Publié en 1979, en trois tomes de plus de 500 pages chacun, l’oeuvre-phare de Fernand Braudel (1902-1985) constitue encore une référence en matière de sciences sociales et de sciences économiques. Dans la lignée de l’école des Annales, [elle] se présente comme une histoire du monde, du XVème au XVIIIème siècle, qui privilégie les aspects économiques et sociaux plutôt que les événements politiques et militaires.
Il s’agit beaucoup plus que d’un récit, il s’agissait à l’époque de proposer à la fois un renouvellement des sciences sociales sous l’égide de l’histoire et contre le structuralisme, il s’agit encore aujourd’hui, même si certains passages sont considérés comme ayant “mal vieillis ”, d’une explication des fondements mêmes du capitalisme et à travers lui, du monde moderne. L’auteur y défend l’idée que l’échelle du monde est toujours nécessaire même pour comprendre les éléments les plus localisés de l’histoire. Très loin d’oeuvres très médiatisées sur “le choc des civilisations ”, ces trois livres montrent les ressorts d’une mondialisation toujours en marche, faite d’interpénétrations constantes entre civilisations. Rédigé durant vingt ans, commencé en 1952 sous l’impulsion de Lucien Febvre, immense démonstration appuyé sur plus de 4.500 notes et une masse imposante de statistiques, de cartes et de graphiques, sans compter une bibliographie abondante, l’auteur effectue une démonstration d’ensemble.

Le troisième volume, Le temps du monde, reprend, dans sa chronologie, l’histoire économique du monde. Non de l’univers tout entier, mais de ces seules zones très minoritaires qui vivent selon “le temps du monde ”, le regard tourné vers les échanges internationaux – toutes zones de civilisations denses, à la richesse ancienne. L’auteur distingue en gros deux blocs : l’Europe d’un côté, l’Extrême-orient de l’autre, qui lie Inde, Chine, Islam en un puissant réseau, longtemps à égalité avec l’Europe. L’histoire de ces quatre siècles est précisément celui de la rupture progressive de cet équilibre ancien. Il a été bouleversé, recréé à partir des hauts lieux du capitalisme qui ont successivement pris la tête de l’Europe : Venise au XVème siècle, puis Gênes, Amsterdam, Londres, jusqu’à la révolution anglaise du XIXème siècle, qui a scellé l’inégalité du monde. L’auteur interroge souvent sur les lumières du passé qui peuvent expliquer l’évolution actuelle du capitalisme.
Cet ouvrage majeur du XXème siècle, qui se situe dans la nécessité de comprendre globalement l’histoire, indique combien les conflits économiques débouchent souvent non sur un bouleversement de principes de fonctionnement, une fois une certaine dynamique lancée sur le long terme, mais sur un perpétuel changement des rôles des différentes puissances en lice. La résurgence, que l’auteur n’avait pas prévue, dans des conditions qui en altèrent beaucoup le contenu, du capitalisme, de contrées où beaucoup croyaient qu’il avait disparu, est là pour en témoigner.
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