Chine : Le pays libéré du tabagisme

Dans quelques semaines, Beijing appliquera une nouvelle loi anti-tabac interdisant de fumer dans les espaces publics fermés, notamment dans les restaurants et les bureaux. Les publicités pour le tabac seront également prohibées dans les espaces en plein air et les transports publics, ainsi que dans la plupart des médias.

Si cette réglementation, approuvée l’an dernier par le Comité permanent de l’Assemblée populaire municipale de Beijing, parvient à s’imposer, les autorités chinoises pourraient décréter une interdiction similaire dans l’ensemble du pays.

Une baisse sensible du tabagisme se traduirait sans aucun doute par de nets avantages en matière de santé publique. Mais est-elle envisageable ?

Avec plus de 300 millions de fumeurs, la Chine représente un tiers de tous les consommateurs dans le monde, et accuse près de 2700 décès dus au tabagisme par jour. Les coûts induits par le traitement des maladies liées au tabagisme, sans parler des pertes de productivité, sont considérables.
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Terrorisme : Quand Interpol suggérait d’armer les citoyens (2013)

Le secrétaire général d’Interpol Ronald Noble a déclaré que les États-Unis et le reste du monde démocratique étaient à la croisée des chemins en matière de sécurité à la suite de l’attaque mortelle d’Al Shabab le mois dernier contre un centre commercial de Nairobi, Kenya – suggérant que l’armement des citoyens pourrait constituer une réponse.

By (traduction libre par Fortune).

Au cours d’un entretien exclusif avec ABC News, Noble a affirmé qu’il n’y avait réellement que deux options pour protéger les sociétés ouvertes des attaques frappant les cibles vulnérables comme le Westagte mall :

Créer des périmètres sécurisés autour de ces cibles, ou autoriser les citoyens à porter leur propres armes afin de se protéger.

Selon Noble, “nos sociétés doivent réfléchir à la manière dont elles doivent aborder le problème. L’une consiste à dire que nous voulons une population armée, et vous pouvez en comprendre la raison. Une autre est de dire que la protection des cibles vulnérables est telle que pour y pénétrer, vous devez franchir un dispositif de sécurité extraordinaire“.

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Afrique de l’ouest : La fraude des multinationales dépasse l’aide au développement

Entre évasion fiscale et minoration des revenus déclarés pour payer moins d’impôts, les multinationales ont fait sortir illégalement 210 milliards de dollars de la Communauté économique des États d’Afrique de l’ouest (Cédéao) entre 2002 et 2011, selon un rapport de la fondation Osiwa, qui promeut la transparence et la bonne gouvernance en Afrique de l’ouest.

Le montant des fraudes, qui a augmenté de 23% durant la décennie, s’élevait en 2011 à 18 milliards de dollars, alors que l’aide au développement dont bénéficie la région n’est évaluée qu’à 12 milliards de dollars. Le Nigeria est le pays le plus touché avec 142 milliards de dollars de pertes fiscales sur cette période.

«Les conséquences sont catastrophiques. La preuve est ce qu’on vit avec Ebola, où les États concernés n’ont pas le minimum de moyens pour faire face aux besoins», observe Ibrahima Aidara, l’un des auteurs du rapport.

«Les multinationales sont fautives. Normalement, si elles sont prises en faute, des mécanismes judiciaires doivent s’appliquer. Mais comme tout se fait de manière opaque et que les fraudes ont la bénédiction des pays développés», il n’en est rien. Seuls le Ghana et le Nigeria disposent de lois encadrant ce genre de fraude.

Les exonérations fiscales accordées par certains gouvernements de la région aux entreprises, dont les montants atteignent parfois 40% du budget étatique, n’attirent pas en prime tant d’investissements directs étrangers.

Libération

(Merci à Horatius)

« Jardiniers, levez-vous ! » : Chronique d’une résistance jardinière

Tournée en autoproduction, cette chronique de la résistance jardinière est destinée à faire prendre conscience aux citoyens, et particulièrement aux citadins « hors sol », de l’absurdité de la législation franco-européenne sur les semences potagères qui empêche les maraîchers de recourir comme autrefois aux graines reproductibles, gage d’autonomie et de respect du vivant.

