La France sera une victime lors de la prochaine crise

Loin de se résorber, le déficit de notre balance commerciale stagne, preuve que nos entreprises n’ont pas renoué avec la compétitivité. Or, malgré le bouclier de la zone euro, c’est un facteur de fragilité majeur.

Dans son projet de budget pour 2016, le gouvernement prévoit que la balance commerciale de la France sera déficitaire de 40,3 milliards d’euros contre 40,5 milliards cette année. Le déficit français (1,8 % du PIB), qui se range parmi les plus importants de la zone euro, ne se résorbe pas. Il a reculé en 2014 et 2015, mais uniquement à cause de la chute des prix du pétrole ; hors effet baril, il a tendance à se creuser.

Tous les « efforts » que le gouvernement fait en faveur de l’économie de l’offre, le Cice, le pacte de responsabilité, les aides aux PME, etc., devraient un jour se traduire par des embauches. Telle est l’ambition affichée, celle de la lutte contre le chômage. Mais, en attendant que cette courbe s’inverse, la politique de l’offre devrait conduire plus certainement à un regain de compétitivité des produits français, à une reconquête des parts de marché et à une réduction du déficit de la balance commerciale. Ce n’est pas le cas.

La balance courante de la France (qui, outre le commerce des biens, comprend celui des services et des capitaux) s’est dégradée en 2014. Le déficit a été de 19,7 milliards d’euros, soit 0,9 % du PIB, contre 17,1 milliards en 2013. La France a besoin des apports de capitaux étrangers. Cette fragilité est fondamentale.
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En 1931, Moody’s conduisait déjà la Grèce au chaos

L’économiste Jean-Marc Daniel rappelle cet épisode historique méconnu qui a vu l’agence Moody’s dégrader la note de la Grèce, générant des troubles sociaux et politiques dans le pays avant l’arrivée au pouvoir du général Metaxas, fasciné par les régimes fascistes. Moody’s exprimera ses regrets, annoncera la fin de la notation des dettes publiques avant de ressortir son funeste carnet de notes en 1975.

En 1909, John Moody, journaliste financier reconverti, crée la notation stricto sensu : sa société jauge les risques en s’appuyant sur une grille de notes, qui permet de résumer les risques pris par le créancier. S & P suit en 1916 et Fitch en 1924. La notation des États débute, elle, dès 1918…

Au début des années 1930, le Trésor américain reproche aux agences de notation de n’avoir pas vu venir les faillites en chaîne des banques et la crise boursière de l’automne 1929. Elles entreprennent dès lors d‘élargir leur champ de compétence à la dette des états. Pendant la Grande Dépression, de nombreux pays européens n’ont pu faire face à leur dette : l’Allemagne, la Grèce, la Hongrie, la Roumanie.

Mais les agences de notation ont alors essentiellement dans leur collimateur des pays latino-américains, victimes de la chute des cours des matières premières. Les agences baissent la note du Brésil et de la Bolivie, qui fera défaut en janvier 1931.
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Grèce : Les retraités de l’austérité

Le 20 juillet 2015, les banques grecques rouvraient leurs portes après trois semaines de paralysie. Le 14 août, le Parlement grec votait un troisième plan d’aide au pays, d’un montant de 85 milliards d’euros, assorti de mesures d’austérité drastiques.

On ne compte plus les douloureuses péripéties d’une crise économique, politique et humanitaire qui n’en finit pas. Mais si l’immense majorité des Grecs est durement touchée par la succession des plans d’austérité, les retraités sont apparus comme une population particulièrement vulnérable, d’autant que le montant des pensions, jugées trop généreuses, est un point central des négociations avec les créanciers.

Ils avaient l’âge de la retraite ou presque quand leur pays est entré dans la Communauté économique européenne, le 1er janvier 1981, moins de dix ans après la fin de la dictature des colonels. “Envoyé Spécial” est allé à leur rencontre. Que leur a apporté une Grèce dans l’Europe, que leur a-t-elle pris ?

L’Europe et Tchernobyl

Recueillis notamment dans les pays les plus contaminés – la Biélorussie, la Norvège et la Grèce – des témoignages et des analyses scientifiques parfois contradictoires sur les retombées du nuage radioactif rouvrent un débat occulté.

En avril 1986, le réacteur détruit brûle pendant plus de dix jours. Après être montés à près de 2.000 mètres d’altitude, les gaz radioactifs forment trois nuages qui, poussés par les vents, se dirigent vers la Scandinavie, l’Europe centrale et les Balkans.

