Industries : Dans l’engrenage de la mondialisation

En 1883, l’ingénieur-voyageur Conrad Claeys est envoyé en Argentine par la Compagnie de Fives-Lille. L’entreprise construit des trains, des ponts et des sucreries dans le monde entier. En cette fin de XIXe siècle, la mondialisation de l’économie est en marche et Conrad Clayes est un pionnier. Un siècle et demi plus tard, le phénomène s’est banalisé.

Le rayonnement international de cette entreprise a longtemps fait la fierté de ses ouvriers, puis la mondialisation est devenue synonyme de délocalisation et de fermetures d’usines. L’industrie française a dû s’adapter. Qu’en reste-t-il encore aujourd’hui dans ce monde globalisé?

Mode et développement durable sont-ils compatibles ?

Les grandes chaînes à bas prix ne cessent d’inciter les consommateurs à multiplier les achats, ce qui entraîne de nombreux problèmes : exploitation des travailleurs du secteur textile dans des pays pauvres, consommation pharaonique en ressources et en énergie, pollution… Quelles solutions ?

Nos voisins allemands achètent quelque six milliards de vêtements par an. Ce qui s’explique surtout par la stratégie des grandes chaînes à bas prix qui ne cessent d’inciter les consommateurs à multiplier les achats. De nombreuses enseignes proposent jusqu’à douze collections annuelles différentes. Les problèmes que pose la mode ” kleenex ” sont évidents.

D’une part, il y a l’exploitation des travailleurs du secteur textile dans des pays comme le Bangladesh et la consommation pharaonique en ressources et en énergie liée à la production. D’autre part les produits chimiques utilisés polluent considérablement l’environnement, rendent malades les travailleurs des pays pauvres et laissent des traces sur la peau des consommateurs. Ce sont surtout les vêtements destinés aux loisirs de plein air qui sont les plus discutables.

Xenius Arte (Septembre 2015)

Tokyo freeters

Apparu dans la seconde moitié des années 1980, le terme freeter a d’abord désigné les jeunes Japonais désireux de s’affranchir du modèle traditionnel de dévouement à l’entreprise.

Depuis, à l’image positive véhiculée par ce vent de liberté s’est substituée la réalité plus douloureuse de la précarité. Victimes de la morosité économique, les nouveaux freeters cumulent les emplois et se réfugient dans les cybercafés lorsqu’ils n’ont pas de toit.

Réalisé par Marc Petitjean (France 2010)

COP 21 et démographie

À la veille de COP 21 (Conférence des Nations unies sur les changements climatiques qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015 – NDLR), il convient de rappeler combien l’avenir de notre planète est entre nos mains, bien en-deçà de ses conditions climatiques. Les problèmes majeurs qui sont posés à l’humanité ne sont-ils pas en effet le résultat de l’aveuglement et du manque de courage des responsables de tous les pouvoirs, face aux problèmes que pose notre démographie ?

Il suffit pour s’en rendre compte de considérer le mutisme obstiné de la plupart d’entre eux à propos d’une population mondiale passée, en un peu plus d’un siècle, de 1 à 7 milliards d’êtres humains et promettant de ne pas en rester là. Car qui consomme, détruit, dégrade, et pollue, sinon ces êtres humains, alors que leur multiplication se complique de l’abolition des frontières et des distances résultant d’un progrès et d’une mondialisation accélérée ?
Chacun peut se prendre à rêver à l’harmonie et aux réels bienfaits d’une croissance qu’une régulation de cette population eut pu assurer à l’humanité, pour des générations. Au lieu de cela, notre planète est devenu le théâtre de désordres, de violences et de gaspillages augmentant sans cesse et se généralisant.
Les peuples et les classes sociales en sont à former un tout hypertrophié, dans lequel les individus ayant le moindre statut social font figure de nantis. Un peuple de miséreux, auxquels la notion de revenu est étrangère, erre d’un continent à l’autre ou s’entasse dans des bidonvilles et des camps de réfugiés pour former un nouveau sous-prolétariat.

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Theory of Unipolar Politics

Voilà sans conteste l’un des ouvrages de théorie des Relations Internationales les plus important des dernières années, qui remet à l’honneur la « grande théorie » (en opposition aux théories intermédiaires qui fleurissent depuis quinze ans) et pose à nouveaux frais les questions fondamentales de la discipline des RI: quelle est la configuration du système international? est-elle durable? et quel est son impact sur les possibilités de guerre au sein du système?

Par

À ces trois questions, Nuno Monteiro (professeur à l’université de Yale) apporte les réponses suivantes:

le monde est unipolaire, dominé par les Etats-Unis; cette configuration a le potentiel d’être durable; et ce système international n’est pas pacifique.