C’est après s’être informés sur les dérives du système agro-industriel (le succès du « Monde selon Monsanto » en est l’exemple le plus parlant), qu’ils ont voulu se rendre sur le terrain à la rencontre des acteurs engagés dans la préservation de notre patrimoine alimentaire, à même le sol.

Des citoyens-jardiniers qui se battent pour que la biodiversité potagère ait encore un avenir, ce qui peut sembler compromis à la vue des dernières législations en la matière (privatisation du vivant).

Europe : L’horreur des déchets plastiques drainés par le Danube jusqu’à la Mer Noire

Le plus puissant fleuve d’Europe, le Danube, rejette au moins 1.500 tonnes de débris plastique dans la mer Noire chaque année. C’est ce que révèle une équipe de scientifiques autrichiens après deux ans d’échantillonnage intensif.

La plupart des débris plastiques rejetés dans le fleuve, soit environ 80 %, proviennent de sources industrielles qui fabriquent une multitude d’objets de consommation courante tel que des brosses à dents ou encore des jouets pour enfants, rappelle Aaron Lechner, chercheur à l’Université de Vienne, qui a fait équipe avec d’autres scientifiques pour s’attaquer au problème. “Il serait pourtant facile pour ces producteurs de contrôler ces déchets avant leur diffusion dans le fleuve” dit Lechner.

Même si seulement 0,01 pour cent des matériaux plastiques de production s’échappent dans l’environnement, ils finissent par créé une énorme quantité de déchets plastiques qui vont persister à le polluer pendant des milliers d’années. Ces déchets seront encore présents dans la nature les 100.000 prochaines années, rappelle-t-il, plaidant pour une réglementation urgente et beaucoup plus stricte de l’activité plastique en Europe.

Les recherches de cette équipe pour cette nouvelle étude ont été soigneusement planifié et exécuté entre 2010 et 2012. Les chercheurs ont analysé plus d’un millions de gallons d’eau du fleuve Danube à travers leurs écrans d’ordinateur après les avoir filtré via des filets à mailles fines pour tenter de quantifier et de trier la pollution plastique du fleuve.
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Que risque-t-on à manger des insectes ?

On le sait, l’alimentation à base d’insectes pourrait bien se généraliser au cours des prochaines décennies. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) s’est prononcée en faveur du développement de l’élevage de petites bêtes à grande échelle pour parvenir à nourrir plus de 9 milliards d’êtres humains d’ici à 2030.

Deux milliards de personnes en consomment déjà, particulièrement en Afrique, en Asie et en Amérique latine. En Europe, de plus en plus de restaurants, d’entreprises, et même de grandes surfaces, se lancent dans ce marché en éclosion. Mais que risque-t-on à les consommer ? C’est à cette question que tente de répondre un avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) publié jeudi 9 avril.

Cette étude, entamée à la fin de l’année 2013, a consisté à dresser un état des lieux des connaissances scientifiques sur le sujet, réalisé avec l’unité d’entomologie fonctionnelle et évolutive de l’université de Liège en Belgique, puis à réaliser une analyse approfondie auprès d’un collectif d’experts, spécialisés en biologie, chimie, alimentation animale ou encore allergies.

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Considérations éthiques à l’ère du journalisme robotisé

Dimanche soir, les robots-journalistes du journal Le Monde produiront – comme la semaine dernière *- résultats et fiches d’élections par milliers, très rapidement. Cette initiative arrive après celle de l’agence américaine Associated Press (AP) laissant depuis quelques semaines des machines écrire les résultats financiers ou sportifs.

Car les journalistes sont enfin disponibles pour des tâches plus gratifiantes, à plus forte valeur ajoutée. Vérifier, donner du sens, notamment. Ce qu’on leur demande, d’ailleurs !

Il n’empêche ! Des questions légitimes, souvent éthiques, se posent. Tom Kent, directeur adjoint de la rédaction d’AP, responsable des standards d’écriture et des guides de style de l’agence de presse, vient d’en lister 10.

1 – Les données d’origine sont-elles fiables ?
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États-Unis : La Fed a peut-être trouvé le moyen de réduire la taille des méga-banques

Par John Gapper du Financial Times

Goldman Sachs a provoqué une certaine émotion cette semaine en publiant une note d’analyse insinuant que la banque JPMorgan Chase pourrait vouloir se morceler en plusieurs entités. Je crois à l’indépendance de la recherche sur les banques d’investissement autant que n’importe qui, mais il est difficile de ne pas remarquer que le grand bénéficiaire d’une telle décision serait Goldman Sachs.

