Joseph Stiglitz : “Les politiques qui ont mené à la crise dominent toujours”

Prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz publie “La Grande fracture”, aux éditions Les Liens qui Libèrent. Dans cet ouvrage, il expose les causes et les conséquences des inégalités économiques dans les pays développés. Des inégalités qu’il juge néfastes pour l’avenir de la démocratie.

Lors d’un entretien, l’éminent prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz revient sur sa vision de l’équilibre économique mondial. Pour l’ancien économiste en chef de la Banque mondiale, les crises financières, comme celle de 2008, menacent toujours notre stabilité financière.
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Inde : Violence au pays de Gandhi

Si l’Inde, quatrième économie mondiale, se targue d’embrasser la modernité, elle demeure l’un des pays les plus inégalitaires au monde, comme le démontre cette enquête de Lourdes Picareta.

On y suit notamment le calvaire de Shabnam, adolescente issue des intouchables, menacée de mort pour avoir fait condamner ses violeurs membres de la caste dirigeante. Son village d’origine est toujours régi selon l’ancien ordre patriarcal qui légitime le viol et en impute la responsabilité à ses victimes.

Mais les grandes villes n’échappent pas non plus à ces hiérarchies brutales. Comment s’extraire de cet ordre immuable? Cette enquête glaçante expose le fonctionnement d’un système immobiliste

Le niveau de vie des retraités a baissé entre 2010 et 2015

Tout le monde parle du dernier rapport du COR (comité d’orientation des retraites) mais peu l’ont lu. Nous avons épluché les 125 pages de ce dossier et des informations importantes sont passées inaperçues. Ainsi, nous pouvons apprendre que pour équilibrer financièrement le système de retraite jusqu’à 2060 la pension moyenne des retraités devrait diminuer par rapport à sa valeur de 2013, de l’ordre de 20 % !

En plus les retraités ne sont pas des nantis: la preuve le niveau de vie moyen des retraités tend à stagner depuis 2008, voire même à baisser légèrement entre 2010 et 2015. Une des rares bonnes nouvelles de ce rapport est d’apprendre que lespérance de vie à 60 ans progresse assez régulièrement en France depuis 1945, en effet, en moyenne à la retraite nous profitons encore de 24,8 belles années.

Il est normal que le système de retraite soit en danger car la France compte 1,7 cotisant par retraité en 2018 pour environ 1,4 à partir de la fin des années 2040. Pas assez d’actifs pour trop de retraités, l’équation semble insoluble. En outre, les fameux seniors ne travaillent pas assez ou plutôt ne trouvent pas assez de travail : en 2014, le taux d’emploi atteint 68 % pour les 55-59 ans et 25 % pour les 60-64 ans. Enfin, les taux d’activité et d’emploi des 65-69 ans demeurent très faibles, autour de 5-6 %. 

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L’imprévoyance générationnelle : Question taboue

En France, l’idée des inégalités entre générations figure comme un non-dit. La raison en est simple: mettant en cause plusieurs choix politiques opérés par les générations vieillissantes, les dettes publiques sans cesse reportées ou les invraisemblables ratés du système d’enseignement français, sans parler du patinage artistique autour de la réforme des retraites, elle est quasiment taboue. En fait, personne n’a envie d’endosser le fiasco d’un égoïsme générationnel.

On renvoie alors la responsabilité aux élites politiques qui nous gouvernent, oubliant que celles-ci ont été démocratiquement élues et que l’opinion publique est plus que jamais une boussole qui oriente leurs choix. De surcroit, (presque) toutes les familles éprouvent une solidarité face aux difficultés potentielles d’insertion de leur progéniture et déploient la panoplie du parent responsable: encouragement pour conduire au plus haut niveau scolaire, aide matérielle et morale pour accompagner au mieux vers l’autonomie, accueil lors des différents « pépins » qui peuvent survenir dans la vie du jeune adulte.

Cet effort est évidemment indexé sur les revenus de chaque famille – 54 % des 18-24 ans et 34 % des 25-34 ans reçoivent une aide financière de leurs parents (BVA 2014, Les Français et leur budget). Ainsi, les parents se posant en premier amortisseur de la crise de la reproduction sociale, la perception du conflit de génération existe à peine. Cette question objective n’est pas perçue subjectivement.

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Les inégalités entre riches et pauvres au plus haut depuis 30 ans (OCDE)

Les inégalités entre riches et pauvres ont atteint des niveaux record dans la plupart des pays de l’OCDE et restent plus élevées encore dans beaucoup d’économies émergentes, selon un rapport de l’organisation qui relève en particulier les écarts entre hommes et femmes.

Aujourd’hui, dans la zone OCDE qui regroupe 34 pays, les 10% les plus riches de la population ont un revenu 9,6 fois supérieur à celui des 10% les plus pauvres, alors que la proportion était de 7,1 fois dans les années 1980 et 9,1 fois dans les années 2000, selon un nouveau rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) publié jeudi.

Les inégalités sont encore plus criantes en termes de patrimoine, souligne le rapport.

“Nous avons atteint un point critique. Les inégalités dans les pays de l’OCDE n’ont jamais été aussi élevées depuis que nous les mesurons”, a déclaré le Secrétaire général de l’organisation, Angel Gurría, en présentant le rapport, à Paris, au côté de Marianne Thyssen, Commissaire européenne à l’emploi.

“En ne s’attaquant pas au problème des inégalités, les gouvernements affaiblissent le tissu social dans leur pays et compromettent leur croissance économique à long terme”, a-t-il ajouté.
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Joseph Stiglitz : « La crise grecque est pire qu’une guerre ! »

Pour aider la Grèce, il faut changer la politique économique de la zone euro, selon Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie 2001. “Ce que l’Europe a fait à la Grèce est inqualifiable. Le PIB des Grecs a chuté, tout comme les revenus des citoyens lambdas.

