Un kolkhoze ukrainien, 1967

Des envoyés spéciaux de “Cinq Colonnes à la une” sont allés à la rencontre de “Trois Russes en URSS” et ont partagé leur quotidien. Ce troisième et dernier reportage est consacré au paysan d’un kolkhoze, coopérative agricole.

Ce kolkhoze a été choisi par les autorités de Moscou, et les dirigeants du kolkhoze ont désigné une famille de paysans que les reporters ont suivis dans leur mode de vie.

Le kolkhoze Octobre se situe en Ukraine, dans la région du Kouban, il est très prospère malgré les difficultés du régime avec son agriculture. 6000 personnes dont 3000 travailleurs auxquelles il faut ajouter les instituteurs, les médecins, les vendeuses, les maçons y vivent.

Guerre des légumes chez les bobos

Qui aurait cru qu’acheter ses légumes allait devenir un acte politique ? Les hostilités ont débuté en juin dernier avec un brûlot posté sur le Web par un dénommé Benjamin Guilbault. Cet apiculteur qui fournit plusieurs Amap (Association pour le maintien d’une agriculture de proximité) s’en prend vertement à la Ruche qui dit oui, accusée de “tromperie” du consommateur et de manquements à “l’éthique”.

Il l’accuse, en gros, de faire son miel sur le dos d’une filière équitable et de proximité, alors qu’elle ne ferait que prolonger les “pratiques capitalistiques du marché”.

Une sorte de parasitisme d’une petite start-up maline dans l’écosystème idéal des associatifs.

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L’île aux cannibales (Rediff.)

1933. 6000 prisonniers ont été déportés sur l’île de Nazino sous le commandement de Staline. Ces déportés ont subi la torture et n’avaient ni vivres, ni eau, ils ont donc très vite dû apprendre à survivre dans un environnement qu’ils ne connaissaient pas. Aujourd’hui, cette île est appelée ‘l’île aux cannibales’. Pourquoi ? Et bien parce que les déportés ont été forcés de s’entre-tuer pour se nourrir du cadavre de l’autre, ils n’avaient d’autres choix.

Comment en est-on arrivé là ?

Les Soviétiques étaient en train de mettre en place le Socialisme et un million de vies n’était rien par rapport à cet objectif. Un million d’éléments déclassés, petits voleurs, bandits de petite envergure, fugitifs, nuisibles, tout y passait. Staline comptait ainsi coloniser des territoires tout en utilisant le travail forcé.

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Un agriculteur se suicide tous les deux jours

La Mutualité Sociale Agricole lance ce lundi un numéro d’appel pour les agriculteurs en difficulté, “Agri’écoute”. Depuis trois ans, la “Sécu des agriculteurs” lutte contre le phénomène, particulièrement important dans leur profession.

Par Manuel Ruffez

Car c’est l’une des professions les plus touchées par le suicide au travail.

La MSA a déjà mis en place des cellules de veille dans chacune de ses 35 caisses sur tout le territoire, mais elle veut aller plus loin. Avec la mise en place de ce numéro d’urgence (le 09.69.39.29.19, joignable 24h/24 et 7j/7 au prix d’un appel local), elle espère améliorer encore la détection des situations à risque.

Le suicide est la troisième cause de mortalité chez les agriculteurs, après les cancers et les maladies cardiovasculaires.

C’est d’autant plus vrai en période de crise, et les mois qui viennent s’annoncent à risque compte tenu des difficultés de certaines filières.

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L’homme qui plantait des arbres – Récit de Jean Giono (1953)

Nous devrions tous lire et relire ces quelques pages pour nous prouver que des petits gestes, répétés jour après jour avec patience, peuvent changer un coin du monde, que nos gestes à tous, une fois cumulés, peuvent changer le monde. Nous n’avons rien à demander à per­sonne. Aucune autorisation ne nous est néces­saire. Nous n’avons nul besoin d’attendre les prochaines élections ou de faire tomber le gouvernement. Nous sommes armés de nos volontés. Il nous suffit d’en prendre conscience comme Elzéard Bouffier le héros de Giono. Vous pouvez faire le changement, soyez le changement, faite votre choix.