Ce qui ne veut pas dire que c’est une mauvaise idée. En fait, cela pourrait être une très bonne idée, peut-être pour les actionnaires de JPMorgan, et sans conteste pour la société au sens large. Cela signifie aussi que les régulateurs des banques dans le monde entier s’approchent irréductiblement de l’idée de démanteler les plus grosses banques avec leurs propres outils, au lieu d’attendre que les gouvernements fassent ce qu’il faut faire. Si c’est le cas, on leur souhaite vraiment bonne chance.

Les analystes de Goldman n’ont pas eu à travailler eux-mêmes sur les chiffres d’un démembrement de JPMorgan. La Réserve fédérale leur a donné un coup de main. Le mois dernier, celle-ci a dévoilé son plan pour imposer des ratios de capitaux plus élevés aux huit banques qui figurent parmi les 29 “banques d’importance systémique dans le monde”. Il s’agit des institutions financières que les régulateurs ne pourraient en aucun cas laisser sombrer dans le chaos durant n’importe quelle crise.

En tête de liste, JPMorgan, qui n’est pas seulement la banque américaine la plus importante et la plus diversifiée, avec ses 2,4 milles milliards d’actifs et d’activités dans de nombreux pays, depuis les cartes de crédit jusqu’aux crédits dérivés, mais qui est aussi, et c’est là le point embêtant, celle qui réussit le mieux. Contrairement à nombre de ses concurrentes, comme Barclays, il n’y a pas de raison pour elle de séparer ses activités d’investissement ou de maigrir par de quelconques autres moyens.
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Comment le parlement européen, en douce, a anticipé Tafta

Un vote du parlement européen en date du 16 avril a entériné, en catimini, un élément très contesté du Traité transatlantique (appelé aussi Tafta ou TTIP)en train d’être négocié ente les États-Unis et l’Europe : le recours systématique à des tribunaux arbitraux internationaux pour régler des litiges entre des entreprises étrangères et des États.

Traduction : des entreprises américaines pourraient désormais faire condamner à de lourdes amendes des États européens qui rejetteraient, par exemple, le gaz de schiste ou les OGM. Et les députés européens auraient accepté ça il y a un mois sans qu’on le sache ?

Extrait d’un bulletin d’un groupe de réflexion d’anticipation politique (Leap) : “Le 16 avril dernier, 535 sur 766 Eurodéputés [ont voté un texte mettant en place] l’ISDS, cette fameuse clause que Washington impose aux Européens dans le cadre de l’adoption du TTIP et qui consiste à permettre aux « investisseurs » (multinationales et autres) d’attaquer les États (donc les contribuables) lorsque des changements législatifs pénalisent leurs activités économiques”.

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Afrique : Les industriels du tabac ciblent les jeunes

Face aux réglementations de plus en plus restrictives en Occident, les industriels du tabac se tournent vers les pays en développement, notamment en Afrique, avec une cible fragile : les enfants.

A Mtwapa, dans le sud-est du Kenya, des palmiers offrent de l’ombre à Destiny, un garçon de 14 ans, et à ses jeunes amis pendant qu’ils contemplent la plage blanche et chaude qui donne sur les eaux chatoyantes de l’océan Indien.

L’Occident durcit ses réglementations et tente d’arrêter de fumer. Pendant ce temps, les producteurs tournent leur attention vers les marchés africains, où la jeunesse tombe dans le tabagisme. On estime qu’entre 82.000 et 99.000 jeunes commencent à fumer chaque jour dans le monde, la grande majorité dans les pays en développement.

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Transport de l’or : L’inquiétant décret n°2013-417 du 21 mai 2013

Chaque jour, en France, une ou plusieurs libertés disparaissent, sans bruit, sans laisser de trace. Au 1er juin, c’est un petit bout de la liberté d’échanger de la valeur, directement, entre particuliers qui vient de s’effacer. Et bien sûr, pas un bruit dans les médias. Avant d’entrer dans le vif du sujet, un petit rappel historique s’impose.