Joseph Stiglitz s’est rendu sur le plateau de Stéphanie Antoine aux côtés de Robert Johnson, président du New Economic Thinking, l’Institut pour une nouvelle réflexion économique. Tous deux sont à Paris pour la 6e conférence du think tank qui réunit pendant quatre jours étudiants et professeurs du monde entier et s’intitule : “Liberté, Égalité, Fragilité” . Au cœur des débats : les inégalités de revenus.

Le casse-tête de la croissance

Le monde est confronté à un dilemme majeur. Si une croissance économique rapide, comme celle des 50 dernières années, est essentielle au développement, nous savons aussi aujourd’hui qu’elle peut avoir des conséquences néfastes, en particulier pour l’environnement. Comment pouvons-nous équilibrer les impératifs de la croissance et du développement avec la nécessité de garantir la durabilité ?

La croissance sans précédent du revenu par habitant au cours des vingt dernières années a sorti plus d’un milliard de personnes de l’extrême pauvreté. Dans les pays en développement, l’espérance de vie a augmenté de 20 ans depuis le milieu des années 1970 et le taux d’analphabétisme des adultes a été réduit de moitié environ ces 30 dernières années.

Mais cette croissance économique rapide a exercé d’énormes pressions sur l’environnement. Elle a de plus été accompagnée d’inégalités croissantes des revenus qui ont aujourd’hui atteint des niveaux historiques dans plusieurs pays (même si entre les pays mêmes, ces inégalités se sont atténuées). Dans ce contexte, l’on pourrait défendre l’idée qu’une croissance plus lente serait bénéfique pour le monde.

Dans ce cas, la solution est en vue. Selon un nouveau rapport publié par le McKinsey Global Institute (MGI), le vieillissement démographique et la baisse du taux de fertilité dans plusieurs régions du monde pourraient considérablement freiner la croissance mondiale au cours du prochain demi siècle.
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Quels sont les pays les plus et les moins inégalitaires ?

Il ne s’agira ici que des inégalités de revenu. Pour cet exercice, on est totalement dépendant des bases de données mondiales. La moins mauvaise, que j’ai utilisée, est sans doute celle de la Banque mondiale. On est également dépendant de l’indicateur d’inégalités, et, au fil des ans c’est l’indice de Gini qui s’est imposé alors que d’autres, plus faciles à comprendre, auraient été aussi pertinents pour les citoyens et pour le débat public.

Mais dans de tels cas, les préférences des statisticiens, au demeurant compréhensibles sur le plan technique ou logique, l’emportent presque toujours sur l’accessibilité, ce que je trouve regrettable. Il faudrait au moins maintenir une double entrée.

Il faut juste savoir que le Gini est compris entre 0 et 100, 0 étant l’égalité parfaite et 100 l’inégalité extrême où un seul individu percevrait tous les revenus du pays. Mais plutôt que de vous faire un cours d’introduction à sa méthode de calcul (vous trouverez cela par exemple sur Wikipedia), voici comment interpréter aisément les chiffres qui vont suivre. Il existe en effet deux autres indicateurs très simples et QUI DISENT PRATIQUEMENT LA MÊME CHOSE.

Le premier est le rapport, dans chaque pays, entre le revenu total (ou le revenu moyen, c’est le même rapport) des 10% les plus riches et celui des 10% les plus pauvres. Jusqu’en 2008, on le trouvait encore dans les données mondiales, en particulier celles du PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement).
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Les milliardaires se sont enrichis de 92 milliards de dollars en 2014

Les 400 personnes les plus riches concentrent une fortune de 4.100 milliards de dollars, selon Bloomberg. Elle n’a augmenté « que » de 2,3 % cette année, malgré la montée en puissance des milliardaires chinois.


4.100 milliards de dollars. C’est le montant de la richesse des 400 personnes les plus riches de la terre selon Bloomberg. Elle s’est accrue de 92 milliards cette année, soit une progression de 2,3%. Une hausse moins impressionnante qu’en 2013, lorsque les 300 personnes les plus riches avaient vu leur fortune croître de 500 milliards de dollars.

La performance des Bourses mondiales, notamment dans les pays émergents (Russie, Brésil…) ou en Europe, peut expliquer le ralentissement de la croissance, surtout exprimé en dollars. L’indice MSCI World n’a ainsi progressé que de 4% cette année, contre +24% en 2013.

Sans surprise, Bill Gates demeure l’homme le plus riche du monde avec une fortune estimée par Bloomberg à 87,6 milliards de dollars (+9,1 milliards). Il devance Warren Buffett (+13,7 milliards à 74,5 milliards) qui a bien profité de la hausse de Wall Street pour ravir la deuxième place au mexicain Carlos Slim, dont la richesse a fondu de 628 millions en un an… Le principal perdant du Top 5 mondial s’appelle Amancio Ortega Gaona (-4,6 milliards à 61,8 milliards).
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Edward Snowden : « Nos droits sont en train d’être redéfinis en secret »

Le 28 octobre 2014, l’hebdomadaire américain The Nation a publié un grand entretien réalisé avec le lanceur d’alerte Edward Snowden [1]. Voici  une version exclusive de ce document en français.

Lundi 6 octobre 2014, les journalistes Katrina vanden Heuvel et Stephen F. Cohen se sont entretenus à Moscou, pendant près de quatre heures, avec l’ancien consultant des services secrets. Dans cet échange, Edward Snowden évoque sa situation et ses rapports avec les autorités russes. Il rappelle que ce sont les États-Unis qui l’empêchent de sortir de son « exil ».