Je préfère avoir des amis que des hectares

Un film “témoignage” de Thomas Ermel où Jean-Michel Miqueu vous invite au coeur de son métier d’éleveur sur le territoire du Val d’azun dans les Hautes-Pyrénées. Ce reportage ‘une vingtaine de minutes illustre les enjeux de l’activité en éclairant l’une des multiples réalités des éleveurs pyrénéens.

Portraits d’éleveurs

Stéphanie Calloc’h est éléveuse à Pouldreuzic, dans le Finistère. Son père, installé depuis 1983, lui a transmis la passion du métier. Aujourd’hui, elle travaille à ses côtés, ainsi qu’avec sa mère et son compagnon.

« J’aimerais pouvoir transmettre ce métier à mes enfants tout comme mon père et ma mère l’ont fait pour moi et mon grand-père pour ses enfants. »

Devenir l’associé d’un agriculteur et payer moins d’impôts

La Fédération nationale ovine et un fonds d’investissement parisien s’associent pour venir en aide aux jeunes agriculteurs. Comment ? En facilitant l’apport de capitaux extérieurs.


L’idée remonte à septembre 2012 :

Permettre à des investisseurs de donner un coup de pouce financier aux jeunes éleveurs souhaitant démarrer leur activité.

La Fédération nationale ovine et le fonds d’investissement Labeliance, spécialisé dans les fonds propres pour les PME-PMI, se sont alors associés afin de faciliter la transmission des exploitations détaillait le site de la Nouvelle République.

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Les insurgés de Notre-Dame-des-Landes

REPORTAGE - Punks, anarchistes, hippies sont plus nombreux que les écologistes radicaux à s’opposer au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes voulu par le premier ministre, Jean-Marc Ayrault. Voyage au cœur de cette nouvelle cour des Miracles anticapitaliste.

Par Raphaël Stainville

Il a mis des lunettes de plongée. Enfilé encore un masque à gaz. Caché le reste de son visage sous une capuche (…).

Depuis deux jours, il tient Girafe, l’une des nombreuses constructions érigées dans les bois pour tenter de contenir un éventuel assaut des gendarmes mobiles qui cherchent à déloger les opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Douve, pieux, pont-levis, rien ne manque à l’édifice. Une pancarte donne le ton pour ceux qui voudraient s’aventurer au-delà de cette palissade: «C’est pas les paysans et les squatteurs qu’il faut virer. C’est le capitalisme qu’il faut éliminer.»

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La Vie moderne

Fils de paysans, Raymond Depardon a fui la ruralité montagneuse pour la ville et revient rendre hommage à une vie qu’il juge moderne. Des regards, des gestes, des silences bien souvent plus éloquents que la parole. Ce qui frappe, c’est le hors-champ. La relation qu’a noué le réalisateur avec son sujet saute aux yeux et même si on ne voit jamais (ou si peu) le réalisateur à l’écran, c’est bien elle qui est au coeur du film. Il en ressort des moments touchants de vérité sur le mode de vie des paysans assortie d’une démonstration de cinéma. Aller vers le réel, sans fioritures et mise en scène, tel est le vrai sens de ‘La Vie moderne’.

Bande annonce.

http://www.dailymotion.com/video/x6uuol

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Paysage sans paysans: Les paysans, moteur de l’histoire ?

Il fait tellement partie du paysage qu’on ne le voit plus. Il faut au moins une sécheresse, une inondation, une alerte gouvernementale, une décision européenne, un salon de l’agriculture, les prix des céréales qui flambent pour nous nous rappeler l’existence du paysan.

Par Paul-Henri Moinet

La Pac, qui fête cette année ses 50 ans, n’échappe à cette injuste loi du silence politique et de l’indifférence citoyenne. Stéphane Le Foll, nouveau ministre de l’Agriculture, a beau nous expliquer que la réforme de la Pac reposera sur un modèle agronomique qui valorisera la diversité des agricultures, Pascal Canfin, ministre du Développement, a beau nous assurer qu’il veut développer le concept d’agriculture écologique intensive, on peine à les entendre.

