LEAP-GEAB : L’économie globale aspirée dans un trou noir…

…et la géopolitique mondiale chauffée à blanc.

GEAB N°67 (Septembre 2012)

Comme anticipé par LEAP/E2020 depuis la fin 2011, cette fin d’été 2012 marque le début du renouveau pour l’Euroland avec l’émergence d’une dynamique positive nourrie par deux phénomènes durables : d’une part, la mise en place opérationnelle progressive des instruments âprement discutés et décidés au cours des 18 derniers mois ; et d’autre part, l’étincelle visionnaire apportée par les changements politiques de ces derniers six mois qui ont replacé l’avenir de l’Euroland à moyen/long terme au cœur du processus décisionnel.

L’évolution de l’Euro ces dernières semaines offre une parfaite illustration du phénomène (1). Cela étant dit, l’Europe va être en récession pour les 6 à 12 mois à venir. Comme quoi la seule bonne nouvelle que nous annoncions dans le GEAB N°66 du mois de Juin 2012 est loin d’être miraculeuse. D’une certaine manière, c’est même le contraire, puisqu’il n’est désormais plus possible de cacher derrière le prétexte de la « crise de l’Euro ou de la Grèce » l’état tragique de l’économie mondiale.

Plus l’Euroland va avancer sur un chemin constructif, plus va se révéler le caractère « Potemkinien » (2) de la « santé » des économies US, chinoise, japonaise, brésilienne, …. L’arbre ne cachera plus la forêt, à savoir que toutes les grandes économies mondiales entrent simultanément en récession ou en croissance ralentie, entraînant la planète socio-économique et financière dans un trou noir.

Parallèlement l’été 2012 aura marqué une accélération majeure de la dislocation géopolitique mondiale avec un conflit syrien qui devient chaque jour plus dangereux pour le Moyen-Orient et le monde (3), une tension israélo-iranienne prête à exploser à tout moment et un test généralisé de la puissance US déclinante – de la Mer de Chine à l’Amérique latine en passant par l’ensemble du monde musulman. Le monde stratégico-militaire est chauffé à blanc comme l’illustre d’ailleurs la reprise massive des ventes d’armes au niveau mondial, avec les États-Unis fournissant 85% du total (4).

Évolution des ventes d’armes dans le monde et de la part des principaux exportateurs (2010-2011) – Source : New York Times, 08/2012

Pour ces raisons, LEAP/E2020 maintient son Alerte Rouge de Juin 2012 et estime que, d’ici la fin Octobre 2012, l’économie globale va être aspirée dans un trou noir sur fond de géopolitique mondiale chauffée à blanc. Autant dire que les semaines à venir vont, selon notre équipe, emporter la planète dans un ouragan de crises et de conflits sans précédent.
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Achetez du yuan, vendez le dollar

Par Myret Zaki

«Fin 2013, le dollar aura perdu son statut de devise dominante des transactions commerciales»

Depuis la sortie de “La fin du dollar” en avril 2011, les événements se sont précipités. L’utilisation du dollar dans le commerce mondial baisse brutalement. La part du dollar dans les échanges mondiaux, indicateur plus fiable et plus dynamique que celui de la part du billet vert dans les réserves des banques centrales, se réduit à toute vitesse au profit des monnaies des BRIC (Chine, Brésil, Inde, Russie, Afrique du Sud). «Dès la fin 2013, le dollar aura perdu son statut de devise dominante des transactions commerciales internationales et, au plus tard en 2016, le commerce mondial s’organisera de manière équilibrée autour des trois devises que sont le dollar (qui ne représentera plus que 35-40% des transactions mondiales), l’euro (30-35%) et le yuan (10%)», prédit une analyse récente du Laboratoire européen d’anticipation politique (LEAP). A l’heure actuelle, environ 50% des exportations mondiales sont libellées en dollars, 30% en euros et le reste principalement en yens.

LES BRIC SE PASSENT DU DOLLAR

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LEAP – Euroland 2012-2016 : Pérennisation d’une nouvelle puissance globale sous condition de démocratisation

Comme anticipé par l’équipe de LEAP/E2020, la peur largement entretenue par la City de Londres et Wall Street d’un éclatement de la zone Euro à l’occasion de la crise de la dette grecque s’est avérée infondée. L’Euroland sort très renforcé de cet épisode violemment conflictuel avec ses « alliés naturels ».

