Daniel Cohen : « La croissance économique est notre nouveau Dieu »

Dans son dernier essai, “Le Monde est clos et le désir infini“, chez Albin Michel, l’économiste Daniel Cohen examine notre modèle économique et propose des pistes pour apprendre à vivre sans croissance. À l’ère de la révolution numérique, peut-on encore compter sur une hypothétique croissance pour réduire le chômage?

La transition numérique

La transition numérique va-t-elle nous mener au chaos et à la régression sociale, ou sera-t-elle un moteur d’évolution pour nos sociétés? Invités pour en débattre, le philosophe Pascal Chabot, qui publie “L’âge des transitions” et l’écrivain autrichien Marc Elsberg, dont le thriller “Black out – Demain il sera trop tard“, a rencontré un succès retentissant.

Misère de l’humanité numérique

La compréhension du monde et sa transformation peuvent-elles se réduire à de simples questions de programmation ? Alors que vient de paraître son deuxième ouvrage, Who Owns the Future ?, il n’est pas inutile de discuter les intuitions du geek humaniste Jaron Lanier qui dénonce la standardisation des consciences et la démonétisation croissante de l’économie.

Deux milliards de personnes sont aujourd’hui connectées à internet. D’ici quelques années, la majeure partie de l’humanité vivra enveloppée dans un flux constant d’informations. Les différents éléments de notre quotidien sont en train de devenir smart (les voitures, les frigos, les compteurs électriques, les lunettes, les montres, etc.), et nos organes ne tarderont pas à être eux aussi branchés uns à uns sur le réseau global.

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Travail : Quel nouveau modèle à l’ère numérique ?

Comme en témoigne la violente guerre entre les taxis et les chauffeurs Uber, le numérique chamboule le monde professionnel. Les vieux statuts, symbolisés par le CDI, font face à la montée en puissance des indépendants, ou « freelances », réclamés par des entreprises en quête d’« agilité ».

C’est une certitude : demain, le marché du travail sera très différent de celui que nous avons connu. Du recrutement à l’organisation même de la production, la révolution digitale fait éclater le modèle actuel. Mais pour aller où ? Vers quoi ? Premier constat : le système est à bout de souffle.

La mécanique des Trente Glorieuses, fondée sur une croissante forte, une consommation effrénée et le plein-emploi est grippée depuis longtemps. Dans l’imaginaire collectif, le CDI demeure la norme sociale et professionnelle. Pourtant, depuis le début des années 2000, les contrats courts, le temps partiel, le travail intermittent ou indépendant explosent.

Beaucoup y voient « l’évidente conséquence » de la crise. C’est vrai. Mais pas seulement. Car la démocratisation du numérique dans les sphères privées et professionnelles constitue aussi un puissant catalyseur de cette mutation. Auparavant, toutes les entreprises se basaient sur le même modèle : chaque recrutement correspondait à un besoin productif précis.
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De l’utopie numérique au choc social

Objets connectés, humains chômeurs. Quarante-cinq ans après les premiers pas de l’homme sur la Lune, la course technologique emprunte une voie singulière : en janvier dernier, un réfrigérateur connecté à Internet envoyait inopinément des rafales de courriels indésirables… Au-delà de son folklore, la numérisation de la vie quotidienne engendre un modèle économique qui contraste avec les promesses mirifiques de la Silicon Valley.

Dans la « salle de bains connectée », la brosse à dents interactive lancée cette année par la société Oral-B (filiale du groupe Procter & Gamble) tient assurément la vedette : elle interagit — sans fil — avec notre téléphone portable tandis que, sur l’écran, une application traque seconde par seconde la progression du brossage et indique les recoins de notre cavité buccale qui mériteraient davantage d’attention. Avons-nous brossé avec suffisamment de vigueur, passé le fil dentaire, gratté la langue, rincé le tout ?

La prise de conscience soudaine que les données personnelles enregistrées par le plus banal des appareils ménagers — de la brosse à dents aux toilettes « intelligentes » en passant par le réfrigérateur — pouvaient se transformer en or a soulevé une certaine réprobation vis-à-vis de la logique promue par les mastodontes de la Silicon Valley.

Mais il y a mieux. Comme l’affiche fièrement le site qui lui est consacré (1), cette brosse à dents connectée « convertit les activités de brossage en un ensemble de données que vous pouvez afficher sous forme de graphiques ou partager avec des professionnels du secteur ».

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Big Data : Une révolution numérique

Conférence avec Stéphane Tufféry, mathématicien à l’École Nationale de la Statistique et de l’Analyse de l’Information (ENSAI), Rennes.

Dans cette conférence, nous allons parler d’un sujet qui nous concerne tous: l’exploitation des multiples données produites en permanence dans le monde économique, technologique, et de la communication. On les appelle Big Data et elles proviennent des opinions et contenus partagés dans les réseaux sociaux, du pistage des internautes, de la géolocalisation, de l’utilisation du téléphone ou de la carte bancaire, des capteurs industriels, etc.

