Les causes et les conséquences de la stagnation séculaire

Il y a six ans, lors des prémices de ce qui allait devenir la Grande Récession, un débat s’est fait jour parmi les «experts» des chaînes d’informations financières en continu quant à la nature de la crise économique qui venait d’éclater. Le principal point de friction de cette polémique résidait dans la forme que la récession prendrait aux Etats-Unis. Serait-elle en V, en U, en L ou en W? Cette question de soupe aux lettres peut paraître futile. Pourtant, les recommandations politiques pour combattre ou tout au moins mitiger la récession sont différentes en fonction de la lettre choisie.

Comme tout phénomène de mode, ce débat s’est peu à peu éteint quand d’autres questions d’actualité économique et financière – politique monétaire aux Etats-Unis, crise de l’euro et ralentissement de la croissance en Chine – ont pris le relai.

Pourtant, ces derniers mois, la dispute a resurgi sous une nouvelle forme et elle se joue à présent à un tout autre niveau. En effet, ce ne sont pas les hommes-troncs des chaînes d’information en continu qui débattent maintenant, mais un panel de macro-économistes universitaires, où l’on retrouve à peu près le who is who de l’école néoclassique-keynésienne dominante (voir sous www.voxeu.org).

La question n’est plus de savoir la forme de la récession dans la mesure où les principaux pays occidentaux industrialisés (à l’exception notable de l’Italie, qui semble connaître une récession en triple U, ou en UW, ce que personne n’avait osé prédire en 2008) ont plus ou moins renoué avec la croissance. Le débat porte désormais sur ce que d’aucuns appellent la «stagnation séculaire», une expression inventée par l’ancien secrétaire au Trésor américain, Larry Summers.

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Manichéisme et guerre économique

par Nicolas Mazzucchi

Prism aura finalement eu beaucoup de vertus. Au-delà du syndrome du « chevalier blanc » manifesté par E. Snowden qui révèle une certaine schizophrénie des valeurs américaines où l’affichage de la pureté et de la justice ne sauraient masquer le cynisme nécessaire à la raison de tout Etat, à fortiori de la première puissance mondiale, c’est surtout pour les Européens que cette affaire de cyber-espionnage aura été salutaire. Bousculant les aprioris sur les relations américano-européennes, Prism met en lumière une imparable réalité : le monde est dans l’ère de la guerre économique généralisée.

La vision traditionnelle des relations transatlantiques est fortement marquée par l’héritage de la Guerre Froide, où ne pas choisir les Etats-Unis, même à minima comme le fit le général de Gaulle, revenait à choisir l’URSS. Mis à part la Finlande dont la neutralisation était devenue un enjeu entre les deux puissances, chaque pays eut à choisir clairement son camp. Le cas italien est à ce titre tout à fait révélateur puisque le choix du Plan Marshall et ensuite l’Alliance atlantique par A. De Gasperi en 1947 et 1949 signifia l’expulsion des communistes du gouvernement et la fin du dernier « compromis ».

De cette époque reste la vision manichéenne du monde où l’Occident – sans vouloir dire l’Atlantique Nord – formerait un bloc uni face au reste du monde. Cette vision binaire des relations internationales, forgée par l’influence culturelle issue du Plan Marshall, se perpétue jusqu’à nos jours grâce à un travail de fond des Etats-Unis via certains organismes comme le German Marshall Fund ou la French-American Foundation pour ne parler que du cas français. D’ailleurs cette appréhension américaine du Vieux Continent ne se limite pas à l’époque de la Guerre Froide comme le rappelle M. Foucher (1), puisque les Etats-Unis n’ont eu de cesse de développer des concepts pour l’Europe, comme celui d’Europe Ouverte de G. W. Bush en 2001.

Or si cette appréhension du monde reste vraie dans un cadre géopolitique traditionnel où l’OTAN, en l’absence – provoquée – d’une Europe de la Défense constitue le référentiel de défense des pays d’Europe, elle est particulièrement inexacte dès que l’on bascule dans la géoéconomie. Non seulement l’OTAN ne peut servir de cadre à une telle alliance géoéconomique pour des raisons structurelles (2), mais elle serait en outre contraire aux intérêts de ses membres.

