Les nouvelles dictatures du renseignement

Par Myret Zaki

C’est une dérive totalitaire à laquelle on assiste depuis la crise de 2008. Elle se manifeste principalement aux Etats-Unis et dans une moindre mesure en France. La Suisse, pays riche mais sans réelle force de dissuasion, en fait les frais. Ses banques, prises pour cible, servent de révélateur de ces dérives étatistes.

Le Parlement suisse doit voter d’ici à juillet, sous forme de loi urgente, et sans en connaître le contenu, un «programme unilatéral» légalisant la transmission massive et indiscriminée à Washington d’informations sur des employés et clients de banques suisses, sous peine d’un éventuel boycott du marché du dollar pour lesdites banques. Un abus de position dominante qui intervient un an après que la Suisse a déjà transmis aux Etats-Unis, sans base légale, 10.000 noms d’employés, et qu’encore plus de clients se soient déjà dénoncés.

La France s’inscrit dans la droite ligne de la politique washingtonienne, que ce soit au plan de sa politique étrangère d’ingérence (Libye et Syrie) ou dans sa dérive vers un Etat policier et liberticide, qui se traduit par des stratégies de force pure, similaires aux Etats-Unis dans la lutte contre la fraude fiscale.

Une justice à sens unique
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Myret Zaki : «Les banques ont pipé les dés»

On aime à entretenir le mythe que «les marchés sont efficients» et que la valorisation des actifs financiers reflète les seules forces du marché. La réalité, dont le scandale du Libor n’a révélé que la surface, est à l’opposé.

Pratiquement aucun prix, aucun taux, n’est pas manipulé aujourd’hui. Les taux d’intérêt, les dérivés, les monnaies, les matières premières et la valeur de l’argent lui-même sont faussés par les banques.

Il y a d’abord eu le scandale du Libor, dans lequel 15 banques manipulaient depuis des années les taux interbancaires, qui influent à leur tour sur la valeur de quelque 500 000 milliards de dollars d’instruments financiers.
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« Offshore Leaks » : silence radio à Londres (Màj)

Addendum du 07/04/2013

En matière de paradis fiscaux, le Royaume-Uni est un peu comme un aigle à deux têtes, deux visages qu’il ne montre jamais simultanément. Officiellement, le premier ministre britannique David Cameron a placé la lutte contre l’évasion fiscale au cœur de sa présidence du G8 cette année. (…)

Dans la réalité, la première place financière européenne de par sa perméabilité peut être considérée comme le paradis fiscal par excellence. “Onshore” (souverain) comme on dit dans le jargon, par opposition à “offshore” (extraterritorial).

Ainsi, les nombreux scandales qui ont récemment émaillé la chronique financière de la City – blanchiment de l’argent de la drogue, violation des sanctions internationales, évasion fiscale à grande échelle, commissions occultes dans des contrats d’armements – ont tous transité via des paradis fiscaux liés de près ou de loin à la City.

(…) Dans ces conditions, le silence médiatique qui a entouré au Royaume-Uni les révélations des Offshore Leaks est facilement compréhensible. Seul le Guardian, associé à l’enquête, a couvert l’affaire. Ailleurs, c’est le silence radio. Et pour cause, les propriétaires des titres britanniques sont souvent eux-mêmes immatriculés dans les zones offshore. (…)

Le Monde (Marc Roche)

Myret Zaki analyse les montages financiers sur la Radio Télévision Suisse Romande, le 07/04/2013 à 19 H 30

RTS

En complément, un entretien audio, également sur RTS ce jour :

« Qui a piraté ces données ? Pourquoi est-ce que cela se concentre essentiellement sur l’Europe ? Qui a intérêt à sortir ces informations ? Avant de gober ces données, on doit le savoir. » – Myret Zaki

Forum RTS

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Addendum du 06/04/2013

Devant un tel déballage médiatique, le premier réflexe ne saurait être autre que de défiance, sachant que parmi les pontes de l’ICIJ, étrange bidule international, on trouve le financier George Soros, requin de la spéculation dont la fondation Open Society peut être considérée, sans grand risque de se tromper, comme l’un des plus beaux fleurons du soft power américain, art dans lequel la CIA est passée maître. Rappelons ainsi que le Soros en question a failli faire sauter la banque d’Angleterre et manqué de peu de faire de même avec celle de Malaisie.