Même si 70 % des retombées radioactives ont touché la Biélorussie, au nord de Tchernobyl, d’autres régions d’Europe, en Norvège, en Grèce, en Autriche et en France, ont été durablement contaminées. Des images de synthèse reconstituent l’explosion et la propagation de la radioactivité vers le nord et l’ouest dans les jours qui suivirent l’explosion.

Construit comme un voyage transeuropéen sur les traces de ce triple nuage, le film recueille des points de vue parfois divergents quant à ses conséquences. Avec la participation d’associations et d’experts de l’Union européenne, mais aussi de simples citoyens, ce voyage nous conduit aussi dans une zone interdite en Biélorussie, tout près de la centrale (qui se situe, elle, en Ukraine).

Grèce : La crise vue d’Arta

La crise grecque, le feuilleton européen de l’été. Au terme de négociations houleuses, la Grèce a sauvé sa place dans la zone euro, au prix de nouvelles mesures d’austérité.

Quelles conséquences pour les Grecs ? Visite dans une petite ville du nord-ouest de la Grèce, Arta dans la région d’Epire. Une cité de 43.000 habitants, dans une région agricole et rustique, avec 25% de chômeurs. Comment se loger, travailler, se soigner, vivre dans un pays en crise…. Loin des îles touristiques, loin d’Athènes, à Arta, on se débrouille comme on peut.

Reportage sur le quotidien d’une retraitée, d’un employé de la mairie, d’un agriculteur, d’une chômeuse et d’un patron de café, dans leur vie, faite de renoncements et de sacrifices. Galerie de portrait dans une ville où les apparences sont trompeuses.

Frédéric Lordon : « Pour une autre Europe, faut-il sortir de l’euro ? »

Crise grecque, élections le 20 septembre à Athènes, en novembre en Espagne, le débat sur la sortie de l’euro, sa possibilité, ses conditions, l’élaboration d’un « Plan B », la démocratisation des instances européennes: c’est l’ordre du jour principal de cette rentrée.

Collapsologie : Penser l’effondrement de notre monde

Les yeux sont rivés sur la Grèce et la possibilité que le pays s’effondre. Pablo Servigne réfléchit, plus généralement, à la manière d’envisager l’avenir à partir de la possibilité non pas de la fin du monde, mais de celle du monde tel que nous le connaissons.

Réformes structurelles

Les effets persistants de la crise financière, les plans d’austérité mis en œuvre pour stabiliser la dette publique et les effets du vieillissement démographique pèsent sur les perspectives de croissance de la production à moyen terme.

De ce point de vue, il est naturel de considérer les réformes structurelles comme des mesures additionnelles pour stimuler la croissance, en l’occurrence en accroissant la productivité ou l’utilisation de la main-d’œuvre. Nous passons en revue la littérature qui s’est développée sur ce sujet.

Les réformes structurelles comprennent : (i) les réformes sur le marché du travail ; (ii) les réformes sur le marché des produits visant à accroître la concurrence ; (iii) les réformes fiscales ; (iv) les améliorations apportées à la réglementation des marchés des capitaux ; (v) les mesures visant à stimuler l’innovation (par exemple l’investissement en recherche-développement) ; et (vi) les réformes éducatives.

Au cours des dernières décennies, le calendrier et l’ampleur des réformes a fortement varié d’un pays à l’autre. Pour certains secteurs en particulier, il y a eu une certaine convergence entre les pays en ce qui concerne le cadre réglementaire. Certains réformes apparaissent par vagues entre les pays et la plupart sont mises en œuvre graduellement (FMI, 2004).
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Joseph Stiglitz : “Les politiques qui ont mené à la crise dominent toujours”

Prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz publie “La Grande fracture”, aux éditions Les Liens qui Libèrent. Dans cet ouvrage, il expose les causes et les conséquences des inégalités économiques dans les pays développés. Des inégalités qu’il juge néfastes pour l’avenir de la démocratie.

Lors d’un entretien, l’éminent prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz revient sur sa vision de l’équilibre économique mondial. Pour l’ancien économiste en chef de la Banque mondiale, les crises financières, comme celle de 2008, menacent toujours notre stabilité financière.
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Les pays qui préoccupent les investisseurs

A plus ou moins brève échéance, ces pays pourraient se retrouver en défaut de paiement. Tour d’horizon.