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La Grèce, cette victime

par Paul Krugman

Depuis que la Grèce a touché le fond, beaucoup de choses circulent à propos de tout ce qui est grec et qui ne va pas bien. Certaines accusations sont vraies, d’autres fausses, mais toutes manquent de pertinence.

Oui, l’économie grecque souffre de gros problèmes, ainsi que son système politique et sans nul doute sa société. Mais ces problèmes ne sont pas la cause de la crise qui déchire aujourd’hui la Grèce et qui menace l’Europe toute entière.

Non, l’origine de ce désastre se situe bien plus au nord, à Bruxelles, Francfort et Berlin, là où les responsables politiques ont créé un système monétaire profondément biaisé – qui sera peut-être fatal – puis qui ont aggravé les problèmes de ce système en substituant des leçons de morale à l’analyse. Et la solution à cette crise, si elle existe, devra venir du même endroit.

A propos de ces échecs grecs : la Grèce connaît, il est vrai, beaucoup de corruption et de fraudes fiscales, et le gouvernement grec a depuis longtemps l’habitude de vivre au-dessus de ses moyens. De plus, la productivité du travail en Grèce est faible selon les normes européennes – environ 25% de moins que la moyenne de l’Union Européenne. Cependant, il est bon de noter que la productivité du travail dans l’état du Mississippi par exemple est aussi faible, selon les normes américaines – avec le même écart.

D’un autre côté, beaucoup des choses que l’on entend à propos de la Grèce ne sont tout simplement pas vraies. Les Grecs ne sont pas paresseux – au contraire, leurs journées de travail sont plus longues que celles de la plupart des autres Européens, et bien plus longues que celles des allemands, pour être précis.

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Ces Européens révoltés

par Paul Krugman

Les Français se rebellent. Les Grecs aussi. Et il était grand temps!

Il s’est tenu des élections dans ces deux pays dimanche, qui se sont révélées être des référendums à propos de la stratégie économique européenne actuelle, et dans les deux pays, les électeurs l’ont rejetée. Il n’est pas évident de savoir comment ces votes vont mener à des changements rapides de politique, mais le temps semble compté pour la stratégie de la relance par l’austérité – et c’est une bonne chose.

Qu’est-ce qui ne va pas dans cette ordonnance qui prescrit des coupes dans les dépenses comme étant le remède des maux de l’Europe ? L’une des réponses tient au fait que la fée de la confiance n’existe pas – c’est-à-dire que les affirmations selon lesquelles les réductions drastiques des dépenses de l’état encourageraient les entreprises et les consommateurs à dépenser davantage ont été réfutées de façon indiscutable par les deux années que nous venons de vivre. Ainsi, la réduction des dépenses dans une économie déprimée ne fait que renforcer la dépression.

L’une des réponses – une réponse qui est plus sensée que ce que presque tout le monde en Europe est prêt à admettre – serait de casser l’euro, la monnaie unique de l’Europe. L’Europe ne se trouverait pas dans cette situation si la Grèce avait encore la drachme, l’Espagne sa peseta, l’Irlande sa livre, et ainsi de suite, parce que la Grèce et l’Espagne auraient ce qu’elles ne possèdent pas aujourd’hui : un moyen rapide de restaurer la compétitivité et de donner un coup de fouet aux exportations, à savoir une dévaluation.

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Pas assez d’inflation !

par Paul Krugman

Il y a quelques jours, Alan Greenspan, l’ancien président de la Réserve Fédérale, a pris ouvertement la défense de son successeur. Les attaques des républicains à l’encontre de Ben Bernanke sont “totalement inappropriées et destructrices” a-t-il déclaré au Financial Times. Là-dessus, il a raison et c’est l’une des rares choses que l’ex-maestro a bien comprises au cours des dernières années.

Non, la vraie raison pour laquelle les attaques de la droite à l’encontre de Bernanke sont si destructrices, c’est qu’elles démontrent un vrai effort de malmener la Fed pour l’amener à faire exactement ce qu’il ne faut pas. Ceux qui attaquent veulent que la Réserve Fédérale freine des quatre fers alors qu’elle devrait au contraire appuyer sur l’accélérateur ; ils souhaitent que la Fed étouffe la relance alors qu’elle devrait faire bien davantage pour l’accélérer. En fait, la droite veut que la Fed soit obsédée par l’inflation, alors qu’il est évident que nous nous porterions mieux si la Fed se souciait moins de l’inflation et davantage du chômage. En effet, un peu plus d’inflation serait une bonne chose, pas une mauvaise chose.