Comme s’il fallait être paysan pour s’intéresser au mode paysan. Économiquement puissant, le monde paysan est démographiquement marginal, culturellement dominé, politiquement prudent, socialement peu visible.

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Biodiversité interdite ! Résistance Paysanne

Les semences paysannes sont celles qu’on ressème d’année en année, les adaptant progressivement aux méthodes de culture et aux terroirs. Elles ne sont ni des variétés “fixées”, ni des variétés “homogènes” ou “stables” comme celles inscrites dans le catalogue officiel des semences légales. Jargon juridique qui n’a aucun fondement, et dont le seul intérêt est de permettre aux jeunes multinationales de détruire 10.000 ans d’agriculture.

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Les gens aux commandes de ces tristes entreprises peuvent ainsi assouvir leur pathologique soif de monopole et de pouvoir.

Des paysans courageux et déterminés défendent en toute illégalité la biodiversité.

Site du Réseau Semences Paysannes

L’inquiétante volatilité des prix des matières premières agricoles

Le rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation de l’ONU tire le signal d’alarme sur la hausse des prix des denrées alimentaires.

Carte publiée en juin 2009 - Cliquez dessus pour l'agrandir

« Les stocks ont été regarnis en 2008 et en 2009, mais l’écart entre la réalité de ces stocks et l’évolution des prix sur les marchés est parfois considérable. En ce sens, nous vivons aujourd’hui le début d’une crise alimentaire similaire à celle de 2008 », s’inquiète, mardi 11 janvier, Olivier de Schutter, dans Les Echos, en référence à l’explosion des prix alimentaires de 2008, qui avait provoqué des émeutes de la faim dans une trentaine de pays dans le monde.

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Le micro-crédit fait des ravages en Inde

Ironie du sort, le pays où est né le micro-crédit est le théâtre de drames à cause du micro-crédit. Ces derniers mois, plusieurs paysans en situation de surendettement se sont donnés la mort. Un Etat est plus touché que les autres.

Le prix Nobel de la paix, Mohammad Yunus, l’inventeur du micro-crédit l’admet lui aussi : « Il faut mettre de l’ordre dans le micro-crédit » avant d’ajouter dans une interview donnée au journal français La Croix : « Le micro-crédit ne doit pas être présenté comme une opportunité pour gagner de l’argent. Il doit d’abord servir à créer de l’activité, à permettre aux plus démunis d’avoir un métier ».

Car si de nombreuses agences de prêt se targuent d’avoir une vocation d’aide et se disent solidaires, dans les faits, les agents de recouvrement sont souvent accusés de harceler les emprunteurs. Dans l’Etat de l’Andhra Pradesh, au Sud de l’Inde, les taux d’intérêts avoisinent parfois les 36%. Ces derniers mois, une cinquantaine de paysans croulant sous les dettes se sont suicidés dans cet État.

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Du colza pour dépolluer Tchernobyl

Pour réduire la contamination radioactive des sols, de nouvelles méthodes scientifiques sont expérimentées avec le soutien salutaire d’experts japonais.

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Près de vingt-cinq ans après la catastrophe [qui a eu lieu le 26 avril 1986], les habitants qui, en dépit des lois et des interdictions, sont restés vivre dans les environs de Tchernobyl ont peut-être enfin de quoi espérer.

Dans le cadre du CRDP, le Chernobyl Recovery and Development Programme [Programme de réhabilitation et de développement de Tchernobyl], développé par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), la région peut s’attendre à de véritables changements. La communauté internationale met l’accent sur la nécessité d’une transition vers une vie stable dans ces territoires où la contamination radioactive a diminué de façon significative depuis 1986.

Mais la situation reste peu réjouissante dans le domaine de la santé. Car des gens vivent encore sur les terres polluées par les radiations, y compris dans des villages d’où ils auraient dû être évacués depuis longtemps.

Contamination des cultures

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Géorgie : des Sud-africains pour travailler la terre

Le gouvernement géorgien mise tout sur l’installation de familles de fermiers blancs sud-africains pour relancer un secteur agricole autrefois florissant, écrit Kviris Palitra.

