La croissance serait freinée par les inégalités de revenus

La croissance du PIB est-elle soutenue quand les revenus des plus riches connaissent une hausse rapide? Pas selon plusieurs économistes du FMI qui viennent de publier une étude sur les causes et conséquences des inégalités de revenus.

Les chercheurs du Fonds monétaire international (FMI) seraient-ils devenus keynesiens? Les théories néo-libérales qui ont fondé les politiques américaine sous le mandat de Ronald Reagan et britannique sous Margaret Thatcher voient les rangs de leurs détracteurs gonfler. Rejoignant certains des points défendus par Jean Ziegler ou Richard Sennett, cinq chercheurs du FMI viennent de publier une étude baptisée Causes and Consequences of Income Inequality: A Global Perspective, qui vient remettre en cause les points les plus poussés de la théorie du Trickle-down, selon lesquels l’accroissement rapide des plus hauts revenus favorise la croissance du PIB.

Selon les auteurs de l’étude, si la part des 20% les plus riches d’un pays augmente d’1%, la croissance du PIB de ce pays sera freinée à hauteur de 0,08 point de croissance pendant les cinq années suivant cette hausse. A contrario, si c’est la part des revenus des 20% les moins fortunés qui gagne 1%, alors la croissance sera dopée: une hausse de 0,38 point en moyenne.

Lire la suite

Le passé oublié du système de Bretton Woods

Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale sont souvent mises en avant pour leurs politiques néolibérales en matière de développement. La genèse des institutions de Bretton Woods montre toutefois leur inscription dans un creuset intellectuel et politique favorable à l’intervention de l’État.

Le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale sont sans doute, depuis les années 1990, les organisations internationales les plus décriées en matière de politiques de développement. Dans ce livre paru aux États-Unis pour le soixante-dixième anniversaire de la conférence de Bretton Woods, Eric Helleiner, professeur de science politique à l’université de Waterloo, entreprend de démonter un certain nombre d’idées reçues sur les fondations du système économique mis en place à Bretton Woods en 1944 et sur la mise en place de la politique internationale d’aide au développement.

L’histoire des ces institutions a déjà pourtant été étudiée par plusieurs chercheurs [1], mais Helleiner apporte de nouvelles idées grâce à son travail minutieux de dépouillement des archives. Il montre notamment que, bien avant le tournant néolibéral des années 1980 du FMI et de la Banque mondiale, il y avait eu, au moment de la fondation des institutions de Bretton Woods, un terreau d’idées et de politiques davantage orientées vers un développement contrôlé par l’État, aux antipodes de ce qu’ont pu prôner par la suite ces institutions.

Lire la suite

Economie, croissance… L’effondrement promis expliqué à tous

Poursuivant la pensée de l’économiste Ernst Friedrich Schumacher, l’expert américain John Michael Greer distingue trois types d’économies: l’économie primaire qui rassemble les biens et services produits par la nature, l’économie secondaire qui fait appel au travail humain, et l’économie tertiaire, celle de la finance. Avec cette approche accessible à tous, il démontre la myopie de la plupart des économistes et décideurs dominants, et la mort qu’ils promettent aux sociétés industrialisées.

Quand on pense connaître une réalité mais que l’on n’a pas pris en compte tout le cadre de cette réalité, on a les plus sérieuses chances de se tromper, même si c’est de bonne foi. C’est vrai pour le juge qui veut comprendre une affaire, pour le policier qui mène une enquête, pour le journaliste qui relate un fait, pour l’historien qui explique le passé ou encore pour l’économiste, l’homme politique ou le décideur qui veut résoudre une crise, le chômage…

Comme cela fait plus d’une trentaine d’années que les taux de croissance par tête ont tendance à régresser en Europe, que l’endettement croît, que le chômage et le travail précaire se sont installés et massifiés, sans que ni les décisions politiques, ni les mesures économiques, ni les calculs hautement complexes, n’aient vraiment pu inverser la situation, force serait de reconnaître qu’il est peut-être grand temps et souhaitable de regarder de près les cadres dans lesquels la science économique dominante évolue.

Lire la suite

Radio Courtoisie : « Faut-il avoir peur de la déflation ? » (Audio)

Le lundi 03 novembre 2014, dans son “Libre journal” sur Radio Courtoisie, Henry de Lesquen recevait et Pascal Salin, professeur émérite à l’Université de Paris IX Dauphine, spécialiste de la théorie monétaire et de la finance publique et ancien président de la Société du Mont-Pèlerin

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Capitalisme (5/6) : Keynes/Hayek, un combat truqué ?

