L’insaisissable monsieur Leclerc

Il rêvait d’être missionnaire. Le jumelage de son lycée avec un établissement de filles en a décidé autrement. Fils de pub autant que fils d’épicier, Michel-Édouard Leclerc habite au pays où la vie est moins chère.

Brice Lalonde évoque leur compagnonnage en faveur de l’environnement et l’action coup de poing dans les locaux de la Shell, à Paris, lors du naufrage de l’Amoco Cadiz.

Ancien ministre du Commerce de 2005 à 2007, Renaud Dutreil raconte comment le patron des centres Leclerc sait s’abriter derrière la cause du pouvoir d’achat pour faire le siège des politiques et obtenir ce qu’il souhaite. Redoutable et redouté. Derrière le sourire et le tutoiement de rigueur, le rapport de force n’est jamais loin.

Mais l’homme sait aussi se préserver. « Je ne donne pas tout, même si je suis généreux. » Décidément insaisissable.

Grande distribution : Promos, prix cassés, qui paie l’addition ?

Les sept grands groupes d’hypermarchés, des enseignes qui gèrent à elles seules environ 80% des achats alimentaires en France, se livrent une véritable guerre des prix. Et leur position dominante crée un déséquilibre en défaveur des fournisseurs. Dans les centrales d’achats, les négociations sont particulièrement rudes.

Pour être présents dans les rayons, les fournisseurs doivent reverser jusqu’à 25% de leur chiffre d’affaires aux enseignes. Quant aux contrats commerciaux, ils sont truffés de clauses abusives. Les méthodes d’achat des hypermarchés ont ainsi des conséquences directes sur la qualité des produits que les consommateurs achètent ainsi que sur la survie du tissu agroalimentaire français. Car pour être plus compétitives que leurs concurrentes, certaines enseignes s’approvisionnent désormais à prix cassés en Pologne.

Réalisé par Rémi Delescluse (France5 – 2014)

(Merci à Grief_en_Rut)

États-Unis : Qui sont les fournisseurs de viande de cheval des supermarchés français

L’association L214 publie une vidéo dénonçant les conditions de transport et d’abattage, en Amérique, des chevaux destinés à l’alimentation humaine et exportés vers l’Europe. Elle met en ligne une vidéo dans laquelle on voit des chevaux malades ou blessés, malmenés, frappés à coups de bâton ou d’aiguillon électrique, gisant à terre dans les bétaillères, morts ou agonisants, piétinés par les autres animaux.

Cette enquête a été réalisée avec les associations Tierschutzbund ZürichAnimals Angels’ (USA), GAIA et Eyes on Animals, entre 2012 et 2014 aux États-Unis, au Canada, au Mexique, en Uruguay et en Argentine, principaux pays fournisseurs de viande de cheval des supermarchés français.

En effet, en France, près de 60% de la viande chevaline provient du continent américain. Ainsi, en 2012, la France a importé environ 9000 tonnes de viande de cheval des Amériques, pour une valeur estimée à plus de 66 millions d’euros. Les principaux fournisseurs sont le Canada (4.100 t), la Belgique (2 091t), l’Argentine (1.742 t), le Mexique (1.776t) et l’Uruguay (1.730t).

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Supermarchés : Comment l’industrie alimentaire entretient l’illusion du libre choix

Le consommateur a-t-il vraiment le choix de ses achats dans les allées des hypermarchés ? Les rayons colorés proposent-ils réellement des centaines de yaourts, chocolats, plats préparés… différents ? Non, selon une étude (à télécharger ici) de l’ONG américaine Food and Water Watch, publiée le 5 décembre.

L’organisation a étudié 100 catégories de produits présents dans les supermarchés états-uniens. Et ses conclusions mettent en pièce le mythe du choix du consommateur. Derrière l’apparence de rayons remplis de produits diversifiés, les grandes surfaces proposent des aliments mis sur le marché par seulement une poignée de géants de l’agroalimentaire.

Pour un tiers des types de produits examinés, quatre compagnies ou moins contrôlent plus de 75% des parts de marchés.

