Faut-il craindre l’effondrement du système bancaire mondial ?

Depuis la crise des subprimes en 2008 et le renflouement des larges banques par la réserve fédérale (FED), rien ne permet d’affirmer que la situation économique mondiale a été assainie. Tout au contraire, un ensemble d’indicateurs laissent penser que le monde bancaire est au bord de l’abîme, « the edge of chaos» selon l’expression du spécialiste des systèmes Christopher Langton[1].

Certains se veulent rassurants, cependant que la chute des cours du brut fait craindre un choc pétrolier à l’envers qui mettrait en faillite une section importante du secteur énergétique, celle du « fracking » ainsi que les états américains dépendant de ses revenus[2]. D’autres, Steve Forbes et Elizabeth Ames en tête, mettent en garde contre l’effondrement du système économique mondial et suggèrent un retour au Gold Standard[3]. Y’a-t-il des raisons de faire confiance aux uns plutôt qu’aux autres ?

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Japon : au pays des robots

Ils remplacent les ouvriers dans les usines, les vendeurs dans les magasins. Ils tiennent même le rôle d’animateurs de maisons de retraite. Les robots ont envahi la vie quotidienne des Japonais.


Confronté à la décroissance démographique, l’archipel a fait le choix du robot.

Pierre-François Lemonier et Christophe Barreyre sont allés à la rencontre des plus célèbres concepteurs du pays et de leurs créatures venues du futur.

Merci à Olivier

Alexis Escudero : « La reproduction artificielle de l’humain »

L’ouvrage d’Alexis Escudero, La Reproduction artificielle de l’humain1, a suscité de vives polémiques dans les milieux politiques « radicaux » [de gauche NDLR], certains critiques allant jusqu’à le qualifier de réactionnaire et machiste2. [...] PMA et GPA ne signifient pas l’égalité des minorités et des majorités sexuelles dans leur rapport à la procréation, mais la soumission de tous et toutes à l’institution médicale, l’État, l’économie, et la tyrannie technologique. Telle est la position d’Alexis Escudero.

À rebours des positions qu’a tenue la gauche ces deux dernières années, les partisans de la liberté et de l’émancipation doivent s’opposer à la reproduction artificielle de l’humain et à ce qu’elle implique inévitablement : eugénisme, marchandisation des corps et du vivant, manipulation génétique des embryons, transhumanisme.[...]

La dernière publication de la sociologue canadienne Céline Lafontaine, Le Corps-marché3, ouvrage sur la marchandisation de la vie humaine dans la bioéconomie, pointe l’un des nœuds du désaccord : « La volonté affirmée par certaines auteures de s’affranchir des conceptions biologisantes et naturalisantes de la différence des sexes au profit d’une perspective purement constructiviste a favorisé un certain aveuglement face aux enjeux réels des biotechnologies, surtout en ce qui a trait aux technologies de la procréation assistée. »

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Croissance : Nous sommes proches de l’effondrement !

Quarante ans après sa publication, les prévisions de The Limits to Growth (Les Limites de la Croissance) ont été validées par une toute nouvelle étude australienne. Attendez-vous à l’apparition prochaine des premiers signes de l’effondrement mondial…

Le livre The Limits to Growth, qui prédisait que notre civilisation s’effondrerait probablement au cours de ce siècle, a été critiqué, depuis sa publication en 1972, comme relevant d’un fantasme apocalyptique. Il y a 12 ans, en 2002, le soi-disant expert en environnement, Bjorn Lomborg, l’a relégué dans les « poubelles de l’Histoire ».

Pourtant, là n’est pas sa place. Une recherche menée par l’université de Melbourne indique que les prévisions de ce livre étaient exactes, depuis 40 ans. Si nous continuons à suivre le scénario de ce livre, nous devons nous attendre à voir apparaître prochainement les premiers signes d’un effondrement mondial.

The Limit to Growth avait été commandé par un groupe de réflexion appelé le Club de Rome. Les chercheurs, dont les époux Donella et Dennis Meadows, travaillant en marge du M.I.T. (Massachusetts Institute of Technology), ont construit un modèle informatique pour suivre la trajectoire de l’économie mondiale et de l’environnement de la planète. Nommé « World3 », ce modèle informatique était à la pointe du progrès technologique.
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Un précurseur de la décroissance : William Morris ou l’utopie réalisée

La décroissance renoue aujourd’hui avec l’inspiration première du socialisme, celui qui a été qualifié non sans ambiguïté d’utopique. Mais voilà déjà quelques années, lorsque j’ai désigné William Morris comme un précurseur de la décroissance, j’ignorais le texte que le lecteur va découvrir.