L’ancien employé de la CIA et de la NSA (Agence nationale de sécurité) aborde plusieurs sujets centraux : est-il possible de renforcer le contrôle démocratique des actions des gouvernements et des entreprises sur Internet ? Si oui, de quelle manière ? Pourquoi est-il nécessaire de s’engager pour de nouvelles formes de « désobéissance civile » et de se battre pour défendre nos droits fondamentaux ?

Faut-il saluer les initiatives des pays qui prônent le renforcement de leur souveraineté digitale ? De quelle manière Internet recompose-t-il les relations sociales et les pratiques politiques au niveau planétaire ? Pourquoi faut-il élaborer une Magna Carta (Grande Charte des libertés) pour Internet ? Quels seraient les contours de nos nouveaux « droits numériques » ?

Enfin, Edward Snowden expose pourquoi, selon lui, l’organisation de la production mondiale et la robotisation progressive des économies imposent la mise en place d’un revenu garanti pour tous.

PARTIE 1 – De la nécessaire désobéissance civile

The Nation  : Nous sommes très heureux d’être ici avec vous. Nous venons souvent à Moscou pour notre travail et pour voir de vieux amis, mais, de votre côté, vous n’avez pas choisi de venir vivre en Russie. Arrivez-vous à travailler ici, à sortir et à rencontrer des gens ? Ou vous sentez-vous enfermé et vous ennuyez-vous ?
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Pauvreté, inégalités et privilèges

Inégalités et pauvreté font plus que jamais recette. À l’abri de la pensée unique, les articles et les ouvrages fleurissent sur ces thèmes et il n’est pas un media qui ne veuille clamer sa compassion à grand renfort de titres racoleurs et parfois au prix des pires amalgames et raccourcis.

Amplement imité, OXFAM n’hésite pas à dénoncer la richesse individuelle des 85 individus les plus nantis de la planète, comparée à celle (individuelle ou collective) des 3 milliards et demis des plus pauvres, omettant que les avoirs de ceux-là sont constitués pour l’essentiel d’investissements qui font vivre ou survivre ceux-ci.

Ce sont précisément ces richesses qui financent les outils de l’économie mondiale, laquelle emploie et rémunère ceux qui participent à l’accroissement de la richesse globale de la société ; et que réduire ce mécanisme à une comparaison de revenus n’a aucun sens, sinon celui d’une stupide provocation préjudiciable à tous, à commencer par les plus démunis.

Thomas Piketty nous fait partager ses interrogations, aux chiffres controversées, quant au meilleur niveau du partage capital-travail et Bill Gates en débat avec lui sur Internet. Dans le même temps l’INED, dans son bulletin “Population & Sociétés” traite des politiques familiales en France et en Europe et de leur évolution récente face à la crise, en ne précisant pas de quelle crise il s’agit ; économique ou démographique ?
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Misère Valley, les laissés-pour-compte de Google & Co

La richissime Silicon Valley a relégué ses SDF dans un immense camp, “The Jungle”. L’immobilier a explosé, chassant de chez eux les oubliés de la révolution high-tech.

This is America“, semble dire la bannière étoilée ondulant dans la brise automnale, plantée tout en haut d’un arbre. Perchée dans les cimes, une espèce de cabane en bois, la “demeure” la plus luxueuse de “The Jungle“, l’un des plus gros camps de SDF des États-Unis, situé à San José, dans la richissime Silicon Valley.

Elle a été construite par Troy, ex-charpentier qui s’est retrouvé dans la rue il y a deux ans. Elle est vide depuis deux mois. Il paraît que Troy a trouvé un logement. Il reviendra peut-être. On revient toujours dans la Jungle.

Deux mondes parallèles

Le camp ressemble à la vision apocalyptique et désolée d’un monde après destruction atomique, tout droit sorti d’un roman de science-fiction. C’est un immense bidonville de tentes à même le sol, poussiéreux et sale. Plusieurs centaines de personnes vivent dans cette zone d’environ 25 hectares, qui s’est considérablement étendue ces deux dernières années.

Il faut slalomer entre des montagnes de déchets s’accumulant entre les arbres. Les chiens aboient. Parfois, un pied sort d’une tente, on voit un corps, allongé sur un matelas par terre. Des silhouettes fantomatiques traînent dans les allées des chariots remplis de bric et de broc.
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Quand l’argent fait sécession

Après avoir connu une phase de repli entre la fin de la Première Guerre mondiale et les années 1960, les inégalités sont de nouveau en hausse. Jusqu’où les plus riches peuvent-ils creuser l’écart? Est-on condamné à revivre une fin de 19e siècle où les 10 % les plus riches détenaient 90 % des richesses? Quels sont les instruments de cohésion sociale à notre portée?

Dialogue entre Thomas Piketty, économiste et Thierry Pech, journaliste, dans le cadre du cycle de films “L’argent ne fait pas le bonheur (!)” au Forum des images, le 23 janvier 2014 à Paris.

États-Unis : La loi du plus riche à San Francisco

A San Francisco, les entreprises High tech comme Google fleurissent et leurs employés s’enrichissent à toute vitesse. Mais pour beaucoup d’habitants d’origine de San Francisco, les loyers sont devenus bien trop cher et ce boom économique tourne au cauchemar.

Visite au pays de Google, à la rencontre de Patricia qui risque d’être expulsée de chez elle, mais n’a pas l’intention de se laisser faire…

L’OCDE prévoit un tarissement de l’immigration d’ici 2060

Déjà cinq mois depuis la votation contre l’immigration de masse. Mais le choix des Suisse validé par les urnes le 9 février dernier pourrait être dépassé par les évolutions économiques et démographiques de fond à long terme: c’est pas seulement l’immigration de masse mais l’immigration en général (vers les pays d’Europe) qui devrait se tarir d’ici 2060. C’est en tout cas ce qui ressort d’une étude publiée voici quelques jours par l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE).

