Cités flottantes : Faire émerger l’innovation en dehors des cadres traditionnels

La conception d’îles artificielles sur lesquelles des cités-États pourraient accueillir les nouveaux pionniers s’inscrit un peu plus dans la tendance de nouveaux types d’espaces de travail qui ne poseraient pas de freins à l’innovation.

Le projet de “seasteading platforms“, c’est-à-dire de cités flottantes, connait un renouveau d’intérêt dans la Silicon Valley depuis que quelques milliardaires du secteur de l’internet, comme Peter Theil ou Larry Page, se sont intéressés à l’idée de construire des structures pour échapper aux législations étatiques américaines.

Le but initial des cités flottante est de transformer la diplomatie internationale en une compétition économique entre des structures étatiques qui devraient se battre pour attirer les meilleurs citoyens en offrant les meilleures conditions de vie possibles.

Le fondateur de Google Larry Page a en effet précisé que les lois fédérales ralentissaient la dynamique de la recherche théorique et appliquée et qu’un espace où celle-ci pourrait s’effectuer en dehors de telles contraintes l’intéresserait hautement.

Lire la suite

Ben Bernanke, le pompier qui pourrait se révéler pyromane

Par Marc Vignaud

Sur le départ, le président de la banque centrale américaine s’apprête à fermer les vannes de l’argent pas cher. Non sans risque de krach obligataire.

Les marchés du monde entier étaient suspendus à ses lèvres mercredi. Quand et à quel rythme Ben Bernanke allait-il commencer à resserrer sa politique monétaire ? La question hante les investisseurs depuis des semaines, voire des mois. Et pour cause, la simple évocation, le 22 mai, d’un scénario de sortie de cette politique de planche à billets par le président de la banque centrale américaine avait fait s’évaporer en quelques jours 3 000 milliards de dollars sur les places financières.

Un républicain admirateur de Friedman

C’est donc celui qui anticipera le mieux les décisions de l’ancien professeur d’université à Stanford et Princeton qui s’en sortira dans des marchés rendus volatils par les torrents de liquidités déversés par la Réserve fédérale américaine (Fed) pour affronter la pire crise économique depuis la Seconde Guerre mondiale.

Qu’un resserrement monétaire intervienne trop rapidement et c’est le risque d’un krach obligataire, comme en 1994. À l’époque, les taux d’intérêt sur la dette américaine avaient brutalement bondi de 2,25 points en moins d’un an et la valeur des obligations en circulation, qui varient en sens contraire, s’était écroulée… Un bain de sang pour les plus imprévoyants.

Mais pour de nombreux analystes, ces craintes d’une sortie rapide de la politique monétaire très accommodante de la Fed sont exagérées. Ce ne sera sans doute pas Ben Bernanke, dont le second mandat à la tête de la puissante institution américaine s’achève théoriquement au 1er janvier 2014, qui aura à gérer ce lourd héritage. Barack Obama n’a en effet pas caché sa volonté de voir partir ce républicain nommé par George Bush en 2005.

“Helicopter Ben”…
Lire la suite

France : « Il faut baisser le SMIC de 300 euros ! »

La semaine dernière, The Economist a consacré un papier au salaire minimum, se demandant s’il en fallait un et si oui, à quel niveau il fallait le mettre. Une plongée glaçante dans la pensée néolibérale.

Les penseurs néolibéraux ont au moins un mérite. Ils osent tout. L’économie n’est qu’une science abstraite faite de chiffres, totalement désincarnée et déshumanisée. C’est bien ce qui ressort de ce papier de la bible des élites mondialisées sur le salaire minimal. The Economist cite Milton Friedman, pour qui il est « une forme de discrimination contre les travailleurs sans qualification ». Qualifier de « discrimination » le fait d’empêcher de payer un salaire de misère en dit déjà long…

Mais l’hebdomadaire souligne que d’autres économistes affirment que quand les employeurs ont un fort pouvoir, ils peuvent fixer les salaires à un niveau trop faible, ce qui a poussé les gouvernements à instaurer un salaire minimal dans un nombre grandissant de pays.