Comme vous le savez sans doute, la vente, l’achat et la détention de métal précieux en France est soumise à une certaine réglementation qui a pas mal évolué dernièrement. Jusqu’à récemment (2011), il était relativement aisé d’acheter de façon anonyme de l’or ou de l’argent, en payant en petites coupures non marquées espèces et ce, jusqu’à plusieurs milliers d’euros. De la même façon, il était aisé de faire appel à des numismates, même à distance, pour acheter et vendre des pièces d’or et d’argent, quitte à clore la transaction par un échange postal, sur le mode : « je vous paye par virement ou par chèque, envoyez moi donc mes pièces par la poste. » ; après tout, les Postiers font un travail remarquable, d’ailleurs habilement mis en scène dans de fort jolies publicités vitaminées.

 Et pour parler, justement, des achats de piécettes, en septembre 2011, les modifications introduites à l’article L112-6 du code monétaire ont fait parler d’elles ; on trouvait en effet la phrase suivante :

Toute transaction relative à l’achat au détail de métaux ferreux et non ferreux est effectuée par chèque barré, virement bancaire ou postal ou par carte de paiement, sans que le montant total de cette transaction puisse excéder un plafond fixé par décret. Le non-respect de cette obligation est puni par une contravention de cinquième classe.

En substance, l’achat et la vente de métaux ne peut plus s’effectuer en espèces. Le but affiché était alors de briser l’anonymat de certains vendeurs de métaux récupérés de façon alternative (et pour le dire clairement, il s’agissait lorsque la loi fut votée de lutter contre les vols de métaux comme le cuivre, opérés par certains spécialistes plus ou moins finauds dont certains défrayent régulièrement la chronique au rayon barbecue sur lignes haute-tension de la SNCF). Du reste, avec maintenant plus d’un an de recul sur cette loi, on peut évidemment constater que ce genre de prouesse législative douteuse apporte une réponse définitive aux vols observés puisqu’ils ont complètement disp … Ah tiens, non, en fait.

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Sauvons Kokopelli

Par Sylvie Simon

Le geste auguste du semeur appartient-il définitivement au passé ?

Cela fait plus de dix ans que l’Association Kokopelli est victime de la mafia semencière et des tracasseries émanant des « tutelles » du Ministère de l’Agriculture. Elle fait peur aux pouvoirs en place non parce qu’elle vend des graines de tomates ou autres légumes, mais parce qu’elle prône l’autonomie, le jardinage familial, la véritable agro écologie, la production autonome de semences, la résistance des paysans du Tiers-Monde. Elle commet sans cesse des crimes de lèse-majesté contre l’agriculture chimique, mortifère et cancérigène, et le contrôle des peuples par les multinationales de l’agrochimie et de la semence avec la complicité des dirigeants des nations qui ne sont que des pantins dans les mains de ces prédateurs.

Comme je l’ai déjà signalé à maintes reprises, en France, les semenciers libres subissent continuellement des atteintes à la liberté par les visites réitérées des agents de la Répression des Fraudes, qui, sans doute sans le savoir, sont les collaborateurs des « saigneurs de la Terre », dénoncés en 1997 par Camille Guillou. Ainsi, depuis le début de l’année 2004, l’association Kokopelli, qui œuvre dans le sens de la directive de la Communauté Européenne portant sur la conservation de la biodiversité in situ, est harcelée par les agents de la Répression parce qu’une grande partie des semences de plantes potagères qu’elle distribue sont des semences de variétés anciennes, non-inscrites dans le catalogue officiel, ce qui est actuellement considéré comme un crime d’État.
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Une première victoire de Kokopelli pour la liberté des semences

Devant la Cour de justice européenne, l’avocat général a repris les arguments de l’association Kokopelli en faveur de la liberté du commerce des semences.

L’avocat général chargé du dossier Kokopelli devant la Cour de Justice de l’Union Européenne a donné aujourd’hui lecture publique de ses conclusions. Nous avons la joie d’annoncer qu’elles nous donnent entièrement raison !