Je ne connaissais de lui que son ouvrage le plus célèbre, News from nowhere (Nouvelles de nulle part), écrit en 1890 pour servir de feuilleton au Commonweal, le journal de la Socialist League. Or, incontestablement, nombre de penseurs auxquels se réfèrent les objecteurs de croissance ont été des utopistes, et souvent des hérétiques par rapport à la doxa de la gauche marxiste ; je pense à Paul Lafargue, Jacques Ellul, Ivan Illich, André Gorz, auxquels il conviendrait d’adjoindre Bernard Charbonneau, Cornelius Castoriadis, sans parler de Tolstoï, Gandhi, ou Thoreau.

À travers eux, la décroissance rejoint les fortes critiques des précurseurs du socialisme contre l’industrialisation et une vision non dogmatique de la construction d’une société plus juste. Relire ces penseurs, et William Morris en particulier, voire réévaluer le luddisme, ce mouvement de révolte contre les machines du début du XIXe siècle, permet de redonner sens au socialisme dans une vision écologique telle qu’elle a pu être développée chez André Gorz [1].

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Produire bio, un business comme les autres ? (Docu)

En Europe, les produits bio génèrent 21 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Un succès qui s’est accompagné d’une forte industrialisation des modes de production. Quant aux idéaux du commerce équitable, ils sont battus en brèche par ceux qui rémunèrent la main-d’œuvre à vil prix. Enquête sur un business qui n’est pas exempt de pratiques scandaleuses.

Réalisé par Christian Jentzsch (Allemagne 2014)

La forêt en danger d’industrialisation

Le projet de loi d’Avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt arrive au Sénat aujourd’hui. Un projet qui privilégie une gestion productiviste et industrielle de la forêt, et contre lequel de plus en plus de voix s’élèvent.

La forêt française est en danger. C’est l’alerte lancée par le collectif SOS Forêt depuis quelques mois. “On va tout cramer et dans vingt ans on n’aura plus de bois, s’inquiète Régis Lindeperg de l’Association Adret Morvan. Nous sommes à une période charnière.”

L’affaire est sérieuse, elle concerne 16,4 millions d’hectares en France métropolitaine, soit 29% de la surface de l’hexagone. Cela fait déjà quelques années qu’à travers toute la France, associations locales et syndicats des professionnels de la forêt s’inquiètent d’une industrialisation de la forêt française.

Le projet de loi d’Avenir pour l’Agriculture, l’Alimentation et la Forêt, qui arrive au Sénat ce mercredi, les a poussés à s’unir au sein du collectif SOS Forêt.

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Les Métamorphoses du paysage : L’ère industrielle (1964)

Les années 1960 sont pour Éric Rohmer des années de transition, entre les Cahiers du Cinéma et la réalisation cinématographique, marquées par une incursion à la télévision scolaire des années Malraux.

Il réalisera douze documentaires, dont le premier opus de la série: “Métamorphoses du paysage“, sur l’industrialisation du paysage français, catalogue de constructions industrielles photographiées en noir et blanc, sur lesquelles se pose une voix off volontiers plus poétique que didactique :

« Cette beauté est difficile. Difficile à découvrir, à admettre. Elle est paradoxale. Car il y a paradoxe à rechercher la beauté dans un monde qui lui tourne délibérément le dos. Un monde voué au chaos, à l’informe, au perpétuel changement, à l’inachevé. Un monde qui porte la marque, contrairement au monde champêtre ou urbain, moins de la joie créatrice de l’homme que de sa sueur et de sa peine ».

Cette série de films connut en son temps un succès très relatif auprès des gens de cinéma et qui, de l’aveu d’Éric Rohmer lui-même, ne s’avèrent finalement pas très pédagogiques car trop complexes pour des élèves de lycée, et ennuyeux pour les plus âgés, malgré parfois, une critique acerbe. Les images des paysages meurtries par la modernité sont, en revanche, appréciables.