Selon notre équipe, 2012 va donc marquer le point de départ de la pérennisation d’une nouvelle puissance globale, l’Euroland. Cette évolution reste néanmoins conditionné à la question de sa démocratisation comme nous l’analysons dans ce GEAB N°62, à travers les trois séquences de l’évolution de l’Euroland 2012-2016. Ces cinq années vont conduire les Européens a influencer profondément un rééquilibrage géopolitique mondial tandis qu’en interne une phase radicalement nouvelle de l’intégration européenne s’ouvre dans les mois à venir. Par ailleurs, ce numéro du GEAB anticipe l’évolution du Dollar US comme devise dominante des transactions commerciales mondiales.

Les années 2012 et 2013 vont en effet apporter de grands bouleversements dans ce domaine affectant directement le commerce global comme la puissance respective des devises concernées. (…)

Comme annoncé précédemment, LEAP/E2020 présente dans ce GEAB N°62 ses anticipations pour l’Europe sur la période 2012-2016. Dans le contexte de crise systémique globale, pour les européens, deux tendances stratégiques vont marquer ces cinq années : d’une part la pérennisation de l’Euroland comme nouvelle puissance globale à part entière (1) ; et d’autre part, l’impératif absolu pour les élites européennes de lever l’hypothèque démocratique qui pèse désormais lourdement sur le processus d’intégration européenne.

Notre équipe analyse dans ce GEAB N°62 pourquoi à partir de la seconde moitié de 2012, les conditions seront optimales pour que l’Euroland puisse assumer pleinement ces deux tendances (2). Les défis économiques, financiers, stratégiques et politiques restent bien entendu nombreux pour les Européens ; mais, avec l’entrée de la crise systémique globale dans sa phase de recomposition des équilibres géopolitiques mondiaux, avec l’Euroland, ils disposent d’un « nouveau souverain » capable d’influencer positivement les processus en cours (3).

Cette capacité reste bien entendu conditionnée à la légitimation démocratique de l’ensemble de la gouvernance de l’Euroland. De 2012 à 2016, trois séquences majeures vont caractériser la pérennisation de l’Euroland comme souverain à part entière et la levée de l’hypothèque démocratique.
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LEAP – 2ème semestre 2011 : explosion de la bulle des dettes publiques occidentales

Communiqué public du Laboratoire Européen d’Anticipation Politique (LEAP), du 15 décembre 2010

Le second semestre 2011 marquera le moment où l’ensemble des opérateurs financiers de la planète va finalement comprendre que l’Occident ne remboursera pas une partie importante des prêts réalisés au cours des deux dernières décennies.

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Ouvrages des « trouveurs de crise » du LEAP

Les chercheurs du Laboratoire européen d’Anticipation Politique (LEAP) publient des ouvrages exposant leurs anticipations et leurs méthodes d’analyse. La simple lecture des résumés reproduits ci-après ouvre des perspectives au lecteur fatigué de la pensée unique.

En fondant les éditions Anticipolis, nous faisons un double pari :

  • Créer une maison d’édition réellement européenne de par sa volonté de publier des ouvrages qui s’adressent directement à un public européen et qui sont donc dès l’origine conçus pour être publiés en au moins trois ou quatre langues.
  • Offrir au public européen des ouvrages qui tentent de décrypter l’avenir, en particulier l’avenir commun de notre continent, afin d’aider citoyens et dirigeants à mieux définir leur choix, leurs objectifs, leurs espoirs.

Les expressions littéraires que retiendra Anticipolis seront multiples, car l’Europe est diverse et l’avenir multiforme. Mais, elles auront en commun d’exprimer une conviction qui est au cœur de notre démarche. « Désormais l’avenir détermine le présent » comme le proclame notre devise. En effet, notre rapport à l’avenir s’est fondamentalement modifié en l’espace d’une cinquantaine d’années.

Notre époque est probablement la première qui souligne cette réalité : l’avenir influe désormais autant que le passé sur le présent de nos sociétés. En effet, jusqu’au milieu du XXe siècle, l’Humanité a essentiellement déterminé son action présente en fonction des habitudes, des traditions, des actions passées. Mais depuis quelques décennies, c’est notre anticipation des prochains modèles en préparation ou des exigences en matière de norme ou d’évolution du climat qui détermine nos choix. C’est dorénavant demain qui nous dicte aujourd’hui.

