux causes profondes de la crise en termes réels[1], questionnent le bel unanimisme. Mais surtout, la guerre des monnaies qui semble s’amplifier, passe par l’examen  des racines  culturelles nationales, paramètre  oublié au moment du grand basculement vers l’indépendance.

Mondialisation et racines culturelles oubliées

Les racines culturelles mises à l’écart des raisonnements économiques concernent au moins trois grandes conceptions de la liberté : l’anglo-saxonne, la française et, peut- être plus intermédiaire, la conception allemande.

Les deux premières sont assez radicales et très radicalement opposées.

L’anglo-saxonne fait de la liberté une dépendance de la propriété qui, selon la loi naturelle de Locke, est elle-même un bouclier au regard des agissements d’autrui. Je ne suis libre que si je dispose de droits de propriété eux-mêmes négociables sans restriction sur un marché.

Lire la suite

Ces 3090 milliards de dette virtuelle

Les engagements hors bilan de la France, qui représentent la somme de ce que l’État devrait verser s’il s’acquittait en une seule fois de toutes les sommes qu’il s’est engagé à payer dans le futur, ont été multipliés par trois en huit ans.

La dette de la France est-elle de 1833 milliards d’euros, comme le calcule l’Insee ou de 4923 milliards (246 % du PIB) comme pourrait le laisser croire, entre les lignes, la lecture du rapport de la Cour des comptes? La question n’est pas anodine.

La différence entre les deux chiffres – 3090 milliards d’euros! – correspond au montant des engagements hors bilan de l’État calculés par les sages de la rue Cambon. Il ne s’agit pas de dette à proprement parler: les engagements hors bilan représentent la somme de ce que l’État devrait verser s’il s’acquittait en une seule fois de toutes les sommes qu’il s’est engagé à payer dans le futur (retraite des fonctionnaires, prestations sociales ou éventuel sauvetage des banques et des États européens…). C’est pourquoi les deux montants (dette au sens de Maastricht et engagements hors bilan) ne peuvent pas s’additionner comptablement.

Lire la suite