Une étude détruit le mythe de la fourmi travailleuse

Par ses fables, Jean de La Fontaine avait pour ambition de se servir “d’animaux pour instruire les hommes”. La fable qui ouvre son premier recueil est la célébrissime historiette de La cigale et la fourmi, inspirée d’Ésope. Si l’écrivain grec montre, dans son texte, les fourmis en train de s’activer – elles font sécher du grain –, son lointain successeur français ne se donne même pas cette peine et tient pour acquise, tout en la renforçant, l’image de la fourmi travailleuse.

Cette image a pris une telle force que, dans les définitions du dictionnaire une fourmi peut désigner une personne laborieuse et une fourmilière un lieu où s’affairent un grand nombre d’humains. On a d’ailleurs attribué le succès écologique des insectes sociaux (abeilles, fourmis, termites…) à la division du travail et à la spécialisation des individus qu’ils mettent en place, un mode d’organisation dont Homo sapiens s’est inspiré dans bien des domaines, que ce soit l’industrie, l’informatique, la robotique ou la logistique.

Pourtant, tout cela pourrait bien être bâti sur un mythe car fourmis et travail ne seraient pas autant synonymes que cela, si l’on en croit plusieurs études dont la dernière en date vient de paraître dans le numéro de septembre de la revue Behavioral Ecology and Sociobiology.

Biologistes à l’université d’Arizona, les auteurs de cet article sont partis du constat, posé par plusieurs travaux antérieurs, disant que, dans des fourmilières étudiées, environ la moitié des individus semblaient inactifs. Ils ont donc voulu vérifier si c’était bien le cas et tester plusieurs hypothèses pouvant expliquer cette “oisiveté” comme par exemple un besoin de repos imposé par l’horloge interne ou un excès de travail.
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Éloge de l’oisiveté (Màj)

02/10/2015

Bertrand Russell, philosophe, mathématicien et prix Nobel de littérature, publie en 1932 un essai intitulé « Éloge de l’oisiveté ». Ce livre est un plaidoyer pour une plus juste distribution des richesses obtenues grâce aux progrès techniques de la révolution industrielle. Si ces richesses n’étaient pas accaparées par quelques-uns, le travail pénible serait considérablement réduit et chacun pourrait consacrer son temps à des activités dignes, agréables et constructives.

Le présent spectacle est une réflexion sur la place du travail dans nos vies, sur la valeur de l’argent, sur notre rapport au temps et à l’urgence. Conçu comme un assemblage ludique, on y retrouve bien sûr Bertrand Russell, mais aussi Jean de La Fontaine ou Denis Grozdanovitch, l’auteur du « Petit Traité de désinvolture » et de « L’Art difficile de ne presque rien faire ».

Le comédien Dominique Rongvaux nous y raconte aussi sa propre expérience de jeune diplômé en management confronté aux absurdités du monde de l’entreprise et sa décision de tout abandonner pour changer de vie.

« Éloge de l’oisiveté » est questionnement partagé avec le public. Les machines nous ont soulagé de nombreuses tâches ingrates, pourtant la souffrance au travail ne cesse de croître. Que signifie la sévère désapprobation morale qu’encourent la paresse et les paresseux? Comment résister à la tyrannie de l’efficacité et du rendement? Et si c’était notre liberté individuelle qui était en jeu ?

Nous voudrions rappeler, dans le brouhaha ambiant, que les choix d’organisation de la société sont multiples, que des possibilités existent en-dehors du discours majoritaire et qu’on peut vouloir travailler moins pour vivre plus.

Réflexion autour de la valeur du travail, « Éloge de l’oisiveté » est une flânerie joyeuse à la découverte des routes parallèles empruntées par ceux qui, de tout temps, échappèrent au dogme de l’activisme. Et si l’oisiveté nous mettait sur la voie d’une société plus juste favorisant l’épanouissement de chacun? :

10/09/2013

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Bertrand Russell : « Éloge de l’oisiveté »

Bertrand Russel (1872-1970) était mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique est un digne représentant de la philosophie analytique, considéré avec Gottlob Frege, et Alfred North Whitehead comme l’un des fondateurs de la logique contemporaine. Il reçut par ailleurs le prix Nobel de littérature en 1950. Ce cours essai est paru en 1932 sous le titre “In Praise of Idleness”.

Ainsi que la plupart des gens de ma génération, j’ai été élevé selon le principe que l’oisiveté est mère de tous vices. Comme j’étais un enfant pétris de vertu, je croyais tout ce qu’on me disait, et je me suis ainsi doté d’une conscience qui m’a contraint à peiner au travail toute ma vie. Cependant, si mes actions ont toujours été soumises à ma conscience, mes idées, en revanche, ont subi une révolution.

En effet, j’en suis venu à penser que l’on travaille beaucoup trop de par le monde, que de voir dans le travail une vertu cause un tort immense, et qu’il importe à présent de faire valoir dans les pays industrialisés un point de vue qui diffère radicalement des préceptes traditionnels. Tout le monde connaît l’histoire du voyageur qui, à Naples, vit 12 mendiants étendus au soleil (c’était avant Mussolini), et proposa une lire à celui qui se montrerait le plus paresseux. 11 d’entre eux bondirent pour venir la lui réclamer : il la donna donc au 12e. Ce voyageur était sur la bonne piste.

Toutefois, dans les contrées qui ne bénéficient pas du soleil méditerranéen, l’oisiveté est chose plus difficile, et il faudra faire beaucoup de propagande auprès du public pour l’encourager à la cultiver.