Pour expliquer ce tarissement progressif des flux migratoires vers les pays développés actuels de la part des pays émergents, les auteurs de l’étude avancent plusieurs raisons. En premier lieu un nivellement économique avec une croissance atone dans les pays du Nord et un rattrape progressif par les pays du Sud. Ensuite, et cela découle du premier argument, une demande croissante en main d’oeuvre qualifiée, dans tous les pays, qui va augmenter l’offre de places de travail attractives dans les pays en développement et restreindre les places proposées pour des postes peu qualifiés dans les pays riches.

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Capital humain et inégalités de revenu

Au cours des dernières décennies, la plupart des pays en développement ont fourni d’importants efforts pour éradiquer l’analphabétisme dans plusieurs millions de personnes. Par conséquent, les inégalités dans l’éducation ont été réduites de plus de moitié: le coefficient de Gini du capital humain est en moyenne passé de 0,55 en 1960 à 0,28 en 2005.

Cependant, malgré le processus d’égalisation dans l’éducation, les inégalités dans la réparation du revenu a peu changé. La valeur du coefficient de revenu moyen pour le même groupe de pays en 2005 (0,41) est pratiquement aussi élevée qu’en 1960 (0,42).

Cette tendance n’est pas restreinte aux seuls pays en développement : en 1960, le coefficient de Gini du capital humain dans les pays à haut revenu de l’OCDE s’élevait à 0,22 et s’établissait à 0,15 en 2005, tandis que le coefficient de Gini du revenu est resté inchangé à 0,3.

Cette étude analyse les données empiriques ci-dessus en détails et contribue à la littérature de plusieurs manières. Premièrement, l’étude fournit l’ensemble de données le plus complet sur les variables associées aux inégalités en capital humain, couvrant 146 pays sur une période de 60 ans. (…) Deuxièmement, en utilisant cet ensemble de données, l’étude montre quelques nouveaux faits stylisés particulièrement intéressant en ce qui concerne l’évolution des inégalités en capital humain et les inégalités de revenu. (…)

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Piketty : « Le capitalisme se mord la queue »

Un nouvel économiste crée aujourd’hui la polémique et il n’est pas de droite. Début avril, à la conférence de l’Institute of New Economic Thinking, à Toronto, l’ouvrage de Thomas Piketty, Le Capital au XXIe siècle, a été mentionné au moins une fois à chacune des séances auxquelles j’ai assisté. Il faut remonter aux années 1970, avec Milton Friedman, pour trouver un économiste ayant suscité un tel débat.

Comme Friedman, Piketty est un homme de son temps. Si durant les années 1970, les inquiétudes portaient sur l’inflation, aujourd’hui elles sont liées à l’émergence de ploutocrates et à leur impact sur l’économie et la société.

Piketty est convaincu que le niveau actuel des inégalités de richesse, qui est vouée à augmenter, compromet l’avenir du capitalisme. Et il le démontre. Cette thèse étonnante est très mal accueillie par ceux qui considèrent que le capitalisme et les inégalités sont interdépendants.

Selon cette idée, soutenue par le centre droit, le capitalisme a besoin des inégalités de richesse pour stimuler la prise de risques et les initiatives.
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Pays émergents : La nouvelle classe moyenne menacée de pauvreté

Près d’un milliard de personnes dans les pays en voie de développement courent à nouveau le risque d’être exclus de la classe moyenne naissante. Cela ressort d’une analyse du journal britannique Financial Times.

Cette constatation fait naître des questions sur le caractère durable de la diminution de la pauvreté ces 30 dernières années.L’inégalité croissante et le ralentissement mondial de la croissance économique créent en outre des problèmes pour des entreprises qui ont lourdement investi dans des marchés émergents.

On craint surtout l’impact d’une croissance ralentie sur la disparition d’une grande classe moyenne dans des pays comme la Chine et l’Inde qui ont dû supporter l’économie mondiale du 21e siècle.

Le Fonds Monétaire International a mis en garde auparavant contre une longue période de développement économique limité, alors que la Banque Mondiale a aussi annoncé que la croissance des économies émergentes pourrait retomber vu les évolutions avant l’éclatement de la crise financière mondiale il y a 6 ans.

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Europe : En pilotage automatique néo-libéral ?

Par Michel Santi, économiste, auteur de « L’Europe, chronique d’un fiasco politique et économique », de « Capitalism without conscience » . Son dernier ouvrage est  « Splendeurs et misères du libéralisme »  (l’Harmattan).

Une confiscation en bonne et due forme de l’appareil économique a été entreprise depuis la fin des années 70 par une infime minorité qui a redistribué en sa faveur le produit du travail des autres.

L’austérité tue

Ce ne sont effectivement pas tant nos usines, nos industries et nos entreprises qui ne sont pas ou plus productives. En fait, cette productivité a été monopolisée au bénéfice d’une élite qui a assisté – totalement indifférente- au creusement d’un fossé entre salaires réels et productivité.

L’Allemagne elle-même, qui s’érige en donneuse de leçon de productivité, n’a pu bénéficier d’une croissance au-dessus de la moyenne européenne qu’à la faveur de sacrifices constants exigés à sa population. Le moteur à l’exportation allemand ne rugit pas seulement par la grâce de la force productive de ses entreprises.

En réalité, c’est aux réformes dites « Hartz » entreprises dès 2003 – et qui ont consisté à transférer des ressources et des richesses du citoyen vers les entreprises et vers le secteur financier – que l’Allemagne doit d’avoir dopé ses exportations. Ce sont effectivement les réductions salariales et les réformes drastiques de son marché du travail qui ont amélioré notablement sa productivité, en y comprimant à l’extrême le coût du travail.

