L’Union européenne contre nos salaires

Par Roberto Fiorini

L’Europe libérale qui s’est construite à Bruxelles n’avait pas de prérogatives particulières pour agir directement sur les questions salariales, qui restaient du ressort de chaque pays, et de ses partenaires sociaux. Pourtant grâce aux différentes politiques économiques dictées aux gouvernements, qui ont accepté d’abandonner leurs prérogatives économiques, elle n’a cessé d’attaquer l’emploi et les salaires pour installer le libéralisme économique et ensuite permettre à l’euro d’exister.

Le projet européen, portait, sur ses fonds baptismaux (avec le traité de Rome), l’idée d’amélioration des conditions de vie. Il est temps de faire un bilan de ces promesses, et de voir quelle a été l’action réelle de cette Europe des marchands et des financiers, qui a sacralisé le règne de la mondialisation et des systèmes économiques ouverts, au détriment de la qualité de vie des peuples.

Consciente des coups portés aux salaires et au pouvoir d’achat, l’UE n’ambitionne plus d’améliorer nos conditions de vie ; sa stratégie « UE 2020 » (* 1 p 99) envisage seulement de réduire la pauvreté ! Que de promesses trahies, que d’ambitions remisées ! Nous allons le détailler, par de nombreux moyens l’UE n’a cessé d’attaquer les salaires et de limiter leur progression.

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La caste cannibale

Dans cette enquête qui mêle reportage et analyse, Sophie Coignard et Romain Gubert, grands reporters au Point et auteurs de L’Oligarchie des Incapables, nous racontent comment, de Londres à Washington en passant par Francfort, Bercy ou Chicago, l’alliance contre nature entre un État immoral et un capitalisme cupide a produit un système cannibale qui peut à tout moment se retourner contre chacun d’entre nous.

  • Comment l’école de Chicago, qui a réinventé le libéralisme a-t-elle transformé la gauche, de Mitterrand à Hollande ?
  • Par quel mécanisme pervers nos impôts financent-ils ce qu’il y a de plus toxique dans les salles de marché ?
  • Le grand patron de Renault, Carlos Ghosn, sait-il vraiment ce qui se passe dans son entreprise ?
  • Pourquoi le Forum de Davos censure-t-il un grand banquier ?
  • Dans quelles conditions trois hauts fonctionnaires français, tous de gauche, ont-ils accéléré la mondialisation financière ?
  • Que fait Nicolas Sarkozy avec le Washington Speakers Bureau ?
  • Que cachent parfois les décisions stratégiques de certains grands patrons ?

Albin Michel

“La décroissance permet de s’affranchir de l’impérialisme économique”

Dans un entretien avec Reporterre, Serge Latouche rappelle l’histoire de la décroissance, et prend ses distances avec la gauche.

Serge Latouche est professeur émérite d’économie et un des principaux inspirateurs du mouvement de la décroissance. On avait envie de le revoir, pour retracer les racines de la décroissance, entre Club de Rome, Illich et Gorz, et savoir où il en est par rapport au pouvoir, aux économistes altermondialistes, et à la gauche.

Reporterre – Quelle est l’histoire de la décroissance ?

Serge Latouche – L’histoire de la décroissance, en tant qu’étiquette, est très brève. Cette appellation a été inventée dans les années 2000 par des « casseurs de pub ». Elle a pour fonction de casser la langue de bois. Comme le dit Paul Ariès, c’est un « mot-obus ». Mais derrière ce mot, il y a tout un projet d’objection de croissance. Et ce projet a une assez longue histoire.

Elle débute en 1972 avec la publication du rapport au Club de Rome Les limites de la croissance. En tant que projet de société socialiste anti-productiviste et anti-industraliste, la décroissance est alors proche de l’écosocialisme qui apparaît dans les mêmes années avec André Gorz. Cette première phase de la décroissance est essentiellement une phase de critique de la croissance : on veut l’abandonner car elle n’est pas soutenable. C’est une phase « écologique ».

Mais un second courant, porté par Ivan Illich – qui a d’ailleurs refusé de participer au Club de Rome –, est apparu en disant que ce n’est pas parce que la croissance est insoutenable qu’il faut en sortir, mais parce qu’elle n’est pas souhaitable !