Ce faisant, il offre une grille de lecture du système international actuel qui en fait une lecture obligatoire à la fois pour les spécialistes universitaires de la discipline, mais aussi pour les décideurs tentant de décrypter les nouvelles configurations du monde contemporain.

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Qui contrôle la mer ?

Le commerce maritime est devenu le laboratoire mondial de l’ultralibéralisme, et la mer le berceau de toutes les dérégulations. Cette enquête dresse un panorama édifiant des pratiques des armateurs et de l’impact du “offshore” sur notre avenir.

Réalisé par Baudouin Koenig (France 2013)

À quoi ressemblera l’entreprise de demain ?

À côté du vieux modèle fordo-taylorien et du plus récent de la startup, se développent de toutes nouvelles formes d’organisations entrepreneuriales. Un mouvement qui ne peut que s’accentuer, compte tenu des forces du changement actuellement à l’oeuvre. Par Patrice Geoffron, membre du Cercle des économistes.

La période est propice à la réflexion sur la physionomie de l’entreprise de demain, car les contours de celle d’aujourd’hui sont singulièrement floutés. Le modèle fordo-taylorien n’est pas encore totalement sorti de scène (dans les activités de services en particulier) que son successeur désigné, la gestion au plus juste (lean management), revêt déjà une teinte sépia. La mondialisation est très abrasive, érodant les modèles plus rapidement qu’au XXe siècle et troublant les clivages classiques : le débat entre les mérites du capitalisme anglo-saxon et du capitalisme nippo-germanique soulève moins de passions que dans le passé.

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Le nationalisme, l’investissement international et le commerce mondial n’ont jamais fait bon ménage

La déconnexion entre les événements géopolitiques et le sentiment des investisseurs est particulièrement forte : les événements en Russie, au Moyen-Orient ou en mer de Chine n’ont pas vraiment affecté les marchés d’actions. La mort de 200 000 Syriens depuis deux ans s’est accompagnée d’une hausse de ceux-ci. Les marchés seraient-ils donc myopes ? Bien sûr certains chocs géopolitiques inattendus provoquent une chute des marchés.

Par Bertrand Jacquillat

Mais celle-ci n’est en général que temporaire : que l’on songe aux événements du 11 septembre 2001 et la chute de 14 % du Dow Jones qui s’ensuivit. Cet indice, comme celui du Nasdaq, ne mit que deux mois pour retrouver son niveau précédent. En fait, le risque géopolitique n’a plus affecté durablement les marchés depuis le choc pétrolier des années 1970 qui suivit la guerre israélo-arabe de 1973 et la révolution iranienne de 1979.

Depuis cette époque, le monde a été caractérisé, non pas par le risque, mais par l’opportunité géopolitique.

La fin du maoïsme, la chute du mur de Berlin, la fin des dictatures latino-américaines ont provoqué l’ouverture d’immenses marchés à l’échange international, source de croissance.

Dans ce contexte d’opportunité géopolitique, le sentiment des investisseurs a été dirigé par l’économie et non par la politique : l’éclatement de la bulle Internet de 2000, la crise financière de 2008 et de l’euro, et les politiques monétaires accommodantes des banques centrales.

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Il y a 3.000 ans le mondialisme entraînait déjà la fin d’une civilisation

Vers - 1177, la civilisation de l’âge de bronze moderne autour de la Méditerranée s’est brutalement effondrée. Il faudra attendre plusieurs siècles pour que la Grèce connaisse une renaissance culturelle. Que s’est-il donc passé il y a un peu plus de trois mille ans? C’est à cette question que répond le professeur d’histoire et d’anthropologie américain Eric H. Cline dans “1177 av. J.-C. Le jour où la civilisation s’est effondrée“, un livre fascinant.

Federico Barocci, La fuite d’Enée (1598)

L’auteur propose dans son ouvrage une exploration des différentes cultures du bassin méditerranéen de l’âge du bronze, en s’interrogeant en particulier sur la raison de leur rapide effondrement vers la fin du premier millénaire avant JC. Dès la préface et l’introduction, il pose clairement la question inscrite au cœur de son enquête: pourquoi des civilisations vieilles de plusieurs centaines d’années, organisées dans des empires stables et puissants, se sont-elles rapidement effondrées ? Quels facteurs faut-il incriminer ?

Ce monde formait un système, interconnecté, interdépendant, alimenté par un dense réseau. Les crises traversées par ces formations politiques se sont donc nourries les unes des autres, leurs effets se sont cumulés, et, quand les routes commerciales se sont effondrées, c’est l’ensemble de ce monde global qui a suivi.