Bon, je sais que bon nombre des lecteurs sont déjà indignés. Mais soyez patients et laissez-moi décomposer ceci en différentes étapes.

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Les monnaies plurinationales finissent toujours par exploser

Entretien avec François Asselineau président de l’UPR.

…Vous avez raison de préciser « autorisés », puisque ce sont toujours les mêmes prétendus experts qui sont « autorisés » à parler dans les médias. Pendant près de vingt ans, avant et après le traité de Maastricht, ils nous ont expliqué que l’euro serait un miracle économique, porteur de croissance, de protection et de stabilité. Depuis deux ans, ils nous expliquent que la sortie de l’euro signifierait la guerre, l’Apocalypse, ou le fascisme !
N’est-il pas un peu fort que les seuls « autorisés» à plastronner dans les médias sont ceux dont toutes les prévisions antérieures ont été démenties à 100 % par les événements ? Ce que l’on constate aujourd’hui, c’est une inflation rampante, un million d’emplois industriels perdus, le taux de croissance régional le plus bas au monde et des États en faillite les uns après les autres, excusez du peu ! Nous servons à présent de variable d’ajustement des stratégies économiques de la Chine et des États-Unis.

Pourtant, d’autres voix et non des moindres se font entendre : Joseph Stiglitz et Paul Krugman, tous deux prix Nobel d’économie. Le premier a écrit en janvier 2012, faisant un parallèle entre l’étalon-or dans lequel étaient englués les pays développés après la crise de 1929 et l’euro aujourd’hui : « ce sont les premiers pays à l’avoir quitté qui s’en sont sorti le mieux ». Le second que « vu comme le système se comporte, l’Europe se porterait sans doute mieux s’il s’écroulait plutôt aujourd’hui que demain ». En France, Alain Cotta, Jacques Sapir et Emmanuel Todd disent à peu près la même chose. Les contraintes de la réalité sont en train de balayer les affirmations idéologiques de tous ces économistes et décideurs qui refusent de comprendre les enseignements de l’histoire. Car l’histoire monétaire mondiale a montré, depuis l’Antiquité, que toutes les monnaies plurinationales finissent toujours par exploser.

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De quoi l’Europe souffre-t-elle ?

Lisbonne, Portugal – Ici, tout va très mal puisque le taux de chômage dépasse les 13 pourcent. C’est encore pire en Grèce, en Irlande et d’une certaine façon en Espagne et l’Europe toute entière semble glisser vers une nouvelle récession.

Pourquoi l’Europe est-elle devenue le malade de l’économie mondiale ? Tout le monde connaît la réponse. Malheureusement, la majeure partie de ce que les gens savent n’est pas la vérité - notre discours économique est plein d’histoires fausses quant aux maux dont souffre l’Europe.

Si on lit un éditorial à propos de l’Europe - ou, comme trop souvent, un article censément factuel - on y rencontrera très certainement l’un des deux récits que je me représente comme le récit républicain et le récit allemand. Aucune de ces deux histoires ne colle à la réalité.

Le récit républicain - et c’est l’un des thèmes centraux de la campagne de Mitt Romney - veut que l’Europe ait des problèmes car elle en a trop fait pour aider les pauvres et les moins chanceux, et que nous assistons aux derniers souffles de l’état Providence. D’ailleurs, cette histoire est une histoire révérée par les républicains depuis très longtemps : en 1991, lorsque la Suède souffrait d’une crise bancaire causée par les dérèglements (ça vous rappelle quelque chose ?), le Cato Institute a publié un rapport triomphant démontrant que c’était l’échec du modèle de l’état Providence.

Ai-je mentionné le fait que la Suède, qui possède toujours un état Providence très généreux, est aujourd’hui un pays ultra performant, avec une croissance économique plus rapide qu’aucun autre pays développé ?