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LEAP – 1er trimestre 2011 : franchissement du seuil critique de la dislocation géopolitique mondiale

Communiqué public du Laboratoire Européen d’Anticipation Politique (LEAP), du 15 novembre 2010

Comme l’avait anticipé le LEAP dans sa lettre ouverte aux leaders du G20 publiée dans l’édition mondiale du Financial Times le 24 Mars 2009, à la veille du sommet de Londres, la question d’une réforme fondamentale du système monétaire international est bien au cœur de toute tentative de maîtrise de la crise actuelle.

Mais hélas, ainsi que vient de le démontrer à nouveau l’échec du sommet du G20 de Séoul, la fenêtre d’opportunité pour réussir pacifiquement une telle réforme s’est bien refermée après l’été 2009 et elle ne se rouvrira plus avant 2012/2013 (1).

Le monde est en effet bien engagé dans la phase de dislocation géopolitique mondiale dont nous avions annoncé le début pour la fin 2009 et qui se traduit, moins d’un an plus tard, par la multiplication rapide des mouvements, des difficultés économiques, des défaillances budgétaires, des conflits monétaires… prémices de chocs géopolitiques majeurs.

Avec le sommet du G20 de Séoul, qui marque la prise de conscience planétaire de la fin de la domination américaine sur l’agenda international et de son remplacement par un « chacun pour soi » généralisé, une nouvelle étape de la crise vient de s’ouvrir qui incite l’équipe du LEAP à lancer une nouvelle alerte.

En effet, le monde est en train de franchir un seuil critique de la phase de dislocation géopolitique globale. Comme tout franchissement de seuil critique dans un système complexe, cela va générer dès le premier trimestre 2011 un cortège de phénomènes non-linéaires, c’est-à-dire, d’évolutions échappant aux « règles habituelles » et aux « projections traditionnelles » tant en terme économiques que monétaires, financiers, sociaux et politiques.

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Que crève le système

Par Boreas
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Dans le contexte actuel de dé-mondialisation, on a pu lire récemment sur le blog de Paul Jorion, parlant de la divergence désormais avérée des grandes puissances économiques dans leur quête désespérée d’une illusoire reprise : « l’affirmation renforcée d’une politique du chacun pour soi (…) ne fera qu’accentuer la crise ».

C’est exactement ce que dit le LEAP (Laboratoire Européen d’Anticipation Politique) depuis l’an dernier, même si, au plan chronologique, ses prévisions se sont avérées à trop court terme : « d’ici la fin de l’été 2009. Sur fond de cessation de paiement des Etats-Unis s’ouvrira alors la période à partir de laquelle le « chacun pour soi » deviendra la règle du jeu international ».

Or, en effet, même dans le « chacun pour soi », ne gît aucune solution de continuité pour le système.

Parce qu’aucun des prétendus remèdes n’est viable (la planche à billets aux Etats-Unis et au Japon, les politiques d’austérité de droite – réduction des dépenses publiques – comme de gauche – augmentation des recettes publiques – en Europe).

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LEAP : 2010-2014, plongée dans la phase de dislocation géopolitique mondiale

Communiqué public du Laboratoire Européen d’Anticipation Politique (LEAP), du 15 octobre 2010

(…) notre équipe présente la mise à jour annuelle des « risques-pays » face à la crise. Fondée sur une analyse intégrant cette année onze critères, cet outil d’aide à la décision a déjà fait preuve de sa pertinence en anticipant fidèlement les évolutions des douze mois passés.

L’identification, début 2009, d’une nouvelle phase de la crise (la phase de dislocation géopolitique mondiale) avait imposé de prendre en compte de nouveaux paramètres (neuf indicateurs avaient été retenus en 2009) pour intégrer efficacement les tendances qui refaçonnent le système global (1). En cette fin 2010, [le] LEAP estime désormais que les différents pays de la planète sont entraînés dans une plongée collective au sein de cette phase de dislocation géopolitique aux aspects socio-économiques et stratégiques (2).

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Crise économique ou crise du sens ?