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Gérard Foucher : « Changer la monnaie pour changer le monde »

Conférence de Gérard Foucher au sujet de son ouvrage « Les secrets de la monnaie – changer la monnaie pour changer le monde » publié chez Yves Michel. Passionné de théâtre et aujourd’hui metteur en scène, l’auteur a également navigué 10 ans entre l’Afrique et les Caraïbes, sur un voilier de sa fabrication.

C’est en observant un monde répartissant les richesses de manière de plus en plus inégale qu’il est arrivé, à force de recherches et d’analyses, à la conclusion que « le code source » du fonctionnement de nos sociétés qu’est la monnaie est programmé pour générer ces inégalités.

Son intérêt pour ce sujet nous montre qu’il n’est pas réservé à une élite d’économistes ou de mathématiciens mais qu’il est bel et bien l’affaire de tous. Revenant brièvement sur les mécanismes de la création monétaire, Gérard Foucher évoque des solutions pour sortir de ce carcan et créer ensemble une société plus vertueuse.

Les taux de pauvreté des 100 plus grandes communes de France

De Neuilly à Roubaix, les taux de pauvreté s’échelonnent de 7 à 45 %. Le bureau d’études Compas publie les données des 100 plus grandes communes de France et des arrondissements de Paris, Lyon et Marseille. Extrait de Compas études.

Cette année, le bureau d’études Compas met un coup de projecteur particulier sur les arrondissements des trois plus grandes communes de France : Paris, Lyon et Marseille. Là aussi, les taux moyens masquent des inégalités considérables, avec des taux de pauvreté pouvant dépasser 40 % dans certains territoires.

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Garry Leech : « Que la révolution commence »

Traduction d’un texte de Garry Leech, journaliste indépendant et auteur du livre « Le Capitalisme, un génocide structurel » ; né en Grande-Bretagne, il donne des cours de science politique internationale dans une université canadienne. 

Qu’est-ce que nous attendons ? Combien de temps allons-nous rester assis à ne rien faire et à regarder les bellicistes politiques déployer leurs drones, leurs navires de guerre, leurs bombardiers furtifs, leurs missiles, nos fils et filles et, finalement, leurs armes nucléaires, contre les peuples les plus pauvres du monde ?

NDLR : Discours de Garry Leech reprenant (en anglais) le texte reproduit dans nos colonnes.

Combien de temps allons-nous rester indifférents aux entreprises bellicistes maniant leurs baguettes magiques bénéficiaires, qui remplissent à craquer leurs portefeuilles et leurs bedaines, pendant que des millions d’enfants meurent de faim et de maladies évitables ?

Combien de temps allons-nous accepter l’inégalité injuste des 1 % empochant une part largement disproportionnée de la richesse créée par le labeur des 99 % ? Combien de temps allons-nous accepter passivement la folie suicidaire consistant à violer et piller les ressources limitées de notre planète, au point qu’aucun de nous ne sera en mesure de survivre ? Que la révolution commence !

Et qu’en est-il de notre peur irrationnelle des armes de destruction massive dans les mains de terroristes, qui nous maintient paralysés et distraits des injustices quotidiennement perpétrées en notre nom ? Les plus mortelles des armes de destruction massive utilisées aujourd’hui dans le monde ne sont pas chimiques ou biologiques ; ce sont les règles établies par l’Organisation mondiale du commerce, le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et tous les soi-disants accords de libre-échange qui ne font qu’intensifier les inégalités au plan mondial, la souffrance humaine et la mort.

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Le piège du low cost

Une logique absurde s’est emparée du capitalisme financier. Le low cost en est un exemple. Comment des innovations, qui sont initialement susceptibles de faciliter la vie des plus pauvres, peuvent devenir des pièges inexorables au bénéfice des plus riches ?

Le piège fonctionne en deux temps. D’abord, sous le couvert de prix bas, il améliore le pouvoir d’achat d’une clientèle à moindre revenu. Ensuite, étendant son emprise sur la société, de manière insidieuse, il entraîne une dégradation des salaires et une explosion des inégalités à l’échelle mondiale. Tout cela est connu, mais il n’est pas inutile de résumer les faits pour les avoir clairement à l’esprit.

Il ne s’agit ni d’un complot ni d’un scandale de plus, mais bien d’une conséquence “rationnelle” d’un capitalisme financier qui s’est dévoyé.

Le low cost : une bonne idée au départ

A priori, l’idée paraît bonne, voire démocratique: permettre aux classes les plus modestes d’augmenter leur pouvoir d’achat grâce à des prix tirés vers le bas. C’est avec la fin des années 1970 et avec les années 80 que les enseignes de hard-discount commencent à populariser le modèle low cost auprès des classes défavorisées. Avec les années 2000, le modèle se généralise et l’on voit le low cost s’étendre progressivement à toute la sphère de consommation : de l’alimentation au textile, de l’automobile au transport aérien, de l’ameublement à l’hôtellerie, de la téléphonie à l’informatique, des assurances aux services à la personne.
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L’euro, la crise et le grand hold-up

Série internet basée sur le best-seller de Peter Mertens “Comment osent-ils ?- L’euro, la crise et le grand hold-up.

En cinq épisodes, nous cherchons qui sont les gagnants et les perdants de la crise de l’euro. En nous demandant avant tout : quelle Europe souhaitons-nous?

Partie 1: Une crise bancaire par semaine. Notre histoire commence à la chute du premier domino, lorsqu’éclata la bulle financière. Dans le présent épisode nous découvrons pourquoi les grandes réformes du secteur financier se font attendre.

Partie 2: Le sauvetage du secteur financier a coûté des milliers de milliards. Dans le présent épisode, nous voyons à qui la facture a été présentée.

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Une épidémiologiste à Beaubourg

Dans la série Paris vu par… les scientifiques, Maria Melchior s’intéresse aux inégalités sociales dans le domaine de la santé mentale. On la suit au centre Pompidou dont l’architecture originale et déroutante, avec ses enchevêtrements de tuyaux colorés, lui fait penser à ses recherches.

