Vous croyiez que le temps du protectionnisme était venu? Pas au sein de la Commission européenne, qui travaille depuis plusieurs mois, en lien avec Washington, à la création d’un grand marché transatlantique.
La vague protectionniste n’a pas encore submergé Bruxelles. Alors que les tentations en ce sens semblent progresser sur le continent, la Commission européenne travaille à la création d’une vaste zone de libre-échange qui regrouperait l’UE et les Etats-Unis, voire l’Alena (Etats-Unis, Canada, Mexique). Le projet a plusieurs noms de code: “Accord de croissance économique transatlantique” (ACET) en français, ou “Transatlantic free trade agreement ”en anglais. Mais dans les deux cas, l’objectif est le même: lever l’ensemble des dispositifs protectionnistes (barrières douanières, quotas, restrictions d’accès aux marchés publics, droits de propriété, indications géographiques…) qui entravent les relations économiques entre les deux blocs “occidentaux ”.
A Bruxelles, le dossier a été pris en main par le commissaire européen au Commerce, le Belge Karel de Gucht, nommé en 2009. Depuis plusieurs mois, il parsème ses discours de références à ce qui est devenu le grand projet de son mandat. Ainsi, le 30 mai dernier: “Je crois que l’Europe et les Etats-Unis doivent rebâtir leur relation économique par une initiative commerciale bilatérale globale. (…) Il doit aborder toutes les questions pertinentes, en particulier les points suivants: la suppression de tous les droits de douane, la libéralisation des services et l’accès aux marchés publics ”, déclare-t-il.
Côté américain, c’est le représentant au Commerce Ron Kirk, mandaté par le président Obama, qui suit les discussions. “Notre intention est de parvenir à un accord global ”, a glissé il y a quelques jours l’ancien maire de Dallas, venu en tournée en Europe à la fin du mois de mai pour défendre les positions américaines, qu’il résume en une expression: “la libéralisation totale de l’accès aux marchés ”, qu’il s’agisse de biens, de services ou d’investissements.
Pour afficher leur détermination, les deux hommes, qui assurent que “les choses avancent bien ”, ont arrêté un calendrier serré. Un rapport préliminaire de l’état des discussions doit être rendu public à la fin du mois du juin, avant que des recommandations précises soient présentées à la fin de l’année 2012. Karel de Gucht et Ron Kirk veulent ensuite aller vite. Ils espèrent que les négociations, ouvertes début 2013, seront bouclées en 18 mois. Donc que cette vaste zone de libre-échange devienne une réalité dès la mi-2014…
S’il aboutit, le projet donnera naissance à un gigantesque marché commun. D’après les chiffres fournis par Karel de Gucht, le valeur des biens et services échangés en 2010 entre l’Europe et les Etats-Unis représentait 670 milliards d’euros et représentaient 40% du PIB mondial. La relation bilatérale employait alors 15 millions de personnes des deux côtés de l’Atlantique et représentait un tiers des exportations et importations mondiales. Notons au passage que, cette année-là, la balance commerciale penchait nettement en faveur de l’Europe, de 73 milliards d’euros.
Une vieille idée qui n’a jamais été poussée aussi loin
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