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La Souffrance sans bénéfice

La semaine dernière, la Commission Européenne a confirmé ce que tout le monde soupçonnait : les économies qu’elle analyse sont bien en recul et non en développement. Il ne s’agit pas encore d’une récession officielle, mais la seule vraie question est de savoir quelle sera la teneur effective du ralentissement.

Et ce ralentissement économique touche des pays qui ne se sont jamais remis de la dernière récession. Malgré tous ses ennuis, l’Amérique a finalement vu son produit intérieur brut surpasser son pic d’avant la crise ; ce n’est pas le cas de l’Europe. Et les souffrances de certains pays sont au niveau de la Grande Dépression : la Grèce et l’Irlande subissent des baisses de rendement à deux chiffres, l’Espagne a un taux de chômage de 23 pourcent, la crise britannique dure depuis plus longtemps que celle des années 1930. Encore pire, les dirigeants européens - et quelques personnages clés ici - sont toujours convaincus par la doctrine économique responsable de ce désastre.

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Islande qui rit, Irlande qui pleure

Par Ambrose Evans-Pritchard – The Daily Telegraph, 08/12/2010

Les deux îles ont été entraînées dans la récession par les excès de leurs banques. Mais l’une est dans la zone euro, l’autre pas. Et cela fait toute la différence.

L’économie islandaise a progressé de 1,2 % au troisième trimestre et la reprise devrait se confirmer en 2011. Le pays sort ainsi d’une profonde récession imputable aux « nouveaux vikings », les dirigeants des banques Landsbanki, Glitnir et Kaupthing, qui ont provoqué l’effondrement du système financier islandais en septembre 2008.

A l’instar de l’Irlande, dont les banques se sont également livrées aux pires excès, l’Islande a vu son PIB reculer d’environ 11 % [en deux ans], mais dans un contexte d’inflation qui entraîne une dévaluation de ses emprunts. L’Irlande, elle, est soumise au régime déflationniste de l’Union monétaire européenne qui alourdit le poids de sa dette.

Le déficit budgétaire islandais atteindra 6,3 % en 2010, avant de laisser place à un excédent. Celui de l’Irlande s’établira à 13 % (32 % avec le renflouement des banques) et ne devrait guère s’améliorer en 2011. La crise n’a pas non plus frappé partout avec une égale brutalité. En Irlande, le taux de chômage atteint 14,1 %, tandis que dans le pays nordique, après un pic de 9,7 %, il est retombé à 7,3 %.

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Irlande, Etats-Unis : l’enfer de la globalisation néolibérale

La crise économique ne cesse de faire sombrer l’Europe et ses Etats membres les plus fragiles. Les Etats-Unis s’essoufflent. Pour Laurent Pinsolle, un seul constat s’impose : l’échec de notre système économique construit voici 40 ans.

Gustave Doré, illustration pour L'Enfer de Dante

Les années que nous vivons ont le bénéfice indéniable de faire prendre conscience à beaucoup des réalités du système économique qui a été construit depuis quarante : il est inefficace, injuste et instable, comme le montrent les exemples irlandais et étasunien.

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La «tension psychologique insurrectionnelle»

Par Philippe Grasset

Honoré Daumier, "L'insurrection" (1860)

(…) Dans Notes sur l’impossible “révolution” du 24 septembre 2009, sur dedefensa.org, était exprimée la conviction que les mouvements d’insurrection et de révolte auxquels nous avons l’habitude de nous référer sont définitivement dépassés parce que totalement inefficaces, voire contreproductifs.

Pour diverses raisons exposées dans l’analyse, de tels mouvements sont condamnés par avance s’ils prétendent obtenir directement un résultat décisif correspondant au but d’insurrection de ceux qui l’initient. Pour moi, c’est un fait indiscutable, même si le mouvement parvient à un résultat tangible.

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Un bain de sang

Par Paul Krugman

L’ancien sénateur américain Alan Simpson est une Personne Très Sérieuse, c’est sûr : après tout, le président Barack Obama l’a nommé co-président d’une commission spéciale sur la réduction du déficit. Alors voici ce que le très sérieux Simpson a dit vendredi :

J’ai hâte d’assister au bain de sang en avril… Quand la limite de la dette sera atteinte, ils vont regarder autour d’eux et ils vont se dire ‘bon sang, et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?’ On a des gens qui n’approuveront l’extension de la limite de la dette que si on leur donne de la chair fraîche (c’est-à-dire une réduction des coûts). Et bigre, ça va être un bain de sang inouï.