J’espère qu’après avoir lu les pages qui suivent, les dirigeants du YMCA lanceront une campagne afin d’inciter les jeunes gens honnêtes à ne rien faire, auquel cas je n’aurais pas vécu en vain.
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Être sans avoir

Comment peut-on vivre heureux aujourd’hui ? Comment peut-on vivre pauvre et heureux aujourd’hui ? A 57 ans, Jean-Paul n’a qu’un seul regret, c’est d’avoir travaillé 2 ans dans sa vie, « 2 ans de trop, depuis je n’y suis jamais retourné » !

Ce qui sonne comme une provocation n’est pas une ode à la paresse mais plutôt la profession de foi d’un homme qui pratique « sa décroissance » depuis 35 ans.

Le mode de vie autarcique choisi par Jean-Paul a néanmoins un coût que la plupart d’entre nous ne pourrait supporter: celui de cultiver 600 mètres carrés de potager, celui d’être un cueilleur, un glaneur, un menuisier, un boulanger, un mécanicien, un maçon, quand six mois d’hiver vous déposent parfois deux mètres de neige devant la porte.

Des vertus de la paresse

Synonyme de servitude pour l’Antiquité, le travail est devenu une valeur des sociétés modernes. Et si la paresse nous mettait sur la voie d’une société plus juste favorisant l’épanouissement de chacun ?

« Bouge pas comme ça, tu me fatigues », lance Alexandre à son chien. «  Toi aussi, faut que tu remues, que tu cavales, mais qu’est-ce qu’ils ont tous ? On a le temps. Faut prendre son temps. Faut prendre le temps de prendre son temps. » Un an avant 1968, Yves Robert dans le film Alexandre le Bienheureux nous conviait à un hymne à la paresse à travers le portrait d’un homme qui, à la mort de sa femme, décide de tout plaquer et de se reposer enfin, au grand dam des autres.

Car la paresse dérange quand elle n’est pas odieuse. Si rares sont ceux aujourd’hui à y voir un péché au sens fort, elle reste l’objet d’une sérieuse désapprobation morale. « La paresse est mère de tous les vices », répète-t-on à l’envi. Travailler c’est bien, fainéanter c’est mal. La messe est dite.

Mais pourquoi, alors qu’il est si doux de lézarder, le travail est-il tant valorisé ? C’est une longue histoire qu’éclaire Dominique Méda, dans Le Travail. Une valeur en voie de disparition (Flammarion, 1995). Dans la Grèce et la Rome antiques, l’activité productive à laquelle l’homme est astreint pour satisfaire ses besoins matériels et sa survie n’est guère valorisée. Les esclaves pourvoient aux tâches serviles pour que les hommes libres puissent se consacrer à ce qui est proprement humain : l’art, la philosophie, la politique… Une conception que l’on retrouve dans l’opposition que font les Romains entre otium et labor : l’otium est le loisir dans lequel l’homme s’épanouit, le travail est une servitude.

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Les Français sont paresseux, c’est historique

Pourquoi les Français s’opposent-ils tant à la réforme des retraites? Une enquête sur les hérétiques du XIVe siècle éclaire la situation actuelle.

Pieter Bruegel dit l'Ancien - « Le pays de Cocagne »- Huile sur bois de chêne - 1567

L’histoire raconte toujours le présent –même celle qui reste à écrire. En France, c’est cette année le 35e anniversaire de la publication du Montaillou d’Emmanuel Le Roy Ladurie. Son sujet –la vie quotidienne dans un village isolé de la France du XIVe siècle– et son fil narratif –inexistant– auraient dû immédiatement plonger ce livre dans l’obscurité… Mais surprise: l’ouvrage est devenu un bestseller, et continue de si bien marcher que sa traduction anglaise a eu droit il y a quelques années à une édition anniversaire.

L’improbable succès de ce livre d’investigation historique, dans la France des années 1970 comme dans celle d’aujourd’hui, nous aide à comprendre les grèves massives qui paralysent actuellement le pays et menacent de vider de leur substance les réformes économiques et sociales proposées par le gouvernement conservateur du président Nicolas Sarkozy.

La paresse, une tradition littéraire française
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Désintox : le « mythe grec » de la retraite à 53 ans

L’information telle qu’elle esf relayée par les médias. Depuis quelques jours, de nombreux commentaires hostiles à la Grèce fleurissent sur les blogs et dans les commentaires d’articles de presse en ligne. La cause ? Plusieurs articles de journaux et émissions de radio ont appris aux Français que les Grecs partaient à la retraite… à 53 ans !

La Procession du cheval dans Troie par Giovanni Battista Tiepolo. (L'offrande fut introduite dans la cité grâce aux subterfuges de l'habile menteur Sínôn, cousin d'Ulysse).

La source de cette information : une dépêche, reprise en choeur par la quasi-totalité des journaux, indiquant que dans une interview accordée au Financial Times le ministre grec des affaires sociales avait déclaré que l’âge moyen de la retraite en Grèce allait passer de 53 ans à 67 ans.

Cette affirmation a suscité une vague de colère : “pas étonnant qu’ils soient dans une situation de faillite, ces fainéants, puisqu’ils partent en retraite sept ans avant nous !

Voici quelques extraits prouvant qu’une majorité de journalistes s’est contentée de recopier cette dépêche, parfois à la virgule près, induisant ainsi en erreur une bonne partie de leurs lecteurs :
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