L’affrontement entre l’économiste autrichien Friedrich Hayek et son confrère britannique John Maynard Keynes a modelé la pensée économique de tout un siècle. Chacun défend ses idées pour sortir le capitalisme de la sévère dépression des années 1930, la pire qu’il ait connue.


Pourquoi et comment ce débat qui semblait réglé ressurgit-il régulièrement, notamment depuis la crise économique de 2008 ?

 

Réalisé par Ilan ZIV (2014)

Lire la suite

Pourquoi il faudrait travailler seulement 3 jours par semaine

C’est l’avis de Carlos Slim, magnat des télécoms mexicains et deuxième plus grosse fortune mondiale. Il estime que le monde du travail a besoin d’une «réforme radicale».

Et si nous avions tout faux dans notre manière de concevoir le travail aujourd’hui? C’est ce qu’a déclaré le multi-milliardaire mexicain Carlos Slim, lors d’une conférence d’affaires au Paraguay. Selon lui, il faut prendre en considération le fait que l’espérance de vie augmente considérablement, et doit donc se répercuter sur notre manière de travailler: il faudrait travailler moins, mais plus longtemps. «Les gens vont avoir à travailler davantage d’années, jusqu’à leurs 70 ou 75 ans… L’idéal serait de travailler 11 heures par jour, trois jours par semaine», estime Slim, qui a lui-même 74 ans.

Lire la suite

La croissance d’abord ? « C’est la plus forte des croyances économiques. »

La croissance, l’économiste Jean Gadrey, hier « productiviste », ne l’attend plus. Il lui a dit « adieu », même. Et d’après lui, c’est tant mieux.

Fakir : Je voudrais commencer par une déclaration de François Hollande, c’était au G8 : « J’avais, au nom de la France, l’objectif de mettre la croissance au cœur des débats et de faire que cette dimension de croissance puisse trouver toute sa place dans toutes les réunions. Le président Obama a voulu que la croissance soit évoquée comme une manière de donner confiance aux opinions publiques, et aussi aux marchés. Mais je dois dire que dans le G8, cette volonté de croissance, même si chacun des participants pouvait y mettre ses propres mots, a été partagée. Voilà pourquoi je considère que ce G8 a été utile, fructueux, et permet d’envoyer un double message, un message de confiance et un message de croissance. Il n’y aura pas de croissance sans confiance. Il n’y aura pas de confiance sans croissance. »
En moins d’une minute, François Hollande prononce huit fois le mot croissance et quatre fois le mot confiance. Là, on est un peu dans l’incantation, l’invocation d’une puissance céleste.

JG : C’est comme si l’on pratiquait le vaudou pour que la croissance revienne. Mais elle ne reviendra pas.

Surtout, c’est se tromper sur la crise en cours, sur ses causes. Cette crise est apparue aux États-Unis, puis elle a traversé l’Atlantique, après une période de belle croissance. C’est, d’une certaine façon, une crise de croissance.

Lire la suite

L’ordinatisation va faire disparaître le travail et l’emploi

Paul Jorion, chercheur en sciences sociales, explique comment «l’ordinatisation» des métiers va tuer – et tue déjà – l’emploi à petit feu.

Selon une étude réalisée par deux chercheurs de Harvard, 47% des emplois pourront être confiés à des ordinateurs d’ici 20 ans. Pis, il faudra trouver des moyens de «s’occuper», de passer le temps. Il y a quelques mois, David Graeber, cet anthropologue américain avait écrit une tribune sur des métiers «inutiles»

En 1930 déjà, l’économiste anglais John Maynard Keynes prédisait – dans une fiction – qu’un siècle plus tard, on pourrait se contenter de travailler 15 heures par semaine, et que le principal problème résiderait dans la répartition du travail. Paul Jorion, chercheur en sciences sociales, partage ce point de vue. Il explique comment les humains perdent peu à peu le monopole du travail, et pourquoi ce phénomène va s’accentuer.

Que peut-on dire de ce chiffre? 47% des emplois peuvent-ils vraiment être remplacés par des ordinateurs en seulement 20 ans?

Paul Jorion – Disons que la manière dont il a été obtenu – essentiellement à partir de préjugés – est assez discutable. Mais en lui-même, il est exact… Il pourrait même être encore plus élevé, dans la mesure où les métiers concernés par cette mutation ne sont pas uniquement les métiers manuels, mais aussi les métiers dits «intelligents».

Mais l’homme a naturellement tendance à mettre son intelligence au dessus de tout, et aime à penser qu’il est irremplaçable! L’ordinatisation des métiers va à la fois toucher les métiers «simples» et «complexes», ce sont les métiers qui allient travail manuel et réflexion qui seront plus difficilement remplaçables.