C’est la critique du développement – terme que l’on utilise dans les pays du Sud comme équivalent de la croissance au Nord –, c’est le mouvement post-développementiste. Personnellement, je me rattache à ce courant-là depuis que j’ai viré ma cuti au milieu des années 1960 alors que j’étais au Laos. La fusion de ces deux courants s’est opérée à l’occasion du colloque organisé en février-mars 2002 à l’Unesco « Défaire le développement, refaire le monde ».

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“Le dollar s’effondrera en 2014″

Entretien avec Alexandre Aïvazov, économiste, spécialiste des cycles économiques (propos recueillis par Hugo Natowicz)

Alexandre Aïvazov, économiste, spécialiste des cycles économiques

Bonjour M. Aïvazov! Pourriez-vous brièvement exposer aux lecteurs votre méthode d’analyse de la situation économique et financière? Sur quelles théories se fonde-t-elle?

L’épine dorsale du “Système périodique du développement capitaliste mondial du milieu du XVIIIe siècle à la moitié du XXIe siècle” que j’ai élaboré est constituée par la théorie des grands cycles de Kondratiev, la théorie du développement par l’innovation de Schumpeter, et par la théorie du chaos de Prigogine.

Dans mon Système, j’ai réussi à intégrer en un seul et même ensemble des cycles différents, les cycles courts de Kitchin (3-5 ans) et de Juglar (8-11 ans), les cycles moyens de Kouznetsov (20-25 ans), avec les cycles longs de Kondratiev (40-60 ans), les cycles de formation des Structures technologiques (ST) de Glaziev, M.Hirooka et K.Peres et les cycles séculaires d’Arrighi, Pantine et Badalyan et Krivorotov. Il s’est avéré non seulement que tous ces cycles sont connectés, mais qu’ils se complètent et se conditionnent mutuellement. En outre, je m’appuie dans mes recherches sur des classiques de la pensée économique, comme Adam Smith, Karl Marx, Keynes et bien d’autres.

Quelles grandes tendances se dégagent de cette approche?

J’ai remarqué une chose intéressante: depuis les XVIIe-XVIIIe siècles, deux conceptions majeures du développement s’affrontent. La première a été initiée par les physiocrates français dans la formule «laissez faire, laissez passer», appelant à la liberté d’entreprise, et rejetant l’implication du gouvernement dans la vie économique de la société. Plus tard, cela a donné la «main invisible du marché» d’Adam Smith, la loi de Say etc., jusqu’au néo-libéralisme moderne.
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Mooc : La standardisation ou l’innovation ?

Si vous n’avez pas encore succombé au buzz des Mooc (massive online open courses, Cours en ligne ouvert et massif), ça ne saurait tarder : le temps de l’enseignement supérieur de masse en ligne est venu et la face du monde en sera changée, nous dit-on. Face à la force de frappe de cette bulle d’opinion, il devient difficile de résister et toutes les universités se sentent obligées de prendre position. Mais pour quelle raison et pour y faire quoi ?

Avant tout pour ne pas paraître décrochées, pour rester dans la compétition mondiale, pour maintenir leur réputation et leur attractivité. Ce qui d’ores et déjà disqualifie non seulement la plupart des universités des pays du Sud, mais aussi une bonne partie des universités des pays du Nord, qui n’ont aucun moyen voire aucune envie d’entrer dans ce jeu d’une supposée concurrence internationale, alors qu’elles sont déjà submergées par les inscriptions en masse qui font leur lot quotidien et, dans des pays comme la France, sans que cela génère des revenus supplémentaires, mais seulement des charges puisque les frais d’inscription sont fixés par la loi.

La masse est un problème pour ces universités, mais semble-t-il une chance pour les marques universitaires élitistes mondiales qui veulent capter ce marché de la formation payante. La sélection n’est plus l’ennemie du recrutement de masse, dès lors qu’il existe un marché d’étudiants avides de payer tout ce qui sera étiqueté Stanford par exemple.

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Chroniques de la Vieille Europe : « Europe, le coup d’État permanent » (Màj)

Addendum du 18/01/2013 : Au sommaire du N°146 d’Éléments

Le 8 janvier 2013, Patrick Péhèle et Pascal Eysseric recevaient sur Radio Courtoisie, Nicolas Dupont-Aignan et Alain de Benoist, à propos du futur dossier de la revue Éléments intitulé : « Pacte budgétaire européen : la fin de la souveraineté ».