La Nouvelle-Zélande a été la première en 1894, suivie par les États-Unis de Roosevelt en 1938, la Grande-Bretagne patientant jusqu’en 1999. Le SMIC étasunien, très bas, a été relevé de 40% depuis 2007.
Lire la suite

L’avenir des gaz de schiste et le sens de l’Histoire

“La misère subsiste. Comme avant.
La supprimer complètement tu ne peux.
Mais tu vas la rendre invisible.”

Theodor Adorno,  Minima Moralia

L’histoire a-t-elle un moteur, et si oui, quel est son carburant ?
L’homme change-t-il, et sinon, qu’est-ce que le “progrès” ?

Telles étaient en gros les questions qui me tracassaient en ouvrant l’autre jour Le monde en 2030 vu par la CIA, la traduction d’une analyse prospective publiée en décembre par le National intelligence council américain, haute instance de conseil des agences de renseignement des Etats-Unis.

Je reconnus page 271 l’indice que je cherchais, au centre du “scénario pessimiste le plus probable” avancé par les analystes de la CIA, intitulé “Quand les moteurs calent”.

Cet indice figure dans les premières phrases d’un discours fictif prononcé en 2030 par le directeur d’un hypothétique WorldCorp Strategic Vision Group :

Je pense que nous avons tous cru que la découverte des gaz de schiste signifiait que les Etats-Unis étaient “de retour”, en dépit de toutes les querelles internes. De toute évidence, nous n’avions pas tenu compte du système juridique américain. Non seulement nos estimations précédentes, trop ambitieuses, se sont révélées fausses à cause de progrès technologiques plus lents que prévu dans le domaine des extractions, et de ressources qui se sont avérées être dans la fourchette basse de nos pronostics initiaux, mais nous avons été incapables de prendre en compte le coût des procès en séries intentés aux producteurs d’énergie.

Voilà donc la clé ? S’ils ne trouvent pas assez d’hydrocarbures à fracturer dans les roches-mères du Dakota, du Texas et sans doute demain de Californie, les ‘Ricains (vous savez, Madonna, Bret Easton Ellis, les Cadillac) ne seront jamais “de retour”, comme le clamait Reagan en son temps : jamais plus ils ne pourront imposer leur dominium sur le monde, estime la CIA.

Lire la suite

Jean-Claude Michéa: “Pourquoi j’ai rompu avec la gauche”

Toujours imprégné de libéralisme mitterrandien, le socialisme à la Hollande ne convainc pas le philosophe Jean-Claude Michéa. A l’occasion de son nouveau livre, “les Mystères de la gauche”, il s’en explique en exclusivité pour “Marianne”.

Au moins depuis la parution d’Impasse Adam Smith en 2002, un livre de Jean-Claude Michéa est toujours attendu. Avec jubilation. Ou avec un fusil, c’est selon. D’abord parce que la parole de ce philosophe, nourri à la pensée de George Orwell, de Guy Debord et du meilleur Marx, est extrêmement rare dans les médias. Ensuite parce qu’il appartient à cette espèce politiquement ambidextre, hélas si peu représentée et si mal comprise, capable de se montrer aussi cruel à l’égard d’une gauche libérale qui s’autocaricature en valorisant toutes les prétendues transgressions morales et culturelles, qu’il sait se montrer lucide à l’égard de l’incroyable cynisme des dirigeants de la droite actuelle (Sarkozy et Copé en tête), lorsqu’ils se posent en défenseurs des «petites gens», que vient en fait piétiner tout leur programme économique, voué à l’expansion illimitée des intérêts du CAC 40.

Disons-le d’emblée : les Mystères de la gauche (Climats) est le livre que l’on espérait depuis plusieurs années de la part de Michéa. Sur plusieurs points capitaux, celui-ci s’explique en effet. Notamment sur son refus définitif de se réclamer de «la gauche», pour penser le front de libération populaire qu’il appelle de ses vœux. «La gauche», un signifiant-maître trop longtemps prostitué, et qu’il juge désormais «inutilement diviseur, dès lors qu’il s’agit de rallier les classes populaires».

Lire la suite

Jean-Claude Michéa à propos du décès d’Hugo Chavez

Jean-Claude Michéa, philosophe et essayiste vient de publier aux éditions du Climats “Les Mystères de la gauche, de l’idéal des lumières au triomphe du capitalisme absolu“. Janette Habel, est maître de conférences à l’Institut des hautes études d’Amérique latine.