États-Unis : Détroit, société post-industrielle et décroissance forcée

Par Sophie Chapelle

La ville de Détroit, symbole du capitalisme et de l’industrie automobile, n’est plus que l’ombre d’elle-même. En cinq ans, ses habitants ont subi une brutale décroissance forcée : un taux de chômage exorbitant, un exode urbain sans précédent, des services publics délabrés. Pourtant, derrière les scènes de désolation, une société post-industrielle est en train de naître, grâce à l’expansion d’une agriculture urbaine et à l’émergence de solidarités de quartier. Basta ! a rencontré celles et ceux qui bâtissent une nouvelle cité sur les ruines de la Babylone déchue.

Des trottoirs et des parkings vides longent les vastes avenues. Une enfilade de magasins aux rideaux baissés quadrille le centre-ville de Détroit, berceau de l’industrie automobile américaine. Les banderoles « à vendre » et « à louer » se succèdent sur les façades des bâtiments. 80.000 logements seraient abandonnés, soit près de un sur cinq. Avec ses maisons saccagées, brûlées ou envahies par la végétation, « Motor City » donne l’impression d’une ville fantôme. Symbole de cette déroute, Détroit vient d’être mis sous la tutelle d’un « coordinateur d’urgence » pour au moins un an.

« Pendant les soixante-dix dernières années, les habitants de Détroit ont cru à tort que leurs vies étaient liées à General Motors, Ford et Chrysler, explique Maureen Taylor, militante depuis des années dans la lutte contre la pauvreté. Ils nous ont mis dans la tête que ce qui était bon pour eux était bon pour nous. Il nous fallait donc cesser de marcher et conduire des voitures. Et si nous n’aimions plus cette voiture, nous en achetions une autre. Cela a duré pendant des décennies mais aujourd’hui, c’est fini ».

Tournant le regard vers les rues désertes de Détroit, Maureen conte le quotidien de ses habitants les plus touchés par la crise. Des gens mourant de froid sur les trottoirs, des enfants retrouvés morts dans les maisons incendiées, un système de soin de santé inaccessible pour les bas-revenus, « un monde de fous » résume t-elle.

Exode urbain
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Recul des classes moyennes dans les “pays avancés”

Les inégalités ont progressé dans la grande majorité des pays riches, a averti lundi 3 juin l’Organisation internationale du travail (OIT), dans un rapport qui dénonce l’augmentation des salaires des hauts dirigeants et des profits des grandes entreprises. 

[...] La plupart des pays émergents et en développement connaissent une hausse de l’emploi et une réduction des inégalités de revenus, contrairement aux pays à revenu élevé, indique le rapport annuel de l’OIT sur le travail dans le monde.

À l’inverse, les inégalités de revenus ont augmenté dans les économies avancées au cours des deux dernières années, dans le contexte d’une hausse du chômage mondial – dont l’OIT prévoit qu’il passera de 200 millions aujourd’hui à près de 208 millions en 2015.

Des revenus moins inégaux dans les pays émergents
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Riccardo Petrella : «Halte au nouvel esclavage global !»

Politologue, économiste et professeur émérite à l’Université catholique de Louvain, Riccardo Petrella est une figure emblématique de l’altermondialisme. Fondateur du Groupe de Lisbonne, il a publié de nombreux ouvrages sur la marchandisation du monde, l’éducation, la mondialisation et le bien commun. Président de l’Institut Européen de Recherche sur la Politique de l’Eau (IERPE), il milite toujours activement pour un contrat social mondial fondé sur l’aspiration de toute personne et de tout peuple à la dignité, à la justice, à la liberté et à la paix.

Riccardo Petrella, insiste ici sur le fait que les pauvres sont en réalité des appauvriEs et que la pauvreté est le résultat d’un processus d’appauvrissement. Par la suite, il enchaîne sur ce qu’il nomme les « fabriques de l’appauvrissement ».

Parmi elles, il y a celle de l’inévitabilité de la pauvreté : « il y en a toujours eu et il y en aura toujours ». Elle a comme effet « d’individualiser » la pauvreté dans nos têtes : ce serait de la faute des personnes si elles sont pauvres, tout comme ce serait le mérite des personnes riches d’avoir fait des efforts pour le devenir.

Après avoir expliqué trois autres fabriques de l’appauvrissement (inégalité, injustice et exclusion, prédation de la vie), il poursuit sur la nécessité de mener une campagne visant à déclarer illégale la pauvreté.

Une telle campagne, déjà lancée en Italie, vise spécifiquement à rendre illégales des lois, des institutions et des pratiques sociales et collectives qui attaquent la démocratie, nuisent à la justice sociale et économique et entravent la citoyenneté. Il termine en invitant les mouvements sociaux du Québec à s’approprier cette campagne.

Cette conférence de Riccardo Petrella a eu lieu le 14 octobre 2012 dans le cadre de l’événement Pour que la solidarité mette fin à la pauvreté. Six idées qui changent le monde, un événement organisé par le Collectif pour un Québec sans pauvreté.

Pauvres de nous (Rediff.)

Historiens et économistes, dont Joseph Stiglitz, lauréat du Nobel d’économie, décrivent les multiples facettes de la misère selon les époques et les régions du monde. Aux temps préhistoriques, l’extrême précarité était le lot commun de tous les chasseurs-cueilleurs tandis qu’au Moyen Âge, elle semble devenir le moteur du système, avec la charité comme seul remède.