La réponse à la question s’articule en quatre chapitres, allant du XIVe siècle au XIIe siècle avant notre ère. D’emblée, l’auteur s’attache à présenter le monde dans lequel on s’inscrit: si certaines civilisations sont relativement bien connues des lecteurs contemporains, comme l’Égypte du Nouvel Empire, d’autres le sont moins, et l’empire hittite, la Crète, la Grèce de Mycènes, sont ici fort bien présentées, au fil des sources.
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Les petites mains derrière les ordinateurs

Et s’il y avait des gens cachés derrière nos ordinateurs ? Des humains chargés d’effectuer des tâches encore trop complexes pour nos machines ? Et si, derrière l’intelligence artificielle de certains logiciels, il existait en fait des milliers de petites mains sous-payées ?

C’est l’histoire d’une arnaque vieille de plusieurs siècles, remise au goût du jour par le géant de l’internet Amazon et son mystérieux Turc mécanique.

Ce scénario impensable est pourtant vrai : aujourd’hui, dans le monde, plusieurs centaines de milliers de personnes travaillent dans l’ombre de nos ordinateurs pour à peine quelques centimes d’euro.

Quand le “made in” Vendée combat l’import chinois

C’est peut être la prochaine icône du “Made In France”. Une voiture sans permis assemblée en Vendée. Auparavant l’entreprise faisait produire les véhicules en Chine, mais cette année, elle a décidé de relocaliser près des Sables-d’Olonne.

Les Français s’attaquent à un marché de niche mais le carnet de commande est déjà plein. Le succès reste modeste : les vendéens assemblent 25 voitures par mois et voudraient en produire le double.

BFMTV 02/06/2015

Merci à Julian DXB

PSA et Renault ouvrent leurs portes aux équipementiers chinois et indiens

Dans les pays émergents, les fournisseurs locaux sont sollicités pour réduire les coûts.

Les terrains de jeux sont différents, mais la logique est la même. Qu’il s’agisse de Renault en Inde, cœur du développement de la future gamme de véhicules à très bas coûts du groupe(« Les Echos » du 21 mai), ou de PSA en Chine, les deux constructeurs français ouvrent leurs portes aux fournisseurs indiens et chinois. Deux terrains de jeux stratégiques du moment. L’objectif : accéder à des coûts quasi-imbattables.

Chez DPCA, la joint-venture chinoise entre PSA et Dongfeng, on compte désormais plus d’une centaine de fournisseurs chinois parmi les 450 fournisseurs de rang 1, aux noms souvent inconnus (Hubei ZhengAo, Inteva Zhenjiang, Jingzhou Henglong…). « L’un d’eux a par exemple remporté un contrat important de réservoirs jusqu’ici tenu par un fournisseur traditionnel, ce qui nous a permis d’abaisser nos coûts de 20 %. De même, 100 % de nos pièces d’emboutissage sont désormais réalisées par des équipementiers chinois.  » indique Jean Mouro, directeur général adjoint exécutif de DPCA.

Tarifs agressifs

Grâce à leurs tarifs très agressifs, obtenus via des réseaux de sous-traitants complexes à maîtriser pour des groupes étrangers, ces acteurs obligent les filiales des grands équipementiers mondiaux (Bosch, Valeo, Faurecia, Continental, ZF…), à se battre pour garder leurs contrats.

« On crée un cercle vertueux de compétitivité puisque DPCA dispose désormais d’un taux d’intégration locale de plus de 95 % contre 40 % il y a dix ans. Nous parvenons à réaliser 4 à 5 % de gains annuels pour les véhicules déjà en circulation, et jusqu’à 30 % pour les programmes futurs », poursuit Jean Mouro. Le groupe s’appuie pour cela sur son partenaire chinois Dongfeng, qui lui donne accès à davantage de fournisseurs locaux.
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Granite breton : 1500 emplois perdus en 15 ans à cause de la concurrence étrangère

L’indication géographique protégée va bientôt s’étendre aux produits non alimentaires, ce qui fait rêver certains producteurs.

Calais et ses dentelles, la Bretagne et son granite. Ces deux industries d’excellence seront bientôt réunies sur un seul et même label : l’IGP où indication géographique protégée.

À Calais, derrière les machines importées d’Angleterre au XIXe siècle, les ouvriers sont passionnés par la dentelle qu’ils créent. Le label IGP permettrait de promouvoir leur savoir-faire et d’éviter les contrefaçons. Il servirait alors à reconnaitre la vraie valeur de l’artisanat, mais aussi à se protéger contre la concurrence étrangère.

À Trelivan (Côtes-d’Armor), les entreprises doivent faire face à la concurrence asiatique ou européenne qui est 20 à 30% moins chère. Résultat, les carrières de la région ferment les unes après les autres. “Cela représente 1 500 emplois qui ont disparu sur les 15 dernières années”

, explique Jean-Marie Bégoc, directeur commercial de Socal. Le secteur s’impatiente. Les granitiers espèrent que l’IGP leur fournira plus de visibilité et des possibilités à l’export.