“En Amérique Latine, contrairement à la gauche occidentale, les différentes gauches ont su conserver un rapport minimal avec la vieille tradition socialiste, dans laquelle la notion de patrie joue un rôle central.”

(Merci à Eisbär)

Friedman : L’État responsable de la pauvreté

Le prix Nobel d’économie Milton Friedman explique à des étudiants de Stanford University la responsabilité de l’État dans la pauvreté.

“Concernant la pauvreté, il n’y a jamais eu dans l’histoire de machine plus efficace pour éliminer la pauvreté que le système de la libre entreprise et du marché libre.”

Michéa : « Libéralisme et décence ordinaire »

Par Jean-Claude Michéa

1/ Le libéralisme est-il amoral ?

Le libéralisme officiel affirme que la morale – comme la religion – est une affaire strictement privée (chacun étant donc libre de vivre « comme il l’entend », sous la seule condition qu’il « ne nuise pas à autrui »). Dans cette optique, chaque individu peut donc parfaitement, à titre personnel, préférer la loyauté et la générosité ou, à l’inverse, le cynisme et la trahison.

Marcel Mauss

Cela ne change rien au fait que les différentes décisions politiques d’un État libéral (ou des institutions internationales correspondantes) ne doivent jamais se fonder sur une « idéologie » particulière (qu’elle soit morale, philosophique ou religieuse). Elles sont censées, au contraire, s’appuyer sur les seules analyses objectives élaborées par des « experts » supposés « neutres » et « indépendants » (au premier rang desquels figureront, naturellement, les économistes et les « techniciens » du droit).

Une politique libérale d’austérité, par exemple, ne sera jamais imposée au peuple comme un châtiment divin, comme la chance d’une vie plus « vertueuse » ou même comme la manifestation logique du droit du plus fort. Elle sera toujours présentée, au contraire, comme l’unique solution « réaliste » et « scientifique » (there is no other alternative) qu’appelle un problème économique précis – qu’il s’agisse de celui de la « dette » ou de celui de la sortie de l’euro.

Bien entendu, dans la mesure où, pour les libéraux, le langage de l’intérêt bien compris est le seul, en dernière instance, qui soit réellement commun à tous les hommes (c’est la doctrine de l’homo economicus) il est clair que, dans les faits, l’égoïsme finit toujours par être encouragé comme la seule attitude universellement gagnante et rationnelle.  Lorsque Milton Friedman – reprenant une réplique célèbre du film Wall Street – proclamait partout que greed is good (« la cupidité est bonne »), il ne faisait donc que tirer les ultimes conséquences d’un paradigme métaphysique fondé, depuis l’origine, sur la privatisation intégrale de toutes les convictions morales et philosophiques.
Lire la suite

The Last Farmer : néolibéralisme, mondialisation et agriculture paysanne

The Last Farmer explore les conséquences dramatiques du néolibéralisme et de la mondialisation sur la vie des petits paysans dans le monde.

« La mondialisation est l’expression de la contre-offensive que les classes dominantes ont entreprise après les années 60 afin de récupérer le terrain perdu durant les trente années de l’après-guerre. Cette offensive a un nom: néolibéralisme » – Luciano Gallino

(Documentaire de Giuliano Girelli – 2011)

Du libéralisme au néolibéralisme

Le libéralisme économique admet un invariant : la défense de l’économie de marché, garante de liberté individuelle et d’efficacité collective. Mais ce courant de pensée est plus complexe qu’il y paraît. Aujourd’hui, atteint de plein fouet par la crise financière, résistera-t-il à cette situation ?

« Libéralisme » est un mot aux significations multiples, porteur d’une lourde charge polémique (1). Fièrement revendiqué par les uns, il sert à diaboliser les autres. Il peut même, lorsqu’il traverse un océan, signifier à son point d’arrivée le contraire de ce qu’il voulait dire au départ. Ainsi, en Europe, un libéral désigne habituellement un adepte du laisser-faire et un adversaire de l’intervention étatique dans l’économie alors qu’au Canada anglais et aux États-Unis, un liberal est au contraire un partisan de l’intervention, un keynésien et même un social-démocrate.