Un entretien avec Michel Drac

En 2009, dans « Crise ou coup d’état ? », vous analysiez les aspects purement macro-économiques de la Deuxième Grande Dépression. Cette année, dans « Crise économique ou crise du sens ? », vous écrivez : « Il est temps de nous éloigner de l’économie-monde, pour nous demander si l’économie peut constituer un monde ». Pouvez-vous, dans un premier temps, nous présenter la structure de votre livre ?

Dans « Crise ou coup d’Etat ? », j’ai tenté de montrer que la « bulle de l’endettement » est une stratégie des milieux dirigeants pour gérer le recul de leur domination dans le monde. Il s’agit de gagner la guerre de classes en Occident, alors que sur le plan géostratégique, les milieux dirigeants occidentaux sont confrontés à la montée en puissance d’une Asie rivale. Les classes dirigeantes veulent un modèle dual, afin que l’oligarchie survive au monde qu’elle gérait.

Dans « Crise économique ou crise du sens ? », j’ai voulu comprendre pourquoi notre classe dirigeante avait fait ce choix. Dire que notre classe dirigeante est formée d’irresponsables égotiques préoccupés de leurs intérêts de caste, c’est décrire la surface des choses ; la vraie question, c’est : pourquoi cette classe dirigeante pense-t-elle comme elle pense ?

Je propose d’articuler la réponse autour de la notion de crise du sens. Notre système est en lui-même une crise. La crise est devenue l’essence de notre système, parce qu’il n’est plus consacré qu’à sa propre reconduction. Il n’y a plus de sens à l’action de nos dirigeants, en dehors du maintien de leur position. J’emploie, pour décrire cette situation, des analogies avec, en particulier, la situation de l’Union Soviétique sous Brejnev, ou encore la paraphrénie qui a saisi, à l’échelle micro-économique, la direction d’Enron, progressivement, dans le courant des années 1990. Tout l’Occident est, désormais, un Enron géant.

La crise des subprimes dissimulerait en réalité une implosion spirituelle. Quels éléments vous ont amené à dépasser le cadre de la réflexion macro-économique ?

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Vers la très grande panne du système économique et financier mondial

Comme anticipé par LEAP/E2020 en Février dernier dans le GEAB N°42, le second semestre 2010 est bien caractérisé par une aggravation brutale de la crise marquée par la fin de l’illusion de reprise entretenue par les dirigeants occidentaux (1) et les milliers de milliards engloutis par les banques et des plans de « stimulation » économiques sans efficacité durable.

James Ensor, "L'Ange Exterminateur", 1889

Les prochains mois vont dévoiler une réalité simple mais particulièrement douloureuse : l’économie occidentale, et en particulier celle des États-Unis (2), n’est jamais vraiment sortie de récession (3). Les sursauts statistiques enregistrés depuis l’été 2009 n’ont été que les conséquences passagères d’une injection massive de liquidités dans un système fondamentalement devenu insolvable à l’image du consommateur américain (4). Au cœur de la crise systémique globale depuis son origine, les États-Unis vont donc démontrer dans les prochains mois qu’ils sont à nouveau en train d’entraîner l’économie et la finance mondiales au « cœur des ténèbres » (5) car ils ne parviennent pas à sortir de cette « Très Grande Dépression US » (6). Ainsi, à l’issue des soubresauts politiques des élections américaines de Novembre prochain, sur fond de taux de croissance redevenus négatifs, le monde va devoir affronter la « Très Grande Panne » du système économique et financier mondial fondé depuis plus de 60 ans sur l’absolue nécessité pour l’économie américaine de ne jamais se trouver durablement en récession. Or, la première moitié de 2011 va imposer à l’économie américaine une cure d’austérité sans précédent plongeant la planète dans un nouveau chaos financier, monétaire, économique et social (7).
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Sortie de crise : le retour du baratin

C’est en tout cas l’avis du GEAB (Global Europe Anticipation Bulletin), une publication d’experts européens qui ne se payent pas de mots : pour eux, les indices souriants publiés un peu partout depuis cet été tiennent de la poudre de perlimpimpin. En réalité, expliquent-ils, on ne prend pas le problème par le bon bout, celui de la monnaie et de l’appauvrissement des classes moyennes.