Voyez la soif de sang de Simpson comme une nouvelle preuve que États-Unis sont dans un état bien pire, bien plus proche d’un effondrement politique que la plupart des gens ne l’imaginent.

Un peu d’explications : il y a une limite légale à la dette fédérale, qui doit être relevée périodiquement si le gouvernement gère toujours des déficits, et cette limite sera de nouveau atteinte au printemps prochain. Et comme personne, pas même le plus angoissé des angoissés du déficit, ne pense qu’on pourra équilibrer le budget immédiatement, la limite de la dette devra être relevée pour éviter une suspension des activités gouvernementales. Mais les Républicains vont sans doute essayer de forcer le Président à faire des concessions politiques en prenant, dans les faits, le gouvernement en otage : ils l’ont déjà fait auparavant.

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Les britanniques victimes de la mode

Par Paul Krugman

Au printemps 2010, la rigueur fiscale est devenue une mode. J’utilise le terme en connaissance de cause : le soudain consensus des Gens Très Sérieux autour du fait que tout le monde devait équilibrer les budgets là maintenant tout de suite n’était basé sur aucune espèce d’analyse sérieuse.

C’était plutôt une lubie, un truc que tout le monde prétendait croire parce que c’était ce que disaient les gens en vue.

Et c’est une mode qui est en train de passer ces derniers temps, à mesure que s’accumulent les preuves que les leçons du passé restent pertinentes, que chercher à équilibrer les budgets dans un contexte de chômage important et d’inflation en recul reste une idée vraiment mauvaise. Plus particulièrement, on a montré que la fée de la confiance n’était qu’un mythe.

L’idée que la réduction des déficits ferait en fait baisser le chômage car elle rassure les consommateurs et les entreprises est très répandue ; mais de nombreuses études historiques, dont l’une du Fonds monétaire international, ont montré que cette affirmation n’avait aucun ancrage dans la réalité.

Aucun engouement de masse ne passe, néanmoins, sans laisser quelques victimes dans son sillage. Dans le cas présent, les victimes sont la population britannique, qui a la malchance d’être gouvernée par un gouvernement qui a pris ses fonctions au plus fort de l’engouement pour la rigueur, et qui ne veut pas admettre qu’il avait tort.

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Le Nobel d’économie attribué à trois spécialistes du chômage

Peter Diamond, Dale Mortensen et Christopher Pissarides ont expliqué pourquoi le chômage ne peut pas disparaître.

Après avoir récompensé Paul Krugman en 2008 puis Elinor Ostrom, la première femme de son histoire, l’an dernier, le Comité Nobel a primé lundi en économie trois spécialistes du marché de l’emploi. Les Américains Peter Diamond et Dale Mortensen ainsi que le Britannico-Chypriote Christopher Pissarides sont les premiers à avoir décrit le fonctionnement du marché du travail et ses inefficacités. «Au-delà de l’emploi, ils ont ouvert des domaines entiers de recherches», commente le professeur d’économie George Sheldon, de l’Université de Bâle.

Jusqu’à leurs travaux, entrepris dès les années 1960, la théorie économique classique postulait que le taux de chômage devait être inexistant dans un monde idéal, la demande de travail devant correspondre parfaitement à l’offre.

«Ils ont expliqué pourquoi le jeune diplômé doit lui-même rechercher son premier job», résume Rafael Lalive, professeur d’économie à l’Université de Lausanne.

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Le revenu des New-Yorkais enregistre sa première chute en 70 ans

Il y a de ces chiffres qui ont le pouvoir de résumer à eux seuls la quintessence d’une époque. C’est le cas de celui qui est diffusé par la chaîne américaine d’information économique CNBC dans un article intitulé « New Yorkers’ Income Falls for 1st Time in 70 Years ».

Ces soixante-dix ans nous ramènent donc en 1940, deux ans avant l’irruption des États-Unis dans la Deuxième Guerre mondiale, mais surtout dix ans après le début de la Grande Dépression des années 1930. Et comme à l’époque, la crise actuelle trouve son origine à Wall Street. Il y a donc une certaine justice à ce que les New-Yorkais essuient les conséquences de leurs excès.