Merci à Pierre

La viande : un marché mondial à quel prix ?

Depuis que l’on a trouvé du cheval dans des lasagnes à base de bœuf, le consommateur se pose de nombreuses questions. D’où viennent les produits utilisés dans les plats préparés ? Comment sont-ils contrôlés ? Des prix toujours plus bas, mais qu’en est-il de notre santé ?

De la France à la Roumanie en passant par l’Allemagne et la Belgique, votre assiette est passée au crible. Vous verrez comment le steak haché, un produit vendu à bas prix au supermarché est fabriqué par des industriels qui sont prêts à tout pour faire baisser les coûts…

RTBF (2013)

Intelligence économique : plongée en eaux troubles

L’intelligence économique, sorte de traitement habile de l’information dans les entreprises, est associée à d’obscures affaires d’espionnage ou de manipulation. Avec la mondialisation, la guerre économique est à son paroxysme.

Les frontières sont de plus en plus floues entre l’information stratégique, le renseignement économique et l’espionnage industriel, et tous les coups sont permis. Rencontre avec les protagonistes emblématiques de cette guerre secrète.

Réalisé par François Rabaté (France 2013)

Textile, la colère des petites mains

À Dacca, la capitale du Bangladesh, le Rana Plaza n’est aujourd’hui plus qu’un champ de ruines. Cet immeuble, haut de neuf étages, s’est effondré le 24 avril 2013, ensevelissant plus de 1 100 ouvriers qui travaillaient pour des grandes marques de prêt-à-porter. Les journalistes d’Envoyé spécial Sophie Bonnet et Vincent Reynaud sont retournés sur place, pour savoir si l’industrie textile avait tiré les leçons de ce drame.

Deux ans jour pour jour après la catastrophe, 2 000 rescapés de l’effondrement du Rana Plaza se sont réunis à Dacca. Ils protestaient contre les indemnisations dérisoires reçues par les familles de victimes, environ 25 millions d’euros sur les 40 millions promis.

Si les ouvriers bangladais du textile ont obtenu une revalorisation de leurs salaires, passés de 30 à 53 euros par mois, leurs conditions de travail ne se sont pas améliorées. La plupart des usines restent vétustes et dépourvues des normes élémentaires de sécurité.

Traité transatlantique : Mythes et réalités sur les tribunaux d’arbitrage privés (Màj vidéo)

C’est sans conteste le meilleur argument des opposants au traité transatlantique Tafta/TTIP, qui organisent samedi 18 avril une mobilisation mondiale contre la négociation en cours entre les États-Unis et l’Union européenne : l’intégration au futur accord de l’ISDS, un mécanisme d’arbitrage privé qui menacerait de détruire toutes les règlementations environnementales, sociales ou sanitaires dans le seul but de préserver les profits des multinationales.

Au cœur d’une intense bataille diplomatique et politique au sein de l’UE depuis plusieurs mois, l’investor-state dispute settlement (mécanisme de règlement des différends investisseurs-États) s’attire toutes les critiques : on le tient responsable d’avoir permis à Philip Morris d’empêcher la mise en place du paquet neutre de cigarette en Australie, à Veolia d’avoir contesté la mise en place d’un salaire minimal en Égypte, à Lone Pine d’avoir attaqué l’interdiction du gaz de schiste au Québec et même à Vattenfall de s’opposer à la sortie du nucléaire en Allemagne.

C’est à dire de remettre en cause sur le terrain judiciaire des décisions démocratiques prises par les gouvernements selon la volonté des peuples. De purs mensonges, selon les défenseurs de l’ISDS, qui dénoncent une entreprise de désinformation sur un mécanisme indispensable dans un contexte de mondialisation.

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Isabelle Stengers : « Les sorcières néopaïennes et la science moderne »

Scientifique de formation et aujourd’hui professeure de philosophie à l’Université Libre de Bruxelles, Isabelle Stengers désigne les paroles sorcières dont usent le système capitaliste et « la science » pour justifier leur emprise. Des siècles de culture ultra-rationaliste et d’industrie ont éradiqué et discrédité tout ce qui relevait du commun, nous laissant vulnérables et impuissants. Pour récupérer une puissance de penser, d’agir et de coopérer, Isabelle Stengers convoque les activistes du « reclaim » et autres sorcières néo-païennes, qui nous invitent à résister à l’envoûtement capitaliste, au-delà de l’alternative entre réformisme et révolution.