Les pays proches du défaut

Le Venezuela se retrouve complètement asphyxié. Entre la baisse du prix du pétrole qui représente la principale source de devises étrangères du pays, et le fait qu’il doit importer la quasi-intégralité de ses besoins en produits manufacturés, les réserves de changes ont fondu.

Elles ont atteint en juin 16,3 milliards de dollars, leur plus bas niveau en douze ans. La crainte est donc importante que le Venezuela manque de cash pour faire face à sa prochaine échéance de dette. D’autant qu’il ne peut faire appel aux marchés de dette, sauf à un prix exorbitant, ni au FMI qu’il a quitté en 2007.
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Au nom d’Athènes

Partie 1 – Vaincre à Marathon

En 499 avant JC, Milet, une cité grecque d’Asie Mineure, se révolte contre le joug perse avec le soutien des cités indépendantes d’Athènes et d’Érétrie. Le roi Darius Ier ordonne alors une expédition destinée à punir les insurgés ainsi que leurs alliés mais aussi à étendre les frontières de son empire.

Partie 2 – Divine Salamine
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Martin Armstrong à propos des krachs obligataires passés et futurs

Martin Armstrong, conseiller financier, ancien gestionnaire de fonds, basé aux États-Unis, a mis au point un modèle informatique basé sur le nombre pi, et d’autres théories liées aux cycles économiques.

ZDF – 24 Avril 2015

Grèce : L’Eurogroupe débloque 86 milliards d’euros

Les ministres des Finances de la zone euros ont validé le troisième plan d’aide en faveur de la Grèce. Durant les trois années qui viennent, Athènes pourra bénéficier de nouveaux prêts allant jusqu’à 86 milliards d’euros. En échange, la Grèce s’engage à conduire des réformes assainir son économie et résorber sa dette.

Désertification : tous responsables ?

Qui n’a jamais rêvé de passer ses vacances en Grèce sous les oliviers, en Espagne sur les plages de sable blanc ou encore en Italie au milieu de la végétation odorante ? Mais tous ces lieux de villégiature sont en voie de désertification et le changement climatique n’est pas l’unique responsable.

Qui ne rêve de passer ses vacances en Grèce sous les oliviers, en Espagne sur les plages de sable blanc ou encore en Italie au milieu de la végétation odorante ? Mais tous ces heureux vacanciers ont-il remarqué qu’un problème environnemental préoccupant se développe dans ces paysages de rêve? Emilie Langlade et Adrian Pflug sont allés en Andalousie, dans l’arrière-pays d’Almería, pour constater que ces lieux de villégiature sont en voie de désertification. Le changement climatique n’est pas l’unique responsable de cette désertification, il ne fait qu’aggraver la situation dans les régions les plus arides d’Europe, où l’eau vient à manquer en raison du surpâturage et de la concentration sur le littoral de l’industrie, du tourisme et de l’agriculture.

Grèce : La misère au soleil

Une carte postale abimée. La Grèce, destination touristique par excellence, est au bord de l’asphyxie. Avec elle, tout un peuple. Un peuple qui, dimanche 5 juillet, a rejeté en masse les mesures d’austérité imposées par ses créanciers. Les Grecs sont désormais face à leur destin.

Le Premier ministre Alexis Tsipras a présenté ses propositions de réforme. Une dernière chance avant le sommet exceptionnel de dimanche en présence des chefs d’État et de gouvernement de la zone euro et de l’Union européenne. Une date clé. Un moment historique.

L’échéance ultime pour parvenir à un accord. Olivier Blanchard, expert économiste du FMI a expliqué que l’institution internationale n’était pas en mesure d’accorder un délai de paiement sous peine de violer ses règles relatives aux pays ayant fait défaut sur leur dette. “Quand un pays est en arriérés de paiement, nous ne pouvons plus lui accorder de prêts sous aucune manière“.

L’Europe est donc dans l’attente. Sur place, la population est inquiète et la vie quotidienne devient extrêmement compliquée. Les commerçants ne peuvent plus se fournir auprès des professionnels. Les particuliers, eux, ne peuvent pas retirer plus de 60 euros par jour dans les distributeurs.

L’Allemagne a économisé 100 milliards d’euros grâce à la Grèce (IWH)

Berlin, qui a adopté une ligne dure vis-à-vis d’Athènes, a fortement profité de la crise économique et financière en Grèce, révèle un institut d’études économiques allemand.