La formation en Intelligence Economique à la croisée des chemins

Depuis vingt ans, nous cherchons à créer un état d’esprit favorable à une prise en compte de  l’usage de l’information. Si j’osais une comparaison historique un peu décalée, nous sommes encore loin d’égaler le niveau de ferveur des soldats de l’armée de l’an II. Or c’est justement la volonté de réagir sans trop savoir comment et avec une minorité potentiellement agissante que l’armée de l’an II a pu se transformer en une force capable de rivaliser avec toute une partie de l’Europe de la fin du XVIIIe siècle. La France du XXIe siècle entame à peine cette mutation dans un contexte de guerre économique.

Par Christian Harbulot

Les pays qui sont très avancés dans un tel processus sont les nouveaux entrants à l’image de la Chine qui développe depuis  30 ans un modèle d’accroissement de puissance par l’économie, reprenant à son compte les fruits du modèle japonais et sud-coréen. Ces économies combattantes ne fonctionnent pas comme les acteurs économiques du monde occidental. Mais le résultat est là : la Chine est en train de devenir la partie la plus dynamique du monde.

Face à ce monde en mouvement, on ne ressent pas dans notre pays l’âme d’un peuple, ni le partage de valeurs communes pour un combat utile à l’intérêt général.

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Et si le pétrole venait à manquer (Rediff.)

Le pétrole est le moteur du monde actuel. Jusqu’à maintenant, nous l’avons utilisé pour nous déplacer sur terre, sur mer et dans les airs, nous chauffer et pour entrer de plein fouet dans l’industrialisation du XXIe siècle. Qu’arriverait-il si nos ressources en pétrole s’épuisaient?

Scénarios catastrophes nous présente le monde comme nous ne pouvons l’imaginer, sans pétrole. Jusqu’à quel point devrions-nous changer nos habitudes de vie pour faire face à cette pénurie?

Les corporations de Strasbourg au Moyen Âge

Les corporations jouaient un rôle central dans le développement et l’essor commercial des grandes métropoles du Moyen Âge, comme Strasbourg, Cologne ou Lübeck, car elles constituaient le groupe social le plus important de la ville. Les corporations étaient représentées dans tous les domaines de la vie urbaine.

La majorité de la population apte à travailler en étaient membres ; les corporations dominaient le marché du travail ; les marchés, douanes (Kaufhäuser), boucheries et, éventuellement, le port déterminaient la topographie urbaine; comme la majorité des hommes en âge de porter les armes étaient rassemblés dans des corporations, celles-ci fournissaient les contingents les plus nombreux en cas de guerre, et elles assuraient quotidiennement des fonctions de police comme le service de guet et d’alerte incendie.

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Afrique du Sud : Les “BRICS” lancent leur banque de développement

Les dirigeants des pays émergents des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), réunis à Durban en Afrique du Sud, se sont mis d’accord mardi pour créer une banque de développement commune destinée à financer des infrastructures, qui devrait leur permettre de se passer de la Banque mondiale.

[...] Derrière le discours politique unificateur, qui consiste à dire que les Brics doivent constituer une force économique et politique pour s’affranchir des puissances occidentales, se dissimulent cependant des appréhensions africaines.

C’est de fait l’implantation massive en Afrique de la Chine, le géant des Brics, qui pose question, certains estimant que la Chine n’est plus un pays émergent, et que ses relations économiques avec le continent s’apparentent désormais à une nouvelle forme de colonialisme.

La nouvelle banque devrait être dotée d’un capital de départ de 50 milliards de dollars, soit 10 milliards par pays. Quand bien même elle devrait avoir du mal à réunir une telle somme qui correspond à 2,5% de son produit intérieur brut (PIB), l’Afrique du Sud en a fait une priorité. Elle espère trouver ainsi un moyen de financer son ambitieux programme d’infrastructures et aussi les projets des pays voisins.
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Pauvres de nous (Rediff.)

Historiens et économistes, dont Joseph Stiglitz, lauréat du Nobel d’économie, décrivent les multiples facettes de la misère selon les époques et les régions du monde. Aux temps préhistoriques, l’extrême précarité était le lot commun de tous les chasseurs-cueilleurs tandis qu’au Moyen Âge, elle semble devenir le moteur du système, avec la charité comme seul remède.

La pauvreté serait-elle la conséquence des déprédations et de la colonisation ? L’internationalisation des échanges et l’industrialisation seraient-elles à la racine du mal ? Des séquences d’animation viennent illustrer cette odyssée chronologique. Le film met en scène de multiples personnages plus pauvres les uns que les autres, et nous confronte à la fin à la misère moderne et à son origine principale : les inégalités…

France rurale : Un siècle de mutations

« Labourage et pâturage sont les deux mamelles dont la France est alimentée » aurait dit Sully, ministre du roi Henri IV. Depuis le Moyen Âge, la France a effectivement fondé sa puissance et sa richesse sur l’agriculture et le monde paysan.

