Les robots-abeilles

Par Robert Wood (professeur d’ingénierie et de sciences appliquées à l’Université Harvard (États-Unis), où il est membre de l’Institut Wyss d’ingénierie bio-inspirée),  Radhika Nagpal (professeur d’informatique à l’Université Harvard et membre de l’Institut Wyss) et Gu-Yeon Wei  (professeur de génie électrique et d’informatique à l’Université Harvard).

En 2009, l’Université d’Harvard et la Northeastern University ont commencé à étudier la robotisation des abeilles, afin de créer une colonie de robots-abeilles, ou RoboBees, capable de remplacer ou d’aider les abeilles vivantes. Cela pourrait être une des solutions au cas où le monde des abeilles venait à disparaître.

Le robot-abeille est ici agrandi. Sa largeur réelle (ailes non comprises) est celle d’un doigt

Il n’y a pas si longtemps, un mal mystérieux, le « syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles », a commencé à décimer les ruches dans le monde entier. Les abeilles sont responsables d’une bonne partie de la pollinisation des plantes, et leur déclin nourrit la crainte que l’agriculture en pâtisse.

Serons-nous un jour contraints d’utiliser des dispositifs artificiels si elles venaient à disparaître ?

En 2009, avec des collègues de l’Université Harvard et de la Northeastern University, nous avons entrepris de créer une colonie d’abeilles robotisées. Nous nous demandions si des abeilles mécaniques pourraient reproduire non seulement le comportement d’insectes pris séparément, mais aussi le comportement unique qui émerge de milliers d’abeilles en interaction.
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L’intelligence artificielle, ou la défaite de l’être humain

Par Jean-Michel Besnier, professeur d’Université à Paris-Sorbonne, auteur de Demain les posthumains (2009) et de L’homme simplifié (2012) aux éditions Fayard.

L’intelligence des autres est parfois terrifiante. Quand elle vous surprend par sa clairvoyance dans une situation compliquée, quand elle suggère avec élégance des solutions à des problèmes qui vous décourageaient. Un sentiment d’injustice vous saisit alors : « le bon sens n’est pas la chose du monde la mieux partagée ». Mais on se console, en se félicitant que la nature humaine accueille aussi le génie.

L’intelligence exceptionnelle reste humaine, l’autre qu’on admire demeure un alter ego. Qu’en est-il, par contre, de cette intelligence dite artificielle dont Bill Joy, Stephen Hawkin, Elon Musk et Bill Gates redoutent qu’elle mette un terme à l’espèce humaine ?

On s’est amusé d’abord des prétentions des cybernéticiens des années 1950 qui envisageaient de fabriquer un humain artificiel. La reprise de vieux fantasmes issus du Golem s’inscrivait alors dans la dynamique d’un progrès technique dont on attendait qu’il satisfasse les attentes de l’humanité.

L’IA était un adjuvant qui devait fournir des moyens de nous épanouir: les premiers jeux électroniques assuraient les divertissements nécessaires aux hommes modernes ; les premiers systèmes-expert relayaient efficacement le savoir-faire des médecins ou des plombiers ; on attendait de machines à traduire qu’elles nous offrent de communiquer par-delà les frontières nationales…
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Quand le français était universel

Sourdez vous le cul tost et apareillez a diner !” Comment activer un aubergiste, réprimander un valet ou insulter un chauffard dans la France médiévale ? Les manuscrits exposés à la bibliothèque de l’université de Cambridge, en Grande-Bretagne, reflètent un français fleuri qui, aujourd’hui, prête à sourire. Ils sont aussi une fenêtre ouverte sur une page d’histoire du Moyen Âge. Avec les médiévistes Jean-Philippe Genet et Bill Burgwinkle, retour sur une époque où le français était la langue des rois, mais aussi de tous les échanges culturels et commerciaux.

Par Liliane Charrier

Détail d’un ouvrage multilingue rassemblant une cinquantaine de textes – histoire, géographie, cosmographie, littératures et religions (entre 1307 et 1350)
En l’an de grâce 1398, le jeune Perot, venu d’Angleterre, retrouve son ami Guillaume dans une auberge sur la route de Paris.

En quel langage “universel” les deux compères communiquent-ils pour gérer le quotidien ? A l’époque, c’est le français qui unit les peuples.

Un français fluide et imagé, car Perot aura pris soin, avant son départ, de bûcher Manières de langage, un guide de conversation à l’attention des voyageurs anglais.

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Franck Lepage : Atelier de désintoxication de la langue de bois

L’atelier de désintoxication de la langue de bois se déroule généralement sur trois heures. L’idée est de vérifier collectivement que nous ne sommes pas dupes individuellement. Il en ressort une jubilation et un effet de libération. Nous ne sommes pas dingues quand nous trouvons que de monter des « projets » du matin au soir n’est pas la définition du bonheur. Encore faut-il se le dire ensemble.

1) Les catégories de la langue de bois
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La guerre des mots

« La perversion de la cité commence par la fraude des mots ». Cette citation peu connue du célèbre philosophe grec Platon (Athènes, 427 – id., 347 av. J.-C.), premier grand penseur du monde occidental, est aujourd’hui plus que jamais d’actualité. En effet, personne n’échappe à l’immense entreprise d’aseptisation du vocabulaire qui pullule dans les médias et autres instances du politiquement correct.

Pour la bonne forme, rappelons qu’un mot est généralement utilisé pour désigner des objets ou des réalités consacrés par l’usage. Ce qui fait que chacun peut comprendre autrui sans trop de malentendus.

Ça, c’est pour le principe, car dans les faits, il en va tout autrement. En effet, les convenances terminologiques du politiquement correct, nous ont plongé dans l’euphémisme trompeur.

Ainsi, le balayeur de rue est devenu un technicien de surface, le chômeur un demandeur d’emploi, le prolétaire un salarié, la grève un mouvement social, le clochard un sans domicile fixe, le cul-de-jatte un handicapé moteur, le nain une personne de petite taille, le pédéraste un gay, le nègre un black, le maghrébin un jeune, la prostituée une travailleuse du sexe, le bordel un salon de massage, l’avortement une interruption volontaire de grossesse (ou pire : une IVG), le trafiquant de drogue un dealer (traduction : un revendeur), le réfugié un requérant d’asile, le clandestin un sans-papiers, le vol une expropriation, la prison un espace carcéral, le vandalisme une incivilité, le viol collectif une tournante, etc. La liste est interminable !
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Ateliers de désintoxication du langage

“Dans l’atelier, on vérifie ensemble les principes actifs des différentes catégories de la langue de bois : euphémismes, oxymores, sigles, anglicismes, etc. Et la façon dont ils modifient notre perception de la réalité, et notre façon d’agir.”

Partie 1:


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Qui a peur des mots ? Sortir de la crise économique… et de la crise du langage

Il n’est question ni de rigueur ni d’austérité, mais de plan de relance. Le licenciement a fait place à la restructuration, la fermeture d’usine à la délocalisation, la récession à la maîtrise de l’inflation…

Dans l’éditorial du dernier numéro de CB News, Christian Blachas analyse ce qu’il nomme la « nouvelle sémantique ». : « Le XXIème siècle a inventé un nouveau langage issu de deux courants profonds : le politiquement correct (personnes à mobilité réduite, non-voyants, mal-entendants…) et le discours hypocrite qu’on pourrait aussi intituler mensonge ou gros pipeau. Pour masquer la dure réalité des faits, on invente des mots et des expressions destinés à faire passer la pilule. »

Une novlangue aux effets contre-productifs

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