Selon des calculs de l’Institut Leibnitz de recherche économique (IWH), l’Allemagne a pu réaliser des économies budgétaires de quelque 100 milliards d’euros depuis le début de la crise grecque en 2010, soit plus de 3% du Produit intérieur brut (PIB).

“Ces économies dépassent le coût engendré par la crise et ce même si la Grèce ne remboursait pas entièrement sa dette”, écrivent les économistes. “L’Allemagne a donc dans tous les cas profité de la crise en Grèce”, poursuivent-ils.

Les experts ont effectué des simulations en partant du constat que les investisseurs confrontés à une crise économique effectuent le plus possible des placements sûrs. “Durant la crise européenne de la dette, l’Allemagne a profité de cet effet de manière disproportionnée”, selon eux.
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Union européenne : Le plan secret de Bruxelles pour des sorties « ordonnées »

Il semble que la Commission prépare en coulisse un plan permettant à d’éventuels États membres de se retirer de l’Union Européenne d’une manière ordonnée. Une éjection pure et simple n’étant guère possible juridiquement, la Commission mettrait donc au point une sorte de procédure de divorce. Tout comme l’est déjà l’entrée dans l’UE, la sortie serait financée par les contribuables.

Selon le site Euractiv, généralement bien informé, les travaux de rédaction d’un tel contrat de divorce ont d’ores et déjà été lancés. Euractiv s’appuie sur des sources anonymes au sein de la Commission. De cette façon, les États sortants pourraient être congédiés avec une espèce d’indemnité de départ.

La Commission ne serait donc pas restée les bras ballants devant le désastre grec

Des États-membres tels que la Grèce ou que la Grande-Bretagne pourraient prétendre à un “soutien“ de la part des États restants dans l’UE, “s’ils se décident à quitter la famille de manière ordonnée“. La procédure serait liée à la réalisation de certaines conditions bien définies (“benchmarks“), “similaires à celles du processus d’entrée [dans l’UE]“.

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Grèce : le gouvernement émet des tickets d’approvisionnement pour lutter contre la misère

Le gouvernement a dû émettre des tickets d’approvisionnement alors que l’Eglise et les ONG amplifient leurs efforts.

«En Grèce, les enfants et les familles connaissent l’horreur de la faim et du dénuement», a alerté cette semaine Julien Lauprêtre, président du Secours populaire français, en lançant un appel à la générosité. La situation, qui n’a cessé de se dégrader ces derniers mois, devient en effet dramatique.

Le gouvernement a ainsi décidé de mettre en circulation des cartes alimentaires prépayées, utilisables dans 5000 magasins d’alimentation. Elles sont destinées à près de 150 000 personnes: familles nombreuses, monoparentales, avec enfants handicapés, ou chômeurs de longue durée. Cette mesure a été prise en urgence, car le filet social existant ne suffit plus.

Le rapport 2014 des œuvres sociales de l’Eglise orthodoxe faisait pourtant déjà état de plus de 500 000 personnes secourues par 280 soupes populaires et plus de 75 000 Grecs aidés dans 150 «magasins sociaux», pour un coût total de 120 millions d’euros. Les mairies sont aussi impliquées, dont celle d’Athènes qui a vu la demande en aliments, médicaments et habits exploser ces dernières semaines.
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James K. Galbraith : « L’Europe ne tiendra pas très longtemps »

Une Union européenne bloquée, réactionnaire et mesquine s’est étalée sous nos yeux à l’occasion de la crise grecque. Son effondrement est désormais envisageable.

La brutalité obtuse de la position européenne à l’égard de la Grèce est devenue manifeste la semaine du 6 juillet, lorsque les leaders européens ont rejeté le document de reddition que la Grèce leur avait soumis, et ont exigé au lieu de cela une capitulation sans condition assortie de réparations.

À partir de maintenant, le gouvernement grec devra soumettre à ces institutions les projets législatifs «appropriés», et obtenir leur aval avant de les adopter – et même avant de les rendre publics. En résumé: la Grèce, dès à présent, n’est plus un État indépendant.