Malgré les débuts de l’industrialisation, au milieu du XIXe siècle, plus de deux tiers des Français sont encore des ruraux lorsqu’éclate la guerre en 1914. Mais les deux conflits mondiaux vont précipiter la fin de la France paysanne. Pourtant, toute une mythologie subsiste dans l’inconscient collectif, construite sur des notions de racines et de valeurs campagnardes.

(Documentaire de François Lanzenberg – 2007)

Chine : La grande famine de Mao

Il y a une cinquantaine d’années, entre 1958 et 1962, la Chine a vécu une immense tragédie. Le « Grand bond en avant » conçu par Mao pour que la Chine dépasse à marche forcée la production de la Grande-Bretagne et gagne son autonomie face à son hégémonique voisin l’URSS, a entraîné une famine dramatique et provoqué la mort de 30 à 50 millions de personnes.

LoveMeatender : Par amour de la viande?

Réflexion sur la surconsommation de viande. L’industrialisation d’après-guerre nous apporta l’apparente opulence alimentaire. 50 ans plus tard, il serait temps de faire le bilan et de prendre les décisions qui s’imposent

(Merci à Gerard13)

La convivialité d’Ivan Illich

« La désaccoutumance de la croissance sera douloureuse. »

Dans une société riche, chacun est plus ou moins consommateur-usager ; de quelque manière, chacun joue son rôle dans la destruction du milieu. Le mythe transforme cette multiplicité de prédateurs en une majorité politique. En dépit de leur diversité individuelle, une commune adhésion à la croissance les réunit car leur satisfaction en dépend. La majorité silencieuse, gardienne des intérêts investis dans la croissance, paralyse toute action politique réelle. Les administrations croient stabiliser et harmoniser la croissance en affinant les mécanismes et les systèmes de contrôle, mais elles ne font que précipiter la méga-machine institutionnelle vers un seuil de mutation.

Essayer de susciter une ère à la fois hyperindustrielle et écologiquement réalisable, c’est accélérer la dégradation des autres composantes de l’équilibre multidimensionnel de la vie, le coût de la défense du statu quo monte en flèche. Les partis soutiennent un Etat dont le but avoué est la croissance du PNB, il n’y a rien à attendre d’eux lorsque le pire arrivera.

La crise écologique est traitée superficiellement lorsqu’on ne souligne pas que la mise en place de dispositifs antipolluants n’aura d’effets que si elle s’accompagne d’une diminution de la production globale. Autrement ces mesures transfèrent nos ordures chez nos voisins, les réservent à nos enfants, ou les déversent sur le tiers-monde. Juguler la pollution créée localement par une grande industrie exige des investissements, en matériel et énergie, qui recréent, ailleurs, le même dommage à plus large échelle. Si l’on rend obligatoires les dispositifs antipolluants, on ne fait qu’augmenter le coût unitaire de production. Certes, l’on conserve un peu d’air respirable pour la collectivité, dès lors que moins de gens peuvent s’offrir le luxe de conduire une voiture, de dormir dans une maison climatisée, ou de prendre l’avion pour aller pêcher enfin de semaine ; au lieu de dégrader l’environnement physique, on accentue les écarts sociaux.

Je crois que la croissance s’arrêtera d’elle-même.

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Nauru : Une île à la dérive (Rediff.)

Juliano Ribeiro Salgado a filmé le quotidien des habitants de Nauru, île cigale du Pacifique Sud, aujourd’hui ruinée. Un film sensible sur les ratés de l’industrialisation.

Nauru était le 2ème pays le plus riche du monde, et après avoir extrait tout le phosphate de son sol et détruit la terre cultivable et les forêts, il est désormais en banqueroute.


En 2004, la République de Nauru a fait faillite, laissant sa population sans un sou. Du jour au lendemain, ses habitants, qui vivaient richement des revenus du phosphate, ont réappris la débrouille, la pêche et la cuisine au feu de bois. Le réalisateur, Juliano Ribeiro Salgado, fils du célèbre photographe Sebastião Salgado, a promené sa caméra dans chaque recoin de cet îlot de 21 km2, longtemps fermé aux médias.