Wishfool thinking! L’autopersuasion au poste de commande. Le G20 nous a été vendu comme un formidable succès mettant fin aux bonus et aux paradis fiscaux. On sait ce qu’il faut en penser.

1°) Les bonnes nouvelles économiques ne proviennent que du soutien financier des États.

2°) Rien n’est entrepris pour modifier le système monétaire qui est au cœur de la crise systémique actuelle..

3°) Les indicateurs utilisés par les dirigeants du monde sont de plus en plus disjoints de la réalité économique.

4°) Il faut donc se focaliser sur des indices qui traduisent la réalité économique.

5°) Pour finir, concluent les experts du GEAB, la seule reprise prévisible est celle des hausses d’impôts.

Bref, tout se passe comme si les bons indices, les bonnes nouvelles, la reprise boursière brouillaient notre lucidité et détournaient notre regard de ce qui se prépare : une formidable rechute débouchant sur une situation économique chaotique qui, selon le GEAB, durera près de dix ans.

Un conseil donc, aux économistes (Jean-Marc Sylvestre, Dominique Seux, Martial You et les autres) : lisez cette note, et posez les bonnes questions aux ministres qui multiplient les séances d’auto-congratulation, à l’instar de Christine Lagarde hier sur RTL.

Marianne2

(Merci à Monsieur X)

LEAP : les quatre points individuels de défaillance du système mondial au second semestre 2010

Communiqué public du Laboratoire Européen d’Anticipation Politique (LEAP), 15 juin 2010

Caspar David Friedrich, Entrée de cimetière (1825)

L’actualité confirme chaque jour combien la crise systémique globale est désormais entrée dans sa phase de dislocation géopolitique mondiale, même si les médias ne commencent que timidement à interpréter les bouleversements historiques qui se déroulent sous nos yeux. Lire la suite

LEAP : la dislocation géopolitique mondiale accélère son rythme

Communiqué public du Laboratoire Européen d’Anticipation Politique (LEAP), 15 mai 2010

Comme anticipé par le LEAP – Europe 2020 en décembre 2009 et février 2010, le printemps 2010 marque bien un point d’inflexion de la crise systémique globale, caractérisé par son aggravation brutale du fait de l’ampleur insoutenable des déficits publics (voir novembre 2009) et de l’inexistence de la reprise tant annoncée (voir septembre 2009).

Les dramatiques conséquences sociales et politiques de ces évolutions reflètent par ailleurs bien le début du processus de dislocation géopolitique mondiale, comme anticipé en février 2009.

Enfin, les récentes décisions prises par les dirigeants de la zone Euro confirment les anticipations du LEAP, inverses du discours dominant de ces derniers mois, sur le fait que non seulement l’Euro n’«exploserait pas» à cause du problème grec, mais qu’au contraire la zone Euro sortirait renforcée de cette étape de la crise (1).

On peut même estimer que depuis la décision de la zone Euro, sorte de « coup d’Etat de l’Eurozone » soutenu par la Suède et la Pologne, de créer ce vaste dispositif de protection des intérêts de 26 Etats membres de l’UE (2), la donne géopolitique en Europe a radicalement changé. Parce qu’elle va à l’encontre des préjugés qui façonnent leur vision du monde, il va bien entendu falloir quelques mois à la plupart des médias et opérateurs, pour se rendre compte que, derrière l’apparence d’une décision budgétaro-financière purement européenne, il s’agit d’une rupture géopolitique à l’impact mondial.

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«La Grèce est victime d’une guerre menée par les Anglo-Saxons»

Evidemment, tous les pessimistes finissent un jour par avoir raison : une catastrophe survient qui fait triompher leur mauvais augure. Mais Franck Biancheri a annoncé la crise déclenchée par les subprimes plus de deux ans avant qu’elle n’arrive, les désordres sociaux qui en sont nés (manifestations telles qu’on en voit en Grèce, Bossnapping [séquestration de patrons]) plusieurs mois avant qu’ils ne se réalisent.

Ambrose Evans-Pritchard, dans le «Daily Telegraph» du 13 décembre 2009

On accorde donc de plus en plus de crédit à ses analyses, et on le taxe de moins en moins de paranoïa. Aujourd’hui, son LEAP (Laboratoire européen d’anticipation politique) met en garde contre les bombes à retardement que sont l’Angleterre et les USA.