Le libéralisme classique

Comme c’est souvent le cas dans le domaine des doctrines et des courants de pensée, les appellations naissent parfois très longtemps après l’émergence de ce qu’elles désignent. « Libéralisme » apparaît ainsi pour la première fois en 1818 sous la plume de Maine de Biran pour qualifier la doctrine des libéraux français. « Libéral » est beaucoup plus ancien ; son utilisation pour caractériser un partisan des libertés politiques apparaît au milieu du XVIIIe siècle.

Le libéralisme s’applique à plusieurs dimensions de la réalité humaine et sociale. Il désigne ainsi la tolérance face aux actions et aux opinions d’autrui, dont on respecte l’indépendance et la liberté individuelle. On peut le qualifier alors d’individuel ou de moral. Dans un deuxième sens, le libéralisme s’applique au domaine politique. Il émerge comme opposition à l’absolutisme des monarchies de droit divin et s’identifie à la démocratie (2). Un troisième sens est économique. Le libéralisme s’identifie alors au laisser-faire, au libre-échange, à la liberté d’entreprise et à la limitation stricte des interventions gouvernementales dans l’économie.

Lire la suite

« Good luck for your country »

A travers l’exemple de la privatisation du secteur des télécommunications en Europe, ce documentaire militant montre comment le néo-libéralisme anglo-saxon des années 70 s’est imposé aux états membres de l’Union Européenne.

L’introduction glaciale de Milton Friedman à elle seule est à ne pas louper !

http://www.dailymotion.com/video/xt7zhn

(Documentaire réalisé par Jean Druon – France -1998)

Vie et mort des stock-options

A priori, on dirait un assassinat brutal, en bonne et due forme. Au Bourget, François Hollande prévient : « Les stock-options seront supprimées. » Dans « Le Journal du dimanche », un grand patron, Jean-Paul Agon, PDG du groupe de cosmétique L’Oréal, semble jouer l’exécuteur des basses oeuvres du candidat socialiste à l’élection présidentielle, dont il n’est pourtant pas l’un des proches : « En avril, je proposerai au conseil d’administration l’arrêt total du système de stock-options chez L’Oréal, pour tout le monde et dès cette année. » Mais il s’agit d’un faux petit meurtre entre amis. Car si les stock-options sont encore le symbole de rémunérations extravagantes, elles sont en réalité atteintes d’ un mal qui les condamne à disparaître dans la plupart des cas. Ce qui les a fait grandir va les tuer.

Leur épopée commence dans les années 1970. Les actionnaires des entreprises, matraqués au sortir de la Grande Dépression, relèvent enfin la tête. Des économistes comme Milton Friedman expliquent que le seul but de l’entreprise est de servir les plus gros profits possible. Pour y parvenir, il convient d’« aligner » les intérêts des dirigeants sur ceux des actionnaires. Le moyen jugé le plus efficace est de les rémunérer avec des actions. Le moyen le moins cher est de leur donner non pas des titres, mais la possibilité d’en acheter plus tard, à prix d’ami -autrement dit, une option d’achat d’actions, « stock option » en américain.

Dans les années 1980, le système prend son envol. Dans les années 1990, il triomphe, pour quatre raisons. D’abord, c’est une décennie d’euphorie boursière. L’indice CAC 40 est multiplié par trois, le Dow Jones par quatre. Les stock-options rapportent des fortunes à leurs heureux détenteurs, qui en redemandent. En 2000, la valeur des options distribuées aux Etats-Unis approche 120 milliards de dollars, dix fois plus qu’en 1992. Ensuite, c’est une ère d’effervescence entrepreneuriale. Rêvant des promesses fabuleuses du cyberespace, les investisseurs placent des centaines de milliards de dollars dans la foule d’entreprises qui se créent pour tirer profit d’Internet. Et pour attirer, par exemple, le numéro deux de l’opérateur de télécoms ATT, une start-up -une jeune pousse, comme on dit en français -ne peut pas se permettre de faire un pont d’or… mais peut offrir l’espoir de gains mirobolants sur son capital.

Lire la suite

Banque d’investissement et de financement – Haro sur le trading

La délicate redéfinition de l’équation économique et financière de la banque universelle.

Fragilisées par la crise de 2008, les banques d’investissement et de financement européennes se sont engagées dans une réduction d’activités. Ce mouvement s’est accéléré depuis l’été, avec l’aggravation de la crise de la zone euro et la mise en œuvre de nouvelles normes prudentielles entamant durablement la rentabilité des établissements bancaires. Alors que certains politiques veulent aller plus loin dans la réglementation, en préconisant par exemple la séparation des activités de dépôts et d’investissement, les banques attachées à leur modèle universel doivent de toute urgence proposer un nouveau paradigme susceptible de rassurer à la fois les régulateurs et les investisseurs.