À travers les réservoirs d’eau à moitié vides, le centre de santé dévasté, une école où on apprend aux élèves à prendre soin de manuels devenus coûteux, le film prend la mesure des dégâts. La caméra s’attarde sur les visages, naturellement réservés, des Nauruans, captant l’expression fugace d’une culpabilité, de la résignation ou d’une colère.

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Il était une fois la Terre (1978)

“Le dernier épisode de Il était une fois… la Terre sort du contexte purement historique en présentant une vision prospective sur le futur de l’humanité. Cet épisode met l’accent sur les conséquences de la pollution, de l’amoncellement des déchets toxiques, de l’épuisement des ressources naturelles et de l’augmentation de la population humaine.

Le narrateur s’inquiète des conséquences environnementales de la croissance industrielle et souligne la dangerosité des conflits sociaux qui pourraient rendre cette situation explosive.

« Mais qui les écoute ? »

…la série est peu optimiste quant à la sagesse humaine : tandis que les mises en garde des experts se multiplient (« Mais qui les écoute ? »), les conseillers des dirigeants répètent inlassablement : « Tout va très bien, Monsieur le Président, tout va très bien, tout va très bien, tout va très bien ! » Finalement, l’humanité est détruite dans une guerre totale, et seuls survivent quelques astronautes, cosmonautes ou taïkonautes, hommes et femmes.

Capitalisme rhénan, politique industrielle et préférence communautaire pour sauver l’euro et l’emploi !

Par Marc Rousset

Les rafistolages monétaires de la BCE, quelques «obligations projet » et des interventions ponctuelles de la BEI ne serviront qu’à reporter l’éclatement de la zone euro si des mesures structurel les à long terme porteuses d’avenir, de croissance et d’emploi ne sont pas mises en place immédiatement.

Le “Ministère du redressement productif” ne doit pas devenir l’ambulancier de service des seules entreprises en difficulté avec des mesures électoralistes aussi démagogiques et inefficaces que coûteuses.

Fin de la logique financière anglo-saxonne de la primauté de l’actionnaire et retour au capitalisme industriel rhénan ainsi qu’à la préférence communautaire

Il faut en finir avec les profits à court terme, les stock options et opposer à la la logique de l’actionnaire, la logique à long terme des parties prenantes de l’entreprise (« stakeholders » ). L’entreprise doit penser avant tout à son développement et à sa survie à long terme. La finalité de l’entreprise n’est pas de satisfaire les intérêts immédiats des actionnaires, mais de prendre aussi en compte les attentes de tous ses ayants droits et plus particulièrement de son innovation, de sa recherche, de ses investissements et de la stabilité de son personnel.

Cette contradiction avec les intérêts de l’actionnaire et la pression des analystes financiers est en partie responsable de la désindustrialisation française. Mais la cause première est bel et bien le libre échange mondialiste qui ne met pas en place des droits de douane pour compenser les bas salaires, les coûts sociaux et les charges environnementales , ce qui oblige les entreprises à délocaliser . Le retour à la préférence communautaire est impératif pour la France !

Pour une politique industrielle de la France sous peine d’éclatement de la zone euro

IL faut tout d’abord poser en préambule que sans diminution des coût salariaux français et des prélèvements fiscaux dans les entreprises , sans redressement de la compétitivité, toute politique industrielle est vouée à l’échec car cela équivaudrait à des postures électorales , à élaborer en fait des stratégies industrielles reposant sur du sable.

Une politique industrielle doit contribuer essentiellement à produire des biens sur le territoire national en choisissant des créneaux judicieux afin de les exporter.

C’est tout à fait le contraire de ce que vient de faire Renault qui avec son usine de Tanger et sans protection douanière européenne a contribué à la politique industrielle marocaine, mais en aucun cas à une stratégie volontariste industrielle française . Pendant ce temps, les Etats-Unis imposent des droits de douane pour les cellules photovoltaïques provenant de la Chine dont le montant varie de 31% à 250% sur les entreprises !

Lire la suite de l’article sur Novopresss

« À bas les mécaniques ! »: du luddisme et de ses interprétations

Longtemps les résistances ouvrières à la première mécanisation ont été perçues comme étrangement passéistes, à contre-courant d’un siècle des Lumières qui faisait du « progrès » son mot d’ordre. En 1934 encore, l’historien Henri Hauser trouvait « bizarre » cette « agitation révolutionnaire d’un genre spécial ».