(…) Ces choses dites, les révélations de l’ICIJ, seulement relayées par quelques dizaines de journaux triés sur le volet, dont The Guardian et Le Monde, sont intéressantes à plus d’un titre. Chez les grands fraudeurs, quelques rois nègres, deux ou trois satrapes orientaux et autant d’autocrates caucasiens. Bref, de l’habituel. Des Américains ? Pour l’instant, pas la queue d’un…

Boulevard Voltaire

pour mettre les choses en perspective, soulignons que les 120.000 sociétés offshore dévoilées par cette “méga-opération” pâlissent quand on sait que les seuls trois Etats américains du Delaware, du Wyoming et du Nevada renferment plus de 700.000 sociétés offshore. Aura-t-on la moindre information pertinente sur ces juridictions-là qui figurent parmi les plus opaques au monde ?

Par ailleurs, il manque l’essentiel. Lorsqu’on dévoile ainsi une base de données volée à des intermédiaires financiers des Iles Vierges Britanniques et de Singapour, la première chose que l’on attendrait d’un consortium de journalistes d’investigation, c’est qu’il nous informe sur l’identité du voleur. Qui donc a piraté ces données ? D’où vient ce mystérieux disque dur, arrivé dans un paquet anonyme? Avant de s’enthousiasmer et d’avaler tout droit ces informations, il convient de s’interroger sur qui a intérêt à les livrer ainsi en pâture, et qui sera balancé aux médias, et qui sera éventuellement protégé.

Bilan

(Merci à libherT)
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Chypre : les épargnants paient à la place des spéculateurs

Une des choses les plus mal comprises, dans la crise chypriote, est sans doute l’essentiel : à savoir sa cause principale, qui n’est autre que la spéculation contre la zone euro.

Ce phénomène est si mal identifié, qu’on arrive aujourd’hui à faire passer l’idée qu’il serait légitime d’aller chercher dans les poches des épargnants ce qui a été pris aux banques par la spéculation massive contre la dette souveraine de la zone euro. Or les épargnants locaux n’ont aucune responsabilité dans cette affaire, et un transfert de richesses s’opère des populations vers l’élite sophistiquée, non régulée et non sanctionnée de la finance, en dehors de tout contrôle démocratique.

Les épargnants chypriotes, dont les comptes de plus de 100.000 euros seront potentiellement taxés jusqu’à 50% ou 80%, vont en réalité payer pour compenser ce que des hedge funds ont pillé à la zone euro, trois ans durant. La crise trouve ses origines fin 2009, dans les attaques spéculatives anglo-saxonnes qui ont ciblé de manière concertée la zone euro, et qui ont coulé le pays voisin de Chypre, la Grèce, alors que les banques chypriotes détenaient de grandes quantités de dette grecque, comme l’explique clairement l’agence Standard & Poor’s.

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Allô la Bourse, ici la Terre

Par Myret Zaki

Les économistes peinent à expliquer la déconnexion entre les marchés, euphoriques, et l’économie réelle, morose. L’indice Dow Jones a touché des sommets historiques ce mois. Et l’indice plus large S&P 500 a gagné 129% depuis son creux de 2009, une bulle encore plus phénoménale que celles de 1997-2000 (+106%), et de 2002-2007 (+101%). Une trajectoire suggérant un boom économique. En effet, un marché haussier qui dure coïncide toujours avec une forte croissance, une baisse du chômage et des gains de productivité.

Le PIB américain ? Il progressait de 2,5% en 2007, au précédent sommet du Dow Jones, mais de 1,6% aujourd’hui, et 59% des Américains, voyant leurs salaires réels décliner, pensent que l’économie est en récession. Le chômage ? Le nombre de sans-emploi a doublé depuis 2007, de 6,7 à 13,2 millions. La confiance des consommateurs ? L’indice était à 99,5 en 2007, il est à 69 aujourd’hui.