La Grèce est au plus mal et vous, vous vous focalisez sur le Royaume-Uni…

La Grèce ne pouvait plus continuer ainsi, c’est évident, et ce qui lui arrive maintenant sera à terme salutaire pour le pays. Mais tout le monde le savait depuis longtemps, et ses chiffres ne sont pas si désastreux. Il faut donc se demander «pourquoi maintenant» ? Tout a, en fait, commencé par une série d’articles en début d’année, publiée dans le Financial Times, la voix de la City, qui soulignait les problèmes du pays, laminait et laminait en parlant du danger que représentait sa situation économique. Il y a eu un travail de sape de longue haleine, qui a évidemment poussé les autres médias à couvrir ce thème. La crise de la Grèce est avant tout née d’une guerre psychologique : c’est une crise de confiance, une prophétie auto-accomplie.

Pourquoi le Royaume-Uni s’amuserait-il à faire cela ?

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LEAP : les finances des USA et du Royaume-Uni en grand danger dès 2010

Communiqué public du Laboratoire Européen d’Anticipation Politique (LEAP), 15 avril 2010

Comme l’avait anticipé le LEAP – Europe 2020, il y a déjà plusieurs mois, et contrairement à ce qu’ont raconté la plupart des médias et des « experts » au cours des dernières semaines, la Grèce a bien l’Eurozone pour lui apporter soutien et crédibilité (notamment en matière de future bonne gestion, seule garante d’une sortie du cycle infernal des déficits publics croissants) (1). Il n’y aura donc pas de cessation de paiement grecque, même si l’agitation autour de la situation grecque est bien l’indicateur d’une prise de conscience croissante que l’argent est de plus en plus difficile à trouver pour financer l’immense endettement public occidental : un processus désormais « insoutenable », comme le souligne un récent rapport de la Banque des Règlements Internationaux.

Le bruit fait autour de la Grèce par les médias, anglais et américains en particulier, aura tenté de cacher à la plupart des acteurs économiques, financiers et politiques, le fait que le problème grec n’était pas le signe d’une prochaine crise de la zone Euro (2) mais, en fait, un indice avancé du prochain grand choc de la crise systémique globale, à savoir la collision entre, d’une part, la virtualité des économies britannique et américaine fondées sur un endettement public et privé insoutenable et, d’autre part, le double mur de la maturité des emprunts venant à échéance à partir de 2011, cumulée à la pénurie globale de fonds disponibles pour se refinancer à bon marché.

Comme nous l’avons expliqué dès Février 2006, lors de notre anticipation sur son imminence, il ne faut pas oublier que la crise actuelle trouve son origine dans l’effondrement de l’ordre mondial créé après 1945, dont les Etats-Unis ont été le pilier, secondé par le Royaume-Uni.

Aussi, pour comprendre la portée réelle des évènements générés par la crise (comme le cas grec par exemple), il convient de rapporter leur signification aux faiblesses structurelles qui caractérisent le cœur du système mondial en pleine déliquescence : ainsi, pour notre équipe, le « doigt grec » ne montre pas tant l’Eurozone que les dangers explosifs des besoins exponentiels de financement du Royaume-Uni et des Etats-Unis (3).

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LEAP : les cinq séquences de la phase de dislocation géopolitique globale

Communiqué public du Laboratoire Européen d’Anticipation Politique (LEAP), du 15 mars 2010

En cette fin de premier trimestre 2010, au moment où sur les fronts monétaires, financiers, commerciaux et stratégiques, les signes de confrontations se multiplient au niveau international, tandis que la violence du choc social de la crise se confirme au sein des grands pays et ensembles régionaux, le LEAP/Europe2020 est en mesure de fournir un premier séquençage anticipatif du déroulement de cette phase de dislocation géopolitique mondiale.

Hercule capturant Cerbère, par Hans Sebald Beham, 1545 - Cliquez sur l'image pour l'agrandir

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Selon le LEAP, au second trimestre 2010, la crise s’aggravera brutalement

Communiqué public du Laboratoire Européen d’Anticipation Politique (LEAP), du 15 février 2010

Pour le LEAP/Europe2020, l’effet des milliers de milliards dépensés par les Etats pour « traverser la crise » aura fait long feu. Ces sommes immenses auront permis de ralentir, pendant quelques mois, l’évolution de la crise systémique globale ; mais, comme anticipé dans les [numéros] précédents, cette stratégie n’aura servi, in fine, qu’à entraîner définitivement les Etats dans la crise générée par les institutions financières.