Le nouveau diktat – formellement accepté par la Grèce le 15 juillet – exige la mise en place d’un fonds de privatisation censé engranger de «bons actifs» d’une valeur de 50 milliards d’euros (qui, accessoirement, n’existent pas en l’état) ;
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En Grèce, les seniors face au « choc » de la crise : « C’est comme une guerre »

On les voit plus rarement sur la place Syntagma exprimer leurs inquiétudes. Une partie des retraités grecs, silencieux, dissimulent toutefois une colère sourde. Les seniors ont vécu le déclassement de leur pays comme une situation brutale et inédite. Ils observent, amers, les nouvelles générations frappées par le chômage et la désillusion.

Les dernières semaines ont été un « choc » pour Charalambos Tsavimos. L’homme de 60 ans a observé avec angoisse les files d’attente devant les distributeurs de billets. « En 1974, après la dictature, les banques avaient fermé, se souvient-il, mais c’était quelques jours seulement ». Charalambos connaît bien le système bancaire grec. De ses 18 à 56 ans, il a travaillé au sein d’Ethniki Bank. Chaque jour depuis le 28 juin, ce retraité retire ses 60 euros. « Ou plus souvent cinquante, car maintenant, beaucoup de distributeurs manquent de billets de dix ». L’argent sert, « pour acheter des médicaments pour ma mère de 89 ans, aider ses enfants, acheter de la nourriture ». Il parle d’un ton las et ferme longuement ses paupières.

Tout calculer, chaque jour

Sur le papier, Charalambos a un profil aisé. Sa pension de retraite est « confortable » : 1 800 euros par mois. Avant 2012, elle s’élevait à 2 500 euros. Mais chaque mois, il opère un contrôle méticuleux des dépenses. « Nous vivons à cinq sur cette pension », explique-t-il. Sa femme ne touche plus de retraite. Deux de ses enfants de 22 et 25 ans vivent à son domicile, dans le quartier de Patissia, au nord d’Athènes. L’un est étudiant, l’autre ne travaille pas. Un autre de ses enfants, diplômé, est parti vivre avec sa copine, il est au chômage. Le père essaye de les aider, environ 200 euros par mois. Seul un de ses enfants travaille : il s’est exilé à Londres.
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Grèce : Tsipras a-t-il vraiment obtenu quelque chose ?

A l’issue d’une interminable nuit de négociations, le Premier ministre grec a accepté de douloureuses concessions. En échange de quoi exactement?

Une misère, une humiliation, un esclavage“. Le cri du cœur est celui de Haralambos Rouliskos, un économiste athénien, après la publication de l’accord sur la Grèce. Après 17 heures de négociations dans la nuit de dimanche à lundi, les chefs d’État de la zone euro se sont mis d’accord sur un scénario de sortie de crise.

Mais celui-ci passe par une cure d’austérité d’une ampleur inédite pour Athènes. Alexis Tsipras, le Premier ministre grec, a-t-il vraiment obtenu quelque chose en échange ?

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Grèce : Sans liquidités, le système D s’impose

Plafonnés à un retrait de 60 euros par jour depuis maintenant deux semaines, les Grecs redoublent de créativité pour faire face à cette asphyxie économique. Des monnaies alternatives ou des échanges d’heures de travail permettent de contourner les difficultés de moyens de paiement.

Athènes : Gratuité des transports en commun

Depuis 15 jours, tous les transports en commun sont gratuits à Athènes. Un point positif en pleine cure d’austérité pour les citoyens. Le gouvernement a fait un geste, car les banques étant fermées et il est difficile pour les Athéniens de conserver des liquidités pour le transport. “Ça représente une perte de 6 millions d’euros. Si la gratuité est prolongée d’une semaine de plus, ce sera 10 millions d’euros“, explique Chrisos Spirtzis, ministre grec des transports.

Grèce : Fièvre acheteuse, de peur d’une banqueroute

Dans les rues d’Athènes, les magasins ne désemplissent pas. Les retraits sont toujours limités à soixante euros par jour, mais les Grecs qui peuvent se le permettre, préfèrent réaliser des achats, de peur de voir leur argent englouti par les banques, si elles devaient fermer pour de bon.

Les bijouteries, commerces de luxe ou encore d’électroménager ne désemplissent pas.

Dette publique, un siècle de bras de fer

L’échec de leurs politiques a privé les partisans de l’austérité de l’argument du bon sens économique. De Berlin à Bruxelles, les gouvernements et les institutions financières fondent désormais leur évangile sur l’éthique : la Grèce doit payer, question de principe ! L’histoire montre toutefois que la morale n’est pas le principal arbitre des conflits entre créditeurs et débiteurs.