Les Big Data sont caractérisées par trois « V »: le Volume énorme de ces données, leur Variété et leur Vitesse. Faut-il en avoir peur? Que permettent d’en faire les nouvelles méthodes statistiques et les technologies informatiques de pointe?

A quoi ressemblait le pont d’Avignon au Moyen-Âge ?

Il ne reste plus aujourd’hui que quatre arches du célèbre pont d’Avignon, qui, au Moyen Âge, traversait tout le Rhône sur plus de 900 mètres. A la suite d’une enquête de quatre ans qui a mobilisé historiens, archéologues, architectes, géologues et ingénieurs, la première reconstitution numérique de l’ouvrage vient d’être effectuée, comme le montre cette vidéo publiée en partenariat avec Le Monde.


Pont d’Avignon : la traversée du temps par CNRS

CNRS LE JOURNAL

Le futur de la politique en 2050: gouvernance ouverte, féminisation et paranoïa orwellienne

PROSPECTIVE – “Rue de Rivoli à Paris, 25 mars 2050. Un soleil éclatant fait miroiter les boucliers solaires photovoltaïques qui surplombent désormais le Jardin des Tuileries. En contrebas, les jardins potagers greffés sur les façades néo-haussmaniennes adoucissent le thermostat qui culmine à 25 degrés à l’ombre. Plus à l’Est, le débit de la Seine alimente les hydroliennes amarrées aux deux tours géantes qui dominent le pont habité reliant les 12e et 13e arrondissement. Au Nord, les plants de tomate made in Paris dans les fermes verticales de la porte d’Aubervilliers rougissent encore avant leur livraison sur les étales de la capitale…”

Ce scénario fantasmé d’un Paris doublement réconcilié avec l’innovation architecturale et le développement durable nous en dit beaucoup sur l’avenir possible de la capitale francilienne. Il nous renseigne peu en revanche sur la manière dont ces bouleversements auront été pensés, décidés et mis en oeuvre au cours des trois prochaines décennies.

Ici ou ailleurs, ces métamorphoses souhaitables ou cauchemardesques (c’est selon) seront-elles imposées d’en haut, par le fait du prince d’une élite dirigeante plus ou moins éclairée? Ou seront-elles au contraire coélaborées par une agora de citoyens associés à chaque étape du processus décisionnel? Une révolution démocratique rendue aujourd’hui possible par les nouveaux outils numériques, dont beaucoup, certes embryonnaires, sont déjà à l’essai.

A l’heure où la crise démocratique éloigne sans cesse les décideurs de leurs administrés, comment serons-nous gouvernés d’ici 2050 ? Ou plutôt: comment nous gouvernerons-nous ?

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Ados : le partage du rien sur Internet

Photos d’une banalité confondante, vidéos sans intérêt… Pour meubler le vide, les jeunes produisent sur les réseaux sociaux un flot de néant qui a déjà un nom : le « borecore ».

Les parents s’inquiètent souvent de la façon dont les ados peuvent montrer leurs corps sur les réseaux sociaux. Mais le plus caractéristique de l’adolescence n’est-il pas la mise en scène du rien ? Sur Instagram, on trouve ainsi de nombreuses perles : une vidéo d’une éponge nettoyant un lavabo, des photos d’un placard à chaussures… Sur Internet, le gros de ce que postent les gens en général, et les ados en particulier, n’est ni titillant sexuellement, ni drôle, ni offensant.

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Chine : Le pays peut-il devenir une grande puissance technologique innovante ?

La Chine veut être un pays qui innove, et plus seulement le centre de production qui a été surnommé «l’usine du monde». Les crédits consacrés à la recherche y augmentent de 20% chaque année: ils représentaient 1,43 % du PIB en 2006 et il est prévu que ce chiffre passe à au moins 2,5% en 2020. C’est essentiellement le secteur des entreprises publiques qui  contribue à cette augmentation.

La Chine détient le record du monde en matière de dépôts de brevets, avec 2,3 millions de brevets en 2013. 825.136 étaient des brevets d’inventions comparables à ceux qui existent dans les pays occidentaux, tandis que les autres étaient des dessins et modèles, catégories répondant à des exigences plus faibles.

Par ailleurs, les entreprises chinoises se situent en troisième position pour les dépôts de brevets auprès de l’Organisation internationale de la propriété intellectuelle (OMPI), qui siège à Genève. Au total, en 2013, les États-Unis ont déposé 57.239 brevets auprès de cet organisme, le Japon 43.918 et la Chine 21.516. Ce dernier chiffre représente une augmentation de 15,6% par rapport à 2012.

Depuis trois ans, c’est l’entreprise ZTE qui –avec environ 4.600 demandes de brevets par an– occupe la première place chinoise à l’OMPI. ZTE fabrique essentiellement du matériel de téléphonie, est présent dans 140 pays et consacre 10% de son chiffre d’affaires à la recherche et au développement. Ses demandes de brevets atteignent le double d’une autre entreprise chinoise, Huawei, qui fournit des réseaux et des solutions numériques à de nombreux opérateurs de télécommunications.
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Un chômage à 35% d’ici 2025 ?

