Jacques Attali : « Integrex »

Comme prévu, l’humanité est et sera de plus en plus nomade. Plus de 200 millions de gens vivent déjà sur un autre continent que celui où ils sont nés. Et, quels que soient les barrières et les murs dressés, ils seront plus de 500 millions dans ce cas en 2050.

“Freedom not Frontex” (Liberté pas Frontex)

Alors, que faire? La tentation naturelle est et sera de refuser ces « envahisseurs », ces « intrus » ; de pourchasser, d’arrêter, d’expulser ceux qui se glissent illégalement dans les trop rares lieux d’abondance et de paix du monde. Qui peut en vouloir à ceux qui fuient la violence? Qui peut en vouloir à ceux qui prennent peur pour leur tranquillité?

Mais fermer les frontières devant les gens entraînera inévitablement leur fermeture, un jour, devant les marchandises, les capitaux et les idées. La dictature et la confrontation en découleront, comme ce fut si souvent le cas dans le passé. De même, ouvrir à tout vent conduirait à des désastres innombrables. Donc, que faire?

La politique vise justement à trouver un compromis entre ces deux extrêmes tout aussi inacceptables. En Europe, une politique de fermeture ou d’ouverture. ne peut être nationale, car il suffit d’une anicroche, dans une maille du filet, pour qu’il soit inopérant.
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La crise accélère la désindustrialisation de la France

Total doit officialiser aujourd’hui [1er février 2010] la fermeture de sa raffinerie de Dunkerque. Un exemple spectaculaire de la façon dont la crise accélère la désindustrialisation de la France. Une croissance en berne, des coûts de production élevés : ce n’est plus en Europe, mais dans les pays émergents que les industriels investissent.

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Dunkerque, ville symbole. Le 19 novembre 1988, le Premier ministre d’alors, Michel Rocard, annonçait « une très grande et très bonne nouvelle économique pour la France » : la construction par Pechiney d’une usine d’aluminium à Dunkerque.

Vingt ans plus tard, où en est-on ? Pour la ville du Nord, ce lundi est à marquer d’une pierre noire. Rexam, le groupe britannique qui avait repris l’usine de boîtes-boissons de Pechiney en 2001, a fait une croix sur ce site. Il doit envoyer aujourd’hui les lettres de licenciement à son personnel. Sur un marché en surcapacité, l’usine sortie de terre en 1991 n’était plus compétitive, selon la direction.

C’est ce lundi, aussi, que Total doit officialiser la fermeture de sa raffinerie des Flandres, autre cathédrale industrielle de la région. La raffinerie, qui emploie 370 salariés et 450 sous-traitants, est à l’arrêt depuis mi-septembre. Elle ne devrait pas redémarrer et serait transformée en dépôt.

Total gagne de l’argent, bien sûr. Dans dix jours, le champion français devrait dévoiler un bénéfice annuel d’environ 8 milliards d’euros. Mais ces profits ne viennent pas de la raffinerie des Flandres qui, elle, est déficitaire. D’où la décision de fermer l’unité, malgré la polémique qui s’annonce.

Dunkerque est un bon miroir de l’industrie française. Malgré le volontarisme politique qui a amené à créer des sites comme ceux de Pechiney, l’industrie ne cesse de perdre du terrain en France.
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