Il fut un temps où les Etats se libéraient facilement du fardeau de la dette. Il suffisait par exemple aux rois de France d’exécuter leurs créanciers pour assainir leurs finances : une forme balbutiante, mais commune, de « restructuration » (1). Le droit international a privé les débiteurs d’une telle facilité. Il aggrave même leur situation en leur imposant le principe de continuité des engagements.

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Grèce : Émission d’une monnaie transitoire pour pallier le manque d’euros ?

Et si la Banque centrale européenne cessait de fournir des euros à la Grèce ? Dos au mur, les grecs pourraient choisir d’émettre une monnaie transitoire inspirée des IOU (« I Owe you », soit en français « je vous dois »).

« Si nécessaire, nous mettrons en place un système de monnaie parallèle, sur le modèle des IOU californiens, sous une forme électronique. On aurait du le faire, il y a des semaines », a expliqué le ministre des finances démissionnaire, Yanis Varoufakis. Soulignant que cette solution ne s’apparentait en rien à un « Grexit ».

Le gouvernement grec pourrait imprimer ces titres, sorte de bons du Trésor mais qui ne sont pas assortis d’intérêts, en guise de salaires, de retraites, ou pour payer ses fournisseurs. Sous forme papier ou sous forme de certificats électroniques, plus ou moins sécurisés, les IOU pourraient être émis en parallèle des euros encore en circulation, et à parité avec la monnaie unique. [...]

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Grèce : Le “non” au référendum l’emporte largement (61%)

Ce lundi matin, coup de théâtre : Yanis Varoufakis a démissionné de sa fonction de ministre des Finances. “Ministre, c’est fini !”, a-t-il écrit sur son blog. Sa décision découle d’une exigence des créanciers et du Premier ministre grec lui-même.

Ils étaient des milliers dans les rues d’Athènes à fêter la victoire du “non” (Όχι) au référendum.

Oxi !” (Non !). Laminés par cinq ans de crise économique, les Grecs ont rejeté, lors du référendum de ce dimanche 5 juillet, les offres d’aides financières des créanciers européens qui exigeaient, en retour, de nouvelles mesures d’austérité, de nouveaux impôts et de douloureuses réformes. Ce vote va-t-il aider à mettre fin à la tragi-comédie grecque ou la faire tourner au drame ?

Nouvel Obs
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Musique : "Les 40 Braves" (Rediff.)

(Chanson interprétée par Irene Papas, musique de Vangelis, extraite de l’album “Odes” édité en 1979).

Au début du XIXème siècle, la Grèce est en esclavage. Quarante guerriers jeunes, forts et braves se dirigent vers Tripolitsa pour la libérer de leurs bras, leurs armes et leur sang. Ils se sentent invincibles et ils le sont. L’écho de leurs pas chante la liberté. Des années, des siècles d’esclavage s’achèvent dans leur marche .

« Où allez vous , mes braves ? » demande le vieux révolutionnaire qu’ils rencontrent sur leur route.
« A la conquête de Tripolitsa » rugissent les braves, une, deux, trois fois, de plus en plus fort.
« Où allez vous, mes fils ? » se demande le vieil homme seul, couvert de la poussière soulevée par leur marche.
« Où allez vous ? ».

Paroles d’origine de la chanson d’Irène Papas:

Σαράντα παλικάρια από τι Λε-
Μωρ’ απ’ τη Λεβαδειά
Σαράντα παλικάρια από τι Λε-
Μωρ’ απ’ τη Λεβαδειά
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Grèce : Ce qui vous attend après la faillite

Jean-Michel Vernochet reçoit cette semaine Valérie Bugault, docteur en droit, spécialiste des questions européennes, pour un entretien sur la situation de la Grèce, à trois jours du référendum organisé par Tsipras.

Que faut-il penser de la situation économique de ce pays, de sa dette publique, et des dettes de tous les pays occidentaux.

« Toutes les élites politiques des pays européens ont été achetées… »

Grèce : Le désarroi des « nouveaux pauvres »

Ils n’ont guère envie de raconter leur vie, les Athéniens qui font la queue pour entrer dans la salle à manger du centre Galini qui, dans quelques minutes – vers 13 heures –, ouvrira ses portes pour un troisième service. Ils ne sont pas très jeunes, ils ont l’air fatigués, habillés proprement et parfois très coquets.