Le jugement de Marx en 1867, dans le livre I du Capital, avait été bien plus négatif ; à ses yeux, les briseurs de machines se trompaient de cible : « La machine est innocente des misères qu’elle entraîne », ce n’est qu’« entre les mains capitalistes » que celle-ci devient un « instrument d’asservissement ». Et de conclure, un rien condescendant envers ce qu’il considérait comme la marque d’un manque de conscience politique : « Il faut du temps et de l’expérience avant que les ouvriers, ayant appris à distinguer entre la machine et son emploi capitaliste, dirigent leurs attaques non contre le moyen matériel de production, mais contre son mode social d’exploitation. »

Marx ne faisait au fond que reprendre la condamnation unanime formulée par l’économie politique de son temps à l’encontre de toutes les formes de « luddisme » (ainsi qu’on le désignera, à la suite de la vague de bris de machines qui toucha les régions textiles anglaises en 1811-1812, sous le drapeau d’un hypothétique « général Ludd »).

Say, Malthus, Ricardo, notamment, ont imposé cette vision d’une révolte passéiste et sans avenir.

Outre-Manche, la fièvre luddite s’est concentrée en 1811-1812 dans trois régions assez proches. Les bris de machines sont d’abord le fait des bonnetiers des Midlands : partis du Nottinghamshire en mars 1811, les émeutes s’étendent aux comtés de Leicester et de Derby, et durent jusqu’en février 1812. Des troubles similaires éclatent dans la draperie du West Riding of Yorkshire en janvier 1812, où les violences atteignent leur apogée à Rawfolds, en avril, avec la célèbre attaque de la manufacture de William Cartwright, transformée en camp retranché face aux 150 assaillants.

Enfin, le nord-ouest cotonnier connaît des événements comparables autour de Manchester (Lancashire) et Stockport (Cheshire) entre février et avril 1812. La répression en vient à bout, mais ces régions connaissent encore des émeutes sporadiques jusqu’en 1817. Un trait commun rassemble ces mouvements et les distingue des révoltes ouvrières antérieures : la référence à « Ludd », qualifié de « roi », « général » ou « capitaine » selon les cas. Le bris de machines n’est certes pas une nouveauté : Londres a connu de tels mouvements en 1675, 1710 et 1768, Nottingham en 1778, et les attaques se sont multipliées dans les années 1790-1800. Mais c’est en 1811 que les ouvriers insurgés se sont donné un leader supposé, empruntant le nom d’un apprenti, Ned Ludd, qui aurait brisé un métier à tisser chez son maître en 1779, à Leicester. Dès lors, les révoltés ont signé du nom de « Ludd » leurs proclamations, ainsi que les pétitions et les nombreuses lettres de menaces qu’ils envoyaient aux propriétaires de machines et aux autorités. Le bris de machines est ensuite devenu « luddisme », sous la plume des époux Hammond.

Il ne s’agit pas simplement d’une réaction de défense de l’emploi face à la mécanisation de l’industrie textile. En Angleterre, l’intensité du mouvement ne se comprend que replacé dans le contexte général de dérégulation que connaît le monde artisanal et manufacturier dans les années 1800-1820 : le luddisme est une réaction à la disparition de la vieille législation dite « paternaliste » et au triomphe du laisser-faire dans les relations sociales manufacturières. La violence surgit quand les ouvriers ont épuisé les moyens légaux de défense des règles anciennes et des coutumes du métier (quand bien même les barrières protectrices qu’elles pouvaient représenter étaient en partie illusoires). Ils s’insurgent ainsi contre la prolétarisation manufacturière, leur rabaissement au statut de servant, au nom du passé coutumier. En cela, ils appartiennent effectivement à l’univers « pré-syndical », à l’esprit des guilds. Enfin, comme Edward Thompson l’a montré, le luddisme anglais se distingue aussi par sa dimension politique : en 1812, le mouvement est devenu quasi insurrectionnel, puisant dans la « tradition secrète » du militantisme radical et « jacobin ».

Rien de tel en France, où les bris de machines sont beaucoup plus diffus, ponctuels, étalés dans le temps et dans l’espace. François Jarrige a recensé quelque 120 cas, dont il ne donne malheureusement ni la carte ni la ventilation chronologique d’ensemble.

Lire l’intégralité de l’article sur le site revuedeslivres.net

Un autre ouvrage sur ce thème.

Inde : La « Révolution verte », évolution ou régression ?

