Chine : La croissance serait tombée sous les 2%

Alors que les prévisions officielles dépassent les 7%, la croissance réelle serait de 1 à 2%, selon l’économiste Patrick Artus, qui souligne la stagnation de l’industrie chinoise. Elle est victime de coûts de production trop élevés.

Évoquant le comptage du nombre de participations à une manifestation, Maurice Thorez distinguait la statistique arithmétique et la statistique politique. Le gouvernement chinois est, on le sait, plutôt partisan de la seconde. Et ce à grande échelle.

Alors que les autorités évoquent pour la Chine une croissance du PIB de l’ordre de 7% cette année, celle-ci est en réalité tombée à un rythme de « 1 à 2% » l’an, selon Patrick Artus, directeur des études économiques de Natixis, et bon spécialiste de l’économie chinoise.

Une industrie désormais en stagnation
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Hong Kong : Les manifestations font plonger la bourse

Première conséquence du mouvement social, la place de Hong Kong a chuté ce lundi de près de 2%, touchant son plus bas niveau depuis deux mois et demi. La contestation inquiète les milieux d’affaires plus soucieux de préserver leurs bonnes relations avec Pékin que de défendre la démocratie.

Chine : À Hong-Kong, les manifestations pro-démocratie prennent de l’ampleur

Occupy Central, l’organisation pro-démocratie la plus en vue, a rejoint la campagne de désobéissance civile, fer de lance depuis plusieurs semaine des étudiants.

La situation se tend à Hong Kong. Les manifestants pro-démocratie étaient massés dimanche devant le siège du gouvernement local, déterminés comme jamais à obtenir de Pékin davantage de libertés politiques grâce à une campagne de désobéissance civile de plus en plus tendue.

Après une semaine de manifestations animées par les étudiants en grève pour dénoncer la décision de Pékin de limiter la portée du suffrage universel, Occupy Central, l’organisation pro-démocratie la plus en vue, a décidé de se jeter officiellement dans la bataille.

Environ 1500 personnes étaient rassemblées dimanche devant les bâtiments qui abritent le siège du gouvernement et du conseil législatif de Hong Kong. Samedi soir, ils étaient d’après les estimations de l’AFP plus de 10.000. Nombre de manifestants avaient quitté les lieux en promettant de revenir après une douche et quelques heures de sommeil, mais la police a empêché des centaines de personnes de gagner la zone dimanche, suscitant la colère des participants.
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Chine : Le shadow banking, ou la découverte du libéralisme par les épargnants chinois

De nombreux épargnants chinois financent le shadow banking sans le savoir au travers de produits patrimoniaux qui leur sont vendus par les banques. Les premiers défauts d’entreprises financées par cette voie totalement libéralisée pourraient causer leurs premières déconvenues.

Ralentissement de la croissance, exposition exponentielle au crédit, finance alternative hors de contrôle… malgré des messages qui se veulent rassurants de la part des autorités, la tension est palpable en Chine. L’une des craintes, citée régulièrement, est celle d’une implosion du système financier. Sans même aller aussi loin, les épargnants chinois sont en première ligne pour payer l’addition des excès de la finance de leur pays, en plein virage vers une économie de marché.

Un système bancaire classique inefficace

Pour comprendre, il faut s’intéresser au fonctionnement du crédit en Chine. Les banques commerciales, contrôlées par l’État, ne peuvent en effet prêter que dans la limite des taux d’intérêts définis par la banque centrale chinoise, la People Bank of China (PBOC). Dés que ceux-ci ne suffisent pas à garantir leurs risques, ce qui est presque toujours le cas pour les entreprises privées, elles ne prêtent pas.

C’est la raison pour laquelle la quasi totalité des liquidités injectées par la PBOC pour soutenir l’économie du pays, face au ralentissement mondial après 2008, sont venues nourrir les entreprises d’État et les gouvernement locaux.

Or, dans le cadre du rééquilibrage de la croissance axé sur une montée en gamme et une plus grande place accordée au marché, les autorités ont décidé de mettre l’accent sur les entreprises privées.

Le shadow banking comme substitut
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Chine : Comprendre l’ampleur de la pollution en 3 minutes

« Airpocalypse », c’est ainsi que les Chinois surnomment les situations d’extrême pollution qui plongent les grandes villes du pays dans un épais brouillard toxique. A mesure que le temps passe, le phénomène s’aggrave, et les records de contamination de l’air se succèdent à grande vitesse. Mais comment la Chine en est-elle arrivée là ?