Mais cette maigre satisfaction ne devrait pas nous faire perdre de vue que le revenu des New-Yorkais avait chuté pendant dix ans avant de se stabiliser en 1940, et que les malheurs de New-York s’étaient alors propagés à la terre entière dans un contexte où l’économie mondiale était beaucoup moins intégrée qu’elle ne l’est aujourd’hui.

Il faut donc se rendre à l’évidence, l’économie mondiale est entrée dans une phase de dépression, et comme c’est toujours le cas dans une situation de cette ampleur, elle n’en ressortira qu’au bout d’une assez longue période de vaches maigres. Fort probablement une dizaine d’années, comme ce fut le cas la dernière fois.

Mais alors, me direz-vous, comment se fait-il que les autorités des pays visés refusent de donner l’heure juste à leur population et continuent à lui laisser miroiter l’espoir d’une reprise rapide ? Il y a à cela deux raisons principales qui s’opposent en apparence comme le vice et la vertu mais qui se réconcilient parfaitement comme vous le verrez, et qui permettent de comprendre le débat en cours aux États-Unis sur les enjeux économiques gigantesques auxquels ce pays est désormais confronté.

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La relance bute sur l’endettement

Par Bruno Bertez

Nous avons passé l’été aux Etats-Unis. En Californie et au Nevada. Toujours autant de voitures sur les routes, des hôtels « sold-out » [complets], des files d’attente dans les restaurants de qualité. Les parkings de Wholefoods, le distributeur « green » [vert] à la mode, qui vend tout au double du prix normal, sont complets.

Voilà pour la première impression. La seconde est différente. Les sorties d’autoroutes sont bordées de mendiants, homeless, sans domicile ; les angles de rues sont occupés par des hommes sandwichs qui agitent des panneaux publicitaires pendant des heures en plein soleil pour quelques dollars. Les magasins populaires du type Wal  Mart sont sinistres, déprimants, ils ne cessent de baisser la qualité et les prix pour s’adapter à l’appauvrissement de leur clientèle.

Dans les endroits les plus favorisés de la Californie, dans la Silicon Valley, un immeuble de bureaux sur cinq est vacant, une boutique sur six est fermée. A chaque coin de rue, fleurissent les panneaux à vendre ou à louer. Le petit commerce, les petites entreprises sont fermées, les vitres badigeonnées. Le Nevada est couvert de chantiers arrêtés; les casinos populaires sont fermés, sans repreneurs, à l’abandon.

La crise est bien là. Mais ce n’est pas la fameuse destruction créatrice, l’élimination du gaspillage, c’est le laminage des couches moyennes et inférieures de la population.

Le chômage officiel est de 9,6%, mais le vrai chiffre significatif c’est celui de la statistique U6 du Bureau du Travail, le BLS, c’est 16,7%.

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Automne 2010 : la course à la ruine généralisée

Par Jean-Claude Werrebrouck

Ce que nous appelions fordisme boiteux dans l’article du 19 juillet dernier correspondait à la construction – depuis la fin des Trente Glorieuses – d’un désajustement macroéconomique entre offre globale et demande globale. La mondialisation (étape 2) permet d’échapper au partage classique des gains de productivité. Mais la demande globale se maintient par « artificialisation de la plus value relative » (étape 3), mais aussi par la magie financière au profit des ménages (étape 4) et la magie financière au profit des vieux Etats-providence (étape 5). La crise elle-même apparaissant comme le dépassement des limites autorisées par la fuite en avant par la dette et donc, la dislocation de la magie financière.

Nous disions aussi qu’il n’y aurait pas de rétablissement du paradigme perdu.

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L’Europe de Maastricht et Lisbonne à bout de souffle

Par Laurent Pinsolle

Depuis quelques semaines, l’Europe est sous le feu de la rampe, mais rarement de manière très positive. Refus de Barack Obama de participer à un sommet européen, crise économique et financière. Le vieux Continent va mal. La faute à une construction européenne mal conçue.