Prenons l’exemple de la nourriture pour bébé : trois grandes entreprises contrôlent 90% des ventes ! Sur le secteur des céréales de petit-déjeuner, quatre entreprises (Kellogg’s, General Mills, PepsiCo et Post Foods) concentrent 80% des parts de marché, sous des dizaines de marques différentes. De même, 86% des ventes de bière sont réalisées aux États-Unis par quatre compagnies.
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Histoire de l’urbanisme commercial en France : La révolte du caddie (Partie 5)

Aujourd’hui, force est de constater que le commerce non sédentaire, les marchés, n’apparaissent pas ou peu dans les statistiques récentes, et les études prospectives sérieuses ayant pour ambition de traiter de l’évolution future du commerce ; et pourtant la visibilité des marchés ne cesse pourtant d’augmenter.

Certains se sont adaptés aux besoins de leurs temps [les marchés Bio, de producteurs, par exemple], souvent aidés par les municipalités. Les quotidiens régionaux ou de la presse locale, plus que les études, notent un formidable engouement des citadins, depuis quelques années, pour ce type de commerce, présenté comme une alternative sociale ou culturelle face aux hypermarchés, plus proches que les commerces périphériques, et bien plus conviviaux.

Depuis leur création, les groupes de la grande distribution justifiaient leurs méthodes par une argumentation simple : d’une part, la recherche du prix le plus bas possible, les dirigeants de la grande distribution se sont toujours posés en chevalier blanc de la bonne cause, celle des consommateurs, et d’autre part, la création d’emplois, arguments placés sous le signe de leur importance déterminante dans l’économie française.

D’une manière générale, les sondages effectués auprès de la population rappelaient régulièrement aux politiciens, aux détracteurs, que les français plébiscitaient centres commerciaux et hypermarchés, en premier lieu pour les prix pratiqués, et peu importaient les nombreux dégâts « collatéraux ».

Cependant, Luc Boltanski et Eve Chiapello relatent que la monté de l’écologisme, présenta un grand danger pour les industriels et les distributeurs : « Le développement d’un consumérisme vert à la fin des années 1980 [la révolte des caddies dont parlent les spécialistes du marketing] a eu pour résultat de mettre un certain nombre d’entreprises en danger, en faisant baisser brutalement la consommation de produits dénoncés comme polluants par les mouvements environnementalistes ou nocifs pour la santé (tels que les lessives contenant des phosphates, les aérosols contenant des CFC, aux États-Unis, les pommes traitées chimiquement, certains emballages en plastique) ».
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Histoire de l’urbanisme commercial en France : La Loi Royer de 1973 (Partie 4)

L’arrivée massive de l’immigration nord-africaine engendra un nouveau type de commerce dédié entièrement au pouvoir d’achat de leur communauté: les épiceries communément appelées “arabes du coin”.

Reprenant les commerces d’épiciers français, qui abandonnent leur activité devenue moins rentable et beaucoup trop contraignante, ces nouveaux épiciers s’opposeront aux grandes surfaces par une activité inégalable peu courante dans la profession: ouverts jusque tard dans la nuit, et sept jour sur sept, y compris les jours fériés.

Destinés initialement aux travailleurs immigrés, leur activité nocturne et dominical constitue une solution de dépannage pour des achats d’appoint, festifs ou d’urgence à l’heure où les autres commerces sont fermés, même si les prix y sont généralement plus élevés.

1973 La loi Royer

Ainsi les faillites se succèdent, et un autre danger menace le gouvernement conservateur: les socialistes radicaux du PSU, et d’une manière générale, les partis de la Gauche, qui trouveront ici, comme dans d’autres secteurs, un terreau plus que propice pour la diffusion et la propagation de leurs idées. L’on remarque même les tentatives des militants de la Gauche prolétarienne de s’approcher des commerçants en difficulté, dans les quartiers populaires : le progrès capitaliste et le modèle américain ne sont pas synonymes d’une vie meilleure.
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Histoire de l’urbanisme commercial en France : L’hypermarché (Partie 3)

La multiplication des libres services, des supérettes, des supermarchés, aura comme impact un nombre toujours plus important, d’années en années, de faillites de commerces de détail. Des commerçants vont alors former un bloc de résistance compact et très actif, sous le regard attentif des politiciens, car ils représentent encore à cette époque un poids électoral important qu’il convient de ménager, ou d’abolir…

Premier hypermarché de France: Carrefour à Sainte-Geneviève-des-Bois – 1963

(Cocorico) Une innovation de France: l’hypermarché

En Belgique, Maurice Cauwe – qui suivit un stage aux USA – ouvre en 1961 le premier hypermarché, mais alimentaire seulement, sous le nom Super Bazar. Il faut attendre 1963 pour franchir les portes du premier hypermarché officiel – alimentaire et non alimentaire – de France, une « usine de distribution » selon la terminologie officielle, implantée à Sainte-Geneviève-des-Bois dans la banlieue sud de Paris, sous la bannière Carrefour.