Chine : “L’airpocalypse”

Cela fait plusieurs mois que les habitants de Pékin n’ont quasiment plus vu le ciel bleu. A la place, ils vivent sous une chape de pollution, dans un nuage permanent de microparticules qui cachent le soleil et encrassent les poumons.

A force de courir après la croissance, la Chine commence à en payer le prix, et il est élevé : l’environnement est sacrifié sauf l’autel du profit. L’”airpocalypse”, comme on le surnomme désormais, est peut-être la goutte d’eau qui pourrait faire déborder le vase.

Les Pékinois supportent de moins en moins leurs conditions de vie et commencent à se mobiliser contre cette pollution entêtante.

Reportage dans la capitale chinoise, à la rencontre de nouveaux contestataires et d’autorités qui ont bien du mal à réagir.

Faim de charbon
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Chine : Vers une explosion des cancers dus à la pollution

Lors de la 13e réunion annuelle du Forum des entrepreneurs de Yabuli, Ma Yun, plus connu sous le nom de Jack Ma, le fondateur et PDG de la principale entreprise de e-commerce chinoise, Alibaba.com, pourtant loin d’être un dissident, a mis de côté le questions de business pour évoquer dans son discours les problèmes de santé liés à la pollution en Chine.

Le principal entrepreneur de l’Internet en Chine, a mis en garde ses concitoyens contre la « crise du cancer » qui attend le pays en raison de la pollution, et a averti qu’aucune somme d’argent ne pouvait protéger les riches de ce risque.

Il a prédit que le cancer toucherait toutes les familles chinoises dans 10 ans. Il a également souligné que les citoyens devaient être plus respectueux de l’environnement et ne devaient pas uniquement se fier aux autorités :

« Il y a trente ans, combien de personnes connaissaient quelqu’un avec un cancer ? Le cancer était un mot rare. Maintenant c’est devenu une maladie courante. Le cancer du foie peut être lié à la pollution de l’eau ; le cancer du poumon a un lien avec notre air ; le cancer de l’estomac a quelque chose à voir avec notre nourriture.

La classe privilégiée a de l’eau propre, mais elle ne peut pas commander de l’air pur. Je crains que nous travaillions si dur, pour que finalement tout ce que nous gagnons parte en frais médicaux. Peu importe combien d’argent vous gagnez, si vous ne pouvez pas profiter du soleil, c’est vraiment une tragédie. »
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Chine – États-Unis : vers une nouvelle guerre du Pacifique ?

Les deux puissances se livrent actuellement une lutte d’influence pour la maîtrise du Pacifique. Cette bataille se déroule sur le terrain économique mais aussi et surtout sur le plan du déploiement militaire.

Un rapport récent dirigé par Pékin révèle que dans ces eaux maritimes dormiraient quelques 213 milliards de barils de pétrole, l’équivalent de 80% des réserves de l’Arabie Saoudite, les réserves de gaz naturel quant à elles seraient égales à cinq fois celles des Etats-Unis.

Le Talmud, un manuel d’économie en Chine

Les publications traitant du Talmud comme outil de réussite financière se vendent très bien en Chine. Une tendance assez particulière en rapport avec les stéréotypes sur la religion juive et le business que révèle Newsweek. De nombreux Chinois partageraient apparemment l’idée selon laquelle les attributs du judaïsme joueraient un rôle fondamental dans la maîtrise et le succès des techniques financières, et comme quoi le Talmud, un des textes fondamentaux du judaïsme, regorgerait d’indices sur la finance.

Juifs de Kaifeng. Ils seraient arrivés en Chine au IX siècle

Des titres comme Le Talmud décodé: 101 règles juives du business, Le Petit Illustré de sagesse juive ou Toutes les histoires de gains monétaires dans le Talmud partagent la même étagère que les biographies de Warren Buffett et de Bill Gates.

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L’Euro de la discorde

Par Laurent Faibis

Les différences entre les économies européennes ne sont pas gênantes dans le cadre de l’union monétaire. Mais en temps de crise et en l’absence de coopération, ces écarts accentuent les divisions, remarque un économiste français.

