En 1931, Moody’s conduisait déjà la Grèce au chaos

L’économiste Jean-Marc Daniel rappelle cet épisode historique méconnu qui a vu l’agence Moody’s dégrader la note de la Grèce, générant des troubles sociaux et politiques dans le pays avant l’arrivée au pouvoir du général Metaxas, fasciné par les régimes fascistes. Moody’s exprimera ses regrets, annoncera la fin de la notation des dettes publiques avant de ressortir son funeste carnet de notes en 1975.

En 1909, John Moody, journaliste financier reconverti, crée la notation stricto sensu : sa société jauge les risques en s’appuyant sur une grille de notes, qui permet de résumer les risques pris par le créancier. S & P suit en 1916 et Fitch en 1924. La notation des États débute, elle, dès 1918…

Au début des années 1930, le Trésor américain reproche aux agences de notation de n’avoir pas vu venir les faillites en chaîne des banques et la crise boursière de l’automne 1929. Elles entreprennent dès lors d‘élargir leur champ de compétence à la dette des états. Pendant la Grande Dépression, de nombreux pays européens n’ont pu faire face à leur dette : l’Allemagne, la Grèce, la Hongrie, la Roumanie.

Mais les agences de notation ont alors essentiellement dans leur collimateur des pays latino-américains, victimes de la chute des cours des matières premières. Les agences baissent la note du Brésil et de la Bolivie, qui fera défaut en janvier 1931.
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Voyage au bout de la Crise

Comprendre la crise, ses mécanismes et ses conséquences. La crise marque-t-elle la fin d’un certain système néo­libéral ? C’est la question que pose le journaliste Philippe Meyer à ses invités (Agnès Bénassy-Quéré, André Orléan, Bernard Gazier, Christophe Ramaux, Frédéric Lordon, Jean-Marc Daniel, Jean-Yves Camus, Karine Berger, Marie-Anne Matard-Bonucci, Michel Aglietta et Pierre Dardo).

La première partie dresse un état des lieux de la situation économique mondiale. Les invités expliquent les rouages de la crise du système néolibéral.

La deuxième partie s’intéresse à la façon de relancer la croissance dans les conditions actuelles et au rôle que peut jouer l’Europe. La dette publique est-elle le vrai problème ? Où l’on découvre que l’austérité requise par le nouveau traité européen n’est pas forcément la solution miracle pour sortir de la crise.

Enfin, la troisième partie de l’émission s’interroge sur l’avenir à la lumière de notre héritage historique et culturel.

Partie 1: Radiographie d’une catastrophe annoncée

Partie 2: Comment s’en sortir ?
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Contribution [les baisses d'impôts sont-elles bonnes pour l'économie ?]

Par Denis Clerc

Source : Alternatives Economiques

J’avoue que cela m’avait échappé. C’était pourtant dans Le Monde, un quotidien que je lis attentivement depuis une cinquantaine d’années (ce qui ne me rajeunit pas…). Circonstance aggravante : l’article en question remplissait une page entière, avec un gros titre, qui aurait dû éveiller ma vigilance: “Faut-il augmenter les impôts ?” (1).

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Crise habituelle ou glas d’un certain capitalisme?

La crise s’est révélée avec la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008. Une mobilisation sans précédent des chefs d’États n’a pas empêché la contraction du crédit à l’échelle mondiale, la récession et la faillite d’économies développées considérées à tort comme solides. Aujourd’hui, la quasi-faillite de la Grèce, les problèmes rencontrés par d’autres pays européens et les mesures exceptionnelles mises en place par l’Europe posent la question : n’est-ce pas une crise structurelle signant la faillite d’un modèle ? Hommes de terrain, économistes, philosophes et anthropologues ont analysé la crise, sa nature passagère ou profonde, ses origines et son issue.

Pour Jean-Marc Daniel, professeur d’économie politique à l’ESCP Europe, c’est bien simple, « il n’y a pas de crise ». Plus exactement, « il y a juste un cycle de Juglar », du nom de Clément Juglar, qui élabora à la fin du XIXème siècle la théorie d’un cycle économique à trois phases (expansion, crise et liquidation), répété tous les 8 à 10 ans. Il y a plus d’un siècle, l’économiste attribuait ce phénomène aux dérèglements périodiques du crédit.

Une spéculation intense conduit à une période d’euphorie, avec des anticipations excessives, qui finissent par un crash lorsque la réalité les rattrape. La crise de 2008 ne serait donc que la phase désagréable mais passagère d’un phénomène périodique et prévisible ? La réalité est un peu plus complexe.

Premier élément d’importance, un contexte délétère. Selon Jean-Marc Daniel, l’impact de la crise de 2008 a été amplifié par les choix passés de l’administration Bush. Celle-ci « a mené une politique budgétaire dictée par l’illusion de pouvoir échapper à ce cycle, » explique l’économiste. « L’année 2001 aurait dû subir un ralentissement plus sévère et être gérée en stabilisateur automatique ; au lieu de cela, elle a été gérée de manière keynésienne – avec une politique budgétaire contra-cyclique, ndlr. »

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Aujourd’hui la dette, demain l’impôt

De concert avec les autres pays du G20, la France a décidé d’utiliser l’arme budgétaire afin d’amortir les effets de la récession. Le déficit de l’État, des collectivités locales et de la Sécurité sociale devrait dépasser 8 % du produit intérieur brut (PIB) cette année comme l’an prochain, et la dette publique devrait ainsi atteindre 84 % du PIB fin 2010. Les 3 % de déficit et les 60 % de dette publique fixés par les normes européennes semblent donc bien loin.

Selon la formule du ministre de la relance, Patrick Devedjian, « quand il y a le feu à la maison, on ne regarde pas la facture d’eau » mais quand la situation se rétablira, la question du déficit se posera à nouveau. Certes, les rentrées budgétaires seront alors meilleures. Cependant la récession risque de laisser des traces pendant un moment sur la capacité à créer des richesses : une croissance molle est annoncée pour les prochaines années. Lire la suite