Dans l’histoire de la construction européenne Il s’inscrit pleinement en continuité avec des choix fondamentaux exprimés dès les années 1980, au moment de la diffusion des idées néo-libérales en Europe et de l’adoption de l’Acte unique européen.

La crise n’aurait été qu’un leurre, le Pacte budgétaire introduit une nouvelle contrainte qui ne procède pas d’une nécessité inhérente au fonctionnement de l’État, mais d’un choix idéologique en faveur des principes du néo-libéralisme.

(Merci à Patrick)

Le précariat : « Une classe sociale en devenir »

Guy Standing est professeur d’économie à l’université de Bath (Royaume-Uni). Dans cet entretien pour le site BastaMag,  il livre son analyse sur « cette classe sociale en devenir » et appelle à combattre les discours stigmatisant les « assistés », nouveau terreau de la montée de l’extrême droite.

Alors que le chômage explose en Europe, en particulier chez les jeunes, la notion de précariat, contraction de précarité et de prolétariat, devient de plus en plus d’actualité. Pour le britannique Guy Standing, professeur d’économie et promoteur d’un revenu citoyen pour tous, ce précariat rassemble aussi bien les jeunes diplômés précarisés, les enfants d’ouvriers rongés par l’incertitude que les travailleurs migrants.

Basta ! : La notion de précariat englobe celle de précarité et de prolétariat. Que signifie faire partie du précariat ?

Guy Standing : Le précariat est un phénomène mondial apparu avec les politiques visant à rendre toujours plus flexible le marché du travail. C’est vivre en situation d’incertitude permanente vis-à-vis du travail, du logement, et même de son identité. En plus de ne pas avoir de revenu stable, les personnes faisant partie du précariat n’ont plus le sentiment d’avoir une identité professionnelle, ni de se développer personnellement au travail.

Le précariat est en train de devenir anomique dans le sens ou il déstructure, désespère et aliène ceux qui en font partie. Être en situation de précariat, c’est aussi avoir du mal à contrôler son temps. On cherche à l’utiliser rationnellement et de manière productive. Compte tenu des incertitudes dans lequel le précariat est forcé de vivre, cela est très stressant.

Les salariés et les élites n’ont souvent aucune idée de la quantité de travail que le précariat accomplit, bien que celui-ci soit souvent inutile, comme par exemple faire la queue pendant des heures, remplir un formulaire, avec l’espoir d’obtenir quelques miettes. Dans le même temps, les riches peuvent s’acheter des conseils et des services.

La notion de précariat ne recoupe-t-elle pas des réalités et des populations très diverses ?
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La crise de 2008 a commencé il y a quarante ans

Par Wolfgang Streeck, Directeur de l’Institut Max-Planck pour l’étude des sociétés, Cologne

Utilisée sans relâche pour décrire l’aggravation de la situation économique et financière depuis 2008, la notion de crise sous-entend le dérèglement intempestif d’un système pérenne. Il suffirait alors de corriger les excès pour que les affaires reprennent. Et si le capitalisme démocratique mis en place dans les pays occidentaux après la seconde guerre mondiale comportait un déséquilibre indépassable ?

Edward Hopper : “Nighthawks” (1942)

Jour après jour, les événements qui jalonnent la crise nous enseignent que les marchés dictent désormais leur loi aux Etats. Prétendument démocratiques et souverains, ceux-ci se voient prescrire les limites de ce qu’ils peuvent faire pour leurs citoyens et souffler les concessions qu’ils doivent exiger d’eux. Pour les populations, un constat s’impose : les dirigeants politiques ne serviraient pas les intérêts de leurs concitoyens mais ceux d’autres Etats ou bien d’organisations internationales — tels le Fonds monétaire international (FMI) ou l’Union européenne (UE) — à l’abri des contraintes du jeu démocratique. Le plus souvent, cette situation est décrite comme la conséquence d’une anicroche sur fond de stabilité générale : une crise. Mais est-ce vraiment le cas ?

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Les financiers au coin du bois

Émission Là-bas si j’y suis sur France Inter diffusée le mercredi 11 avril 2012.