Que vient donc récompenser, au juste, une telle hausse, ou que vient-elle anticiper, pour les six prochains mois, que l’on ignore à ce point ?
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Myret Zaki : Les banques centrales fabriquent l’hyperspéculation et l’hyperinflation

J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec Jacques Cheminade, homme politique français et fondateur du parti Solidarité et Progrès.

Nous avons évoqué la déconnexion entre les marchés boursiers euphoriques et le marasme économique ; la nécessité de séparation des banques d’affaires des banques de dépôt; le véritable rôle de Mario Draghi (président de la BCE) ; le marché de l’or et son importance aujourd’hui ; et le déséquilibre sans précédent entre les gains réalisés par les responsables de la crise (banques, fonds spéculatifs, finance de l’ombre, renfloués malgré leurs échecs) et les pertes réalisées, sous couvert d’austérité, par les populations occidentales, qui ne sont pourtant pas responsables de la crise, ni des chocs récessionnistes qu’elle a entraînés.

Bilan

Même manipulé, l’or ne peut que monter

L’or repasse sous les 1700 dollars l’once, en baisse de quelque 13% par rapport à ses sommets de 2011. Certains y voient la fin de la bulle de l’or, croyant à un durable retour des investisseurs aux actions.. Ils se trompent.

Que sont ces corrections épisodiques de quelques pour-cent que connaît l’or, au regard de son appréciation de près de 600% sur 15 ans ? Rien de significatif, car la tendance restera haussière; ces déclins doivent être vus comme des opportunités d’achat.

Bilan.ch

Gagner la guerre des changes, c’est mourir

Par Myret Zaki

Face à la guerre des monnaies qui fait rage, et dans laquelle le dollar, le yen et la livre sterling se distinguent par les dévaluations les plus agressives, les monnaies qui ne chutent pas à la même vitesse, comme l’euro, sont qualifiées de «dindons de la farce». Ainsi va le raisonnement : si l’Europe n’emboîte pas le mouvement et s’accroche à son «orthodoxie monétaire», elle sera la grande «perdante».

Ce raisonnement erroné et parfaitement inepte s’est répandu comme un feu de paille, laissant croire que les plus malins, ceux qui parviendront à sortir intelligemment leurs économies de la récession, sont ceux qui auront le plus massacré la valeur de leur monnaie, sans nul besoin de procéder à d’autres réformes.

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La guerre contre la finance a-t’elle commencé ? (CSOJ – 12/02/2013)

Frédéric Taddeï reçoit Myret Zaki et Olivier Berruyer dans Ce Soir Ou Jamais pour évoquer la séparation des banques de dépôts et des banques d’affaires; la lutte engagée par les États-Unis contre Standard & Poor’s; l’exemple de l’Islande.



Voir la l’émission dans son intégralité :

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Goldman Sachs et la main visible

A l’heure où Goldman Sachs publie des bénéfices en hausse de 191% sur 2012, il est intéressant de se pencher sur la nature et le contexte de ces profits records. Pour une bonne part, ils sont dus au leadership incontestable de la banque, imbattable en matière de fusions et acquisitions, de trading, d’émissions et de négoce de titres. Mais ces profits sont essentiellement aidés par une main un peu trop visible. D’une part, on sait qu’en 2008 la plus grande banque d’affaires a obtenu, après avoir modifié son statut en holding, la protection de l’agence fédérale d’assurance des dépôts, jusque-là réservée uniquement aux banques d’épargne.

Par Myret Zaki - (Bilan).

Cette même année, le Trésor prenait une participation de 10 milliards de dollars dans le capital de Goldman Sachs, à titre d’aide, payant 3,5 milliards de plus que ce que valaient réellement les actions, comme l’a plus tard révélé le Congrès.

Pourtant, en 2008, Goldman Sachs dégageait 2,3 milliards de profits et versait 4,82 milliards de bonus.