Aujourd’hui, où en sommes-nous de cette «ordinatisation»?

Lire la suite

Cela va très mal finir ! Et la “fin de la partie” est pour bientôt !

« Par essence, la création monétaire ex nihilo que pratiquent les banques est semblable, je n’hésite pas à le dire pour que les gens comprennent bien ce qui est en jeu ici, à la fabrication de monnaie par des faux-monnayeurs, si justement réprimée par la loi. Concrètement, elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents ».

Maurice Allais, prix Nobel de sciences économiques en 1988.

Nous pensons que les banques centrales sont en train de perdre le contrôle des Systèmes bancaire et monétaire dans la mesure où leurs politiques ultra laxistes ont abouti (comme tout économiste “autrichien” pouvait d’ailleurs le prévoir) au contraire de ce qu’elles voulaient obtenir puisque les taux d’intérêt à long terme ont commencé une forte hausse de nature à provoquer l’effondrement des prix des obligations et que les actions très surévaluées ont commencé leur retournement à la baisse dont tout indique qu’il va se transformer en krach (mini ou maxi impossible à savoir), sans que les économies se soient durablement redressées ni que le chômage ait suffisamment baissé.

Cette fois-ci, la chute des obligations ne permettra pas aux actions de monter plus haut, les deux actifs chutant ensemble comme cela a commencé au Japon. Ce qui entrainera de nouvelles faillites de banques et autres institutions financières dont l’exposition aux deux actifs précités est à un niveau record. Sans parler des épargnants qui se feront à nouveau rincer…

La seule action que les banques centrales ont réussi c’est de créer des bulles dont l’éclatement est inévitable, étant donné que leur création monétaire artificielle massive n’est pas entrée dans l’économie réelle mais s’est investie dans les actifs financiers dont la hausse ne favorise que les mécanismes de spéculation sans liens avec la réalité de l’offre et de la demande effectives au seul bénéfice de quelques “oligarques” de la finance (grands spéculateurs et/ou dirigeants des banques supposées “too big to fail”).

Lire la suite

«On pourrait ne travailler que 15h par semaine si l’on voulait»

Économiste et auteur à succès, le Tchèque Tomás Sedlácek tient un discours original. Certes, l’économie rend tout efficace, «mais tout dans notre société ne doit pas être efficace».

«C’est comme Central Park à New York. Tout autour règne l’efficience, mais celle-ci est interdite dans le parc qui est strictement réservé à la détente et aux écureuils», explique Tomás Sedlácek, auteur de l’ouvrage «Economics of Good and Evil» («L’Économie du Bien et du Mal»), dans une interview accordée au Tages-Anzeiger.

Au-delà de la métaphore, l’ancien conseiller de Václav Havel et membre du Conseil économique national tchèque rappelle que le rôle de l’économie ne consiste pas d’abord à augmenter le produit intérieur brut. «La première priorité doit être la stabilité du système, mais nous l’avons oublié.»

La solution du chômage partiel

Lire la suite

Du libéralisme au néolibéralisme

Le libéralisme économique admet un invariant : la défense de l’économie de marché, garante de liberté individuelle et d’efficacité collective. Mais ce courant de pensée est plus complexe qu’il y paraît. Aujourd’hui, atteint de plein fouet par la crise financière, résistera-t-il à cette situation ?

« Libéralisme » est un mot aux significations multiples, porteur d’une lourde charge polémique (1). Fièrement revendiqué par les uns, il sert à diaboliser les autres. Il peut même, lorsqu’il traverse un océan, signifier à son point d’arrivée le contraire de ce qu’il voulait dire au départ. Ainsi, en Europe, un libéral désigne habituellement un adepte du laisser-faire et un adversaire de l’intervention étatique dans l’économie alors qu’au Canada anglais et aux États-Unis, un liberal est au contraire un partisan de l’intervention, un keynésien et même un social-démocrate.

Le libéralisme classique

Comme c’est souvent le cas dans le domaine des doctrines et des courants de pensée, les appellations naissent parfois très longtemps après l’émergence de ce qu’elles désignent. « Libéralisme » apparaît ainsi pour la première fois en 1818 sous la plume de Maine de Biran pour qualifier la doctrine des libéraux français. « Libéral » est beaucoup plus ancien ; son utilisation pour caractériser un partisan des libertés politiques apparaît au milieu du XVIIIe siècle.