Entre 1989 et 2013, le taux d’activité réelle en France est passé de 42.75% à 36.88%. La faute à la “crise” ? Pas sûr. Il y a 18 mois, deux chercheurs britanniques ont évalué l’impact de la computérisation de l’économie sur le niveau de l’emploi.

Les chiffres sont sans appel. Aux États-Unis, 47% des emplois actuels sont tout simplement amenés à disparaître au cours des 10 prochaines années. Le cabinet Conseil Roland Berger estime qu’en France, ce sont 3 millions d’emplois supplémentaires qui pourraient être détruits amenant le taux de chômage (catégories A, B et C) entre 13 et 18% d’ici 2025.

Avec le vieillissement de la population, la destruction de 3 millions d’emplois supplémentaires serait fatale à un régime de retraites dont l’assiette est basée, pour l’essentiel, sur les salaires.

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Réduire l’empreinte carbone de nos clics !

Véritable moteur de l’économie, les technologies du numérique permettent d’optimiser nos échanges et nos activités. Cependant elles génèrent aussi des masses de données stockées dans des data centers, gourmands en énergie. Chaque email envoyé, chaque requête web se traduit en cumulé par d’énormes émissions de CO2 ! Voici quelques bons réflexes à adopter pour continuer à naviguer sans polluer.

Future Mag – Arte 06/05/2015

Est-on entré dans l’ère de la croissance faible, voire nulle ?

Les taux de croissance élevés des années d’avant crise – les 5% de croissance des Trente glorieuses – appartiennent-ils à un temps définitivement révolu ? “La seule évocation d’une telle éventualité nous remplit d’effroi”, affirme Patrick Artus, le chef économiste de Natixis, dans “Croissance zéro”, un essai co-écrit avec Marie Paule Virard (éd. Fayard).

Si nous sommes dans un environnement à 1% de croissance”, avance-t-il, “un jeune qui va renter dans le monde du travail aura la perspective d’avoir tout au long de sa vie le même pouvoir d’achat“.

Les médias numériques réduisent les capacités intellectuelles des enfants [Archive]

Manfred Spitzer, psychiatre et spécialiste du cerveau, met en garde les parents et les éducateurs. Le directeur médical de la Clinique psychiatrique universitaire d’Ulm, a déclenché avec son nouveau best-seller «Démence digitalisée, Comment nous perdons nous-mêmes la raison et la faisons perdre à nos enfants» et ses thèses pointues des échos violents dans les médias. Dans son livre, Spitzer étaie, par de nombreux diagnostics neurologiques et de nouvelles connaissances les faits décrits par des spécialistes sérieux des médias, que l’utilisation trop fréquente d’Internet peut rendre bête. Il n’a jamais vilipendé les utilisateurs adolescents et adultes d’Internet.

Dans une interview, il a répondu aux attaques venimeuses de la presse de la manière suivante: «Je n’en fais pas une pathologie, mais je constate: là où il y a des effets, il y a aussi des risques et des effets secondaires.»1 Spitzer ne met pas seulement en garde, il montre aussi ce que les parents, les enseignants et les politiciens peuvent faire pour protéger notre jeunesse.

Ce n’est pas une nouvelle connaissance que la consommation fréquente de la télévision par des enfants en bas âge, des jeux vidéo et des jeux violents pendant des heures, de téléphoner sans arrêt et d’envoyer SMS avec le portable, la publication insouciante de sentiments, de pensées et de photos dans des réseaux sociaux peuvent avoir des effets négatifs sur les pensées, le comportement et les contacts sociaux des enfants et adolescents.
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Le marché prometteur de la mort numérique (Màj vidéo)

Addendum du 11/04/2015 : Des flashcodes sur les tombes pour connaître la vie du défunt
L’accès à la biographie se fait grâce à un smartphone qui permet de scanner le code-barre placé sur la tombe. Il est donc réservé à une population initiée à l’informatique. En Angleterre, 15% des tombes sont déjà équipés de mémorial virtuel. La France est en retard…

Facebook vient d’annoncer la création d’une fonctionnalité « Legacy Contact », qui permet à un contact de confiance d’accéder au compte d’un utilisateur décédé pour transformer le profil en « mémorial » virtuel et, le cas échéant, récupérer les photos du profil et des archives des publications.

C’est la suite d’un processus amorcé en 2009, date à laquelle un ingénieur de Facebook avait proposé la première fonctionnalité de « mémorial » après avoir été confronté au décès d’un proche. Les millions d’utilisateurs décédés représenteront bientôt une part significative de l’ensemble des profils. Facebook ne pouvait ignorer cette problématique.

Nous avons constaté au cours des dernières années une réelle prise de conscience des enjeux concernant « l’héritage numérique ». Différentes questions se posent pour les proches lorsqu’une personne décède : comment changer la visibilité des profils sur les réseaux sociaux ? Comment accéder aux données stockées en ligne pour conserver des souvenirs du défunt ? Comment accéder aux sites administratifs et bancaires pour régler rapidement des formalités souvent très pénibles ?