Berger en Géorgie

Il paraît que des fermiers blancs sud-africains vont bientôt poser leurs valises en Géorgie. Descendants d’Européens, les Boers viendront cultiver chez nous leurs légumes et élever leur bétail. Puis ils vendront leur production sur des marchés locaux, et, si l’affaire tourne, ils pourront même exporter.

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L’idéologie du travail

Par Michel Drac

« L’idéologie du travail » [par Alain de Benoist] est un texte court, mais nourrissant. On y trouve une des critiques les plus habiles et les plus convaincantes de la théorie marxienne. Si certains raccourcis peuvent choquer (par exemple l’ignorance de l’étape pourtant fondamentale de la réforme grégorienne dans le rapport de l’Occident au travail), dans l’ensemble, l’exposé tient la route.

Pour Alain de Benoist (AdB), l’idéologie du travail prend son origine dans la Bible : dès les premiers chapitres de la Genèse, l’homme est défini par l’action qu’il exerce sur la nature. Et cela, avant même la faute originelle, qui ne fera qu’aggraver les conditions dans lequel le travail est conduit.

Fondamentalement, l’homme est l’agent du travail dans l’idéologie biblique. En cela qu’il instaure un rapport instrumental entre l’homme et la nature, l’héritage hébraïque s’oppose donc à l’héritage grec, et il annonce, déjà, la technique moderne. L’homme est objet de Dieu, mais la terre est objet de l’homme. Une éthique, puis une morale, découleront inéluctablement de cette idéologie (l’éthique protestante, par exemple). Le capitalisme est, en partie au moins, un produit de l’idéologie hébraïque du travail.

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L’agrobusiness dans le monde : deux décennies de pillage

Avec cet aperçu de l’expansion de l’agrobusiness dans le système alimentaire mondial au cours des vingt dernières années, nous amorçons une réflexion sur ce qu’on peut attendre de ces entreprises dans les années à venir.

Au début des années 1990, une grande partie des pages de Seedling [littéralement : semis, jeune plant - publication de grain.org] étaient consacrées à des discussions sur les accords internationaux et les programmes de recherche publique. Les grandes sociétés apparaissaient certes dans ces discussions, mais surtout comme une menace à l’horizon, un groupe soutenant de façon agressive le modèle d’agriculture industrielle qui détruisait la biodiversité agricole. Vingt ans plus tard, la situation n’est plus du tout la même. Le pouvoir des grandes sociétés dans le système alimentaire s’est en effet étendu à pas de géants. Aujourd’hui, ce sont elles qui définissent les règles mondiales, tandis que les gouvernements et les centres de recherche publique suivent le mouvement.

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Monsanto critiqué pour sa vision à court terme

La polémique enfle en Inde. Monsanto reconnaît que le coton Bt, une variété d’OGM qu’elle produit, est devenu inefficace face aux déprédateurs.

Parodie d'une affiche de film - "Vous devez être génétiquement modifié pour résister aux produits toxiques, si vous voulez avoir une chance de survivre par ici. Par les producteurs de PCB, DIOXINE et AGENT ORANGE" (cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Le géant de l’agro-alimentaire Monsanto, qui se bat pour l’acceptation de la biotechnologie des OGM partout dans le monde, a reconnu que son coton Bt, la variété Bollgard I, était en passe de devenir inefficace face aux déprédateurs. La polémique enfle en Inde, d’autant plus qu’un moratoire a été lancé par le gouvernement au sujet de l’aubergine génétiquement modifiée de Monsanto.

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Troisième Guerre de l’opium

Certains critiques, particulièrement sarcastiques, affirment que la guerre en Afghani­stan est certes sans espoir, mais qu’elle protège pour le moins la culture du pavot [sur] l’Hindou Kouch. C’est ne voir cette culture que comme une conséquence de la guerre, alors qu’il apparaît clairement qu’il s’agit d’un des objectifs de guerre des Etats-Unis.

Carte par provinces, combinant risques pour la sécurité (plus la couleur est foncée, plus le risque est élevé) et culture du pavot à opium (en hectares). Source : ONU

93% de l’opium cultivé dans le monde, servant à la production de morphine et d’héroïne, viennent d’Afghanistan.