Le libéralisme s’applique à plusieurs dimensions de la réalité humaine et sociale. Il désigne ainsi la tolérance face aux actions et aux opinions d’autrui, dont on respecte l’indépendance et la liberté individuelle. On peut le qualifier alors d’individuel ou de moral. Dans un deuxième sens, le libéralisme s’applique au domaine politique. Il émerge comme opposition à l’absolutisme des monarchies de droit divin et s’identifie à la démocratie (2). Un troisième sens est économique. Le libéralisme s’identifie alors au laisser-faire, au libre-échange, à la liberté d’entreprise et à la limitation stricte des interventions gouvernementales dans l’économie.

Lire la suite

Une crise qui nous vient de si loin…..

On a souvent tendance à penser que l’actuelle grande crise remonte à l’été 2007, avec le début de l’effondrement du marché des crédits hypothécaires américains. Et ce dernier viendrait – est-il souvent assuré- mettre un terme à trente années d’une formidable croissance mondiale qui aurait arraché de la misère plus d’un milliard d’individus. Cette façon de voir les choses n’est sans doute pas inexacte, mais ne permet pas de repérer la dynamique du long terme qui seule nous amène à nous situer clairement  dans le présent.

Nous chercherons ici à expliquer, que la présente situation est le résultat de la déformation progressive d’un régime de croissance, qui a abouti à une dislocation planétaire, laquelle s’évalue en termes de soldes extérieurs nationaux de plus en plus déséquilibrés, et probablement non durables, car socialement beaucoup trop douloureux. Ce régime de croissance s’appelle régime Fordien ou régime d’accumulation intensive, et les toutes premières manifestations de son dérèglement remontent au beau milieu des années 60, et ce dans la plupart des pays développés.

La cohérence Fordienne, version particulière d’un « ordre organisé »

Lire la suite

Vitesse de circulation de la monnaie

Ce concept a été formulé il y a près d’un demi-millénaire! Développé par ceux qu’on nomme les pré-classiques, il est contemporain des périodes, pas si lointaines, où la rareté monétaire était le trait dominant des économies. De nos jours, son utilité se trouve presque à l’opposé de son intérêt initial.

La vitesse de la circulation de la monnaie  a été « inventée » (au sens ancien du terme) il y a prés d’un demi-millénaire et on en parle encore ! Ce n’est pas un défaut, si ce n’est qu’à force d’employer toujours un même terme, on occulte les évolutions de l’objet qu’il prétend décrire.

L’or des incas et sa vitesse de circulation en Europe.

Les premières études sérieuses sur la monnaie remontent au XVIème siècle. Elles ont pour origine les recherches sur l’évolution des prix et leur progression très vive. L’évènement « monétaire » le plus important de cette époque réside dans l’exploitation massive des gisements d’or en Amérique latine, par les Espagnols principalement.

L’or espagnol se déversait à flot en Europe, directement, en achats de marchandises ou indirectement, pour financer l’élection des Rois d’Espagne au rang d’Empereur du Saint Empire Romain Germanique. La quantité de monnaie s’accroissant observent les philosophes de cette époque a provoqué une hausse des prix. Pour autant les mêmes, Bodin, Quesnay, Cantillon, Petty, anglais et français s’aperçoivent que la théorie purement quantitative de la monnaie dont ils posent les fondements n’est pas totalement satisfaisante. Il faut s’intéresser à la circulation de cette dernière et au fait qu’une pièce d’or sert à plusieurs transactions dans un laps de temps défini. Ils créent alors la notion de vitesse de circulation de la monnaie.  Cette idée sera développée et raffinée, jusqu’au moment où la théorie classique née des idées d’Adam Smith et Jean-Baptiste Say s’imposera. La monnaie n’est qu’un voile poseront les théoriciens classiques et néo-classiques. Elle ne joue pas de rôle dans l’équilibre économique. Sa vitesse de circulation pas davantage.

La vitesse de circulation est une notion simple dans son principe.

Lire la suite

Les limites du traitement keynésien d’une crise structurelle

Quatre ans déjà depuis que les symptômes du premier épisode de la crise du néolibéralisme furent observés au mois d’août 2007. La crise s’exporta des États-Unis vers le monde à l’automne 2008, et la plupart des économies entrèrent alors en récession. Lorsque la croissance dans les vieux centres, États-Unis et Europe, fit un bref retour après que la production eut atteint son point le plus bas au second semestre de 2009, les commentateurs de tous les médias et cercles académiques, à de rares exceptions près, célébrèrent le retour de la prospérité au terme d’un regrettable épisode. Il fallut, pourtant, constater que la sortie de crise tardait à se consolider. Le discours devint celui de la “rigueur”, la tentative de faire peser le poids de la crise sur les épaules de ceux ou celles qui en sont les moins responsables, les classes populaires et moyennes.