Les déséquilibres commerciaux et monétaires mondiaux exacerbent les tensions entre les grandes zones économiques, et entre les pays d’une même région. Le dernier G20 n’a fait que souligner les obstacles à une solution coopérative. Certes, il est probable que le bras de fer américano-chinois se terminera par un armistice. Car Wal-Mart a besoin des usines de Shanghai comme Pékin a besoin de Wall Street.

Face à ce grand marchandage, l’Europe se montre impuissante, passive, marginalisée, divisée. Dans la grande bagarre monétaire internationale, l’euro sert de variable d’ajustement. Après la crise grecque au Sud, la zone est de nouveau mise sous tension, cette fois au Nord, avec l’Irlande. Le risque d’une attaque possible des marchés financiers contre l’une des grandes économies de l’Europe du Sud, voire de la France, se précise.

D’autant que l’Union européenne se révèle incapable de mettre en place une véritable politique coopérative. A l’espoir d’une Europe unie a succédé une Europe multipolaire.

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Le protectionnisme menace de faire son grand retour

Sur fond de guerre des monnaies et de reprise molle en Europe et aux États-Unis, les velléités protectionnistes s’expriment de plus en plus ouvertement.

La contrebande en automobile – Une arrestation

Carte postale du début du XXème siècle

Chassez le protectionnisme, il revient au galop. Il y a un an et demi, le G20 s’accordait à Londres sur un plan de relance de l’économie mondiale sans précédent. Hantées par le spectre de la Grande Dépression des années 1930, les vingt premières puissances économiques de la planète décidaient d’une coordination jamais vue de leurs politiques économiques et s’engageaient résolument contre toute forme de protectionnisme. Ce refus du chacun pour soi s’est révélé un vrai succès. La grande spirale déflationniste a été évitée. L’économie mondiale a renoué avec une croissance qui devrait atteindre 4,7 % en 2010, selon le FMI.

Mais cette reprise inégale – le chômage reste très élevé aux États-Unis et en Europe – suscite des impatiences et réveille les tentations protectionnistes.

Chacun pour soi

En faisant tourner la planche à billets, la Réserve fédérale fait plonger le dollar et inquiète de nombreux pays émergents qui interviennent massivement pour contrer une appréciation trop rapide de leurs monnaies. À quelques semaines du G20 de Séoul, les grandes zones économiques craignent un retour du chacun pour soi. « Les tensions sur les questions des changes s’accroissent et il y a même des signes indiquant que cela pourrait mener au protectionnisme », a déclaré vendredi Yoon Jeung-Hyun, le ministre sud-coréen des Finances.
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Attaques inutiles contre le yuan

Alors que de nombreux pays pratiquent la dévaluation compétitive, dans la guerre des monnaies c’est la Chine qui se trouve dans le rôle du méchant.

Alors même que plusieurs pays – Japon, Suisse, Corée du Sud, Brésil – sont intervenus sur le marché des changes pour faire baisser la pression sur leur monnaie, et d’autres – Israël, Inde, Thaïlande, Australie – s’apprêtent à en faire autant, elle se trouve dans le rôle du principal accusé d’avoir volontairement sous-évalué sa monnaie. Une forme de concurrence déloyale qui lui permet d’inonder le monde de produits à prix cassés et de constituer des excédents commerciaux gigantesques. Aussi, au lieu d’investir et de dynamiser l’activité économique tant au pays qu’à l’étranger, elle se constitue une montagne de réserves.

C’est sur cette toile de fond que des nombreux politiciens, économistes et faiseurs d’opinion exigent une réponse musclée contre le géant asiatique.

Surtout aux États-Unis qui, au cours des sept premiers mois de l’année, ont importé du «Made in China» pour 193 milliards de dollars, contre des exportations de seulement 48,6 milliards. Dans un pays qui peine à se relever de la récession, où le chômage dépasse les 10% et qui, de surcroît, est à la veille des élections nationales, l’idée est populaire. Une fois n’est pas coutume, les démocrates se sont alliés à l’opposition républicaine et ont voté une loi qui prévoit de surtaxer les produits chinois.

Rien ne dit que Washington passera aux actes. Des menaces brandies maintes fois sont restées sans suite. Et pour cause: deux tiers des exportations chinoises sont le fait des multinationales américaines et Washington n’agira pas contre leurs intérêts. Les entreprises comme Apple, HP, Nike et Wal-Mart en seraient les plus grands perdants. Puis, sanctionner les produits en provenance de Chine serait un autogoal (but marqué contre son camp, NDLR); les consommateurs américains paieront quatre fois plus pour les produits fabriqués aux États-Unis.

