Cet article est la traduction de la tribune de Jean Weidemann, le gouverneur de la Banque centrale allemande, parue le 12 mars 2012 dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung, traduite par Marina pour www-les-crises.fr.
Le président de la banque fédérale allemande Weidmann prend la parole au milieu du débat à propos du Target. La clé pour solutionner la crise de la dette ne résiderait pas entre les mains des banques centrales, affirme-t-il dans une tribune de la F.A.Z. (Frankfurter Allgemeine Zeitung).
Le nouveau Target 2 devient actuellement le symbole de la violente remise en question de la contribution de l’Eurosystème à la limitation de la crise. Que se cache t-il réellement derrière cette notion, qui est pour beaucoup synonyme de risques supplémentaires pour le contribuable?
En bref, Target 2 est le moyen de transfert des liquidités circulant au sein de la Zone euro. Par ce système de paiement, l´argent de la Banque Centrale Européenne est distribué aux banques émettrices nationales de la zone Euro. Ces liquidités se concentrent dans certains pays, en particulier du fait des mesures de refinancement des banques nationales par les banques d´investissement. La transaction est accomplie lorsque l´argent de la banque centrale d´un pays est transféré à un autre pays. À ce moment précis, naissent les créances et obligations contre la BCE, qui sert de chambre de compensation. D’un côté la banque d´émission transférante crée une obligation (un solde de compte Target2 négatif), tandis que de l’autre côté la banque d´émission réceptrice obtient une créance (un solde compte Target2 positif).
Si la politique monétaire dans la zone Euro était centralisée entre les mains de la BCE, il n´y aurait certes plus de compte Target2, mais cela ne provoquerait en soi aucun changement au niveau des risques de la mise à disposition des liquidités.
Avant la crise, les soldes de compte étaient très largement équilibrés. Les liquidités mises à disposition par les banques d’émission nationales pour le refinancement des banques d’investissement étaient essentiellement ponctionnées sur les réserves obligatoires ainsi que sur la monnaie en circulation. La nécessité de refinancer des banques à l’échelle internationale a trouvé théoriquement comme solution un afflux de capitaux privés, entre autres par le truchement de crédits interbancaires. Depuis l’éruption de la crise financière, et principalement de la crise des dettes souveraines, la confiance placée dans certains pays et dans leurs systèmes bancaires respectifs s’est considérablement affaiblie. Les sources de refinancement privées, marchés interbancaires inclus, sont devenues de moins en moins abondantes, se révèlent beaucoup trop chères et se sont de toute façon presque taries. Pour alimenter ce besoin en liquidités, et ainsi couvrir par exemple l´achat de valeurs ou les flux de capitaux, des mesures renforcées ont été prises par l’Eurosystème. Cela c’est révélé possible, puisque l´Eurosystème, depuis le début de la crise financière, avait progressivement augmenté son provisionnement de liquidités, celles-ci étant mises à disposition en contrepartie de garanties de crédits d’une étendue infinie, à bas taux et sur des durées sensiblement plus longues. De plus les exigences de garanties, entre autres les seuils de cotation, ont été largement revues à la baisse.
Le rôle du provisionnement de liquidités a donc radicalement changé: elle ne sert plus seulement à mettre à disposition le minimum d’argent nécessaire à la banque centrale, mais l´Eurosystème remplace désormais à large échelle le marché interbancaire et autres flux de capitaux internationaux.
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