Comment accéder aux « actifs digitaux » – photos, livres électroniques, musique numérique, crédits – possédés par le défunt ? Sur le plan éthique, il est très difficile de savoir, s’il ne l’a pas prévu explicite- ment, quelle partie de sa vie numérique le défunt voulait ou ne voulait pas transmettre.
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Nos ordinateurs ont-ils la mémoire courte ?

La mémoire est une question capitale pour notre société et pour chacun d’entre nous. Mais aujourd’hui, notre mémoire est de masse, interconnectée et dématérialisée.

Avec l’informatique, elle se heurte à une fragilité que personne n’avait prévue : son caractère éphémère. Saurons-nous assurer la pérennité de nos données numériques ou bien sont-elles condamnées à disparaître tôt ou tard ?

Pour le moment, aucun support numérique n’a encore réussi à s’imposer sur le long terme, mais des scientifiques ont compris que l’informatique devait désormais laisser place à la génétique. L’ADN est, en effet, un des champs de recherche les plus prometteurs dans ce domaine.

Réalisé par Vincent Amouroux

Europe : La transformation numérique du continent

Par, Directeur de Cisco

L’Europe est à l’aube d’une transformation technologique sans précédent. C’est ce que j’appelle l’ « Internet of Everything », à savoir cette pénétration de l’Internet mondial dans tous les aspects de notre vie quotidienne. Bientôt les technologies portables nous informerons sur la qualité de notre sommeil et sur la nécessité ou non de pratiquer un exercice physique.
Les capteurs présents dans nos rues nous permettront d’éviter les embouteillages et de trouver où nous garer. Les applications de télémédecine permettront également aux médecins de traiter des patients situés à des centaines de kilomètres.

Cette transition majeure est vouée à refaçonner la manière dont les citoyens interagissent avec leur gouvernement, à révolutionner des industries tout entières, et à transformer la manière dont nous communiquons les uns avec les autres.

En Europe, l’Internet of Everything émerge comme la plus forte promesse de redynamisation d’une économie en berne, et de lutte contre ce chômage persistant qui affecte le continent, à mesure que les entreprises, les villes et même les États se positionnent en tant que leaders de l’innovation, de la croissance et de la création d’emplois.
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Génération Z : comment manager le futur ?

Nous avons vu qui était et ce que voulait la génération Z, impulsive, digitale et nomade. La question qui se pose maintenant est : comment accueillir ces futurs employés sur le marché du travail ? Comment gérer les travailleurs du futur ? Frontières floutées, polyvalence démesurée et culture du partage, voici un article pour tout savoir sur les façons de manager les moins de 20 ans.

Un encadrement différent

Manager la génération Z va demander des améliorations au niveau du management. Ceux quasiment nés avec un smartphone à la main vont être plus coriaces à dompter que la génération Y…

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Big Data is algorithming you

Nouveau champ de domination et de commercialisation du monde, la collecte d’informations numériques via des algorithmes reste largement impensée. Sans doute en raison de la complexité du sujet. Tentative d’éclaircissement, avec Antoinette Rouvroy, chercheuse et spécialiste de la « gouvernementalité algorithmique ».

Je donne, tu donnes, il/elle donne… nos données. Les data sont le nouvel or noir que se disputent gouvernements et géants du numérique. Parfois, les premiers se servent même tout simplement chez les seconds, comme l’a montré l’existence du programme Prism, l’une des nombreuses révélations d’Edward Snowden – l’ancien sous-traitant de la toute-puissance National Security Agency (NSA) américaine.

Par une tentative de retournement culotté de la situation, les artisans de la surveillance de masse et de la présomption de culpabilité tentent de se dédouaner en pointant la collecte tentaculaire opérée par Google, Facebook et consorts. Leur argument : vous – population – filez bien plus à des entreprises privées ! Lesquelles répondent que pas du tout… Un cercle sans fin.

Ces enfumages et faux débats empêchent de penser la transformation de nos vies en données, en signaux infrapersonnels qui ne font sens qu’agrégés et moulinés par millions. En naît un pouvoir d’un genre nouveau, la « gouvernementalité algorithmique », explique la chercheuse belge Antoinette Rouvroy (1).
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Finlande : Écriture manuscrite vs écriture numérique

À partir de la rentrée 2016, les élèves finlandais n’apprendront plus l’écriture cursive, autrement dit, l’écriture en attaché. À la place, ils apprendront à taper à l’ordinateur. Une compétence jugée plus utile à l’heure du tout numérique ou presque.

Qu’on se rassure, on continuera à leur enseigner l’écriture manuscrite, mais uniquement en caractère d’imprimerie.

Digital Detox

Dans le monde ultra-connecté qui est le nôtre, il peut être difficile de rester loin de son smartphone, de son ordinateur portable, ou pire d’une connexion Internet quelle qu’elle soit. Tenter alors de rester totalement déconnecté durant 90 jours peut paraître mission impossible… C’est pourtant ce qu’a réussi le journaliste Pierre-Olivier Labbé.