Cet enregistrement laisse voir crûment quelles sont les alternatives auxquelles fera face le gouvernement de François Hollande ces prochains mois: soit la France réduit ses dépenses sociales et flexibilise son marché du travail (suppression du CDI) pour éviter la montée des taux d’intérêts sur sa dette, soit elle conserve ses acquis sociaux et sort de l’euro (de l’UE ?). François Hollande devra donc choisir entre satisfaire les marchés ou ne pas décevoir ses électeurs.

Un document explosif sert de fil conducteur à cette émission de radio. Il s’agit d’une note confidentielle rédigée par Nicolas Doisy, chef économiste auprès d’une grande société de brokerage française, à l’intention de ses clients investisseurs. Nicolas Doisy a accepté de se faire interviewer sur le contenu de son rapport. Il explique que François Hollande s’est volontairement montré vague dans ses promesses électorales car il sait qu’il n’aura pas d’autre choix que de démanteler l’État social et de supprimer le CDI pour éviter que la France ne s’enfonce dans une spirale d’endettement à la grecque.

Nicolas Doisy décrit comment il s’agira de manipuler l’opinion publique afin de ne pas lui donner l’impression que le gouvernement socialiste se plie à la volonté de la finance. L’économiste ne doute pas de ses conclusions: la France s’est en effet tellement endettée que sa marge de manoeuvre est nulle. Ce qui va se passer ressemble au revirement qu’à dû consentir François Mitterrand en 1983 après 2 années de politique de gauche.

Interrogé, l’économiste Jacques Sapir juge pertinente l’analyse de Nicolas Doisy. Il explique qu’en régime de monnaie unique, le droit du travail tend à s’aligner sur le moins coûtant et le moins disant. Selon lui, François Hollande ne terminera pas son mandat en raison de l’insurrection sociale que provoquera les coups portés à l’Etat social. Alternativement, si François Hollande refuse de se conformer aux injonctions des marchés, c’est le choix de la sortie de l’euro qui s’imposera.

Rappelons que les marchés, ce sont bien sûr les spéculateurs, les banques, des investisseurs étrangers, mais ce sont également les fonds de pensions, les caisses de retraites, les assurances vie, donc l’épargne des citoyens (lire à ce propos qui détient la dette française et comment celle-ci a-t-elle évolué ?).

Partie 1:



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« Finance pousse-au crime »

Cela devait arriver. Car de longue date, toute loyauté raillée, toute fidélité abolie, les requins de Wall Street ne nagent plus que « dans les eaux glacées du calcul égoïste » (dixit Karl Marx). Un cadre de Goldman Sachs a finalement craché dans la soupe, dénonçant une banque gavée de fric pour compte propre ; des clients pris pour des pantins, façon tir aux pigeons. Un environnement professionnel « toxique » – une banqueroute morale.

Au bout du chemin, la fraude financière proprement dite : transgressions, sciemment criminelles, des lois du marché ; techniques de dissimulation comptable, “innovations” financières crapuleuses. A Wall Street, prévient le professeur américain Bill Black, expert ès finance criminelle : “Si vous ne cherchez pas la fraude, vous ne la trouverez pas ; si vous la cherchez, vous la verrez partout”.

Mais il y a pire encore, car un peu de volonté politique permet de rechercher puis de sanctionner ces malversations financières. Le pire, c’est ce qui justement aveugle le contrôle politique, c’est l’habillage idéologique rendant la prédation chatoyante et désirable – la “société ouverte” chère au “bienfaiteur” Soros.

Destiné à l’opinion et aux médias, ce séduisant habillage prôné par l’« élite de Davos » est par nous baptisé « DGSI », Davos-Goldman-Sachs-Idéologie. Mondialiste, libre-échangiste, il est fondé sur l’idée que “tout ce qui compte, se compte”. Ennemie résolue des nations, de leurs histoires et symboles, la DGSI vante les migrations et le multiculturalisme ; ce puissant dissolvant “ne se connaît plus d’extérieur, refuse qu’on soit étranger à ses cultes et ses pompes ; il se veut le système du monde, unique et clos comme une bulle” (Hervé Juvin “Le Renversement du monde).

Le Nouvel Economiste

Un épouvantail nommé Europe

Paradis de l’euthanasie, patrie du socialisme, berceau de la crise de la dette… Dans la campagne pour les primaires républicaines américains, l’Europe apparaît comme le contre-modèle absolu pour effrayer les électeurs américains.