La pauvreté serait-elle la conséquence des déprédations et de la colonisation ? L’internationalisation des échanges et l’industrialisation seraient-elles à la racine du mal ? Des séquences d’animation viennent illustrer cette odyssée chronologique. Le film met en scène de multiples personnages plus pauvres les uns que les autres, et nous confronte à la fin à la misère moderne et à son origine principale : les inégalités…

Surplus : La consommation par la terreur

Cet essai en forme de collage réalisé autour de l’écrivain anarcho-primitiviste John Zerzan met en évidence les dérives et les dangers du développement effréné de nos sociétés de consommation et s’amuse habilement des propos irresponsables de nos dirigeants politiques et industriels.

“Surplus” dénonce les dérives du libéralisme, la coercition médiatique et publicitaire, la course insensée au profit, la surconsommation et son corollaire : la surexploitation des ressources et l’inégalité de répartition des richesses.

La violence extrême des manifestations des militants altermondialistes à Seattle, Gênes et Göteborg a ébranlé le monde entier. Surplus cherche à comprendre la rage de la jeune population contre notre société de consommation. Pourquoi abondance ne rime-t-elle plus avec jouissance ?

Collage, manipulation des sons et des synchronisations, répétitions suggestives, montage incisif, slogans martelés : le film utilise les mêmes techniques que la publicité et les shows télévisés. Ironique et sans concession, ce documentaire interroge plus qu’il ne dénonce ou ne donne de leçon…

Ayrault appelle les Français à accepter la mondialisation

La France doit tirer parti de la mondialisation et encourager la prise de risque sans renier son modèle économique et social, qui doit être «renouvelé», estime le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, dans une tribune publiée jeudi par Le Monde. Ce long texte précise le cap du gouvernement, qui entame avec son premier conseil des ministres de l’année douze mois difficiles sur le plan économique avec une feuille de route pour les six mois à venir.

«La France est à la croisée des chemins», écrit Jean-Marc Ayrault, qui souligne que le modèle politique, social et économique fondé depuis deux siècles est aujourd’hui fragilisé par les inégalités, la dette publique et le chômage. La montée des extrêmes dans les urnes et la défiance qui «paralyse nos relations sociales et politiques» obligent également la France à réinventer son modèle, sans rupture mais en refusant un prétendu «âge d’or», ajoute-t-il.

«La crise que nous traversons est d’abord économique et sociale. La tentation est grande d’en reporter la responsabilité sur autrui, d’accuser la libéralisation des échanges commerciaux et financiers, la concurrence des pays à bas coûts et les politiques conduites en Europe», poursuit le Premier ministre.

Il s’agit là d’une charge contre l’extrême droite et le Front de gauche, qui utilisent souvent ces arguments, mais aussi d’une pique à l’encontre du ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, chantre de la «démondialisation». Certes, souligne Jean-Marc Ayrault, «il n’est pas question de nier les dangers du néolibéralisme et du capitalisme financier», qui doit être régulé avec l’adoption de règles sociales et fiscales communes à l’échelle européenne.

«Mais n’oublions pas que la mondialisation est aussi l’occasion d’élargir la diffusion de nos produits, d’attirer des entreprises et des emplois et de bénéficier d’innovations venues d’ailleurs. La France, avec ses 120.000 entreprises exportatrices et sa créativité intacte, n’a aucun intérêt à se replier sur elle-même.»

20 Minutes

Megève : Voyage au sommet de l’oligarchie

Après les Zones industrielles picardes, Megève. Après les prolos, la France de tout en haut – et son tournoi de polo. On y allait comme le chrétien part en Terre Sainte : dans l’attente d’une révélation. Ici, l’exploitation allait se montrer à nue. Ici, nous allions découvrir leur secret, on titrerait genre « Le Mystère des Riches enfin résolu ! » Mais c’est justement l’inverse : Megève fonctionne comme un masque. Cette ville offre un négatif de la vie qu’ils imposent aux autres, ailleurs…

« Ici, Norbert Dentressangle est en train de se faire construire un énorme chalet. Ça doit valoir dans les 5 millions d’€, même plus… Sur votre droite, on passe devant chez Filipacchi, l’ancien patron d’Hachette… De l’autre côté, vous avez Givenchy… Et dans les parfums toujours, Lindsey Owen Jones, l’ex-PDG de l’Oréal… Tiens, c’est la famille Pollet. Mais si, vous connaissez : La Redoute… De ce côté-ci, les Rothschild installent tout un complexe de grand luxe… »

Sur les hauteurs de Megève, dans sa Panda 4×4, Anne-Catherine (on a changé le prénom, elle tient à sa réputation) nous offre un tour de CAC 40, les résidences d’hiver des grandes fortunes. Elle les connaît bien. Parce qu’elle en est, à moitié : unique héritière d’une boisson gazeuse, cédée à un groupe japonais. Parce qu’elle leur en a vendu, surtout, des villas perdues dans la montagne.
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Retraites : L’espérance de vie des plus pauvres est-elle en train de reculer ?

La retraite à 60 ans pour celles et ceux qui ont commencé à travailler très jeunes vient d’être rétablie par décret. Mais les inégalités devant la mort – et donc la retraite – demeurent : les ouvriers vivent en moyenne six ans de moins que les cadres. L’espérance de vie sans incapacité a diminué en France. En Allemagne, où les bas salaires se massifient, les plus pauvres ont même perdu deux ans d’espérance de vie alors qu’ils travaillent plus.

En France, l’espérance de vie en bonne santé diminue

Reculer l’âge de départ à la retraite pénalise avant tout les travailleurs les plus pauvres, qui vivent moins longtemps que les autres, alors même que l’espérance de vie générale continue d’augmenter. Une étude de l’Insee soulignait fin 2011 la constance des inégalités sociales face à la mort. Un homme cadre supérieur de 35 ans peut aujourd’hui espérer vivre jusqu’à 82 ans. Mais un ouvrier du même âge a une espérance de vie de seulement 76 ans, soit six ans de moins [2].