En 2007, il s’agissait de 8.200 tonnes, l’année suivante on en était à 8.300 ; la récolte de l’année dernière fut moindre, du fait d’une mauvaise récolte, il n’existe pas encore de données chiffrées.

Selon les Nations Unies, 95% de l’opium afghan sont transformés en héroïne, donnant ainsi 80 tonnes d’héroïne pure. Près de la moitié, soit plus de 35 tonnes, fut introduite en 2009 en Russie (selon des sources convergentes de l’ONU et de la police des stupéfiants russe). On peut supposer – car il n’existe pas de données concrètes – qu’une bonne partie est transportée plus loin, notamment dans les centres urbains de la Répu­blique populaire de Chine.

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Crise agricole : il faut sortir de la logique productiviste

A l’heure où 10 000 céréaliers français défilent à Paris à l’appel de la FNSEA, la Fédération Nationale d’Agriculture Biologique des régions de France (Fnab) défend dans un communiqué – relayé par l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique d’Alsace (Opaba) – l’importance de soutenir l’agriculture biologique, solution à la crise agricole.


La Fédération rappelle la situation intenable des exploitants en agriculture conventionnelle, dont la logique productiviste ne cesse de montrer ses limites : revenus en chute libre, endettement, faillites, sans compter les impacts sur l’environnement et la santé.

L’agriculture bio offre au contraire, selon la Fnab, « la possibilité pour les paysans de vivre décemment des revenus de leur travail. […] Cette crise historique, réelle et sérieuse de l’agriculture, poursuit-elle, ne doit pas être instrumentalisée par les organisations professionnelles pour prolonger un système qui en a été à l’origine. Comment comprendre que les plus grands bénéficiaires de la PAC aujourd’hui se retrouvent à défiler ? »

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Le Moyen Age et l’argent

L’argent au Moyen Age

Le Moyen Age n’a pas inventé le capitalisme. C’est un univers exotique dans lequel le don l’emporte sur le gain, le salut sur l’enrichissement, rappelle Jacques Le Goff dans un ouvrage lumineux.

Un échange peut accoucher d’un essai tonique. Le Moyen Age et l’argent, de Jacques Le Goff (86 ans), est né d’une conversation entre notre grand médiéviste et un autre historien, Laurent Theis, son ancien élève et éditeur. Alors que celui-ci lui demandait, en pleine crise des subprimes, si l’argent avait une place comparable dans le déclenchement des crises au Moyen Age, Le Goff se lança dans un de ces grands dégagements, clairs, précis, savants, dont il a le secret.

L’argent au Moyen Age, expliqua-t-il, n’a pas le sens englobant actuel de richesse. Le terme désignait alors le métal. Quant à la monnaie, elle mesurait la valeur des choses avant d’être un instrument d’échange.

Dans le système féodal, son usage est limité. Les biens sont distribués sous la forme de redevances en nature. La monnaie est donc rare jusqu’au XVIIIème siècle, même si elle est plus abondante entre les XIIIème et XVème siècles – période d’essor commercial et urbain – qu’aux siècles précédents. Dans la conscience d’un homme du Moyen Age, la richesse se mesure en terres, en hommes, en pouvoir, pas en argent monétisé.

Le clivage est entre le faible et le puissant (humiles/potentes), pas encore entre le pauvre et le riche (pauper/dives). L’enrichissement terrestre n’est d’ailleurs pas concevable. Le plus bel “investissement” est dans le salut, par l’aumône. Dans l’échelle des valeurs, le don l’emporte sur le gain, la charité sur le profit…

Le talent de Jacques Le Goff, c’est d’aborder l’époque en anthropologue, de nous faire accéder pas à pas à la conscience de cet homme médiéval si étranger, exotique, dit-il. Deux thèmes irriguent ce livre : le sort des monnaies et l’attitude de la chrétienté face à l’argent.

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Souveraineté alimentaire, que fait l’Europe ?

Ouvrage collectif soutenu entre autres par le réseau ATTAC : « Souveraineté alimentaire, que fait l’Europe ? ».

Bonne question.

L’Union Européenne est un pôle important lors de toutes les négociations internationales sur les questions agricoles et alimentaires. En 2013, le gel de la Politique Agricole Commune arrive à terme. La réforme de la PAC sera donc, à nouveau, à l’ordre du jour. Qu’attendre de Bruxelles dans ce cadre ?

