Tentez la Joualle : le compagnonnage des plantes au service de nos jardins

Les fermiers du sud de la France, avec la joualle, et les Indiens précolombiens d’Amérique centrale avec la milpa, ont pratiqué pendant des siècles un système de culture qui minimise le travail du paysan, utilise de façon optimale les ressources naturelles, favorise la biodiversité et protège l’environnement. Histoire d’une redécouverte et conseils pratiques, pour le bonheur de la biodiversité et la beauté de vos jardins !

Extrait du Livre d’Heures du Duc de Berry des frères Limbourg : Le mois de Juillet

La joualle : un compagnonnage harmonieux des plantes cultivées

La joualle, joala en occitan [1], est un très ancien système de culture qui remonte au début de l’époque gallo-romaine. Elle associe sur une même parcelle de la vigne poussant sur des arbres fruitiers et plusieurs autres cultures intercalaires réalisées entre les rangées d’arbres : légumes, blé, fourrage, betteraves, pommes de terre ou tabac.

Contrairement à l’agriculture intensive du 20e siècle, cette technique enrichit au lieu d’appauvrir le sol, élimine naturellement le besoin de pesticides, est très économique et fournit un régime équilibré pour le jardinier et sa famille.

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Les machines feront de nous tous des intermittents

Tout récemment, la revue en ligne Regards sur le Numérique, posait la question : « Comment travaillerons-nous demain ? ». Parmi des réponses plus ou moins attendues, on trouve celle du bien connu bloggeur Thierry Crouzet, que je me permets de vous citer un peu en longueur :

« Les musiciens, les écrivains, les peintres, les développeurs de logiciels libres, les parents qui restent à la maison pour s’occuper de la famille, les bénévoles dans une multitude d’associations, les élus municipaux… tous ont un travail, ils n’en cherchent pas. Nous sommes de plus en plus nombreux à nous vouer à des tâches non rémunérées […] C’est en même temps une envie, née d’un plus haut degré d’éducation et des nouvelles opportunités offertes par le numérique, et une nécessité économique, les machines et les algorithmes prennent nôtre place, les coûts de production tendent vers zéro et les revenus avec. […]

Sans changements de notre organisation économique, seuls les propriétaires des robots et des algorithmes, et quelques artistes vedettes et fonctionnaires réussiront à gagner leur vie. Tendance déjà manifeste quand vont voit se creuser l’écart entre les pauvres et les riches. Pour nous sortir de cette impasse, nous devons bannir l’usage du mot chômage et instaurer un revenu de base inconditionnel. 

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Compassion pour les luddites

Par Paul Krugman

Que se passe-t-il lorsque les bons emplois disparaissent ? Voilà une question que l’on se pose depuis des siècles. En 1786, les travailleurs textiles de Leeds, une ville industrielle spécialisée dans la laine au nord de l’Angleterre, publièrent un manifeste contre l’utilisation grandissante des machines “gribouilleuses”, qui effectuaient une tâche remplie jusqu’alors par des travailleurs qualifiés. “Comment ces hommes, jetés hors du marché de l’emploi, vont-ils subvenir aux besoins de leurs familles ?” demandaient les signataires de la pétition. “Et où leurs enfants vont-ils bien pouvoir faire leur apprentissage ?

Ned Ludd, le roi des luddites

Ces questions n’étaient pas stupides du tout. La mécanisation a fini par amener – après deux générations – une augmentation importante du niveau de vie britannique. Mais il est loin d’être évident que des travailleurs lambda ont bénéficié de quelque manière que ce soit de ces premiers pas de la Révolution Industrielle ; beaucoup d’ouvriers en ont clairement souffert. Et les ouvriers les plus durement touchés étaient souvent ceux qui avaient acquis, au prix de gros efforts, des compétences importantes – pour s’apercevoir ensuite que ces savoir-faire étaient tout à coup dévalués.

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France rurale : Un siècle de mutations

« Labourage et pâturage sont les deux mamelles dont la France est alimentée » aurait dit Sully, ministre du roi Henri IV. Depuis le Moyen Âge, la France a effectivement fondé sa puissance et sa richesse sur l’agriculture et le monde paysan.

Malgré les débuts de l’industrialisation, au milieu du XIXe siècle, plus de deux tiers des Français sont encore des ruraux lorsqu’éclate la guerre en 1914. Mais les deux conflits mondiaux vont précipiter la fin de la France paysanne. Pourtant, toute une mythologie subsiste dans l’inconscient collectif, construite sur des notions de racines et de valeurs campagnardes.

(Documentaire de François Lanzenberg – 2007)

L’économie pourrait-elle décroître ?

Question stupide, votre honneur : évidemment que non, l’économie ne peut pas décroître. Sauf à l’occasion d’épisodes aussi brefs qu’indésirables, la vocation de l’économie, c’est de croître, et en général nous croissons bel et bien, non mais sans blague !

Croissance de quoi, au fait ?

Que tout le monde affirme que la croissance est l’état normal de l’économie, c’est indéniable. Mais au fait, c’est quoi exactement la croissance ? En économie, cette “croissance” désigne généralement (malgré l’absence de complément de nom) quelque chose de bien précis : l’augmentation, d’une année sur l’autre, d’une grandeur qui s’appelle le Produit Intérieur Brut ou PIB, une notion qui date de juste après la Seconde Guerre Mondiale. Ce PIB a lui-même une définition très précise : il s’agit du “résultat final de l’activité de production des unités productrices résidentes ”. Ouf ! Si nous décortiquons pas à pas, et que nous traduisons cela en Français, cela donne ce qui suit :

  • il s’agit du “résultat final” de l’économie, c’est-à-dire des biens et services qui sont utilisés par un consommateur final. Le consommateur final, dans cette affaire, c’est celui qui utilise le bien ou service pour son propre compte, et ne va pas l’incorporer dans une production qui sera elle-même vendue ou transférée à un tiers. Par exemple, si j’achète un poireau pour le manger moi-même, je suis un consommateur final pour ce poireau. Par contre, si j’achète le même poireau en tant que restaurateur, pour fabriquer puis vendre de la soupe aux poireaux, ou en tant qu’épicier, pour simplement le revendre après l’avoir transporté, alors je ne suis pas un consommateur final pour ce poireau. Ce “résultat final” (ou “biens et services disponibles pour un usage final ”, ce que l’on trouve aussi parfois) concerne donc tout ce que les agents économiques (individus, mais aussi entreprises, administrations, associations, etc) consomment en propre. Il peut s’agir de biens durables (immeubles, voitures) ou pas, et cela inclut les variations de stock.
  • ce “résultat final” doit provenir d’une “activité de production ”. En fait, cette “activité de production” signifie le plus souvent “activité marchande ”, car c’est le seul cas de figure où la mesure du résultat est facile, à défaut d’être juste : on va valoriser la production… au prix de vente. Cela semble évident, mais en fait ça ne l’est pas du tout ! En effet, comment valoriser la production non vendue, en particulier tout ce que l’on appelle “services non marchands” ? Cela concerne une large part de l’éducation (l’Education Nationale n’envoie pas de facture quand votre gamin va à l’école), de la santé, de la justice, et plus généralement tout ce que des fonctionnaires font pour la collectivité sans se faire directement payer. Et encore, là nous avons un cas de figure facile, car même si le service est non marchand il y a eu échange monétaire : la collectivité a payé le médecin et l’enseignant. Il arrive que les services soient rendus sans aucun échange monétaire (le troc), auquel cas la comptabilisation devient un peu plus difficile encore, et enfin il arrive qu’il y ait production mais pas d’échange du tout.

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