Gunther Anders : De la désuétude de l’homme

La technique désacralise tout même si elle apparaît souvent comme magique et indispensable. La technique actuelle est très différente des sociétés antérieures. Les moyens dont nous disposons sont disproportionnés par rapport à nos capacités d’humains. Les humains sont vite limités, les machines ne le sont pas. La compréhension des finalités de nos ensembles techniques est très difficile.

La technique englobe tout. Notre vie est enserrée dans la technique, qu’elle soit machinique ou organisationnelle. Dans notre vie, selon Gunther Anders, il existe deux types de travail, celui de la journée et celui du soir ou du week-end, du temps libre. Le premier concerne la production, le second celui de la consommation.

La production des marchandises produit aussi la demande, l’offre sollicite la demande. Il y a une sorte d’inversion avec le développement de la science et de la technique. La publicité est en charge de faire écouler la production pour que se réalise le capital. Il y a bien un travail humain au service de la consommation.

Anders parle de l’importance de la télévision dans ces dispositifs. La télévision a pour fonction de produire le monde. Elle prend le relais des grands systèmes religieux et philosophiques. C’est la télévision qui donne maintenant une vision d’ensemble. La télévision nous rend consommateur du monde. Gunther Anders a observé la société américaine, où l’influence de la télévision était perceptible dès les années 40.
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Modernité et modération (Audio)

Émission “Répliques” d’Alain Finkielkraut  avec Rémi Brague, professeur émérite de philosophie à Paris I et à l’université de Munich et Olivier Rey, chercheur au CNRS, enseignant à l’École polytechnique et à l’université Panthéon-Sorbonne, philosophe, diffusée sur France Culture le 17/01/2015.

Jacob Peter Gowi, la Chute d’Icare, XVIIè siècle

Modérer la modernité reviendrait à imposer une limite, une mesure, à l’hybris technicienne qui, dans son fantasme progressiste, ne peut se penser que dans l’illimitation et la transgression permanente. Cela est-il seulement possible ?

Nous ne pouvons apparemment plus compter sur la philosophie pour nous y aider, car elle a perdu le sens du proportionnel en confiant le domaine du mesurable, du quantitatif, aux scientifiques pour se réserver le domaine du qualitatif : les concepts créés n’ont alors plus aucun lien avec le réel. D’où pourrait venir la solution ?

Alain Gras : Le socio-système énergétique

Le socio-système énergétique / Alain Gras, in “Socio-énergie. 1ères Journées internationales de sociologie de l’énergie” organisées par le Centre d’Étude et de Recherche Travail, Organisation, Pouvoir (CERTOP, Université Toulouse-Le Mirail) en partenariat avec l’Association internationale des sociologues de langue française (AISLF) et l’Association française de sociologie (AFS), Université Toulouse II-Le Mirail, 25-26 octobre 2012.

Pour Alain Gras, “L’histoire du concept d’énergie accompagne l’histoire d’une civilisation qui est pénétrée de la notion de puissance. Une puissance qu’elle exerce sur notre environnement et le terme lui-même d’ailleurs le sous-entend. Communément, par exemple, l’énergie d’une bombe atomique parle tout de suite à notre imaginaire“. De la locomotive à vapeur et du télégraphe, au nucléaire et au projet Desertec, c’est le panorama d’une société industrielle, de son développement technologique et de sa dépendance à l’énergie fossile, qui est brossé dans cette communication.

En s’appuyant sur les recherches en économie (Nicholas Georgescu-Roegen, les prospectives du Club de Rome), en démographie (celles de Paul Chifurka notamment),   sur la philosophie (Heidegger, Descartes, Tocqueville…), sur les notions de “pic pétrolier”, de paradoxe de Jevons, d’effet rebond…, Alain Gras dresse les jalons d’une histoire sociologique de l’énergie (et de la thermodynamique), qui, pour lui, n’est pas seulement un phénomène politique et militaire, mais qui est un phénomène social total, au sens de Marcel Mauss. Si Alain Gras parle de décroissance énergétique, il espère avant tout un changement de relation de l’homme avec la nature, un changement d’imaginaire où se réinsérerait le pouvoir du peuple dans les choix de société, dans les choix technologiques du futur.