En Europe, on élimine les vieux décrépits, les capitaines sont les premiers à quitter le paquebot en train de couler, l’euro chancelant demeure un foyer d’infection dangereux pour le reste du monde, des Etats-providence pesants et prohibitifs asphyxient le dynamisme économique et les jeunes paient la facture de la crise.

Malgré 65 ans de plus ou moins bons et loyaux services, les anciens alliés européens en prennent plein la figure lors de ces élections primaires américaines : ils font office de tête de Turc sur laquelle les candidats républicains à la présidence prennent plaisir à cogner.

Que les politiciens s’insurgent les uns contre les autres lors des campagnes électorales fait partie du jeu. Rick Santorum n’est pas le premier conservateur qui clame, avec peu de respect pour la réalité, qu’aucun vieillard n’est plus en sécurité aux Pays-Bas depuis la légalisation de l’euthanasie. Mais dans la campagne actuelle, les choses prennent une ampleur inédite. S’y ajoute quelque chose d’encore beaucoup plus pénible pour les Européens : une certaine pitié. Comme si l’Europe n’avait plus aucune importance.

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Comment Margaret Thatcher a marqué l’Angleterre

Alors que sort sur grand écran un film sur sa vie, Margaret Thatcher revient à la mode en Grande-Bretagne. Pourtant, le bilan économique et social de la “Dame de fer” est noir. Et la haine qu’elle a suscitée dans les franges populaires est toujours aussi vivace.

Ce mercredi (15 février) sort sur les écrans le film sur Margaret Thatcher, La dame de fer ”, avec dans le rôle titre Meryl Streep. Celle qui a régné pendant onze ans sur le Royaume-Uni est sans doute la plus contestée des Premiers ministres britanniques. Son arrivée au 10 Downing Street en mai 1979 a marqué un tournant dans l’histoire du pays. Retour sur les années Thatcher.

L’homme malade de l’Europe

Depuis le milieu des années 1950, le Royaume-Uni est confronté à des problèmes économiques persistants: déficit commercial, déficit de la balance générale des paiements, endettement croissant, inflation galopante et sous-productivité. Le pays perd du terrain face à ses voisins: le taux de croissance moyen est de 2,8% dans les années 1960 alors que la France et l’Allemagne enregistrent des croissances de 5%. Durant cette période, les gouvernements travaillistes et conservateurs qui se succèdent appliquent des politiques de relance, qui entraînent un regain d’inflation, puis des politiques de rigueur afin de casser l’inflation. Cette stratégie dite de “stop and go” sclérose l’investissement des entreprises.

Le choc pétrolier de 1973 aggrave la situation. L’inflation atteint alors 25%. Le Royaume-Uni passe pour l’homme malade de l’Europe. En 1976, le gouvernement travailliste est contraint de solliciter l’aide du FMI à hauteur de 4 milliards de dollars, une somme alors importante. En contrepartie, le Premier ministre de l’époque, James Callaghan, engage une politique déflationniste de compression de la masse monétaire et de réduction des déficits publics. Il obtient temporairement le soutien des syndicats qui acceptent une limitation des hausses de salaires. Fin 1978, alors que la croissance est revenue, les mêmes syndicats refusent la limitation à 5% des hausses de salaire et entament un grève de cinq mois (d’octobre à février 1979).

C’est dans ce contexte qu’ont lieu les élections législatives. Margaret Thatcher, qui dirige les Tories – le parti conservateur – depuis 1975, fait campagne sur la stigmatisation du “socialisme rampant” imposé par des syndicats tout-puissants. Elle promet de combattre l’inflation et d’encourager le libre marché. Elle obtient une victoire marquée (44% des voix contre 37% aux travaillistes), moins par adhésion de la population à son programme néolibéral que par un ras-le-bol du consensus Etat-patronat-syndicats. Et met aussitôt son programme en application: réduction des dépenses publiques, forte hausse des taux d’intérêts de la banque d’Angleterre pour comprimer l’inflation, suppression de l’encadrement des salaires et des prix.