« Tout est beaucoup plus compliqué sans Internet ». Son film même n’aurait probablement pas vu le jour sans le Web. Et si cette aventure avait dû durer cinq mois et non trois, « si j avais été déconnecté lors des événements de janvier [NDLR : l'attentat à Charlie Hebdo et la prise d'otage porte de Vincennes], je ne sais pas comment j’aurais fait, je pense que j’aurais craqué. Je me serais reconnecté. »

Canal+ 25/02/2015

École 42 : Born to code

Les emplois les plus passionnants et dont la France a besoin sont désormais numériques. Découvrez la seule école d’informatique entièrement gratuite et peer-to-peer : 42 l’école informatique créée par Xavier Niel.

« Si la France, 5e puissance économique mondiale, tenait sa place dans le numérique, au lieu d’être 20e, elle aurait réglé le problème de l’emploi ». Le manque de développeurs ralentit dangereusement les projets de transformation de nos entreprises et freine la création de milliers d’emplois induits.

Comment travaillera t-on dans 10 ans ?

Nos modes de travail sont à l’aube d’une révolution radicale. Une révolution susceptible de modifier en profondeur l’organisation de nos sociétés et la conception même du travail. On aspire à travailler différemment, on ressent le besoin de s’organiser autrement et partout dans le monde, des initiatives émergent et proposent des alternatives viables.

Évoluant au cœur de ces nouveaux modes de travail depuis plusieurs années et ayant la chance de pouvoir mener des recherches autour de ces questions, je vous propose un tour d’horizon des principales mutations à venir dans nos façons de travailler.

Le modèle salarié ne sera plus dominant

On a du mal à l’imaginer aujourd’hui, mais le temps n’est pas loin où le nombre de travailleurs indépendants aura dépassé le nombre de salariés.

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Pays-Bas : Amsterdam, une ville plus astucieuse que les autres ?

Énergie, transports, habitat, communications… Révolutionner l’organisation urbaine grâce au numérique: l’idée fait son chemin depuis une dizaine d’années. Avant-goût à Amsterdam, métropole pionnière.

C’est un péril imperceptible, et pourtant il pourrait faire sombrer Amsterdam, ville de carte postale aux canaux quatre fois centenaires, dans un cauchemar sans issue. Ce péril a un nom : le succès.

On vient de toute l’Europe pour étudier à Amsterdam, y implanter une start-up ou le siège social de son entreprise — fiscalité incitative oblige. En 2030, c’est-à-dire demain, l’aire urbaine du Stadsregio Amsterdam comptera 600.000 habitants de plus, franchissant le cap des deux millions de citoyens — un huitième de la population des Pays-Bas.

Le drame, c’est qu’Amsterdam est déjà une cité saturée. Impossible ou presque de l’étendre davantage, sauf à investir des parties désaffectées de l’immense port industriel (processus en cours dans le secteur de Nieuw-West) ou à bâtir de nouveaux quartiers résidentiels sur l’eau.
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Edward Snowden : « Nos droits sont en train d’être redéfinis en secret »

Le 28 octobre 2014, l’hebdomadaire américain The Nation a publié un grand entretien réalisé avec le lanceur d’alerte Edward Snowden [1]. Voici  une version exclusive de ce document en français.

Lundi 6 octobre 2014, les journalistes Katrina vanden Heuvel et Stephen F. Cohen se sont entretenus à Moscou, pendant près de quatre heures, avec l’ancien consultant des services secrets. Dans cet échange, Edward Snowden évoque sa situation et ses rapports avec les autorités russes. Il rappelle que ce sont les États-Unis qui l’empêchent de sortir de son « exil ».

L’ancien employé de la CIA et de la NSA (Agence nationale de sécurité) aborde plusieurs sujets centraux : est-il possible de renforcer le contrôle démocratique des actions des gouvernements et des entreprises sur Internet ? Si oui, de quelle manière ? Pourquoi est-il nécessaire de s’engager pour de nouvelles formes de « désobéissance civile » et de se battre pour défendre nos droits fondamentaux ?

Faut-il saluer les initiatives des pays qui prônent le renforcement de leur souveraineté digitale ? De quelle manière Internet recompose-t-il les relations sociales et les pratiques politiques au niveau planétaire ? Pourquoi faut-il élaborer une Magna Carta (Grande Charte des libertés) pour Internet ? Quels seraient les contours de nos nouveaux « droits numériques » ?

Enfin, Edward Snowden expose pourquoi, selon lui, l’organisation de la production mondiale et la robotisation progressive des économies imposent la mise en place d’un revenu garanti pour tous.

PARTIE 1 – De la nécessaire désobéissance civile

The Nation  : Nous sommes très heureux d’être ici avec vous. Nous venons souvent à Moscou pour notre travail et pour voir de vieux amis, mais, de votre côté, vous n’avez pas choisi de venir vivre en Russie. Arrivez-vous à travailler ici, à sortir et à rencontrer des gens ? Ou vous sentez-vous enfermé et vous ennuyez-vous ?
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Mortin (50) : Une école numérique dans la campagne

À Mortin, aux confins de la Normandie et de la Bretagne, l’école Nové@ forme ses élèves aux métiers de la filière numérique très haut débit depuis sept ans. Les élèves sont encadrés par des professionnels qui leur enseignent du concret. Du BEP au Master 2, l’école propose cinq formations. Tous les cursus prévoient des stages en entreprise et sont financés en partie par Pôle emploi.