Suite à la prise de son indépendance en 1947, l’Inde a directement voulu amorcer un processus d’industrialisation massive de son outil de production. Un tel projet ne pouvait être envisagé sans le développement préalable d’un secteur agricole suffisamment robuste pour subvenir aux besoins alimentaires primaires d’une armée de potentiels travailleurs industriels.

C’est par le biais d’une Révolution verte, dans les années 1960, que l’Inde a pu développer considérablement son agriculture. Notamment grâce à l’utilisation massive d’engrais chimiques et de pesticides. A court terme, ces produits ont engendré des rendements faramineux, bien au-delà des espérances des 650 millions de paysans indiens. Mais l’illusion verte a été de courte durée : terres rendues stériles, appauvrissement des sols, perturbation de l’équilibre de la biosphère,…

Autant de conséquences du productivisme démesuré en mal de rendements immédiats et nullement respectueux du processus long et laborieux de régénération des terres. A l’heure où des centaines de paysans indiens ne voient d’autres solutions que le suicide face à leurs difficultés, peut-on encore parler de « révolution » pour qualifier le développement agricole indien? L’industrialisation de l’Inde devait-elle se faire au détriment de sa population, pour la plupart dépendante du secteur agricole ?

Les conséquences économiques et écologiques de la Révolution verte en Inde

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Poutine propose à l’Europe un nouveau « design économique »

Les 25 et 26 novembre, le premier ministre russe Vladimir Poutine a effectué une nouvelle visite de deux jours en Allemagne pour rencontrer la chancelière Angela Merkel, et toute l’Europe attache une attention particulière à cet événement. C’est généralement le cas lorsque Moscou et Berlin ont l’intention de lancer des « exercices architecturaux » conjoints en Europe. Mais à l’époque actuelle, alors que l’Union Européenne souffre toujours de la « pathologie affectant l’euro » et que presque tous les pays de l’UE sont contaminés, l’Allemagne est la seule à s’en remettre et ce phénomène suscite une attention d’autant plus grande.

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Comment les puissants sont réellement devenus puissants – Du protectionnisme au libre-échangisme, une conversion opportuniste

Par Ha-Joon Chang, professeur à la faculté d’économie et de politique de l’université de Cambridge (Royaume-Uni) ; auteur de « Kicking Away the Ladder. Development Strategy in Historical Perspective », Anthem Press, Londres, 2002 (Prix Gunnar Myrdal 2003)

Les libre-échangistes ont remporté des victoires significatives au cours des deux dernières décennies. Depuis le début de la crise de la dette de 1982 et de l’imposition des programmes d’ajustement structurel par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, de nombreux pays en voie de développement ont radicalement libéralisé leur commerce.

L’effondrement du communisme, en 1991, a ouvert de nouveaux et vastes espaces au libre-échange. Pendant les années 1990, d’importants accords régionaux ont été signés, dont l’accord de libre-échange nord-américain (Alena) qui regroupe le Canada, les Etats-Unis et le Mexique. Pour couronner le tout, les négociations du cycle de l’Uruguay de l’accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT), conclues à Marrakech en 1994, ont débouché sur la naissance de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995.

Si importants que soient ces succès, les libre-échangistes ne s’en satisfont pas. Au sein de l’OMC, représentants des Etats développés en tête, ils continuent à faire pression pour des baisses des tarifs douaniers encore plus fortes et plus rapides, et un élargissement de la compétence de cette organisation à des domaines ne figurant pas dans son mandat initial, par exemple l’investissement à l’étranger et la concurrence.

Les partisans du libre-échange croient agir dans le sens de l’Histoire. Selon eux, cette politique est à l’origine de la richesse des pays développés ; d’où leur critique des pays en voie de développement qui refusent d’adopter une recette aussi éprouvée. Rien n’est pourtant plus éloigné de la réalité.

Les faits historiques sont sans appel : quand les pays actuellement développés étaient encore en développement, ils n’ont mené pratiquement aucune des politiques qu’ils préconisent. Et nulle part l’écart entre le mythe et la réalité historique n’est aussi flagrant que dans les cas de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis.

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Obésité, malbouffe, maladie : enquête sur les vrais coupables

En trente ans, à notre insu, l’alimentation a changé dans des proportions dramatiques. Désormais les fruits et légumes sont chargés de pesticides cancérigènes, les desserts sont saturés en acides gras nocifs, certaines saucisses entraînent des mutations de l’ADN humain et des steaks hachés contiennent la viande de… quatre cents vaches différentes !

