Frédéric Bosqué : “Revenu de base et monnaies complémentaires”

Dans cette conférence tenue à Genève le 27 mars 2013, Frédéric Bosqué résume la situation économique et propose la solution la plus viable à ses yeux: monnaies locales et revenu inconditionnel de base dans cette monnaie éthique.

France : Déjà une quinzaine de monnaies locales

Leurs noms peuvent amuser, mais elles représentent désormais, en temps de crise, un véritable pan de l’économie locale. Le sol-violette de Toulouse (Haute-Garonne), l’abeille de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), la sardine de Quimper (Finistère), l’eusko du Pays basque et, d’ici à juillet, la pêche de Montreuil (Seine-Saint-Denis) ont toutes été créées avec le même objectif, développer l’économie locale.

Une quinzaine de monnaies locales sont déjà actives et au moins autant sont en projet dans tout le pays. Avec des expériences plutôt encourageantes. A Toulouse, le sol-violette, créé en mai 2011, rencontre un beau succès : près de 100 entreprises l’acceptent, contre une quarantaine lors du lancement. La mairie tablait sur 150 « solistes » lors de la création, ils sont maintenant plus de 1500.

Promouvoir une autre façon de consommer, en ces temps économiques difficiles, convainc de plus en plus.

Alors que c’est une petite commune, Villeneuve-sur-Lot, qui a lancé ce nouveau dispositif en janvier 2010, en proposant à ses habitants de convertir leurs euros en abeilles. Aujourd’hui 14000 abeilles sont utilisées par une centaine d’entreprises locales et une centaine de familles sur un territoire de 35.000 habitants.

« C’est une goutte d’eau dans la mer, reconnaît Françoise Lenoble, coprésidente de l’association Agir pour le vivant. Mais cela prend nécessairement du temps pour que les gens s’y mettent. » En tout cas, les monnaies locales séduisent même les grandes villes, et Nantes (Loire-Atlantique) en aura bientôt une.

Le Parisien

Italie : Une autre économie

Tous les jours, des milliers d’Italiens vivent hors des sentiers battus de l’économie marchande. Dans le monde rural mais aussi dans les milieux culturels, ils redéfinissent, par petites touches, le lien social.

Une petite localité suspendue dans le temps, un ancien bourg médiéval en pierre à l’aspect de château fort : Torri Superiore, située dans le Val Bevera, au pied des Alpes ligures, a conservé des traces de vie communautaire, sa grande salle collective, son four à ciel ouvert et son réseau de cent soixante pièces et passages au plafond voûté. A la fin des années 1970, le village assoupi s’était brièvement réveillé, avec une expérience d’utopie communautaire impulsée par un situationniste turinois. Puis, en 1989, il fut pris en main par un groupe de jeunes qui décida d’y fonder un écovillage. Aujourd’hui, ils sont seize habitants, enfants compris. Ils se partagent les tâches et les revenus, prennent les décisions par consensus, tout en acceptant une certaine élasticité individuelle (certains vivent dans la communauté mais travaillent à l’extérieur). Ils organisent des activités culturelles et sociales et contrôlent l’avancée des travaux de restauration, confiés à de petites entreprises locales pratiquant la bio-architecture et faisant usage de matériaux naturels.

Des bandes de terre qu’elle cultive au bord du torrent, la communauté tire une petite production d’huile, de légumes et de fruits destinée à sa propre consommation. Ici on s’oriente vers l’économie du don : le modèle, ce sont les sociétés agricoles précapitalistes qui, pour une bonne part, pourvoyaient elles-mêmes à leurs besoins et ne recouraient à l’économie marchande, en échangeant ou en revendant leurs excédents, que pour le peu qu’elles ne parvenaient pas à produire directement.

Durant toute l’année, des gens de tous les coins du monde viennent au village participer aux cours de formation environnementale. Les bénévoles sont logés et nourris, et en échange font des travaux d’agriculture, d’informatique ou de menuiserie. Autour de la table, les discussions s’enflamment dans toutes les langues… Comment restreindre l’importance de l’argent dans ce type d’agencement informel qui, de toute manière, s’inscrit dans les marges de l’économie officielle ? Peut-on se dégager de rapports sociaux aliénés et dépasser le fétichisme de la marchandise en cherchant à renouer avec le primat de la valeur d’usage de la société agricole féodale ?

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La loi d’airain de la monnaie

Par Jean-Claude Werrebrouck

Dans le modèle de la « potentia multitudinis » André Orléan et Frédéric Lordon nous ont donné un explication satisfaisante de la sélection du métal précieux comme base monétaire. Le paradigme de la rivalité mimétique, emprunté à René Girard, est sans doute le bon outil pour expliquer que la monnaie, invention des hommes, correspond aussi le plus souvent à un processus d’aliénation, ce que nous appelons la loi d’airain de la monnaie.

La monnaie est pure convention sociale, mais elle est aussi, le plus souvent, une implacable contrainte, et l’histoire des crises monétaires nous montre qu’il est difficile de s’en affranchir. Pour autant, la loi d’airain résulte aussi de la progressive montée de l’économie dans les communautés humaines.

Montée de l’économie et promotion du métal précieux

Lorsque dans les sociétés primitives, le face à face entre individus est permanent, Marcel Mauss nous a appris que si échange il y a, celui-ci peut être simple échange de dons, ou échanges de valeurs économiques, dont le but n’est pas le profit  mais simplement celui d’assurer la simple lutte contre l’entropie : il faut bien manger, s’habiller, etc. et donc produire les valeurs d’usages correspondantes dans une quantité suffisante- sans surplus- pour assurer la reproduction de la société.
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Grèce : Des monnaies locales apparaissent…

…comme ce fut le cas en Argentine après la débâcle de 2001.

Quand il devient clair que les économistes tout-puissants n’ont pas grand-chose d’autre à offrir que davantage de coupes budgétaires, davantage de mesures d’austérités, davantage d’insultes, les gens prennent alors conscience que c’est à eux d’agir, et c’est ainsi qu’une véritable créativité humaine prend le dessus. C’est comme cela qu’une crise devient une opportunité.

En conséquence de la crise économique et de la probabilité d’une sortie de la zone Euro, un mouvement n’a de cesse de s’amplifier en Grèce. Quelques villes se servent en effet d’une monnaie alternative pour les aider à affronter les troubles qui agitent le pays. Les participants vendent leurs produits et services dans des Unités Locales et Alternatives, TEM en Grec, et les échangent ensuite contre des produits et services des autres participants au réseau.

L’idée n’est bien évidemment pas nouvelle. En 2001, lorsque l’économie argentine s’est effondrée chaque province a produit sa propre monnaie, se passant ainsi des banques qui avaient fermé leurs portes pour empêcher les gens de retirer leur argent.

C’est dans des moments comme ceux-là que tout le monde se rend compte que son argent à la banque n’existe pas vraiment et que ces chiffres gravés dans le marbre qui apparaissent sur nos comptes ne sont en fait que des sommes électroniques virtuelles s’échangeant à une vitesse hallucinante sur les marchés boursiers mondiaux tout en faisant des profits par la spéculation pour les courtiers.
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