L’écart entre cadre et ouvrier atteint même dix ans pour l’espérance de vie en bonne santé, qui a baissé de presque un an en France entre 2009 et 2010 : 61,9 ans pour les hommes [3] (lire aussi notre article). L’écart est moins marqué chez les femmes, avec trois années de différence d’espérance de vie entre cadres et ouvrières. Mais les disparités demeurent : une ouvrière de 2012 est au même niveau qu’une cadre dans les années 1980.

Le risque de mourir plus tôt que la moyenne est aussi très différent selon les catégories sociales. Un ouvrier de 35 ans a, par exemple, deux fois plus de risque de mourir avant 60 ans qu’un cadre du même âge (13 % de risque contre 6 %) [4]. Ces écarts restent les mêmes depuis un quart de siècle (lire aussi : Toutes les 3 minutes, un salarié européen meurt à cause de son travail).

En Allemagne, l’espérance de vie des plus pauvres recule

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Grande-Bretagne : La plaie des inégalités salariales

Droite et gauche sont de plus en plus d’accord : le gouffre qui se creuse entre les rémunérations des chefs d’entreprises et les salaires moyens menace la classe moyenne et sape nos démocraties, écrit l’éditorialiste conservateur du Times Anatole Kaletsky.

Sir Henry William Beechey - Portrait des enfants de Sir Francis Ford donnant une pièce à un jeune mendiant

Dans les années qui viennent, quelle sera la plus grande menace pour notre mode de vie et notre démocratie ? Une récession à deux chiffres, le fardeau de la dette publique ou la guerre en Afghanistan ?

Aucun des trois, si l’on en croit deux des penseurs les plus affûtés qui, l’un de gauche et l’autre de droite, ne font pas mystère de leur accord sur un point : c’est l’inégalité, en particulier le gouffre qui ne cesse de se creuser entre les très riches et tous les autres, qui menace aujourd’hui le consensus social et la stabilité politique, non seulement en Grande-Bretagne, mais aussi en Amérique et en Europe, à un stade que l’on avait plus connu depuis l’époque sombre qui avait précédé les deux guerres mondiales.

Il y a peu, j’ai entendu l’ancien ministre conservateur Michael Portillo décrire la démocratie d’un ton sinistre comme “une expérience qui n’a pas fait ses preuves” et qui pourrait ne pas survivre au “désastre en cours” de l’inégalité. J’ai également lu Them and Us [Eux et Nous], le formidable nouveau livre de Will Hutton, qui affirme que la cause fondamentale de la crise financière a été le mépris de “l’équité” en tant que principe directeur de la réglementation financière, de la gestion économique et de la politique sociale.

Portillo l’admet, il est amèrement déçu par le comportement cupide et irresponsable de la riche élite financière et patronale britannique.

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La nouvelle bombe démographique

L’auteur de cet article est consultant auprès du gouvernement des USA (il a, par exemple, influencé Condoleeza Rice, quant à l’Iran).

Nous ne publions pas ce texte en raison d’une quelconque adhésion à son contenu, mais parce qu’il nous paraît révélateur d’un certain état d’esprit des élites étasuniennes, voire d’une stratégie sous-jacente.

La rédaction de Fortune

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D’ici à 2050, la démographie du monde va beaucoup évoluer et pose de nouveaux problèmes, bien différents de ceux de la surpopulation.

Il n’est pas possible de parler du développement économique sans évoquer une constante majeure : la démographie.

Dans un essai qui vient de paraître («The New Population Bomb, The Four Megatrends That Will Change the World», Foreign Affairs, janvier-février 2010), le professeur Jack A. Goldstone résume avec une pertinence décapante les enjeux d’un monde en pleine transformation, mais très largement sous-estimés.

Il rappelle qu’il y a quarante ans tout juste, le biologiste Paul Ehrlich lançait un cri d’alarme qui marqua les esprits. Au rythme actuel, écrivait-il, l’explosion de la population mondiale conduit à une famine massive à l’horizon des années 1970. Ce pronostic, qui marqua les esprits, ne s’est pas produit ; la révolution verte et le planning familial permirent de l’éviter.

Selon Jack A. Golstone, la «bombe» démographique demeure, mais elle a changé de nature. Ce n’est pas tant la surpopulation que l’on doit redouter mais l’inégalité de son développement qui engendrera des tensions nouvelles ; en particulier, l’accroissement spectaculaire des habitants dans une majorité de pays pauvres et le vieillissement des vieilles nations industrialisées.
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Le FMI attaque l’Europe

Le FMI ne tarit pas de critiques envers l’Europe. Laxiste, dépensière, il est temps de la “réformer.” Entendez par là baisser les prestations sociales, privatiser les services publics, démanteler le droit du travail. Les États-Unis qui pilotent le FMI et le milieu des affaires qui est aux commandes de l’économie pressent l’Europe de se dépouiller au plus vite de ses protections sociales. Que signifie l’arrivée du FMI sur la scène européenne ? Quel sont ses résultats passés ? Quel rôle jouent les États-Unis dans ce processus ? Éléments de réponse.

Le FMI qui a un bilan totalement désastreux dans les pays pauvres (voir les documentaires présentés ici) étend en ce moment sa politique à l’Europe. Depuis la fin des accords de Bretton Woods, cette institution pilotée par les États-Unis (majoritaires en voix) a systématiquement prôné la privatisation et la suppression des politiques sociales (fin des remboursements des frais de santé, fin des services publics etc.)

Si les peuples ne se défendent pas de façon concertée, il est probable que l’irruption du FMI sur la scène européenne ne signe le début d’un processus de tiers-mondisation du continent.

Il n’a jamais été présenté un éventail de remèdes disponibles à chaque pays selon sa situation propre, comme cela se pratiquait à la Banque Mondiale avant 1973. Ce sont toujours les mêmes recettes qui sont appliquées sans distinction et présentées comme une panacée par le FMI.

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