La filière devrait recruter d’ici 2030, 25.000 techniciens. “On a besoin de manœuvres, de ressources humaines, qui sont et qui seront non-délocalisables et qu’on retrouvera sur chaque territoire“, indique Marie-Françoise Dujarrier, directrice de Nové@.

La filière est en pleine expansion. Les élèves viennent de tout le grand-ouest et aussi de banlieue parisienne. L’école aide ses élèves à trouver des solutions d’hébergement et procure du travail à 99% d’entre eux.

École du futur : La fin des profs ?

En France, le ministère de l’Éducation Nationale veut faire entrer l’école dans l’ère du numérique. Tableaux interactifs et tablettes tactiles devraient, d’ici 2020, remplacer progressivement la craie et les cahiers.

Pour les firmes informatiques, cette évolution représente un marché colossal, évalué à 100 milliards d’Euros à l’échelle mondiale. Sur les 12 millions d’élèves que compte l’Hexagone, seulement 10% travaillent actuellement à l’aide d’un matériel informatique à l’école.

Ce bouleversement inquiète les professeurs qui craignent un repli sur soi de l’enfant en classe, où le rapport au savoir ne se ferait plus par la communication avec les autres, mais à travers un support. Enquête en Corrèze, premier département à avoir équipé tous les collégiens d’une tablette numérique.

Partie 1:

Partie 2: Lire la suite

De l’utopie numérique au choc social

Quarante-cinq ans après les premiers pas de l’homme sur la Lune, la course technologique emprunte une voie singulière : en janvier dernier, un réfrigérateur connecté à Internet envoyait inopinément des rafales de courriels indésirables… Au-delà de son folklore, la numérisation de la vie quotidienne engendre un modèle économique qui contraste avec les promesses mirifiques de la Silicon Valley. Objets connectés, humains chômeurs…

Dans la « salle de bains connectée », la brosse à dents interactive lancée cette année par la société Oral-B (filiale du groupe Procter & Gamble) tient assurément la vedette : elle interagit — sans fil — avec notre téléphone portable tandis que, sur l’écran, une application traque seconde par seconde la progression du brossage et indique les recoins de notre cavité buccale qui mériteraient davantage d’attention. Avons-nous brossé avec suffisamment de vigueur, passé le fil dentaire, gratté la langue, rincé le tout ?

La prise de conscience soudaine que les données personnelles enregistrées par le plus banal des appareils ménagers — de la brosse à dents aux toilettes « intelligentes » en passant par le réfrigérateur — pouvaient se transformer en or a soulevé une certaine réprobation vis-à-vis de la logique promue par les mastodontes de la Silicon Valley.

Mais il y a mieux. Comme l’affiche fièrement le site qui lui est consacré. cette brosse à dents connectée « convertit les activités de brossage en un ensemble de données que vous pouvez afficher sous forme de graphiques ou partager avec des professionnels du secteur ».
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La superpuissance numérique américaine

Comment empêcher les géants du Net américains d’asphyxier les autres acteurs du digital ? Question très concrète.

Publicité Google, au style clairement transhumaniste

Les inquiétudes grandissent en raison de la place de plus en plus hégémonique prise par les Google, Amazon, Facebook et autres Apple. La liste est longue : Microsoft dans le logiciel, Twitter ou LinkedIn dans les réseaux sociaux, Expedia ou Booking dans les voyages. Même des petits nouveaux apparaissent comme AirBnB dans le tourisme ou Uber dans le transport. Leur point commun ? Il sont tous américains, sont passés maîtres dans la gestion de la data, pratiquent l’optimisation fiscale tous azimuts et imposent leurs règles du jeu de gré ou de force. Danger.

Comme dans un mauvais remake de la conférence de Yalta, les grands écosystèmes numériques se partagent les mondes numériques. Un mouvement des non-alignés est-il possible ? Il est en tout cas nécessaire. L’Europe n’est pas dénuée de potentiel d’innovation, à condition de savoir garantir un environnement économique à la fois loyal et favorable aux initiatives entrepreneuriales.
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“Désintoxication numérique” : faut-il se soigner de l’overdose d’écrans ?

En quelques années, les habitudes des citoyens des pays industrialisés ont radicalement changé. Les écrans ont envahi tous les pans de la vie, et certains de mettre en garde contre le trop plein technologique. Sommes-nous tous des candidats potentiels à une cure de désintoxication aux écrans, concept de plus en plus en vogue outre-Atlantique ?

En Amérique du Nord, ce sont des centres de cures de désintoxication qui ouvrent leurs portes aux “drogués de la technologie” ; en Europe, des hôtels qui offrent de confisquer tous vos appareils dès votre arrivée. Des lieux publics vantés “sans wifi”, des écoles françaises qui établissent “une semaine sans écran” : l’addiction technologique est devenue une vraie problématique.