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L’Afrique en manque de stratégie face à l’arrivée massive des Chinois

L’arrivée en force des opérateurs chinois sur le continent africain oblige les pays du Nord et d’Afrique à se remettre en question.

« Lorsque je veux construire une autoroute, il me faut cinq ans pour conclure avec la Banque mondiale. Avec la Chine, c’est réglé en quelques jours : je dis oui ou non, et je signe. »

C’est en ces termes que le président sénégalais, Abdoulaye Wade, résumait, lors du sommet Union européenne-Chine de 2007, la nouvelle alliance entre l’Empire du Milieu et les pays africains.

Ces dernières années, les investissements directs chinois en Afrique se sont taillés la part du lion, passant de 327 millions d’euros en 2003 à 5,2 milliards en 2008. Leurs échanges commerciaux, qui se montaient à 12 milliards de dollars en 2002, ont quasi décuplé pour passer aujourd’hui à 107 milliards de dollars. La Chine est devenue, après les USA, la deuxième partenaire de l’Afrique.

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Des guerres de l’eau à l’horizon

La seule véritable «guerre de l’eau» est intervenue entre deux cités-États de Mésopotamie… il y a quelque 4 000 ans.. Mais l’ONU presse les gouvernements d’intégrer la politique hydrique à leur agenda prioritaire.

Quand on entend parler du Yé­men, on pense souvent au recrutement de terroristes d’Al-Qaïda, comme l’auteur de l’attentat raté de Noël dans un avion de la Northwest Airlines. Mais la montée de l’intégrisme n’est pas la me­na­ce la plus grave à peser sur le Yémen. Le plus grand danger auquel doit faire face ce pays, c’est le manque d’eau.

La capitale yéménite, Saana, pourrait bientôt être à sec. «L’eau est la préoccupation principale des Yéménites au quotidien, selon Rianne Tenveen, qui travaille sur le terrain pour le Secours islamique. Ici, les gens passent une bonne partie de leur journée à réfléchir à la façon dont ils vont obtenir de l’eau et à se demander s’ils en auront assez.»

Selon les prédictions, les réserves d’eau de Saana – la capitale du pays – devraient être asséchées d’ici 2015. Il s’agit d’une mauvaise nouvelle pour le Yémen, mais aussi pour les pays voisins. «Le Yémen est un pays instable et a une économie en lambeau,» affirme Eugene Chausovsky, géopolitologue à la firme de renseignement Stratfor.

Selon l’ONU, le défi est maintenant de faire en sorte que les gouvernements intègrent la politique de l’eau à leur agenda prioritaire, au même titre que l’économie, l’énergie ou la sécurité. La coopération pour le développement doit y contribuer. Les innovations technologiques (notamment pour l’assainissement) et une coopération internationale accrue seront déterminantes pour prévenir les affrontements que pourrait susciter cette ressource en voie de raréfaction.

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Le retour des bulles spéculatives

Il n’aurait pas fallu longtemps après la récession pour que les bulles financières refassent leur apparition. Comment les identifier?

La montée en puissance de l’économie chinoise a une conséquence directe: ce qui se passe dans ce pays exerce aujourd’hui sur les marchés financiers une influence presque aussi considérable que les informations venues des États-Unis.

La Chine a retrouvé une croissance de 10,7% en rythme annualisé au quatrième trimestre 2009, ce qui conduit à une croissance sur l’ensemble de l’année de 8,7%. Ces chiffres remarquables dans un contexte de récession mondiale devraient réjouir. En fait, ils inquiètent.

Sur les marchés, les opérateurs craignent un coup de frein des autorités chinoises. Cela n’a d’ailleurs pas manqué: par différentes mesures techniques (hausse des réserves obligatoires des banques) ou plus autoritaires (on parle de plafonnement des crédits imposé à certaines banques), Pékin veut calmer le jeu et éviter qu’une croissance trop rapide ne débouche sur une accélération de l’inflation. L’inquiétude des marchés est sans doute excessive: les mesures prises aujourd’hui montrent simplement que la Chine avait vu un peu grand quand elle a conçu l’an dernier son plan de soutien à l’activité. Que la croissance du crédit soit un peu recalibrée n’est pas une mauvaise chose. Lire la suite

Pourquoi la Chine ne lutte-t-elle pas contre la contrefaçon ?