Les dirigeants avaient suivi les séminaires de Trujillo aux USA [avec comme compagnon le futur ministre Charles Pasqua], mais les fondateurs de Carrefour n’en ont pas copié servilement les méthodes. D’une part, ils ont rejeté le principe de « l’îlot de perte dans un océan de profits » car, convertis au discount généralisé sous l’influence de Leclerc, ils sont persuadés que les marges peuvent être réduites sur tous les produits. D’autre part, ils ont réuni « sous un même toit » l’alimentaire et le non alimentaire, créant ainsi une formule hybride, inconnue aux USA et désapprouvée par Trujillo.

Il s’agit donc non seulement du premier hypermarché moderne de France, mais aussi du monde, selon Alain Chatriot et Marie Emmanuelle Chessel: « C’est aussi celle d’une invention française, puisque les hypermarchés n’existent pas en tant que tels aux États-Unis. Il fallait avoir l’idée de vendre ensemble, sur une telle surface – plus de 2500 m² -, à la fois des produits alimentaires et des produits non alimentaires, articles vendus séparément, sur des surfaces généralement moindres, aux États-Unis. Le succès dépasse les prévisions: en une seule journée, cinq mille deux cents clients ont dépensé en moyenne vingt-huit francs, soit trois fois plus que dans un supermarché classique !
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Histoire de l’urbanisme commercial en France : Le Corbusier (Partie 2)

Si se tenait un procès aux concepteurs de l’urbanisme commercial, Le Corbusier serait innocent. D’ailleurs il est étonnant de constater que cette fonction vitale pour le citadin n’est pas occupée autant l’esprit du Grand maître. Les grands principes de l’urbanisme moderne de Le Corbusier reposaient sur le zonage de quatre fonctions : habiter, travailler, se récréer, circuler : « Le zonage, en tenant compte des fonctions mettra de l’ordre dans le territoire urbain. »

Le noyau initial de l’urbanisme, pour Le Corbusier est l’habitation qui prime tous les autres et doit être « prolongé au-dehors par diverses installations communautaires », par des services communs destinés à réaliser dans l’aisance le ravitaillement. Ainsi, Le Corbusier n’estimait pas nécessaire d’isoler l’activité commerciale dans une zone particulière lui étant dédiée, comme pour l’industrie, et suggérait plutôt de les intégrer dans les immeubles mêmes.

L’artisanat, bien avant le commerce, est évoqué dans la Charte d’Athènes au chapitre 49, Le Corbusier assigne à cette « excitation créatrice », dans la concentration intellectuelle de la ville, une place située aux « points les plus intenses de la ville ». Le commerce, c’est-à-dire l’approvisionnement, une des principales activités quotidiennes de l’Homme est introduit au chapitre 88.

La cité Radieuse à Marseille, réalisée entre 1945 et 1952, qui comprend 337 duplex offre à ses résidents, une galerie publique au 3e étage, où sont implantés des petites boutiques, des équipements, et un hôtel [initialement des chambres d'hôte gérées par la collectivité] disposant d’un bar-restaurant.
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Histoire de l’urbanisme commercial en France (Partie 1)

Fleurons de l’industrie française, les groupes de la grande distribution ont pu bénéficier, et bénéficient encore aujourd’hui, de la bienveillance de l’État, malgré des lois restrictives (notamment en matière d’urbanisme et d’environnement): il en aurait pu être autrement pour expliquer un constat jugé “alarmant” par… l’Autorité de la concurrence.