Dans La sorcellerie capitaliste(1), écrit avec Philippe Pignarre, vous décrivez le capitalisme comme un « système sorcier sans sorcier ». Entendez-vous par là que le système économique et social dans lequel nous sommes plongés relève d’un ordre magique ?

Quand il n’est pas réduit à une simple métaphore, le mot « magie » ne sert plus guère qu’à établir des oppositions entre nous – qui vivons un monde où la rationalité est censée prédominer – et les autres peuples qui « croient encore en la magie ». J’ai pour ma part voulu prendre au sérieux la magie, sans me poser la question d’y croire ou de ne pas y croire. Avec Philippe Pignarre, nous parlons de « système sorcier » (c’est-à-dire d’un système utilisant une magie malveillante) pour dramatiser ce qui devrait nous faire penser aujourd’hui : le maintien, voire même l’intensification de l’emprise capitaliste, alors que ces dernières décennies, avec le déchaînement de la guerre économique, la référence au progrès a perdu toute évidence.

Dans les années 1970, on pouvait imaginer qu’en critiquant la notion de progrès, on s’attaquait à l’idéologie qui assurait l’emprise capitaliste. Or aujourd’hui, sauf pour quelques illuminés, la notion de progrès semble n’être plus qu’un réflexe conditionné, une ritournelle. Pourtant, l’emprise n’a pas faibli, bien au contraire.

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1000 Milliards de Dollars

Extrait du film d’Henri Verneuil réalisé en 1982 qui nous offre l’histoire d’un homme que son métier met aux prises avec une affaire qui le dépasse. Ici, le ressort est économique : le journaliste Paul Kerjean (Patrick Dewaere), travaillant pour le quotidien La Tribune, démêle les mailles d’un imbroglio dans lequel Garson Texas International, une multinationale américaine, cherche à prendre le contrôle d’une société d’électronique française pour servir de façon détournée les intérêts d’un pays allié (on ne saura jamais lequel).

Henri Verneuil dénonce avant tous les dangers de la mondialisation, propice à l’apparition de sociétés aussi tentaculaires qu’inhumaines, dans lesquelles chacun n’est qu’un pion jetable à volonté, obligé de faire sans cesse du profit pour espérer survivre, au gré – et malgré – des gouvernements qui se succèdent ici et là.

À ce titre, les paroles dans le film du président de GTI, qui désire voir graver sur sa tombe le cours de l’action GTI le jour de sa mort, trouvent leur écho dans l’inquiétude du journaliste qui constate avec fascination que les 30 premières entreprises mondiales font à elles seules le chiffre d’affaires annuel colossal de mille milliards de dollars…

Les dessous de la mondialisation : Bénin, poulet morgue

Chaque année, près de 150 000 tonnes de poulets congelés sont expédiés d’Europe, des Etats-Unis ou du Brésil vers le Bénin, “Etat entrepôt ” qui vit essentiellement de son coton et des réexportations… Aubaine ou malédiction pour les Béninois ?

Ailes, cuisses, abats, poules de réforme, chaque année près de 150 000 tonnes de poulets congelés sont expédiés d’Europe, des États-Unis ou du Brésil vers le Bénin, l’un des pays les plus pauvres du monde. Un petit “État entrepôt” qui vit essentiellement de son coton et des réexportations.

Une partie de ces bas morceaux sont déversés sur les étals béninois à des prix bradés. C’est à la fois une aubaine pour les habitants, dont un tiers vit sous le seuil de pauvreté, mais aussi une malédiction pour les aviculteurs locaux et pour toute une filière ne pouvant faire face à cette concurrence déloyale.

Au Bénin, près d’une personne sur deux a moins de 15 ans. Le chômage et le sous emploi des jeunes atteindraient plus de 70%. Seule la mise en place de barrières douanières permettrait de protéger la filière locale, mais c’est contraire aux règles de l’ONC.

Réalisé par Nadia Blétry

Les dessous du soutien-gorge

Les Françaises sont les premières consommatrices de lingerie en Europe. Elles y consacrent en effet un budget d’environ cent euros annuels. Des dessous bon marché aux produits high-tech, l’offre ne cesse de se diversifier.

Face à cette concurrence accrue, les fabricants de lingerie se sont lancés dans une course aux moindres coûts. Les soutien-gorge ne sont presque plus jamais confectionnés en France. Ils viennent en grande majorité de Chine, où la production textile n’est pas soumise aux mêmes normes sur les produits toxiques. Comment les Françaises choisissent-elles leurs sous-vêtements ? Dans quelles conditions sont-ils fabriqués ? Les étiquettes disent-elles vraiment tout ? Des rayons des enseignes les plus populaires aux usines chinoises, gros plan sur les dessous de la lingerie.