Les hommes ont un sac à dos, les femmes un cabas sous le bras. Et ils attendent. Un peu timides, un peu sauvages, stupéfaits, pour la plupart, de se retrouver là. Car il y a trois ans, ou deux, ou un, ils avaient un travail ou de quoi se nourrir par leurs propres moyens.

Ils ne reconnaissent plus leur vie. Ils viennent à la soupe populaire. Comme des milliers d’Athéniens. Les statistiques ne sont pas précises, mais ils se pressent plus nombreux chaque mois, et les points de ravitaillement gratuit se comptent désormais par centaines.

Comment s’en étonner ? 35 % des Grecs vivent aujourd’hui au-dessous du seuil de pauvreté.

A l’intérieur, des bénévoles virevoltent entre les tables joliment dressées sous de larges icônes. Vite, poser devant chaque place une part de melon et une soupe de haricots nourrissante. La viande est de toute façon exclue le vendredi, le local appartient à l’Église orthodoxe. Comme dessert, il y aura un bâtonnet glacé. Un arrivage inattendu, un petit luxe, qui va ravir tout le monde.
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Grèce : De plus en plus d’Athéniens se rendent à la soupe populaire

Jour J pour les Grecs: ils sont appelés à voter ce dimanche pour ou contre les réformes proposées par les créanciers du pays. Le gouvernement joue son va tout avec ce référendum.

Mais difficile de croire que le pays peut se remettre de la crise, comme en témoigne la situation des Grecs rencontrés autour de la soupe populaire, à Athènes.

Grèce : La grande braderie

Pour rembourser sa dette colossale, la Grèce brade son patrimoine. À commencer par ses îles. La liste est connue, 47 d’entre elles sont à vendre ou à louer. Îles mais aussi palais, ports, mines, le pays a décidé de se séparer de ses trésors: rien n’échappe à cette grande braderie qui suscite toutes les convoitises.

J.Stiglitz : « L’Europe contre la démocratie grecque »

La dispute et l’acrimonie qui vont croissantes au sein de l’Europe pourraient passer aux yeux d’un observateur extérieur pour le résultat inévitable de la fin de partie peu amène entre la Grèce et ses créanciers. Les dirigeants européens finissent par exposer au grand jour la véritable nature du conflit autour de la dette grecque, et cela n’a rien de plaisant : il s’agit bien plus une question de pouvoir et de démocratie que d’argent et d’économie.

Le programme économique que la troïka (la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le FMI) a imposé à la Grèce il y a cinq ans était une aberration. Il a conduit à une baisse de 25% du PIB du pays. Je ne connais aucune dépression qui ait été provoquée aussi délibérément et ait eu des conséquences aussi catastrophiques. Ainsi le taux de chômage parmi les jeunes Grecs dépasse maintenant 60%.

Il est incroyable que la troïka nie toute responsabilité et refuse d’admettre à quel point ses prévisions et ses modèles étaient erronés. Mais il est encore plus surprenant que les dirigeants européens n’aient retenu aucun enseignement de tout cela. La troïka continue à exiger de la Grèce qu’elle parvienne à un budget primaire en excédent (hors paiement des intérêts de la dette) de 3,5% du PIB en 2018.

Partout dans le monde les économistes condamnent cet objectif comme punitif, car il ne peut que ralentir encore l’économie. Même si la dette de la Grèce était restructurée au-delà de tout ce que l’on peut imaginer, elle resterait en dépression si les électeurs acceptent les propositions de la troïka lors du référendum surprise qui a lieu ce dimanche.
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Grèce : Les habitants se ruent sur l’alimentation, l’essence et les médicaments

Six jours après la fermeture des banques, les Grecs ne dépensent plus que pour le nécessaire: nourriture, essence ou médicaments, sur lesquels ils se ruent de peur de manquer.

Des rayons entiers vidés de leurs produits. Papier toilette, pâtes, légumes secs, lait concentré… Tout a disparu. Dans un supermarché de la banlieue aisée d’Athènes, à Glyfada, certains riverains semblent avoir paniqué, se précipitant sur les produits de première nécessité.

Autant de signes d’une angoisse latente, à la veille du référendum sur la série de mesures d’austérité soumises à la Grèce par l’Union européenne et le FMI en échange de la prolongation de leur aide financière.