Goulet Turpin, le premier libre service de France 6 juillet 1948

En France, 62 % du chiffre d’affaires du commerce se réalisent en périphérie, contre 25 % en centre-ville et 13 % dans les quartiers. Dans les cas extrêmes, la périphérie capte jusqu’à 80 % du marché [Source AdCF, 2012]. Le commerce périphérique étant, bien sûr, constitué quasi exclusivement, de parcs ou zones commerciales, de centres commerciaux, et d’hypermarchés. L’Allemagne présente une configuration qu’il est inutile de qualifier d’équilibrée : 33 % en périphérie, 33 % en centre-ville, 33 % dans les quartiers.

A Paris, l’on observe l’inquiétante domination des deux principaux groupes de la grande distribution, Casino et Carrefour ayant accaparé 80 % de la surface de distribution (70 % du marché), dont 62 % par les enseignes Casino (Monoprix, Franprix, Casino, etc.). Des cas identiques se produisent dans certaines villes de province.

La périphérie “saturée” (à 62 %) d’hypermarchés et de centres commerciaux, n’intéresse plus autant qu’auparavant les groupes de la grande distribution : à présent, il s’agit de s’attaquer aux centres-villes.
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(13.11.2009)

► Les Français contre le grand emprunt ne plébiscitent pas la politique économique du gouvernement

Une majorité de Français refuse de soutenir le grand emprunt voulu par le président Nicolas Sarkozy. Selon le baromètre mensuel BVA-Absoluce-Les Echos-France Info sur la politique économique du gouvernement, 54 % des sondés déclarent ne pas soutenir l’initiative du chef de l’Etat de lancer début 2010 un grand emprunt pour financer les “investissements d’avenir” de la France. Les Français considèrent à 63 % que la politique économique menée par le gouvernement est “mauvaise”, soit autant qu’en octobre. Le Monde

► En grande surface, les produits bio coûtent 72% plus cher

Manger bio est un luxe à en croire les résultats d’une enquête menée par le magazine spécialisé «Linéaires». Et près d’un produit sur trois «dépasse les 90% de différentiel». Des résultats étonnants et contraires à un discours officiel avançant un prix supérieur de 20 à 30%. Le magazine a comparé les prix de plus de 600 «produits conventionnels et bio strictement comparables en termes de marque, de recette, et de format/conditionnement» dans quatre enseignes, Leclerc, Carrefour, Intermarché et Géant Casino parmi, «les plus impliquées dans la vente de bio», notamment via leur offre de produits de marques de distributeurs. Par catégories de produit, la charcuterie et le traiteur bio coûtent 95% de plus, les fruits et légumes 90%, l’épicerie sucrée 74%, l’épicerie salée 73% et la crémerie 57%. La différence de prix s’explique de plusieurs manières: «les enseignes positionnent l’offre bio en se demandant quel prix le client est prêt à payer. Et en l’occurrence le bio touche une clientèle urbaine, âgée et aisée, qui n’est pas très regardante sur les étiquettesLe Parisien

► Recul de 21% du bénéfice de Crédit Agricole SA

Le véhicule coté du groupe Crédit agricole, premier réseau bancaire français, a fait état d’un bénéfice net de 289 millions d’euros pour le trimestre clos au 30 septembre, en baisse de près de 21% par rapport au troisième trimestre 2008. Reuters

► Le marché des billets d’avions reste déprimé

Le nombre de billets d’avion émis par les agences de voyages en France a reculé de 4,5% en octobre par rapport au même mois en 2008 et de 6,8% sur les dix premiers mois de l’année, a annoncé le Syndicat national des agences de voyages (Snav). You Vox

Michel-Edouard Leclerc : « La crise est devant nous »

Le 26 octobre 2009, Michel-Edouard Leclerc répondait aux questions de Stéphane Soumier dans Good Morning Business (sur BFM Radio). Le président des centres Leclerc est revenu sur la crise, les changements de mode de consommation et sur le pouvoir d’achat des Français.

Stéphane Soumier : est-ce que la crise est derrière nous ?

Non, elle est devant nous. Je ne cherche pas à jouer les pessimistes ou les Cassandre, mais il faut savoir que la crise n’a pas été payée. Il y a eu une bulle financière qui a explosé. Il y a 5000 milliards de dollars qui ont cramé quelque part dans le monde. Cela a été soutenu par les États, par des fonds d’investissement, mais maintenant personne n’en a encore payé le prix. Il faut bien se le dire. La crise financière va maintenant toucher l’économie réelle. Lire la suite