Francisco de Goya, Le naufrage (1793)

Notre équipe anticipe donc dans ce [numéro] une aggravation brutale de la crise pour le second trimestre 2010, générée par un double effet de rattrapage des phénomènes qui ont été provisoirement « gelés » au deuxième semestre 2009 et d’impossibilité de maintenir les mesures palliatives de l’année passée.

D’ailleurs, en ce mois de février 2010, un an après notre annonce que la fin de l’année 2009 allait marquer le début de la phase de dislocation géopolitique mondiale, chacun peut constater qu’un tel processus est bien en cours : Etats au bord de la cessation de paiement, montée inexorable du chômage, chute de millions de personnes hors des filets de protection sociale, baisses de salaires, suppressions de services publics, désagrégation du système de gouvernance globale (échec du sommet de Copenhague, confrontation croissante Chine/USA, retour du risque de conflit Iran/Israël/USA, guerre monétaire globale, etc.) (1). Pourtant, nous ne sommes qu’au tout début de cette phase, dont le LEAP/E2020 fournira un calendrier anticipatif dans le prochain numéro.

L’aggravation brutale de la crise systémique globale va ainsi être caractérisée par une accélération et/ou un renforcement de cinq tendances négatives fondamentales :

. l’explosion de la bulle des déficits publics et la montée corollaire des cessations de paiement d’Etats,
. la collision fatale du système bancaire occidental avec la montée des défauts de paiement et le mur des dettes arrivant à maturité,
. l’inéluctable remontée des taux d’intérêts,
. la multiplication des sujets de tension internationale,
. l’insécurité sociale croissante.

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Paul Krugman, Prix Nobel d’économie : “les économistes se sont égarés” (redif.)

Icône d’une certaine gauche américaine, le Prix Nobel d’économie 2008, qui n’a pourtant pas vu venir la crise, tombe à bras raccourcis sur sa profession, qu’il juge, a posteriori, déconnectée du réel. Morceaux choisis.

“Bien que cela soit difficile à croire aujourd’hui, hier encore les économistes se félicitaient des succès de leur discipline. Ces succès – du moins le pensaient-ils – à la fois théoriques et pratiques, conduisaient la profession vers un âge d’or.

Ainsi, dans un document publié en 2008 intitulé « La situation de la macro » (c’est à dire de la macroéconomie, l’étude des grands problèmes tels les récessions), Olivier Blanchard, du MIT et aujourd’hui économiste en chef du Fonds Monétaire International, écrivait que « la situation de la macro est satisfaisante ». Les batailles d’antan sont terminées, notait-il, et une « large convergence des points de vue » s’est opérée.

En ce qui concerne le monde réel, les économistes pensaient avoir la situation sous contrôle : le « problème central de la dépression – celui de sa prévention – a été résolu », déclarait Robert Lucas, de l’Université de Chicago en 2003, à l’occasion d’un discours devant l’Association Américaine d’Economie. En 2004, Ben Bernanke, l’ancien professeur de Princeton aujourd’hui président de la Federal Reserve, célébrait la « Grande Modération » – les performances économiques au cours des deux dernières décennies – qu’il attribuait en partie aux progrès de la politique économique.

L’an dernier, tout s’est effondré. Lire la suite

Selon le LEAP, au printemps 2010, les finances publiques deviendront ingérables

Printemps 2010 – Nouveau point d’inflexion de la crise systémique globale : quand le nœud coulant des déficits publics va étrangler les Etats et les systèmes sociaux occidentaux.

Selon le LEAP/E2020 (Laboratoire Européen d’Anticipation Politique), la crise systémique globale va connaître un nouveau point d’inflexion à partir du printemps 2010.

En effet, à cette date, les finances publiques des principaux pays occidentaux vont devenir ingérables parce qu’il deviendra simultanément évident que de nouvelles mesures de soutien à l’économie s’imposent au vu de l’échec des différents stimulus de 2009 (1) et que l’ampleur des déficits budgétaires interdit tout nouvelle dépense significative.