Réalisé par Nolwenn Le Fustec

Les dessous de la mondialisation : Cancun, l’autre visage

En 40 ans, Cancún est devenu le temple du tourisme de masse. 4 millions de touristes y passent leurs vacances chaque année. Mais derrière cet extraordinaire développement économique, se cache une autre réalité : des employés mayas discriminés et cantonnés aux postes les moins qualifiés, de grands hôtels dont les formules “all inclusive” mettent à mort le commerce local.

Et un environnement sacrifié au nom du profit : une grande partie de la mangrove a été rasée pour construire les immenses barres hôtelières, mettant en péril un écosystème et la pérennité du site.

Les dessous de la mondialisation – Public Sénat

Marine Le Pen et ses économistes pris au piège de la sortie de l’euro

En quête de crédibilité, Marine Le Pen s’est entourée d’un cercle restreint d’experts chargés d’élaborer un programme dont le pilier est la sortie de l’euro. Un credo qui l’empêche aujourd’hui d’élargir son électorat à droite.

Marine Le Pen en compagnie du vice-président du Front national, Florian Philippot. C’est sous l’influence de cet ancien énarque que la sortie de l’euro est devenue une formule phare du FN.

C’est un petit cercle hétéroclite qui apparaît rarement sur le devant de la scène. Au Front national, où l’économie a encore peu de spécialistes, ses membres font figure d’experts, avec leurs PowerPoint et ces argumentaires chiffrés qu’ils font remonter régulièrement à Marine Le Pen.

Il y a encore quelques années, l’immigration, l’identité, la sécurité, ce triptyque à succès de l’extrême droite, ouvraient plus sûrement aux idéologues la porte du chef. Mais depuis que la présidente du FN a poussé la mondialisation, l’Europe et la « France des oubliés » au cœur de son programme, ce petit groupe d’anciens cadres de banque, de gestionnaires d’entreprise − qui s’enorgueillit de compter en son sein un HEC et un énarque −, a pris une nouvelle importance dans un parti en quête de crédibilité.

« L’économiste en chef du FN, c’est lui », assure avec une pointe d’ironie un cadre du « Carré », le siège du FN à Nanterre, en désignant un petit homme mince et sec. Bernard Monot, 52 ans, toujours entre Paris, Bruxelles et Strasbourg où il est député européen, ne dément pas. Il est bien le chef de file du « CAP éco », ce comité d’action présidentielle chargé de l’économie et censé préparer Marine Le Pen à l’exercice du pouvoir.
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Cash Investigation : Quand les actionnaires s’en prennent à nos emplois

Ils ne connaissent pas la crise. Ils gagnent toujours plus d’argent. La rémunération des actionnaires explose. En 2013, elle a atteint le montant historique de deux cents milliards d’euros en France. Pour arriver à de telles sommes, les grandes entreprises françaises ont recourt à des stratégies et des méthodes difficilement avouables.

Plans sociaux, licenciements, pressions sur les salariés, certaines grandes entreprises sont prêtes à tout pour dégager toujours plus d’argent au profit de leurs actionnaires. Ce sont parfois ces mêmes entreprises qui bénéficient d’aides publiques massives.

Pendant un an, de Hénin-Beaumont à Toronto, en passant par Londres et Boston, Edouard Perrin a tenté de remonter les circuits financiers pour révéler qui s’enrichit derrière les plans sociaux et fermetures d’usines en France.

Cash Investigation (03/03/2015)

Inde : Suzuki défié par la jeunesse ouvrière

Pour attirer les investisseurs en Inde, le premier ministre Narendra Modi propose d’accroître la flexibilité du travail. Comme le montre l’importante grève de 2011-2012 chez Maruti Suzuki, l’affaire n’est pas complètement jouée. Solidarité entre précaires et titulaires, renouveau syndical : les jeunes travailleurs résistent et bouleversent le répertoire traditionnel de la lutte en usine.

Sixième producteur mondial avec deux millions de véhicules construits en 2013 (1), l’Inde espère se hisser à la quatrième place d’ici à 2016. La réforme du travail présentée en octobre 2014 par le nouveau premier ministre Narendra Modi est censée favoriser un retour à la croissance que le secteur a connue dans les années 2000 (de l’ordre de 8 % par an en moyenne).

Elle impose la diminution des inspections du travail, la « simplification » de certaines lois, l’allongement de la durée de l’apprentissage, tout en poussant au recours systématique à une main-d’œuvre non titulaire et moins payée (2). Ces mesures sont en partie destinées à attirer les investisseurs étrangers, alors que la campagne gouvernementale « Made in India » bat son plein.