Mais, à la fin de l’année 2011, le ton changea brusquement. L’inquiétude tournait à la panique. La Chancelière Angela Merkel ne craignit pas de déclarer que la crise se prolongerait, en Europe, sur de nombreuses années (sortir de la crise de la dette est “un processus qui ne durera pas des semaines, pas des mois, mais des années”). La Réserve fédérale n’est pas plus optimiste. Le 25 janvier dernier, elle déclarait qu’il faudrait soutenir l’économie pendant plusieurs années (au moins jusqu’à la fin de l’année 2014) et décidait d’étendre la période de maintien des taux d’intérêt à des niveaux proches de zéro afin de stimuler la croissance. Qu’est-il advenu de la planète heureuse de la mondialisation néolibérale ?

Lire la suite

Faut-il vraiment rembourser la dette souveraine ?

Par Olivier Chazoule, avocat international spécialisé dans la finance, professeur de droit financier et de finance.

Les notes se dégradent. La situation aussi. Faut-il rembourser la dette souveraine ou bien s’en abstenir ? Un moyen terme est-il possible ? Et à quel prix ?

A l’heure de la dégradation de la situation financière internationale et de la dégradation de la notation continue des principaux pays industrialisés (États-Unis, Japon, France, Italie, Espagne, etc.) se pose avec acuité la problématique du remboursement de la dette souveraine.

Certains se demandent s’il est nécessaire de rembourser. D’autres affirment que non. Et les troisièmes disent que cela n’a pas d’importance car ils proposent une autre solution.
En premier lieu donc, certains se demandent s’il est nécessaire de rembourser.

Ne pas rembourser c’est paraît-il s’exposer à ce que l’on ne vous prête plus dans le futur. La France ne pourrait donc plus emprunter si elle ne remboursait pas sa dette.

Mais est-ce bien vrai ?
Lire la suite

Economie : cinq idées-zombies qui refusent de mourir

Deux ans ont passé depuis la fin de la crise financière mondiale. L’économie américaine a [soi-disant] échappé au désastre. Le cours du Dow Jones est aujourd’hui proche de son niveau d’avant-crise. Mais les théories qui ont provoqué cette catastrophe sont toujours là, tapies dans l’ombre…

L'économie vaudoue (caricature américaine, avril 2009)

La crise financière de 2007 (qui a débuté avec l’effondrement du marché américain des subprimes) a finalement révélé que les entreprises financières qui dominaient l’économie mondiale depuis des décennies étaient des sociétés spéculatives instables – sociétés qui, si elles n’étaient pas stricto sensu insolvables, n’étaient du moins pas véritablement solvables.

On peut en dire autant de nombre de principes économiques défendus par les décideurs politiques au cours des décennies qui ont précédé la crise. Les économistes qui ont fondé leurs analyses sur ces principes sont en partie responsables des erreurs qui ont précipité cette même crise. Ils n’ont pas pu la prédire, ni même la déceler, et n’ont proposé aucune mesure capable de l’enrayer.

Mais une chose semblait au moins acquise : on en avait bien fini avec la prédominance du secteur financier, comme avec celle des principes qui lui avaient donné un rôle central au cœur de notre économie.

Les banques et les compagnies d’assurance ont donc été tirées d’affaire par les plans de sauvetage massifs des gouvernements (et, au final, par les citoyens des pays concernés, qui ont dû payer plus d’impôts pour des services réduits). Mais trois ans plus tard, ces idées sont de retour – sous la forme de zombies.

On a pu observer le même processus de réanimation dans le monde des idées. Les théories, allégations factuelles et autres projets qui semblaient morts et enterrés au lendemain de la crise s’extirpent lentement de la terre fraîchement retournée. Elles ressurgissent, prêtes à semer de nouveau la discorde.

Lire la suite

L’École économique autrichienne

Par Werner Wüthrich

Dans son livre «Économie de crise – une introduction à la finance du futur» (cf. Horizons et débats n° 34 du 30/8/10), Nouriel Roubini et Stephen Mihm évoquent l’influ­ence qu’a exercée la pensée économique autrichienne. A côté des «keynésiens» et des «monétaristes», ils mentionnent également l’école économique autrichienne. Sur la plupart des questions relatives à la crise financière, ils s’opposent aux opinions dominantes des gouvernements et des banques centrales. Les «Autrichiens» sont peu connus des spécialistes comme du grand public. C’est pourquoi, dans le contexte de la crise financière, nous leur consacrons le présent article.