Téléphones contrefaits, copies de vêtements ou films piratés – comme Avatar, la super-production américaine tout juste sortie sur les écrans, déjà vendue en DVD pour 1 ou 1,5 euro – restent largement répandus en Chine, malgré les “efforts” du gouvernement.

Les grands rendez-vous politiques chinois donnent régulièrement lieu à des coups de balai, entraînant notamment une raréfaction du DVD pirate. Pareillement, avant les jeux Olympiques de Pékin en août 2008, les Pékinois avaient pu assister à un défilé de voitures de police remplies de films saisis.

La répression contre la contrefaçon entraînerait “des millions de pertes d’emplois,” y compris au sein d’industries légitimes travaillant pour ce secteur. Sauf très grande motivation : en 2008, pour les JO, “le gouvernement central a fait en sorte que tout le monde comprenne qu’il ne tolèrerait pas la reproduction illégale des produits dérivés.

Mais faux iPhone et faux sac Vuitton abondent, au point qu’un récent rapport américain dénonçait “les niveaux inacceptables” de la contrefaçon chinoise, qui engendrerait des milliards de dollars de manque à gagner pour les entreprises copiées.

Protectionnismes locaux et corruption sont le vrai problème,” explique Daniel Chow, de l’Université de droit d’Ohio (États-Unis). “Le gouvernement central est probablement sincère mais les gouvernements locaux ont des intérêts directs et indirects dans la contrefaçon, importante pour l’économie locale,” dit-il.
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Crise : 2010, l’année de tous les périls

Par Ambrose Evans-Pritchard.

Passée la première phase aiguë de la crise, la convalescence s’annonce pénible et douloureuse, tant étaient profonds et graves les déséquilibres de la période précédente. L’économie mondiale était tirée par l’inflation des actifs, la surconsommation américaine à crédit et le recyclage financier des déséquilibres, et elle ne repartira pas sur les mêmes bases. Certains États, à commencer par le Japon, plombés par le poids du sauvetage de la dette privée et le coût de la relance, sont menacés de sombrer dans un maelström de surendettement. Les écueils, nombreux, pourront-ils être évités ou provoqueront-ils de nouveaux naufrages ? Evans-Pritchard se livre au périlleux exercice des prévisions et dresse la carte des dangers, avec son habituel biais anti-européen.

La contraction de la masse monétaire M3 aux États-Unis et en Europe au cours des six derniers mois pénalisera la reprise économique tout au long de l’année 2010, avec le déphasage habituel d’un an ou deux. Ben Bernanke sera pris au dépourvu, comme il l’a été à la mi-2008 lorsque la Fed a grillé un feu rouge en évoquant la possibilité d’une hausse imminente de son taux directeur. Ce fut l’erreur de trop qui a déclenché l’implosion de Lehman, d’AIG et du système bancaire occidental.

Lorsque le rallye boursier de 2009 se heurtera à cette grande muraille de Chine qu’est la surcapacité mondiale, il deviendra évident que nous sommes aux prises avec la dépression du 21e siècle – qui s’apparentera davantage à celle de la « décennie perdue » du Japon plutôt qu’a celles des années 1840 ou 1930, mais ne sera en rien comparable aux cycles observés depuis la fin de guerre froide. Les pays exportateurs (Chine, Allemagne, Golfe) n’ont pas généré une demande suffisante pour compenser la réduction d’activité des pays déficitaires (monde anglo-saxon, club Méditerranée, Europe de l’est). L’immense déséquilibre commercial Est-Ouest qui a provoqué la crise du crédit n’a pas été comblé depuis un an et s’est peut-être aggravé. L’endettement des ménages relativement au PIB se situe près des niveaux record dans les deux cinquièmes de l’économie mondiale. Notre longue purge a à peine commencé. C’est l’éléphant que tout le monde feint d’ignorer, planté au beau milieu du salon planétaire.

Nous devrons admettre que le blitz de relance budgétaire, lancé pour arrêter la spirale d’effondrement de l’an dernier, a tout au plus transféré la charge de la dette privée sur les épaules des États, où elle pourra provoquer encore plus de dégâts si elle est traitée avec la même insouciance que manifeste aujourd’hui la Grande Bretagne.

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