Précision d’entrée de jeu : nous avons bien dit « attendre de Bruxelles », et non de Strasbourg, car, en ce qui concerne la PAC (40 % du budget de l’UE), le Parlement (élu démocratiquement) n’a sur l’essentiel qu’un pouvoir consultatif, tandis que la Commission (non élue) est seule habilitée à proposer des directives au Conseil des Ministres de l’Agriculture (c’est ce qu’on appelle la « démocratie européenne »). C’est à peu près la relation entre le Bureau Politique du Parti Communiste et le Soviet Suprême dans la défunte URSS, soit dit en passant.

Pour la bonne bouche, signalons encore que l’objectivité de la Commission ne paraît pas tout à fait indiscutable (on va dire ça comme ça). Exemple : la Commission s’est récemment félicitée publiquement des « bonnes relations » qu’elle entretient avec la Confédération des Industries Alimentaires et des Boissons (CIAA), soulignant le « traitement 5 étoiles » (sic) accordé à ce lobby. Pas triste.

Bref, donc : qu’attendre de Bruxelles ?

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Les Islandais ne paieront pas pour les banquiers

Les Islandais ont rejeté à 93% le remboursement, par leur gouvernement, de la dette contractée [auprès des] banques britanniques et néerlandaises, issue de la faillite d’une autre banque en ligne (Icesave). Pour le blogueur Michel Koutouzis, cela montre que les peuples sont prêts à se libérer de l’emprise du pouvoir financier.

Autour de 580 av. JC, Clisthène, qui avait entre temps cassé le monopole politique de l’aristocratie athénienne, promulgue une loi qui fera, dans les années à venir, la grandeur de la cité et sera à la base du « miracle grec ». Il supprime la dette de milliers de paysans, mettant ainsi fin à la pratique qui consistait à emprunter en [se] mettant soi-même en gage, c’est-à-dire, à transformer pratiquement les paysans pauvres et endettés en esclaves.

La fin du « gage sur le corps » mit fin, surtout, à une série de révoltes et d’instabilité sur le territoire athénien. Allant de pair avec les réformes politiques qui permirent à l’ensemble de la population de l’Attique à participer à la chose publique, cette réforme consacra la naissance de la démocratie.

Indépendance politique et libération économique
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Ombres chinoises

Trois articles – il y en a d’autres, mais nous avons trouvé ceux-ci particulièrement significatifs – sur l’Empire du Milieu.

Pour ceux qui pensent que la Chine dominera prochainement la planète, et pour les autres.

I – Chine et Etats-Unis butent sur leurs différends économiques

Les présidents américain et chinois ont soigneusement évité les sujets qui fâchent.

En visite en Chine cette semaine, Barack Obama et Hu-Jintao ont une nouvelle fois affiché leur volonté « d’adopter une stratégie de long terme et de développer les échanges et la coopération ».

En dépit de ces déclarations, les dirigeants n’ont pas avancé vers la résolution de leur principal contentieux économique : la sous-évaluation du yuan. Après s’être appréciée de près de 20 % en trois ans, la monnaie chinoise n’a pas bougé depuis l’été 2008. Elle reste fixée à 6,83 yuans contre 1 dollar, au grand dam des partenaires économiques de la Chine, au premier rang desquels figurent les Américains.

Barack Obama s’est contenté d’évoquer le sujet des changes, de façon très diplomatique, dans le communiqué publié à la fin de la rencontre. Le président dit avoir « noté l’engagement chinois, lors de précédentes déclarations, d’avancer progressivement vers un taux de change plus orienté vers le marché ». Et d’ajouter que « le faire sur la base des fondamentaux économiques serait une contribution essentielle à l’effort de rééquilibrage mondial ».

Derrière ces formulations prudentes, l’idée est toujours la même. Les Américains font pression pour que Pékin laisse s’apprécier le yuan, en soutenant que cela permettrait à la Chine d’être moins dépendante des exportations et de faire de sa demande intérieure, toujours très faible, un véritable moteur de croissance. Lire la suite