L’école économique autrichienne ­plonge ses racines dans le XIXe siècle, à ­Vienne. Elle se réfère à la doctrine sociale de ­l’Église catholique. Au début du XXe siècle, des économistes ont développé une théorie originale connue sous le nom d’«École autrichienne». Son représentant probablement le plus célèbre aujourd’hui est ­Ludwig von Mises (1881–1973). Sous le national-socia­lisme, presque tous les économistes de ­l’École autrichienne quittèrent Vienne ou en furent chassés. Ludwig von Mises émigra tout d’abord à Genève où il enseigna à l’Institut universitaire des hautes études internationales. En 1940, il se rendit aux États-Unis et enseigna à l’Université de New York de 1946 à 1969.

Il resta toute sa vie fidèle à la pensée libérale classique de l’École de Vienne. Il créa ainsi un mouvement opposé à l’économiste anglais John Maynard Keynes qui, dans les années 1930, lors de la dépression, élabora une théorie prônant les interventions massives de l’État dans l’économie et le «deficit spending». Aux États-Unis, Ludwig von Mises inspira le «libertarianisme». Ce mouvement typiquement américain s’inscrit dans la tradition du père fondateur des USA ­Thomas ­Jefferson. Il se caractérise par son scepticisme à l’égard du pouvoir toujours grandissant du gouvernement central qui intervient de plus en plus dans les do­maines les plus divers et limite les droits souverains des différents États de l’Union. Ron Paul, ­député républicain au Congrès, candidat récent à la présidence, défend une politique liberta­rienne.

On observe actuellement une renaissance de l’École autrichienne. Dans le monde entier, on retrouve ses idées dans des déclarations de politiques, dans des commentaires de journalistes, dans des lettres de lecteurs à propos de la crise financière ainsi que dans le débat sur l’euro (cf. Schweizer Monatshefte, juin 2010: «Der Staatsstreich von Brüssel»). Les «Autrichiens» sont d’avis que le système monétaire et bancaire, et surtout les banques centrales, ont une part importante de responsabilité dans les crises financières de plus en plus fréquentes.

Les «Autrichiens» ne figurent qu’épisodiquement au programme des universités. Ludwig von Mises en est le représentant le plus important. Son élève le plus célèbre, ­Friedrich August von Hayek, a enseigné à la London School of Economics et a développé ses idées. Hayek a reçu le Prix Nobel en 1974. Joseph Schumpeter (1883–1950) appartient également à l’École autrichienne. Il enseigna à Bonn dans les années 1920 puis, dès 1932, à l’Université Harvard de New York.

Aujourd’hui, le Ludwig von Mises Institute d’Auburn (Alabama) est un centre de ­l’École autrichienne. En Europe, il ­existe des ­centres de formation à Prague et à ­Madrid. Dans la capitale espagnole, l’Université Juan Carlos, dirigée par Jesus Huerta de Soto, offre le seul cursus de master en économie de l’École autrichienne. En Suisse, la pensée économique autrichienne est avant tout représentée et diffusée par le Liberales Institut de Zurich. Dernièrement, il a publié ­l’ouvrage «Aus Schaden klug? Ursachen der Finanz­krise und notwendige ­Lehren» (­Zurich, 2009) dans lequel il étudie la crise finan­cière dans l’optique autrichienne. C’est Robert Nef qui a fondé cet Institut en 1979 et l’a dirigé jusqu’en 2007. Il encourage la tradition et la culture suisses de liberté individuelle, de paix, d’ouverture et de diversité politique et défend les marchés ouverts dans un système non centraliste. Il publie les Schweizer Monatshefte.

Qu’est-ce qui caractérise l’École autrichienne?

Lire la suite

Crash Course – 10

Prêt à apprendre tout ce que vous devez savoir sur l’économie dans le plus court laps de temps ?

Chapitre 10: Inflation

Nous avons encore un concept clé à partager avant de nous lancer dans les conditions économiques actuelles et il concerne l’inflation.

La plupart d’entre nous pensons à l’inflation comme la hausse des prix, mais ce n’est pas tout à fait correct. Imaginez qu’une pomme et une orange valent chacun un dollar un certaine année, mais que chacun vaut dix dollars l’année suivante. Puisque vous désirez tout autant manger des pommes et des oranges d’une année à l’autre, alors la seule chose qui a vraiment changé ici, c’est votre argent, qui a baissé en valeur.

L’inflation n’est pas causée par la hausse des prix. La hausse des prix est un symptôme du l’inflation. L’inflation est causée par trop d’argent disponible en regard des biens et services. Ce que nous ressentons c’est que les choses coûtent plus cher, mais en fait, l’inflation est vraiment la valeur de votre argent qui baisse, tout simplement parce qu’il y en a trop.

