Du fer à la finance : L’empire Wendel

La dynastie Wendel, fleuron de la sidérurgie française au XIXe siècle, a survécu à tous les bouleversements économiques depuis la première révolution industrielle. Avec la crise de la sidérurgie dans les années 1970, l’empire lorrain des Wendel est nationalisé. Ses dettes sont rachetées.

L’État français lui laisse ses participations financières dans quelques entreprises rentables. La dynastie confie alors son destin au baron Ernest-Antoine Seillière, qui transforme le groupe industriel en un empire financier.

Celui-ci transforme radicalement la stratégie familiale et modifie le groupe industriel en un empire financier. Dans le même temps, il prend la tête du Medef et participe ainsi à tous les niveaux au mouvement de financiarisation de l’économie française.

A travers la saga des Wendel, Patrick Benquet décortique parfaitement la mutation d’un capitalisme industriel volontiers paternaliste en un capitalisme sans foi ni loi, dont le seul dessein est d’enrichir grassement ses actionnaires.

Aides à la presse : Un scandale qui dure

Par Sébastien Fontenelle, journaliste. Auteur d’Editocrates sous perfusion, Libertalia, Paris, 2014.

Instaurées en France dès la fin du XVIIIe siècle pour « encourager la libre communication des pensées entre les citoyens », les aides de l’État à la presse n’étaient destinées qu’aux publications d’intérêt général. Elles profitent désormais aux groupes puissants, sans que leur contribution au débat démocratique saute aux yeux. Pourtant, les procureurs les plus inflexibles de la réduction des dépenses publiques restent cois…

Fustiger la dépense publique en exhortant à la réduire est devenu une discipline journalistique à part entière dans la presse française. Certains s’illustrent par l’excellence de leurs performances en la matière : on pense ici à Franz-Olivier Giesbert, qui reste rarement plus de deux semaines sans proclamer, dans l’hebdomadaire Le Point, que « la France doit cesser de dépenser plus qu’elle ne produit. Autrement dit, faire maigre (1) ».

De 2009 à 2013, Le Monde a été doté par l’État de 90 millions d’euros. Durant la même période, Le Figaro du sénateur Dassault a été nanti de 85,9 millions — cependant que Le Point devait se contenter de 22,9 petits millions…

Le propriétaire du Figaro, le sénateur (Union pour un mouvement populaire) et avionneur Serge Dassault, réclame lui aussi régulièrement qu’« on supprime toutes les aides », car « il ne faut pas que l’État aille donner de l’argent » (2) — sauf naturellement quand la puissance publique débloque 1 milliard d’euros pour moderniser l’avion de chasse produit par l’industriel, comme en janvier dernier…
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