En laissant mettre la banque Lehman Brothers en faillite, le 15 septembre 2008, le président de la Banque centrale américaine Ben Bernanke a provoqué l’onde de choc qui a déclenché l’explosion de la plus grave crise financière de l’après-guerre. Pour l’économiste Milton Friedman, ce sont les faillites bancaires qui furent la véritable cause de la crise des années trente. La faillite de Lehman ne se compare néanmoins pas à celles des années noires.

Lire la suite

Crise européenne, deuxième service

La crise a déjà laissé une très lourde empreinte sur l’économie européenne, mais est probablement loin d’avoir achevé son œuvre. Selon Frédéric Lordon, « la seule solution à la hauteur consiste à mettre un terme à la dépendance [des finances publiques] aux marchés de capitaux ».

Guido Reni - L'enlèvement d'Europe, 1637

Lire la suite

Sur la violence économique illégitime

Par Michel Drac

Sauf dans les cas pathologiques, la violence est un moyen, pas un but en soi. En règle générale, on use de la violence pour obtenir, par la contrainte, quelque chose que la victime de la violence a refusé de donner, de transférer, d’exécuter ou de faire connaître.

Parler de violence économique, c’est donc, hors les cas pathologiques, énoncer qu’il existe, dans la sphère économique, un usage de la violence en vue d’obtenir d’un acteur économique donné quelque chose qu’il refuserait sinon : une coopération, un service, etc.

Encore faut-il savoir si cette violence est légitime ou pas.

Lire la suite

1974-2010 : La mise en oeuvre du libéralisme économique

Tribune libre de Paysan Savoyard

Élément d’une série consacrée aux politiques économiques et sociales suivies depuis un demi siècle, la présente tribune fait suite aux articles parus les 8/04/10 et 13/06/10.


La crise du milieu des années 70

Les Trente glorieuses s’achèvent avec la crise économique qui survient en 1974 et touche les pays industrialisés. Elle est déclenchée par le « choc pétrolier » provoqué en 1973 par les pays producteurs qui, groupés en cartel, décident de tripler brusquement les prix (un second choc pétrolier interviendra en 1979). Dans le même temps les États-Unis décident, en 1973, de supprimer le lien qui rattachait le dollar à l’or, inaugurant un système de flottement général des monnaies : la forte instabilité des monnaies qui résulte de cette décision sera elle aussi, à l’instar du choc pétrolier, préjudiciable à la croissance (l’instabilité monétaire est en effet gênante pour les entreprises, dont elle perturbe les prévisions).

La forte baisse de la croissance qui intervient dès 1974 est certes déclenchée par l’augmentation des coûts de l’énergie : elle résulte cependant, plus fondamentalement, du fait que le monde industrialisé atteint alors la fin d’un cycle économique exceptionnel, qui était alimenté depuis 1946 par la reconstruction d’après-guerre et par la décision des pays européens d’adopter, à l’imitation des États-Unis, le système de production et de consommation de masse.

La crise se traduit, comme nous venons de le dire, par une baisse immédiate du taux de croissance du PIB, qui va être divisé par deux par rapport à son rythme des Trente glorieuses (entre 1975 et 2006, la croissance a été en France de 2,3 % en moyenne et en volume par an, contre 5,6 % entre 1960 et 1974). La crise entraîne également une hausse de l’inflation ainsi qu’une forte hausse du chômage.


La victoire des thèses libérales

Lire la suite

«Contre la crise financière et écologique, la planification»

Economiste américain hétérodoxe, James K. Galbraith dénonce la mise en coupe réglée des Etats-Unis par une coalition de la droite et des grandes entreprises. Rencontre, à l’occasion de la sortie de son livre «L’Etat prédateur» (Seuil, septembre 2009).