Travail, vie quotidienne, éducation, loisirs : les écrans sont partout et captent l’attention de tout un chacun, avec leur lot de désagréments de plus en plus reconnus — une fois la période du plaisir de la découverte et de la nouveauté passée. Au point que des chercheurs en neurosciences alertent sur les effets délétères des écrans sur le développement des enfants et sur la vie humaine en général. Pendant que des centres de désintoxication au numérique font le plein de “digital addicts” (“accros au numérique”) aux Etats-Unis.

Des études inquiétantes à propos des enfants
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Bitcoin : L’or numérique (Audio)

Émission “Place de la Toile” traitant du bitcoin, cette crypto-monnaie open source distribuée qui fait beaucoup parler d’elle depuis quelques mois. Lancé le 3 janvier 2009, le bitcoin a commencé à faire les grands titres en 2013 lorsque des détenteurs de comptes chypriotes s’en sont servi pour mettre leur épargne à l’abri des prélèvements forcés du gouvernement. Cette appétence pour le bitcoin a provoqué une explosion de son cours.


Qualifié d’or numérique, le bitcoin est émis en quantité déterminée toutes les 10 minutes selon un mécanisme purement algorithmique. Le montant total de bitcoins en circulation atteindra son maximum de 21 millions d’unités en 2140.

Contrairement aux monnaies classiques, le bitcoin n’est donc pas sujet à la “planche à billet”, et sa valeur, par rapport aux monnaies qui se déprécient avec le temps, est en principe appelée à monter inexorablement. En outre, en raison de son caractère décentralisé, le bitcoin échappe à tout contrôle étatique.

L’accès au bitcoin requiert encore un petit effort de recherche sur la Toile. Toutefois, la planète bitcoin est en pleine effervescence, avec des innovations à venir destinées à en démocratiser considérablement l’usage, ce qui fait que beaucoup d’initiés lui prédisent un destin comparable à celui d’Internet à ses débuts.

Intervenants: Pierre Beyssac, informaticien, Philippe Herlin, économiste, Bruno Théret, économiste.

Via Plus Conscient

Contre le colonialisme numérique : Manifeste pour continuer à lire

Tableau interactif, ordinateur, tablette: le numérique pénètre les écoles. Ces nouveaux outils servent-ils l’apprentissage et la pédagogie? Ou les intérêts commerciaux des géants de l’Internet et de l’électronique? Roberto Casati, philosophe spécialiste des sciences cognitives, s’interroge sur les conséquences de ces technologies.

Selon lui, elles altèrent nos capacités à lire avec attention, à se concentrer. Sans que les élèves en sachent beaucoup plus sur le fonctionnement d’un ordinateur, d’un logiciel ou d’un moteur de recherche. « Ce qui compte, pour les géants de ce système, c’est que vous soyez connectés en permanence afin de pouvoir vous proposer continuellement des produits. » Entretien.

Pourquoi la tablette ne vous semble-t-elle pas adaptée à la lecture ? Quels sont au contraire les avantages du livre papier ?

Roberto Casati [1] : D’après des spécialistes de la lecture comme Maryanne Wolf [2], les enfants qui appartiennent à des familles qui les font lire ou leur lisent des livres ont un lexique presque double, vers leurs dix ans, par rapport aux enfants qui n’ont pas ce privilège. L’école devrait permettre à ce dernier groupe de rattraper ce désavantage, c’est une question d’équité.

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Les enfants monstrueux du numérique

Par Ferdinand Cazalis (29 novembre 2012)

Ils ont 3, 4 ou 10 ans et regardent le monde au travers d’un Ipad, doudou glacé qui fleure bon la « modernité ». Pour l’industrie technologique, l’enfance se pense à l’ombre des machines, innovations qualifiées de nécessaires par la bien-pensance scientiste et introduites sans recul sur le marché des marmots. Retour sur l’apparition du numérique dans l’aire du jeu et de l’apprentissage.

Nous sommes en 2004. Des hommes se lèvent, mûrs, aux joues granitées. Grattage de nez, sifflotements, fée électricité – une nouvelle journée. Se rasent, enfilent leur costume de Grands responsables, cravate en option, douche, café, emails, cellulaire, taxi, pensées fugitives, travail.

Ils s’appellent Pierre, Olivier, Jean-Claude ou Laurent. Tous sont présidents ou directeurs d’entreprises du secteur micro-électronique et participent au Groupement professionnel des industries de composants et de systèmes électroniques, le Gixel (2). Le plus naturellement du monde, ils veulent faire prospérer les quelque 32.000 emplois et 4 milliards de chiffre d’affaires qu’ils représentent en France.