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Comment les puissants sont réellement devenus puissants – Du protectionnisme au libre-échangisme, une conversion opportuniste

Par Ha-Joon Chang, professeur à la faculté d’économie et de politique de l’université de Cambridge (Royaume-Uni) ; auteur de « Kicking Away the Ladder. Development Strategy in Historical Perspective », Anthem Press, Londres, 2002 (Prix Gunnar Myrdal 2003)

Les libre-échangistes ont remporté des victoires significatives au cours des deux dernières décennies. Depuis le début de la crise de la dette de 1982 et de l’imposition des programmes d’ajustement structurel par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, de nombreux pays en voie de développement ont radicalement libéralisé leur commerce.

L’effondrement du communisme, en 1991, a ouvert de nouveaux et vastes espaces au libre-échange. Pendant les années 1990, d’importants accords régionaux ont été signés, dont l’accord de libre-échange nord-américain (Alena) qui regroupe le Canada, les Etats-Unis et le Mexique. Pour couronner le tout, les négociations du cycle de l’Uruguay de l’accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT), conclues à Marrakech en 1994, ont débouché sur la naissance de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995.

Si importants que soient ces succès, les libre-échangistes ne s’en satisfont pas. Au sein de l’OMC, représentants des Etats développés en tête, ils continuent à faire pression pour des baisses des tarifs douaniers encore plus fortes et plus rapides, et un élargissement de la compétence de cette organisation à des domaines ne figurant pas dans son mandat initial, par exemple l’investissement à l’étranger et la concurrence.

Les partisans du libre-échange croient agir dans le sens de l’Histoire. Selon eux, cette politique est à l’origine de la richesse des pays développés ; d’où leur critique des pays en voie de développement qui refusent d’adopter une recette aussi éprouvée. Rien n’est pourtant plus éloigné de la réalité.

Les faits historiques sont sans appel : quand les pays actuellement développés étaient encore en développement, ils n’ont mené pratiquement aucune des politiques qu’ils préconisent. Et nulle part l’écart entre le mythe et la réalité historique n’est aussi flagrant que dans les cas de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis.

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Les trois France : France des privilégiés, France d’origine immigrée, France ostracisée

Par Michel Geoffroy

La crise sociale rampante que connaît notre pays révèle une fracture profonde qui divise de plus en plus la France en trois groupes concurrents, en trois France rivales.

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L’agrobusiness dans le monde : deux décennies de pillage

Avec cet aperçu de l’expansion de l’agrobusiness dans le système alimentaire mondial au cours des vingt dernières années, nous amorçons une réflexion sur ce qu’on peut attendre de ces entreprises dans les années à venir.

Au début des années 1990, une grande partie des pages de Seedling [littéralement : semis, jeune plant - publication de grain.org] étaient consacrées à des discussions sur les accords internationaux et les programmes de recherche publique. Les grandes sociétés apparaissaient certes dans ces discussions, mais surtout comme une menace à l’horizon, un groupe soutenant de façon agressive le modèle d’agriculture industrielle qui détruisait la biodiversité agricole. Vingt ans plus tard, la situation n’est plus du tout la même. Le pouvoir des grandes sociétés dans le système alimentaire s’est en effet étendu à pas de géants. Aujourd’hui, ce sont elles qui définissent les règles mondiales, tandis que les gouvernements et les centres de recherche publique suivent le mouvement.

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Afrique du Sud : voyage au coeur d’un ghetto blanc

C’est l’apartheid à l’envers. En Afrique du Sud, des « petits Blancs » laissés-pour-compte du nouveau régime croupissent dans une misère effroyable. Mis à l’écart dans des camps de fortune, ravitaillés par des Noirs, ils tentent de survivre tant bien que mal, parfois depuis plusieurs années.

Inimaginable il y a quinze ans : des volontaires noirs ravitaillent les 400 squatters afrikaners démunis de tout dans le camp de Coronation Park. (Finbarr O'Reilly/Reuters)

Direction Krugersdorps, une ville située au Transvaal, dans la province de Gauteng. A une trentaine de kilomètres de Johannesburg, dans un township de Blancs dénommé Coronation Park, végètent dans une crasse effroyable quelque 400 Afrikaners, ces Africains à la peau blanche d’origine néerlandaise, française, allemande ou scandinave, descendants des colons du XVIIIème siècle. Parmi eux, Anne Le Roux, 60 ans, est assise sur une chaise, les yeux rivés sur une photo. Ah… le mariage de sa fille… Il est bien loin ce temps où Nelson Mandela était le premier président noir du pays, où elle vivait avec son époux dans une maison à Melville, où elle travaillait comme secrétaire… Aujourd’hui, seize ans après l’accession au pouvoir de « Madiba », Anne partage une caravane déglinguée et une pauvre tente avec sept autres personnes, dont sa fille et ses quatre enfants, dans un campement pour Blancs.