James K. Galbraith est professeur d’économie à la Lyndon B. Johnson School de l’université du Texas. Economiste hétérodoxe, il s’inscrit dans une longue lignée marquée par la figure mondialement reconnue de son père, John Galbraith. Comme lui, il rejette de manière radicale la plupart des apports et des méthodes de la théorie économique néo-classique. Selon lui, les marchés n’apporteront aucune solution à la crise contemporaine, à la pauvreté, aux inégalités, à la crise écologique, tous ces défis qui appellent au contraire la «planification».

Quelle est votre lecture de la crise ?

Pour comprendre ma position, il est indispensable de remonter le temps. Nous sommes au début des années 80. Au début des années Reagan et Thatcher. Partout, c’est le triomphe du TINA, There Is No Alternative ["Il n'y a pas d'alternative."]. Leurs politiques irriguent le reste du monde : la décentralisation est la grande amie de toute les libertés. La centralisation est à combattre. Ce catéchisme économique fait recette. Les politiques sociales sont mises sur la sellette. La chute du mur de Berlin renforce ces options politiques.

C’est-à-dire ?

Une conception de la politique économique dominait alors toutes les autres. La politique monétaire devait avoir un seul objectif, la lutte contre l’inflation. Les budgets publics devaient être équilibrés, le libre-échange le régulateur du commerce mondiaux et les impôts sur le travail et le capital devaient être réduits au maximum. Ce corpus de textes, frappé par un semblant de sceau scientifique, servait à légitimer le retrait de l’Etat. Et tirer un trait final sur toute forme d’interventionnisme. Ces principes étaient d’autant plus forts qu’ils semblaient cohérents, clairs, faciles à expliquer. Et donc à comprendre. Et qu’ils étaient soutenus par des économistes qui passaient pour des sommités. Pensez à Milton Friedman, le pape du monétarisme. Les progressistes passaient pour des rabats-joie, de jeunes vieillards prisonniers de leurs idées.

Ce corpus d’idées a-t-il été entièrement concrétisé ? Lire la suite

Si la Stagflation s’invitait à dîner ?

(Par Laurence Crottaz, épouse d’Olivier)

Définition de la stagflation : C’est la combinaison entre la stagnation de l’activité économique et une forte inflation (hausse des prix à la consommation, sans hausse des salaires). Aujourd’hui, il semble que ce soit c’est le plus grand danger qui menace la zone Euro.

Ce terme de stagflation a été utilisé pour la première fois en novembre 1965 par Iain Macleod pour décrire la situation de l’économie britannique durant les 30 glorieuses ensuite généralisée aux autres pays en 1970.

Les causes de la stagflation de 1970:

  • la chute des taux de rentabilité des sociétés américaines depuis le milieu des années 1960, puis en Europe et au Japon,
  • la crise du Système Monétaire International (abandon de l’étalon or),
  • le premier choc pétrolier en 1973.

Les conséquences furent un fort ralentissement de l’activité avec une forte poussée du taux de chômage et une lourde inflation.

Lire la suite

Les Yes Men refont le monde

Cette vidéo est un film documentaire engagé, subversif et burlesque sur les dérives du néolibéralisme,  écrit, conçu, et réalisé, par les “Yes Men” eux-mêmes, Jacque Servin et Igor Vamos, plus connus sous les pseudonymes de Andy Bichlbaum et Mike Bonanno.

Les Yes Men font tout pour choquer et éveiller les consciences du public qu’ils rencontrent, énonçant des discours satiriques et volontairement choquants sur les abus du marché mondialisé. Mais rien n’y fait. Les spécialistes qui assistent à leurs shows ne semblent même pas remarquer la supercherie. Au nom de la loi du marché, les adeptes néo-libéraux de Milton Friedman semblent prêts à accepter les idées les plus loufoques et les plus inhumaines. Les Yes Men sont là pour montrer l’urgence d’un changement, un manuel de survie en temps de crise.

Un exemple de leurs actions: le 3 décembre 2004, vingt ans après la catastrophe industrielle de Bhopal, en Inde, qui a causé plus de 18 000 morts, c’est la stupeur à Wall Street. En direct sur BBC World, un porte-parole de la société Dow Chemicals, répondant au nom étrange de Jude Finisterra, annonce que la firme, assumant enfin les responsabilités de sa filiale Union Carbide, va indemniser ses victimes indiennes à hauteur de 12 milliards de dollars. “C’est la première fois dans l’histoire, souligne-t-il, qu’une société cotée en Bourse (…) adopte une mesure contraire à ses intérêts tout simplement parce qu’elle est juste.