Libéralisation à marche forcée

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L’Europe en route vers la dépression

En mai 2010, le gouvernement de la Grèce a été confronté à un problème sur le service de sa dette. Dans le contexte de la zone euro dans son ensemble, les difficultés grecques étaient mineures, équivalant par exemple à un État américain incapable d’équilibrer son budget, comparativement aux USA. La solution évidente était que la Banque centrale européenne acquiert tout ou partie de la dette grecque, mettant ainsi fin au problème d’un trait de plume. Une fois cette difficulté purement financière éliminée, les discussions politiques auraient pu débuter.

La mission d’une banque centrale est double : 1) Assurer la liquidité du système financier structurellement fragile en raison du désappariement des maturités et de l’effet de levier sur la monnaie centrale qui sont à la base de l’activité des banques. 2) Soutenir l’activité et prévenir la surchauffe en pilotant les taux directeurs, ce qui inclut le taux appliqué à la dette d’Etat, qui définit un plancher au dessus duquel viennent s’étager les autres compartiments de risque. Ces objectifs impliquent que l’institut d’émission intervienne en soutien aux banques, mais aussi au Trésor, comme c’est massivement le cas aux USA, au Japon, en Grande Bretagne, et même au Canada, où la banque centrale acquiert 15% des émissions souveraines.

Par construction, l’Union européenne, en interdisant le soutien de la dette publique, a créé les conditions de sa faiblesse, acceptant de facto de s’exposer aux effets déstabilisateurs et déstructurants des mouvements browniens spéculatifs, voyant sans doute dans la menace de sanction des marchés un garde fou souhaitable. Ce faisant, elle impose aux États des règles qui ont depuis longtemps été abandonnées concernant les banques. On sauve les unes, on sanctionne les autres, les acculant à l’austérité et bientôt à la faillite. Tout cela parce que les marchés, n’est-ce pas, ont toujours raison.

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Frédéric Lordon : “Un monde s’écroule sous nos yeux”

Dans ce grand entretien, Frédéric Lordon nous livre ses commentaires et analyses de la crise économique actuelle et de ses origines. Avec un ton incisif et un regard acerbe, il revient sur les causes et effets de la crise elle-même, mais commente également le traitement de l’économie par les médias, la place de l’économie au sein de l’institution universitaire, et l’éventuelle sortie de l’euro. Sonnant le glas du projet néolibéral, l’actualité est, nous dit-il, une occasion unique de changements profonds : un monde s’écroule sous nos yeux.

RdL : Que se passe-t-il ? Qu’est-ce qui est en train d’arriver sous nos yeux, depuis au moins une trentaine d’années, depuis 2008, depuis quelques mois, ces dernières semaines ?

Frédéric Lordon : C’est une leçon de choses historiques. Ouvrons bien les yeux, on n’a pas souvent l’occasion d’en voir de pareilles. Nous assistons à l’écroulement d’un monde et ça va faire du gravât. L’histoire économique, en tout cas celle qui a fait le choix de ne pas être totalement bornée – je veux parler d’auteurs comme Kindleberger, Minsky ou Galbraith – a depuis longtemps médité l’effrayant pouvoir de destruction de la finance libéralisée. Il fallait de puissants intérêts – très évidemment constitués – à la cécité historique pour remettre sur les rails ce train de la finance qui a déjà causé tant de désastres ; en France, comme on sait, c’est la gauche de gouvernement qui s’en est chargée.

De sorte que, à la lumière de ces leçons de l’histoire, on pouvait dès le premier moment de la dérégulation financière annoncer la perspective d’une immense catastrophe, et ce sans pourtant savoir ni où, ni quand, ni comment exactement elle allait se produire. La catastrophe en question aura pris vingt ans pour survenir, mais voilà, nous y sommes.

Notons tout de même qu’un scénario que certains avaient envisagé d’assez longue date considérait l’hypothèse de la succession de crises financières sérieuses, rattrapées mais, aucune des contradictions fondamentales de la finance de marché n’étant résolues, enchaînées selon un ordre de gravité croissante, jusqu’à la big one.
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Chevènement : « La France est-elle finie ? »

Jean-Pierre Chevènement, sénateur et président d’honneur du Mouvement Républicain et Citoyen, était l’invité de Patrick Cohen dans le 7/9 de France Inter (8h20 – 6 janvier 2011).