Science-fiction ? Activisme ? Paranoïa ? Non, rien de tout cela mais une réalité établie et confortée par de nombreuses études scientifiques qui aboutissent à la même conclusion : suivant l’exemple américain, l’espérance de vie de nos enfants sera plus courte que la nôtre.

William Reymond est un journaliste d’enquête indépendant. Dans son livre “Toxic – Obésité, malbouffe et maladies : enquête sur les vrais coupables“, il révèle les dessous de la production alimentaire industrielle. Il se penche plus particulièrement sur l’impact de l’industrialisation agroalimentaire sur la santé des populations, dont le plus apparent est la pandémie d’obésité à l’échelle mondiale.

Partie 1:

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Chaque année, la planète perd l’équivalent de l’Italie en surfaces cultivées

Jusqu’à 30 millions d’hectares de surfaces cultivées, soit l’équivalent de la superficie de l’Italie, sont perdus chaque année du fait de la dégradation de l’environnement, de l’industrialisation et de l’urbanisation, a souligné jeudi 21 octobre un rapport de l’ONU.

« American way of life » - Photo d'Alex MacLean (USA)

« Cette tendance a des conséquences dramatiques pour des centaines de millions d’agriculteurs, de pêcheurs ou de peuples indigènes », a noté Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, lors de la présentation de son rapport (consultable en français et en PDF).

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La nouvelle bombe démographique

L’auteur de cet article est consultant auprès du gouvernement des USA (il a, par exemple, influencé Condoleeza Rice, quant à l’Iran).

Nous ne publions pas ce texte en raison d’une quelconque adhésion à son contenu, mais parce qu’il nous paraît révélateur d’un certain état d’esprit des élites étasuniennes, voire d’une stratégie sous-jacente.

La rédaction de Fortune

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D’ici à 2050, la démographie du monde va beaucoup évoluer et pose de nouveaux problèmes, bien différents de ceux de la surpopulation.

Il n’est pas possible de parler du développement économique sans évoquer une constante majeure : la démographie.

Dans un essai qui vient de paraître («The New Population Bomb, The Four Megatrends That Will Change the World», Foreign Affairs, janvier-février 2010), le professeur Jack A. Goldstone résume avec une pertinence décapante les enjeux d’un monde en pleine transformation, mais très largement sous-estimés.

Il rappelle qu’il y a quarante ans tout juste, le biologiste Paul Ehrlich lançait un cri d’alarme qui marqua les esprits. Au rythme actuel, écrivait-il, l’explosion de la population mondiale conduit à une famine massive à l’horizon des années 1970. Ce pronostic, qui marqua les esprits, ne s’est pas produit ; la révolution verte et le planning familial permirent de l’éviter.

Selon Jack A. Golstone, la «bombe» démographique demeure, mais elle a changé de nature. Ce n’est pas tant la surpopulation que l’on doit redouter mais l’inégalité de son développement qui engendrera des tensions nouvelles ; en particulier, l’accroissement spectaculaire des habitants dans une majorité de pays pauvres et le vieillissement des vieilles nations industrialisées.
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Implosion occidentale et croissance chinoise

Une tribune libre de Michel Drac

La plupart des Occidentaux sont encore aujourd’hui convaincus que les USA possèdent une économie infiniment plus puissante, performante et créatrice de richesses que l’économie chinoise.

Il est fréquent qu’on vous oppose, quand vous évoquez la montée en puissance de la Chine, le ratio qui existe entre le PIB US au taux de change courant (14 400 milliards de dollars en 2008) et son équivalent chinois (4 300 milliards pour la même année), soit à peu près le chiffre magique de 3.

Voyons, comment pouvez-vous évoquer une situation de quasi-parité entre Chine et USA en termes de puissance économique, alors que le PIB des USA est trois fois plus gros que celui de la Chine ? Et comment pouvez-vous dire que le système US n’est pas forcément plus performant que le système chinois, alors que les USA, quatre fois moins peuplés que la Chine, ont un PIB trois fois plus important ? Voyons, le PIB par habitant des USA est 13 fois plus élevé que celui de la Chine !

Pour mesurer à quel point ce type d’interrogation est en soi révélateur de la confusion carte/territoire qui constitue, dans l’actuelle phase de paraphrénie collective, l’essence du mode de pensée de nos contemporains occidentaux, il faut ici rappeler quelques évidences.

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