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Myret Zaki : Pourquoi la “finance de l’ombre” reste au-dessus des lois

Les nouveaux chiffres sont sortis le 18 novembre. La finance de l’ombre, ou “shadow banking”, continue de croître au su et au vu des régulateurs. Sa taille atteint aujourd’hui 67.000 milliards de dollars, soit une taille égale à l’ensemble de l’économie mondiale.

On peut la définir comme un système financier parallèle au système bancaire réglementé. Le shadow banking se compose essentiellement de spéculateurs sophistiqués. Son rôle dans les crises de 2002 (Enron, Worldcom) et 2008 (subprime) est avéré.

Et pourtant, les gouvernements, en procédant au sauvetage de l’ensemble du système financier en 2008, ont récompensé l’échec de la finance spéculative et incité les spéculateurs déréglementés à poursuivre leurs activités, qui ont augmenté de 5.000 milliards depuis la crise!

En cause également, le lobbying efficace à Washington qui met en échec les velléités actuelles de la France et de l’UE de réglementer le shadow banking.

Le mythe de la réindustrialisation américaine

La tentation électoraliste a été, pour les deux candidats à la Maison Blanche, d’insister sur la renaissance industrielle américaine. Cette “story” a aussi été alimentée pas Wall Street, pour attirer les investisseurs. Mais c’est largement un mythe.

L’extraction des gaz de schistes aux États-Unis n’a créé que 60’000 emplois en six ans. Les compagnies ont largement misé sur les technologies d’automatisation. Notre enquête, à découvrir dans Bilan, révèle que les bas coûts de l’énergie aux États-Unis ne suffiront pas à inciter des entreprises à se relocaliser sur territoire américain.

Bilan

Éléments : Sommaire du N°145

Avec notamment, pour la rubrique économique, un entretien avec Myret Zaki intitulé : “la fin du dollar est programmée“, une analyse sur le “chômage, fléau social“, par Pierre Barrucand et une réflexion de Christopher Lash à propos de “l’homme révolté contre la marchandise“.

(Merci à Patrick)

Myret Zaki : “Austérité, les populations paient à la place des spéculateurs”

Zone euro : le vrai problème, ce n’est pas l’austérité. Mais qui paie la facture de cette austérité. Les sacrifiés, ce sont la masse des petits et moyens salariés de la zone euro, ceux qui forment le tissu de l’économie réelle. Or il y a tragique méprise : ceux qui passent à la caisse ne sont pas les principaux responsables de la crise. La spéculation est responsable de la crise.

D’immenses fortunes se sont créées sur le saccage, par les fonds spéculatifs, des dettes européennes. Ces gains proviennent de la chute de valeur des obligations grecques et des pays voisins, causée par des ventes à découvert (short selling) massives.

Ce détournement de richesses est directement prélevé sur les salariés de la zone euro, qui défilent aujourd’hui dans les rues. En 2011, les fonds spéculatifs ont généré leurs meilleurs profits sur la chute – provoquée – des obligations de la zone euro.

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Si vous ne croyez pas à une guerre économique

Par Myret Zaki

Depuis la fin de la guerre froide, l’Europe est devenue, pour les Etats-Unis, un rival et non plus un allié. La tension s’est accentuée après 2001.

Lors de mes discussions avec certains interlocuteurs, il est surprenant de constater qu’ils ne croient pas un instant à l’hypothèse d’une guerre économique américaine, grille de lecture pourtant essentielle pour décrypter le monde actuel.

Pour ces observateurs, il n’y a ni guerre contre la Suisse ni contre l’Europe. Selon eux, la Suisse subit un sort similaire aux autres places financières, qui devront elles aussi renoncer à leur lucrative opacité. Quant à la relation entre les Etats-Unis et l’Europe, ces interlocuteurs n’y voient nulle hostilité, rappelant qu’Obama s’est prononcé, lors du dernier G8, contre une sortie de la Grèce de la zone euro (et oubliant qu’il y a les positions officielles, et les positions réelles). Ils citent enfin des documents dé-classifiés révélant que Washington préconisa même, dès les années 60, la création d’une monnaie européenne unique et que par conséquent le bloc européen ne se constitua pas par opposition au bloc étasunien.

2009, le dollar contre-attaque Lire la suite