États-Unis : Zéro loyer à Slab City

À Slab City, dans le désert du Colorado, il n’y a pas de maire, de policiers ou de médecins. Et pas d’électricité non plus, de gaz, ni d’eau courante. En contrepartie, chacun mène sa vie comme il l’entend.

Slab City est probablement l’endroit le plus insolite d’Amérique du Nord. Marginaux, artistes, hippies et anarchistes vivent ici dans des mobil homes et autres camionnettes – avec zéro loyer et zéro contrainte.

La révolution tranquille des enfants de hippies

Son enfance à elle fut « un enchantement » qu’elle se remémore en quelques mots, et en souriant. Une ferme au pied du mont Ventoux, dans un petit village de la Drôme provençale. Les chèvres, les fromages vendus au marché, la forêt comme liberté, l’anticonformisme pour éducation. Devenue chercheuse en sociologie au CNRS, Julie Pagis a voulu nuancer le portrait, trop souvent dressé, d’une génération meurtrie d’enfants de soixante-huitards.

Son livre “Mai 68, un pavé dans leur histoire“, récemment paru, s’appuie sur près de deux cents témoins dont les parents ont activement participé aux événements. Désormais âgés de 33 à 47 ans, ils ne partagent pas tous, loin de là, le souvenir d’une enfance volée par le militantisme de leurs parents.

« Certains ont souffert, c’est évident, mais ils ne sont pas majoritaires », assure Julie Pagis, qui a d’abord soutenu une thèse sur le sujet à l’EHESS. En revanche, tous demeurent profondément marqués par ces années entre Mao et poncho.

La sociologue elle-même en fait la preuve, qui se dit « produit de 68 », et a dédié son livre « à Agnès et Jean-Jacques », les parents qu’elle n’a jamais appelés qu’ainsi. La petite Julie aux cheveux courts qui aimait tant conduire les tracteurs, « gosse de hippies sentant la chèvre et pleine de poux » pour ses camarades de classe, a fait de sa différence une force. Entrée première à l’École normale supérieure, en biologie, elle n’a pas hésité à sortir de ce chemin tout tracé.
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