Partie 1:

Lire la suite

L’étalon-or crée et protège les emplois

gold standardCertains lecteurs pourraient se demander : «Qu’est-ce que l’or a à voir avec les emplois ? Les personnes qui thésaurisent de l’or ne sont certainement pas des créateurs d’emplois et épargner toujours davantage d’or n’arrange rien du tout. »

L’or est bien lié aux pertes d’emplois aux USA et il est bien aussi lié à la création d’emplois dans l’économie américaine. Revenons aux années 1960. Pendant ces années les USA et le monde étaient dans un système d’étalon or et dollar.

Dans les années 60, les pays prenaient soin de maintenir une balance monétaire constante entre leurs importations et leurs exportations. Ils voulaient tous être dans la situation où ils exporteraient davantage qu’ils n’importeraient, de sorte que leurs balances d’or ou de dollars augmenteraient dans leurs Trésors respectifs.

Pour être plus précis, ils souhaitaient tous exporter plus qu’ils n’importaient, à l’exception des États-Unis.

Lire la suite

Le NAIRU, ou comment ceux qui dirigent ont intérêt au chômage

L’euro est-il irréversible ? (extrait)

Par Gérard Lafay, professeur à l’Université de Paris 2 (Cet article est paru dans Les Echos, le 18 décembre 2001)

(…)

Les bons résultats économiques obtenus jusque l’an 2000 ont découlé de deux facteurs temporaires : d’une part, la remontée du dollar, imputable à la situation des États-Unis et à la politique monétaire de la Réserve fédérale, d’autre part, la baisse initiale des taux d’intérêt de la Banque Centrale Européenne en avril 99. La BCE s’est-elle alors convertie à une politique monétaire expansive ? Malheureusement non. Certes, elle prend apparemment en considération la croissance de l’économie, mais elle le fait en se référant à une conception erronée de la croissance potentielle.

C’est la raison pour laquelle, dès novembre 99, la BCE s’est lancée dans une série de sept hausses de taux d’intérêt, afin d’éviter que le chômage ne descende en dessous d’un plancher baptisé NAIRU (dans le cas de la France, ce plancher est estimé par la Commission de Bruxelles à 11%). Selon les théories des années 70 et 80, sur lesquelles se fonde la BCE, un tel taux plancher de chômage est exigé impérativement par la lutte contre le fantôme de l’inflation.

Lire la suite

La crise et l’avenir des idées fausses

Par Thierry de Montbrial

La crise qui secoue le monde aujourd’hui remet en cause nombre des dogmes jusqu’ici communément admis : la croyance en une croissance éternelle, l’acceptation de modèles financiers déconnectés de la réalité économique, la foi en un irénisme mondial qui fait fi des états-nations et des biens publics. C’est l’occasion de redécouvrir et peut être de retrouver notre identité.

La crise économique et financière a secoué le monde et le monde cherche des coupables. Les uns accusent le capitalisme sauvage et ses excès de cupidité. Les autres pointent les gouvernements et les banques centrales, soupçonnés de complaisance à l’égard des puissances financières. La vérité, c’est que la responsabilité est partout. Dans la recherche de ces responsabilités, chacun combat ses propres peurs et son propre ressentiment. La crise est un moment de doute et de rupture. C’est vrai, mais nous verrons qu’elle offre également l’occasion de redécouvrir, de retrouver, son identité.

Ceux qui annoncent depuis l’été 2008, face au « capitalisme fou, » le grand retour de l’État dans l’économie, prennent parfois leurs rêves pour la réalité, ils prennent surtout leur revanche sur une idéologie de la fin des années 70 qui s’est incarnée dans le Thatchérisme et le Reaganisme, une idéologie du « tout libéral » qui ressemblait à s’y méprendre au « laisser faire, laisser aller » du XIX ème siècle. Cette idéologie vivait sur l’idée que le marché peut résoudre tous les problèmes. Tous les problème économiques, naturellement, mais aussi – je caricature à peine – les problèmes géopolitiques inextricables, comme, par exemple, le conflit israélo-palestinien. Cette idéologie, par défiance, les Français l’ont surnommée « ultralibéralisme. » Précisons au passage que si l’auteur de ces lignes se revendique comme un libéral, il a abondamment prouvé qu’il n’est nullement un « ultra ».