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Capitalisme financier ou capitalisme d’entrepreneurs

Une analyse rigoureuse montre que l’émergence d’un « capitalisme financier » – par opposition au « capitalisme d’entrepreneurs », selon le vocable du Président Sarkozy – résulte pour une grande part d’interventions étatiques, qu’elles soient monétaires, fiscales ou réglementaires.

Lors de son récent discours à Davos, Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois martelé son credo selon lequel «la crise que nous traversons n’est pas une crise du capitalisme, mais une crise de la dénaturation du capitalisme.» Cette antienne pointe un constat juste: le recours excessif à l’endettement, le primat donné aux activités de trading par rapport à la production ou le raccourcissement de l’horizon temporel des agents économiques. Pourtant, le chef de l’État français n’a jamais été très prolixe sur les causes profondes de ce phénomène. Une analyse rigoureuse montre que l’émergence d’un «capitalisme financier» – par opposition au «capitalisme d’entrepreneurs,» selon le vocable du président – résulte pour une grande part d’interventions étatiques, qu’elles soient monétaires, fiscales ou réglementaires.

Deux chiffres suffisent à illustrer les changements brutaux subits par le système économique depuis dix ans. Entre 1945 et 1986, les profits du secteur financier américain ont constamment représenté moins de 15% des profits réalisés aux États-Unis. Cette part a ensuite augmenté progressivement, puis explosé au début des années 2000 pour dépasser les 40%. Dans le même temps, les salaires dans le secteur financier ont gonflé. Outre-Atlantique, ils ont toujours été égaux aux rémunérations dans les autres secteurs entre 1948 et 1982. Puis ils ont décollé pour devenir supérieur de 80% aux rémunérations moyennes des autres secteurs. La France a connu des évolutions comparables: la part du secteur financier dans le PIB y a crû de 24% à 33% entre 1985 et 2007.

Faut-il lire dans cette tendance lourde une dynamique interne au capitalisme, qu’il conviendrait de corriger par davantage de réglementations? Les choses sont plus compliquées. En vérité, de nombreuses politiques publiques ont amorcé et favorisé ce changement, sans que ce soit là leur but initial.

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Fonds spéculatifs : l’UE renonce à leur régulation sous la pression de Londres

Le projet de directive visant à réguler les fonds spéculatifs a été retiré, mardi, de l’agenda de l’Ecofin.

Gordon Brown

L’intransigeance britannique a payé. L’Europe a renoncé, temporairement, à légiférer contre les hedge funds.

Le sujet, qui devait être discuté, mardi, par les ministres des Finances des Vingt-Sept, a été retiré in extremis de l’ordre du jour par la présidence espagnole, qui a préféré ne pas soumettre au vote un texte déplaisant fortement en l’état au Royaume-Uni.

Lundi soir, Gordon Brown a téléphoné à son homologue espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, pour lui dire qu’en l’état, le compromis n’était pas acceptable pour le Royaume-Uni. «L’idée est d’atteindre le plus grand consensus possible», a expliqué la ministre espagnole des Finances, Elena Salgado.

Pour faire capoter l’accord, les Britanniques ont tenté de réintroduire dans le compromis leur demande d’un «passeport» pour les hedge funds.

En clair, le gestionnaire d’un fonds basé dans un paradis fiscal qui obtiendrait l’autorisation de travailler en Grande-Bretagne pourrait ensuite librement commercialiser ses produits dans toute l’Europe.

Une demande inacceptable pour plusieurs pays, dont la France, qui craignent d’ouvrir les vannes à des fonds offshore, obéissant à une législation approximative.

Le commissaire au Marché intérieur, Michel Barnier, a tenté de rassurer en disant que «s’il y a un passeport, il sera très exigeant».

Mais les négociations deviennent complexes. Le prochain à donner son avis sera le Parlement, en avril, avec des priorités pas forcément similaires à celles du Conseil.

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