L’euro, une catastrophe économique

Au début des années 90, on nous avait vendu la monnaie unique comme un moyen pour les européens de retrouver une forme de souveraineté monétaire face au dollar, d’avoir une croissance plus forte. Les dix dernières années montrent bien que l’euro est un très lourd boulet accroché aux pieds des économies européennes. Car l’euro est extrêmement surévalué, d’encore 25% aujourd’hui, puisque les économistes estiment qu’il devrait coter entre 1,05 et 1,1 dollars. La baisse récente est insuffisante.

La meilleure preuve est la comparaison des performances économiques de la zone euro et des Etats-Unis, depuis deux ans. Alors que les Etats-Unis sortent de la récession vivement, avec une croissance du PIB de plus de 5% en rythme annuel au 4ème trimestre, la zone euro atteint péniblement… 0,4% le même trimestre ; le tout, sachant que la récession a été plus violente de notre côté de l’Atlantique, où le PIB a baissé globalement de 4% en 2009, contre 2,5% aux Etats-Unis.

Il y a un immense paradoxe économique à ce que la récession soit moins violente outre-Atlantique, alors que la crise financière y a été beaucoup plus dure, que le désendettement des ménages est plus violent et que des millions d’étasuniens ont été privé de logement et d’emploi. Comme le souligne Paul Krugman, la raison est simple : la sous-évaluation du dollar a donné une bouffée d’oxygène aux industriels, alors que l’Europe traîne la surévaluation de l’euro comme un boulet attaché au cou de ses industriels.

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Bourse : avec l’informatique haute fréquence, certains «savent, tout simplement…»

Ces mois de crise qui n’en finissent pas, et ne sont pas prêts de le faire, auront déjà été l’occasion de multiples et étonnantes découvertes. Non pas en raison de l’attitude de ses principaux acteurs – sans surprise, la plupart d’entre eux restant rigoureusement dans leur rôle – mais à cause de l’inventaire en cours des petites merveilles que contient la boîte à outils de la finance, désormais que son couvercle est un peu ouvert.

Il est devenu courant, parfois même dans les milieux bien-pensants, d’évoquer la partie fantôme du monde de la finance et de reconnaître qu’un secteur important de celle-ci échappe, faute d’être à ciel ouvert, à toute inventaire. De la même manière que l’on s’est mis à parler de l’économie réelle, comme si une partie d’entre elle ne l’était pas.

Des esquisses de la finance fantôme peuvent commencer à être tracées, en s’appuyant sur de premiers repères : centres non coopératifs (paradis fiscaux), structured investment vehicles (structures de parking d’actifs), hedge funds (mercenaires de la finance), etc. On parvient à distinguer, dans ces coulisses dépourvues de tout éclairage, un petit monde assez mystérieux qui actionne toute une machinerie complexe, aux rouages qui nous dépassent. Jouant de commodités, semble-t-il, d’autant plus décisives qu’elles restent dans l’ombre.

On finit par pressentir que le monde visible de la finance a un double qui ne l’est pas, et qui joue pourtant un rôle fonctionnel. Etablissant le parallèle avec le double langage que les membres de sa confrérie pratiquent couramment, s’étant donné entre initiés des raisons d’être distinctes de celles qu’ils affichent pour la galerie (soutenir l’économie). Lire la suite

Les banques supplient la BCE d’acheter de la dette

Jusqu’où les taux grecs peuvent-ils monter ? Et pendant combien de temps l’euro va-t-il baisser ? Les marchés sont engagés dans une course que rien ne semble pouvoir arrêter. Vendredi 7 mai, le rendement des obligations grecques a de nouveau crevé le plafond : plus de 12 % pour les emprunts d’Etat à dix ans et 18 % pour les emprunts à deux ans.

- Vite ! Donnez-moi le liquide !

L’euro, a repris, lui, son voyage vers les profondeurs : toute la semaine, il a enchaîné les records à la baisse, passant sous le seuil de 1,26 dollar jeudi 6 mai, son point le plus bas depuis 14 mois. Un désaveu pour les dirigeants de la zone euro qui se réunissaient vendredi pour finaliser le plan d’aide à Athènes.

Ce plan, plus personne n’y croit vraiment. Fonds insuffisants, risque d’explosion sociale, menace de contagion au Portugal et à l’Espagne : la crise semble sur le point de dégénérer. Certains grands économistes commencent même à sonner le tocsin de la monnaie unique.

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