L’idéologie en question se mariait fort bien à la mondialisation montante. Sur le plan théorique, certains grands économistes lui ont donné ses lettres de noblesse en s’attaquant à la notion de bien public, sur laquelle nous reviendrons plus tard. A commencer par Milton Friedman, qui avait toujours, dans ses écrits et ses cours, ignoré ce concept. Le prix Nobel Ronald Coase, quant à lui, avait développé une conception des biens publics si proche de celle des biens privés que ce glissement scientifique cautionnait l’idéologie en vogue.

Tout cela convergeait en une croyance : la planète, affirmait cette croyance, était finalement un ensemble assez homogène avec des individus, personnes physiques ou morales, qui se ressemblaient. La politique avait donc de moins en moins d’importance, l’économie des échanges réglait le monde, les frontières s’estompaient inexorablement. Il ne restait qu’un vaste marché mondial régi par les seules relations commerciales au sein de ce marché. C’est cette croyance, cette foi immature dans le marché, qui nous a conduit en quelques étapes à la crise actuelle.

D’où est venue la grande illusion ? Elle a certes pris son départ dans les années 80, mais elle a connu son véritable essor dans les années 90 avec la chute de l’Union Soviétique.

Lire la suite

100% monnaie

La réforme du 100% monnaie apparaît être une solution efficace à l’objectif de développement économique durable. Elle consiste en un transfert de la création monétaire depuis les banques privées vers la banque centrale.

Dans le monde moderne, il existe plusieurs types de monnaie

a) la monnaie «permanente,» empruntée par l’État à sa Banque Centrale dont il est le propriétaire (donc en réalité fabriquée par l’État). Cette forme de monnaie est interdite dans toute la zone Euro depuis le traité de Maastricht, ce qui interdit aux gouvernements de rembourser leurs dettes en émettant de la monnaie.
Lire la suite

Vous avez dit « démocratie » ?

Nos pays occidentaux seraient-ils devenus des républiques bananières ? S’il est vrai que collusion entre pouvoir public et oligarchie est une constante qui débouche systématiquement sur une confiscation des profits et sur une mise en commun des pertes, alors nous sommes bien en république bananière…


Roubini n’affirme-t-il en effet pas que “ceci est une crise de solvabilité (…) car les pertes des institutions financières ont été socialisées et reportées sur le bilan de l’Etat.” ?

Stiglitz n’évoque-t-il pas un “socialisme pour les riches” ?

Et Taleb ne déplore-t-il pas que la masse des passifs “appartient aujourd’hui au gouvernement (…) qui les transformera en dettes à régler par nos enfants et petits enfants” ?

Lire la suite

Une masse monétaire constante est-elle le gage de la stabilité économique ?

Par Frank Shostak, professeur d’économie australien, de tendance “autrichienne”, et directeur de la recherche économique de M.F. Global.

1604511130_small_dbd43

Selon le prix Nobel d’économie Milton Friedman et ses disciples, plus connus sous le nom de monétaristes, la volatilité du taux de croissance de l’offre de monnaie est la source majeure des cycles économiques alternant phase de croissance et récession.

Le monétarisme argue qu’à court terme, les augmentations du taux de croissance de l’offre de monnaie font augmenter le taux de croissance de biens réels. Et inversement, une baisse de ce taux induit une baisse de la production réelle.

A long terme, les variations de la monnaie n’ont aucun effet sur la production réelle et n’affectent que les variations de niveaux de prix. En d’autres termes, selon le monétarisme, la monnaie est neutre pour l’économie réelle à long terme mais elle ne l’est pas à court terme.

La principale raison de cette différence, selon les monétaristes, c’est le fait que les variations de l’offre de monnaie à long terme sont entièrement anticipées et donc escomptées. Cependant, à court terme, les variations de l’offre de monnaie ne sont pas prévisibles. Les monétaristes maintiennent pourtant que la banque centrale peut rendre la monnaie neutre à court terme. Selon eux, cela peut être obtenu en fixant un pourcentage de croissance de la masse monétaire constant et le maintenant pendant un laps de temps infini. Le point clef de cette théorie, c’est qu’il n’existe pas de relation entre le taux de croissance monétaire à un rythme constant et le taux de croissance de la production réelle.
Lire la suite