Pour cela, et parce qu’ils ne se sentent pas les coudées assez franches, ils écrivent un Livre bleu, consistant en une série de recommandations à l’adresse du gouvernement pour développer le marché des circuits imprimés, composants d’interconnexion et autres cartes à puce. Parmi leurs propositions, l’une fit grand bruit, et reste bien connue chez celles et ceux qui s’interrogent sur la portée politique des nouvelles technologies :

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La littérature selon Amazon : « Écrivez, on s’occupe du reste »

Avec le passage au numérique, le monde de l’édition est en pleine mutation. L’auto-publication sous forme d’e-books est ainsi proposée aux auteurs par la multinationale Amazon. Ce documentaire s’interroge sur l’avenir du livre et aborde les questions des droits d’auteur, du prix unique, de l’uniformisation des goûts, ou encore de la mort annoncée des petits libraires.

“Kindle direct publishing”: ce projet d’autopublication lancé par le géant Amazon a changé la vie de plusieurs auteurs. Sans passer par un éditeur, ce sont eux qui mettent désormais leurs romans en ligne sous la forme d’e-books. Le prix de vente est compris entre 0,89 et 1,49 euro l’exemplaire – 70 % de cette somme leur revenant.

De quoi mettre les éditeurs traditionnels sous pression, alors même qu’Amazon détient déjà un quasi-monopole sur le marché du livre électronique avec la liseuse Kindle. L’entreprise américaine détient par ailleurs 200 millions d’adresses d’acheteurs et est aujourd’hui valorisée à 160 milliards de dollars en Bourse.

La première guerre civile mondiale

Chaque jour qui passe apporte son lot de confirmation sur une vérité que beaucoup voudraient ignorer : nous sommes en guerre. Une guerre larvée, relativement calme mais une guerre tout de même.

Contrairement à une guerre traditionnelle, une guerre civile n’a pas de front bien tracé, de belligérants clairement identifiables à la couleur de leur uniforme. Chaque camp est partout, au sein d’une même ville, d’un même quartier, d’une même famille.

D’un côté, nous avons une classe de pouvoir. Riches, puissants, ils ont l’habitude de contrôler, ils ne connaissent pas le doute. Ils décident et sont intimement persuadés de le faire dans l’intérêt général. Beaucoup, ni riches ni puissants, les soutiennent. Par peur du changement. Par habitude. Par intérêt personnel. Par crainte de perdre certains acquis. Ou par incapacité intellectuelle de comprendre la révolution à l’œuvre.

De l’autre, voici la génération numérique. Issus de tous les sexes, tous les âges, toutes les cultures, tous les emplacements géographiques. Ils discutent entre eux, s’échangent des expériences. Découvrant leurs différences, ils se cherchent des points communs en remettant tout en question, jusqu’à la foi et aux valeurs profondes de leurs parents.

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Ce que le numérique fait au travail… et réciproquement

C’est essentiellement sous l’angle de l’emploi et de la crise économique que la question du travail se pose aujourd’hui dans les médias. Or depuis les années 90, les économies des pays de l’OCDE se caractérisent par une croissance faible (ponctuée de crises économiques régulières) et un taux de chômage élevé. Le temps de travail a diminué de manière constante, l’emploi à temps partiel a augmenté ainsi que le chômage longue durée. La part du travail dans le Produit intérieur brut a elle aussi diminué. De là à croire que le travail rapporte moins, il n’y a qu’un pas…

Une crise du marché de l’emploi qui cache des évolutions plus profondes des pratiques de travail

Vis-à-vis de ces “tendances de fond” observées sur deux décennies dans presque tous les pays de l’OCDE, l’impact des technologies numériques est habituellement pointé à deux titres :

  • Elles constituent le principal support de la globalisation, de la mise en réseau de l’économie et de sa financiarisation, produisant en particulier une très forte interdépendance et une mise en concurrence mondiale des économies comme l’expliquait déjà Manuel Castells dans La société en réseau ;
  • Elle accélère la croissance de la productivité du travail ; productivité qui transforme les tâches, les fonctions nécessaires à l’activité, et en particulier en diminue le nombre. Dès 1995, Jérémy Rifkin dans La fin du travail prévoyait que les TIC, ayant gagné tous les pans de l’économie (suite à l’informatisation massive des entreprises et des marchés financiers durant les années 80) conduiraient à une productivité très forte des entreprises, et une “croissance sans emploi”.

Aujourd’hui même, l’économie numérique, secteur de grande productivité et porteur de croissance, se révèle peu créatrice d’emplois, à l’image de la Silicon Valley en perte nette d’emplois depuis 15 ans. Les auteurs de l’Age de la Multitude y voient là les signes d’un affaiblissement du “travail” au profit de “l’activité” :

Depuis dix ans, on croit que le numérique va créer des emplois. Or il crée peu d’emplois directs, et contribue plutôt à supprimer des bureaucraties ou des rentes. L’optimisation sans précédent qu’il permet (dans le domaine de la consommation, des services) devrait contribuer à faire baisser le travail, au sens ancien du terme. Mais pas l’activité : car en amont du travail proprement dit (produire un service, un bien, un contenu), on voit se développer toute une activité de veille, d’autoformation, d’e-réputation, de connexion, d’échanges, d’expérimentations….

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