Elles risquent d’aggraver la précarisation qui touche l’industrie depuis plusieurs années et qui a provoqué l’émergence dans la jeunesse ouvrière de pratiques et d’aspirations nouvelles. Le conflit qui a ébranlé le constructeur Maruti Suzuki en 2011 et 2012, où la mobilisation persiste malgré la dureté de la répression, fait toujours figure d’exemple.
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Histoire du foot-spectacle

La passion du football telle qu’on la connaît aujourd’hui serait-elle une invention récente ? En retraçant l’histoire des supporters et celle de la mise en scène du football, Marion Fontaine montre comment le jeu s’est peu à peu transformé en grand spectacle.

En 1978, la première partie de la finale de la coupe de l’UEFA, qui oppose les clubs de Bastia et Eindhoven, se joue en Corse. Jacques Tati est là pour saisir les images d’un spectacle qui déborde le cadre du stade et envahit l’île (Forza Bastia 78. L’Île en fête). Sa caméra suit les préparatifs des supporteurs, les cris, les pétards et les allers-et-venues alimentant une effervescence qui va crescendo, dans une ville toute bariolée de blanc et bleu, et puis qui s’éteint, une fois le match achevé. Ces séquences, retrouvées et montées par la fille du cinéaste, Sophie Tatischeff, témoignent de la forme contemporaine du spectacle du football, celle qui à nos yeux apparaît comme la norme.

TV Libertés – Politique et Eco n°30 : Critique de la mondialisation

Olivier Pichon et Jean-Christophe Mounicq reçoivent Gérard Pince. Auteur de l’ouvrage “Les Français ruinés par l’immigration”, il travaille sur une critique de la mondialisation.

Dans cette émission, il traite de l’échec des convergences démographique, économique et politique.

A vos fesses, prêts, mesurez !

Rondes, réjouissez-vous ! Les gros popotins ne sont pas seulement à la mode. Ils font désormais l’objet de classements sur le web.Qui est la plus fessue d’Afrique ?

Par Damien Glez

“Découvrez le top 4 des plus gros bobarabas d’Afrique :”

le titre est accrocheur. Il affole les compteurs des sites africains qui se font l’écho de ce classement des fesses les plus volumineuses. Et ce top revendique tout le sérieux qui sied au séant. Même si la tendance à pirater les articles ne permet plus d’identifier les auteurs de l’enquête, celle-ci aurait été réalisée lors de visites dans “tous les pays d’Afrique”, avec un “objectif de profilage très technique” des “pistolets”.

Par “pistolet”, entendez cette générosité symétrique des hanches qui donne l’impression qu’à l’instar de Lucky Luke, vos vêtements cachent deux armes à feu.

Des armes, en Afrique, plus efficace que des “yeux revolvers”…

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Propagande : paléonthologie et biologie moléculaire au service de l’idéologie

Depuis deux décennies, la génétique a bouleversé nos connaissances sur l’apparition et le peuplement de l’espèce Homo. En cinq questions clefs, voici ce qu’elle nous apprend.

1. Le scénario des origines

Jusqu’à présent, deux théories à propos de l’apparition de l’homme moderne s’opposaient. La première, dite “multirégionaliste”, soutient que les populations ancestrales auraient quitté l’Afrique voilà 2 millions d’années, engendrant simultanément diverses espèces locales comme Homo neanderthalensis en Europe ou Homo erectus. Toutes auraient évolué de façons différentes avant de donner naissance à Homo sapiens sapiens. La seconde, dite “Out of Africa”, se situant il y a environ 200 000 ans, affirme qu’une seule et même espèce (la nôtre) serait apparue en Afrique, avant de migrer dans le reste du monde en supplantant toutes les autres sans se mélanger.

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Le marché ethnique : le nouvel eldorado des entrepreneurs musulmans

Dans un monde globalisé à outrance, la singularité des individus, des groupes sociaux ou ethniques n’a jamais été autant recherchée. Elle est aujourd’hui au centre des attentions des campagnes marketing des entreprises qui ciblent cette particularité afin de développer de nouvelles niches économiques.

Par HBD Ajib

Si l’expression « business ethnique »  est un terme générique pour les anglo-saxons, il reste encore tabou de ce coté-ci de la manche. Le développement fulgurant du commerce en ligne a ouvert de nouvelles perspectives.Aujourd’hui, cibler une communauté pour sa différence, son style de vie, est un concept vendeur.

Légitimement, un marché de plusieurs dizaines de millions de musulmans attise la convoitise.

Ainsi, de jeunes sociétés et entrepreneurs musulmans saisissent cette opportunité et tentent de séduire leur communauté par

la valorisation de cette identité en leur proposant des produits et services qui répondent à la fois à leur besoin et à leur éthique de consommation.

Dans les secteurs de la mode, de l’alimentation, du tourisme, des offres ciblées fleurissent et se développent avec plus ou moins du succès.