Lire la suite

Aveuglés par notre confiance en l’euro

Le mantra autour de la monnaie européenne nous a empêchés de voir les périls approcher, explique l’économiste irlandais David McWilliams.

1604511130_small_dbd43

Les choses ont pris un tour bizarre. Il y a quelques semaines, nous avions fait remarquer à quel point l’Irlande était passée de la démocratie à la “bancocratie.” Par le biais de l’État, en effet, les richesses étaient transférées des “non-initiés” – en l’occurrence, le peuple – vers les “initiés” de notre système bancaire. Maintenant c’est bien pire, puisque l’État transfère ces richesses vers les initiés d’un autre pays. Qu’on ne s’y trompe pas, le sauvetage de la Grèce, qui nous coûtera 1,3 milliard d’euros, ne sauvera pas le peuple grec, mais les banques qui ont prêté de l’argent à la Grèce. Ce n’est pas un prêt, non plus : c’est un cadeau. Ce qu’on a présenté comme le sauvetage d’un État en faisant appel à notre sentiment de solidarité européenne n’est rien d’autre qu’un transfert direct d’argent, de votre poche à celle des créanciers étrangers de banques françaises et allemandes. Ces créanciers auraient perdu de l’argent si la Grèce avait fait faillite fin avril. La bancocratie est désormais transnationale.

Le renflouement de la Grèce est assorti de conditions : cure d’austérité et alourdissement de la fiscalité. Mais quel usage fera-t-on exactement des fonds ? Une grande partie servira à refinancer les obligations existantes. En d’autres termes, les investisseurs originaux en Grèce réduiront leur exposition.

En revanche, le contribuable ordinaire que vous êtes assumera ce risque. Ainsi, le contribuable grec et les autres contribuables européens sont dans le même bateau : les banques font payer leurs propres erreurs par les peuples qui n’ont rien à voir avec les obligations grecques.

On nous dit que tout cela vise à accroître la crédibilité de l’euro. Mais comment peut-on redorer le blason d’une zone financière en récompensant le fiasco des banques ? Comment expliquer que des gens apparemment intelligents, comme les banquiers centraux et les hauts fonctionnaires, agissent de manière idiote ? Pour répondre, il faut se référer à l’Histoire et se pencher sur l’étalon-or, qui était lui aussi entaché de défauts.
Lire la suite

Licencier nuit (aussi) aux entreprises

Contrairement aux idées reçues, les restructurations n’améliorent ni la productivité, ni la rentabilité, ni le cours en Bourse des sociétés.

1604511130_small_dbd43

Alors que l’économie sort à peine de la récession, les Américains continuent d’en voir de toutes les couleurs sur le marché du travail le plus dégradé qu’ils aient connu depuis vingt-cinq ans. On compte actuellement 14,8 millions de sans-emploi, sans compter les chômeurs découragés (qui ont renoncé à chercher du travail) et les travailleurs à temps partiel imposé, soit 9,4 millions d’Américains “sous-employés”. Si, avec le début de reprise, les lettres de licenciement sont un peu moins nombreuses, la pénurie d’emplois reste la preuve la plus visible (et la plus gênante du point de vue politique) que, pour une grande partie de la population, quoi qu’en disent les indicateurs économiques, la Grande Récession n’est pas terminée.

Les entreprises ont toujours réduit leurs effectifs lors des ralentissements économiques, mais, au cours des vingt dernières années, les plans sociaux sont devenus une composante de plus en plus banale de la vie au travail, en temps de disette comme d’abondance. Car, de nos jours, on licencie même lorsque les bénéfices sont en hausse. Il est des circonstances dans lesquelles les entreprises doivent licencier pour survivre. Dans un secteur en voie de disparition ou de contraction, cela peut permettre de s’ajuster à un marché plus réduit, comme c’est le cas aujourd’hui dans la presse. Mais la plupart des dégraissages effectués au cours de cette récession ne sont pas le résultat de l’échec d’un modèle d’entreprise : ces sociétés licencient pour maintenir leurs bénéfices, pas pour assurer leur survie.

Au cours des dix dernières années, le dé­graissage est devenu le plus beau produit d’exportation américain dans le monde.