Il y a un doute sur la France dans nos élites depuis la 1ère guerre mondiale. La France s’est ralliée au néo-libéralisme dans les années 80. Mitterrand est pour partie responsable de cet abandon, selon lui la France était morte depuis 1940. »

L’auteur du dénuement de la France est Jean Monnet, la reconstruction de la France sur les marchés au lieu de peuples, réduire le politique à une instance d’acquiescement. La concurrence libre de l’Europe est la fin des politiques industrielles. »

1983 est décisif est la parenthèse libérale jamais refermée. Peut-on faire confiance à ceux qui nous ont mis dans cette situation pour nous en sortir (gauche et droite) ? Responsabilité solidaire. »

Les socialistes tournent depuis 25 ans comme un ours en cage avec leurs contradictions que leur a apporté Mitterrand. Les socialistes doivent faire face avec l’héritage d’une Europe néo libérale, niant la démocratie que Mitterrand leur a livrée. »

(Merci à ethan)

Le règne de l’économisme n’est pas notre destin

Nous ne sommes pas vos esclaves !

Les crises sont des tournants qui stimulent le développement et la réalisation de ­nouvelles idées. Dans son excellent ouvrage intitulé « Zivilisierte Marktwirtschaft » (1), Peter Ulrich évoque les questions fondamentales de l’activité et de l’éthique économiques. Il analyse la dynamique néo-libérale débridée et lui oppose une activité économique responsable, appropriée à tous les hommes et légitime.

Afin qu’une réorientation aussi radicale réussisse, « une prise de conscience de l’humanité qui fasse date » s’impose.

Le chaos règne dans les économies d’Europe et d’Amérique. Depuis la crise financière de 2008, de nombreux États sont particulièrement endettés. Or, pendant que les peuples doivent assumer les charges de la crise, les banques qui l’ont déclenchée retournent à leurs affaires courantes.

Bien que le peuple des États-Unis ait désapprouvé la politique économique du gouvernement lors des dernières élections au Congrès, l’institut d’émission a augmenté considérablement la masse monétaire peu après, mesure contestée même au sein de la FED en raison de ses effets négatifs potentiels sur la stabilité des prix.

Seules les banques semblent en profiter. Les instruments disciplinaires exigés encore à pleine voix en 2008 se révèlent peu effi­caces face au lobby bancaire. Dans la zone euro, les ­grandes ­banques peuvent même forcer le gouvernement irlandais à recueillir des crédits qu’il ne souhaite pas. Comme les crédits sont liés à de strictes mesures d’économie, des tensions se manifestent entre gouvernement et population.

L’Irlande est menacée d’une crise poli­tique ; au Portugal, une grève générale paralyse une grande partie du pays ; au Royaume-Uni, la centrale des conservateurs est mise à sac ; en Grèce, la population proteste depuis des mois contre des mesures d’économie rigoureuses.

Économie de marché civilisée

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L’encerclement : La démocratie dans les rets du néolibéralisme

À travers les réflexions et les analyses de plusieurs intellectuels de renom, ce documentaire trace un portrait de l’idéologie néolibérale et examine les différents mécanismes mis à l’oeuvre pour en imposer mondialement les diktats.

Déréglementer, réduire la taille de l’État, privatiser, limiter l’inflation plutôt que le chômage, bref, financiariser et dépolitiser l’économie : les différents dogmes de cette pensée prêt-à-porter sont bien connus. Et s’ils s’immiscent lentement dans nos consciences c’est qu’ils sont diffusés à travers un vaste et inextricable réseau de propagande.

De fait, depuis la fondation de la Société du Mont Pèlerin, en 1947, les instituts de recherche néolibéraux, ces think tanks financés par des transnationales et des grandes fortunes, propagent inlassablement la pensée néolibérale au sein des universités, dans les médias, auprès des parlementaires, etc.

Cette idéologie qui s’affiche évidence, forte de la sanction historique et scientifique que semble lui avoir conférée la chute de l’URSS, a su intoxiquer tous les gouvernements, de gauche comme de droite. En effet, depuis la fin de la Guerre Froide, le rythme des réformes néolibérales est allé sans cesse s’accentuant.

Souvent imposée par la force, que ce soit à travers les plans d’ajustements structurels du FMI et de la Banque Mondiale, sous la pression des marchés financiers et des transnationales ou même par la guerre, la doctrine néolibérale s’étend dorénavant à la planète entière.

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