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Art contemporain : Les élites contre le peuple (Rediff)

L’art contemporain revendique volontiers l’héritage des « maudits » et des scandales du passé. Et cependant, « artistes » et laudateurs d’aujourd’hui ne réalisent pas que leurs scandales ne combattent plus les tenants de l’ordre dominant, mais ne constituent en fait qu’un outil de plus de la domination bourgeoise.

“La Vénus aux chiffons”, œuvre de Michelangelo Pistoletto (artiste italien contemporain co-fondateur de “l’Arte Povera”), actuellement exposée dans l’aile Denon du musée du Louvre.

Par ce qu’il prétend dénoncer, l’« art » dit « dérangeant » participe de la domination libérale, capitaliste, oligarchique et ploutocratique, à la destruction du sens collectif au profit de sa privatisation, à cette démophobie qui a remplacé dans le cœur d’une certaine gauche la haine des puissants et des possédants. Cet « art » dit « dérangeant » est en parfaite harmonie avec ces derniers.

Épargnons-nous un discours qui, trop abstrait, serait rejeté par les concernés, les défenseurs de cette pitrerie libérale-libertaire nommée « art contemporain ». Prenons donc quelques exemples, quelques « scandales » ou actions représentatives de ces dix dernières années.

En 2002, l’Espagnol Santiago Sierra fait creuser 3000 trous (3000 huecos, en castillan) à des ouvriers africains pour un salaire dérisoire afin de, nous apprend-on, dénoncer l’exploitation capitaliste, revendiquant une « inspiration contestataire axée sur la critique de la mondialisation, de l’exploitation de l’homme par l’homme, de l’inégalité des rapports Nord-Sud et de la corruption capitaliste.

Il n’hésite pas à faire intervenir dans ses performances des sans-papiers, des prostituées, des drogués et à les rémunérer pour leur présence », apprend-on en effet, par exemple sur le site d’Arte TV [1]. Exploiter pour dénoncer l’exploitation : à ce titre, on pourrait bien aller jusqu’à voir un artiste supérieur en Lakshmi Mittal, par exemple.

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Un monde de violences, l’économie mondiale 2015-2030

Les années 1990 ont permis à Francis Fukuyama d’annoncer la fin de l’histoire. Les années 2000 ont montré combien il était illusoire d’imaginer un monde pacifié, sans conflits, sans forces obscures dont on ne mesure jamais, avant qu’elles n’apparaissent, les terribles conséquences.
À vrai dire, la troisième mondialisation a dessiné les contours de ce qui est tout sauf un « village global », en réalité un monde privé de mode d’emploi, qui court éteindre un incendie après l’autre sans jamais en voir la fin.

Par Jean-Hervé Lorenzi

Susan George : « Le pouvoir des transnationales, illégitime et non élu, veut en finir avec la démocratie »

« Nous sommes cernés. » Ainsi débute le nouvel ouvrage de Susan George, les Usurpateurs. Comment les entreprises transnationales prennent le pouvoir. Fidèle à la méthode du dévoilement qu’elle éprouve depuis son premier livre, Comment meurt l’autre moitié du monde, ce 17e opus pose la question de la légitimité des détenteurs du pouvoir dans la mondialisation, en montrant les rouages de l’émergence d’une « autorité illégitime » qui s’ingère dans les affaires internationales grâce à des moyens impressionnants.

Présidente d’honneur d’ATTAC France et présidente du conseil du Transnational Institute, poursuivant son combat contre la mondialisation capitaliste, elle met au jour la cohorte d’individus et d’entreprises mus par leurs seuls intérêts, et qui, s’immisçant dans les traités de libre-échange, se substituent à l’autorité issue du fonctionnement démocratique. Entretien.

Dans votre ouvrage Les Usurpateurs, vous vous qualifiez de « chercheur militant », quel sens cela a-t-il pour vous ?
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Mondialisation : fin du début ou début de la fin ?

Si vous l’achetez aujourd’hui, un téléphone portable neuf transitera par plus de vingt pays avant d’atteindre le fond de votre poche. Prises dans une course folle à la compétitivité, les multinationales mondiales se sont imposées, de gré ou de force, aux quatre coins de la planète. Mais à quel prix, et pour combien de temps encore ?

Si vous l’achetez aujourd’hui, un téléphone portable neuf transitera par plus de vingt pays avant d’atteindre le fond de votre poche.

Démondialisation ?

Coup d’arrêt de la progression de la mondialisation financière, États de plus en plus réticents face aux investissements étrangers, recentrage de la Chine sur son marché intérieur… : autant de signes qui laissent présager ce retrait.

Réalisé par Jacques Goldstein et Gualberto Ferrari (France – Décembre 2014)

(Merci à Jump124)