Or licencier ne paie pas. Et pour cause ! Dans Responsible Restructuring [La restructuration responsable, éd. Berrett-Koehler, 2002, non traduit en français], Wayne Cascio, professeur à l’université du Colorado, liste les coûts directs et indirects des licenciements : indemnités de départ, frais de reclassement, augmentation des cotisations à l’assurance-chômage, frais d’embauche lorsque l’activité reprend, démoralisation et refus de la prise de risque chez les salariés restants, risques de procès, de sabotages, voire de violences sur le lieu de travail de la part de salariés mécontents en poste ou renvoyés, perte de la mémoire et du savoir de l’entreprise, perte de confiance dans l’encadrement, baisse de la productivité.
Lire la suite

Le trou noir de la finance n’engloutira pas les Etats

Le point de vue de Jean-Claude Werrebrouck, économiste, ancien professeur et directeur de L’Institut de Management de la Distribution de l’Université de Lille 2, se situe, pour le moins, à contre-courant du discours dominant qui vante les mérites d’un règlement supranational de la crise.

Si la gestion de ce que nous appelions «la grande crise des années 2010» apparaissait comme le grand retour des Etats, il semble que le présent discours de la fin de la crise consacrerait plutôt le grand retour du marché.

Pour autant, nous verrons dans les développements ci-dessous, que l’apparent retour du marché, est moins à l’ordre du jour, que celui – plus souterrain – des nations souveraines.

Les apparences

Les conclusions du G-20 de Pittsburgh ne sont pas – dit-on – à la hauteur de ce qui avait été ambitionné au G-20 de Londres. A l’ardeur interventionniste semble succéder le retour des délices du marché et, dans un milieu apaisé, on sait que les boucs émissaires s’évaporent : les traders ne seront pas sacrifiés. Les nouveaux sommets atteints à Wall Street en matière de rémunérations sont là pour en témoigner.

La régulation financière ne proviendra pas de la « hard law » [la loi] mais d’instances plus accommodantes, car consanguines, et juridiquement indépendantes des Etats. Il semble même que les banques centrales, indépendantes, seront en charge d’une part de la supervision financière. Mieux : pourquoi ne pas envisager le transfert de l’aléa moral vers les banques centrales et ainsi, soulager les Etats en cas de difficulté, idée suggérée par le gouverneur de la Banque de France ?

Les banques elles-mêmes se libèrent de l’emprise publique – tout en conservant sa garantie – en remboursant les Etats à peu de frais.

Ainsi, l’actionnaire public français a reçu 226 millions d’euros pour services rendus à BNP PARIBAS, soit un manque à gagner de 5,574 milliards d’euros, par rapport à l’actionnaire de droit commun qu’il aurait pu être, en entrant directement dans le capital en octobre 2008.

Ainsi, la finance se propose de continuer à absorber une masse croissante de richesses, avec des chiffres qui continueront d’impressionner : 22% du PIB américain , 12% du PIB Britannique, etc. Lire la suite

La crise monétaire internationale et le traité du “SUCRE”

Jacques Sapir décrypte la crise monétaire, explique pourquoi le remplacement du Dollar (voué à la déchéance) par l’Euro en tant que monnaie de réserve à l’échelle mondiale ne lui paraît pas possible et surtout, décrit une initiative à l’échelle des pays du Sud, pour trouver une solution à la crise déclenchée dans les pays du Nord.

Selon lui, il s’agit de l’un des événements internationaux plus importants de ces vingt dernières années.

L’échec de la tentative de ces derniers jours des Banques Centrales à inverser le cours du Dollar américain, et l’impossibilité d’exercer des pressions efficaces pour une réévaluation du Yuan chinois, indiquent bien que la question des changes est aujourd’hui au-delà de ce que peuvent contrôler les pays du G-20. En particulier, rien ne semble pouvoir arrêter le processus de surévaluation de l’Euro. Les bribes de réglementation sur la question des rémunérations et des bonus qui ont été arrachées ne sauraient ici tromper qui que ce soit.

La crise du Dollar va donc continuer à s’amplifier dans les mois à venir, provoquant des ajustements qui – en raison de leurs poids cumulatifs – vont très probablement conduire à une crise ouverte du système monétaire international. Les marchés des matières premières – hydrocarbures mais aussi céréales et métaux – seront de plus en plus déstabilisés car ils deviendront l’un des refuges de la spéculation.

Faute d’aboutir à une solution concertée, qui clairement n’est pas possible aujourd’hui, c’est bien vers des initiatives régionales que l’on s’oriente. Dans leurs formes actuelles cependant, ces initiatives ne sauraient constituer qu’un palliatif. Il est même douteux que pour certaines d’entre-elles, et l’on pense ici spécifiquement à l’Euro, il arrive à se constituer en réelle alternative.

Dans ce cadre, une initiative importante a été prise ces dernières semaines. Le traité établissant le SUCRE, ou le Système Unifié de Compensation, ratifié le 16 octobre 2009 par cinq pays à l’initiative du Venezuela, apparaît comme une initiative au poids symbolique extrêmement important. Lire la suite