Si ce « nœud coulant » des déficits publics que les gouvernements se sont volontairement passé autour du cou en 2009, en refusant de faire assumer au système financier le prix de ses fautes (2), va peser lourdement sur l’ensemble des dépenses publiques, il va tout particulièrement affecter les systèmes sociaux des pays riches en appauvrissant toujours plus la classe moyenne et les retraités, tout en laissant les plus défavorisés à la dérive (3).

Parallèlement, le contexte de cessation de paiement d’un nombre croissant d’Etats et de collectivités locales (régions, provinces, états fédérés) va entraîner un double phénomène paradoxal de remontée des taux d’intérêts et de fuite hors des devises en direction de l’or.

Devant l’absence d’une alternative organisée à un Dollar US toujours plus faible et afin de trouver une alternative à la perte de valeurs des bons du trésor (en particulier américains), les banques centrales du monde entier devront en partie se « reconvertir à l’or », le vieil ennemi de la Réserve fédérale US, sans pouvoir encore le déclarer officiellement.

Le pari de la reprise ayant désormais été bel et bien perdu par les gouvernements et les banques centrales (4), ce point d’inflexion du printemps 2010 va ainsi représenter le début du transfert massif des 20.000 milliards de dollars d’ « actifs fantômes » (5) vers les systèmes sociaux des pays qui les ont accumulés. Lire la suite

La crise pourrait dégénérer en guerre civile (Archives)

Lu dans le quotidien suisse Le Matin :

2010, 2013 ou 2015, quand finira la crise? Les instituts de conjoncture font ce qu’ils peuvent pour prévoir la date de la reprise – malheureusement, en ce moment, ils revoient leurs projections à la baisse. Le plus pessimiste prévoit en plus une aggravation des conflits sociaux et politiques. Les pays à faible couverture sociale comme les Etats-Unis risqueraient même la dislocation.

(…) Que s’est-il passé en si peu de temps? Bruno Parnisari, chef du secteur Conjoncture à la Direction de la politique économique du SECO, ne cache pas avoir été surpris de voir «avec quelle vitesse tous les indicateurs ont plongé entre l’automne 2008 et le printemps 2009, et comment ce que l’on pensait être des phénomènes isolés – la bulle immobilière aux USA ou les problèmes de certaines banques comme Lehman Brothers – ont créé un effet domino. Aujourd’hui, il faut se rendre à l’évidence : la crise est systémique. On est très largement en dehors des variations normales – un peu comme un médecin qui voit arriver un patient grippé avec une température de 45».

C’est précisément ce que clame depuis un certain temps le Leap, qui s’est projeté au-delà et qui met en garde : si la crise économique dure trop longtemps et frappe des pays qui ont peu de protection sociale pour aider les plus démunis, on peut craindre des tensions sociales et politiques… voire des conflits armés. «En Europe, on n’en arrivera certainement pas à cette extrémité, en tout cas dans les pays qui ont les moyens de financer durant trois ans les assurances sociales – on risque par contre de voir des manifestations et des pressions politiques, mais certainement pas de violence systématisée», explique Franck Biancheri.

Aux USA par contre, le LEAP n’exclut pas cette éventualité. Le pays compte déjà 8% de chômeurs, et voit ce pourcentage grossir de jour en jour: «Ils ont généralement perdu à la fois leur job, leur assurance-maladie, leur maison, et leur retraite, investie en actions. Et ils savent que l’Etat ne les aidera pas». De quoi rendre un peu nerveux en effet, ce qui n’est jamais bon dans un pays où les armes sont en libre-service. Plus fondamentalement, Franck Biancheri craint une «dislocation» du pays : basée sur la prospérité, la cohésion nationale, vieille d’un peu plus d’une centaine d’années seulement, pourrait éclater, certains Etats se rebellant – sur le plan fiscal par exemple – contre Washington et se lançant dans la sécession.

Un scénario catastrophe? Des experts reprochent au Leap une petite tendance à la paranoïa – disant en substance que si leur hypothèse n’est pas impossible, elle est peu probable. Ce à quoi Franck Biancheri a beau jeu de répondre que c’est aussi ce qu’on lui disait en 2006 quand il annonçait une crise systémique pour 2008… (Le Matin)

(Merci à Boreas)

(FDS)