Avec les limitations de retraits bancaires à 60 euros par jour et par personne, imposées par le gouvernement pour empêcher l’effondrement des banques, les Grecs concentrent leurs dépenses sur l’essentiel, dans de nombreux petits commerces qui refusent les cartes de crédit.
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Tout comprendre sur la dette grecque en six étapes

Alors que les négociations ont échoué entre la Grèce et ses créanciers (BCE, pays de la zone euro, FMI), 6 étapes et une série de graphiques pour comprendre pourquoi la dette grecque est devenue l’une des clefs de l’avenir de la zone euro et de l’Union Européenne.

La dette grecque fait la une de l’actualité. Pourquoi maintenant ? Comment tout cela a commencé ? Pourquoi a-t-on prêté à la Grèce, combien cela nous a-t-il rapporté, combien peut-on perdre ? Réponses à ces questions cruciales pour l’avenir de l’euro et de l’Europe en six étapes et une série de graphiques.

1. Pourquoi la Grèce a besoin d’argent en ce moment ?

Trois raisons à cela :

- Méthode et calendrier. L’aide versée à la Grèce l’est tranche par tranche, et à chaque tranche, les créanciers (BCE, FMI, Etats de la zone euro = feu la troïka), conditionnent le versement de chaque nouvelle tranche à la mise en place en Grèce de réformes. Vous trouverez ici un exemple (en anglais) de l’évaluation des réformes menées ouvrant droit à un nouveau versement. La dernière tranche du 2ème plan d’aide (7.2 milliards d’euros) devait être versée en septembre 2014. Cela n’a pas été le cas. Les créanciers ont préféré ensuite laisser passer les soubresauts politiques en Grèce, ainsi que les élections de janvier, pour discuter du déblocage de la tranche. Or, le programme d’aide avait une date de fin. En février, cette date a été repoussé au 30 juin 2015. Voilà pourquoi il fallait que les négociations aboutissent avant. Après le 30 juin, la Grèce n’est plus officiellement sous assistance financière. Sauf négociation sur un troisième plan d’aide.
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Grèce : Pourquoi le sauvetage a t-il échoué ?

Alors que la crise grecque est en train d’évoluer, il est important de comprendre qu’un programme d’ajustement structurel réussi a besoin d’une forte propriété nationale. Même si les négociateurs viennent à bout des derniers points de friction, il sera difficile d’avoir confiance en leur mise en œuvre si le peuple grec reste sceptique.

C’est bien à cela que nous avons assisté jusqu’ici. Et sans réforme structurelle, il y a peu de chances que l’économie grecque connaisse une stabilité et une croissance durable, en particulier parce que les prêteurs officiels ne sont pas disposés à prolonger davantage un près d’argent encore plus important que celui qu’ils doivent payer à une Grèce non réformée. (Cela a été le cas pendant la majeure partie de la crise, bien que la presse mondiale n’en ait pas beaucoup parlé.)

L’adhésion de la Grèce à l’Union européenne donne à ses créanciers un effet de levier significatif, mais manifestement insuffisant pour changer le calcul fondamental. La Grèce conserve tout à fait sa condition de pays souverain, elle n’est pas un État à la souveraineté amoindrie.

La « troïka » des créanciers (le Fonds Monétaire International, la Banque Centrale Européenne et la Commission européenne), n’aiment vraiment pas le genre d’effet de levier exercé sur la Grèce, à l’image de celui pratiqué par la Municipal Assistance Corporation de New York quand cette ville se trouvait au bord de la faillite dans les années 1970.

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La Grèce officiellement déclarée en défaut de paiement

A deux jours du référendum pour décider si les Grecs acceptent ou non les conditions économiques de leurs créanciers, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) a officiellement déclaré la Grèce en « défaut » de paiement, après le non-remboursement de 1,5 milliard d’euros au Fonds monétaire international (FMI).


Pour le président du Fonds, Klaus Regling : « Ce défaut est une cause de grave inquiétude. Cela rompt l’engagement pris par la Grèce d’honorer ses obligations financières et ouvre la voie à de sévères conséquences pour l’économie et le peuple grec. »

Le Fonds, le plus gros créancier du pays avec des prêts totalisant 144,6 milliards d’euros, dit pourtant « garder toutes les options ouvertes » en fonction des évolutions en Grèce. Le Fonds « suivra en permanence la situation et évaluera régulièrement sa position ». En attendant, il se réserve le droit d’agir ultérieurement, « sans réclamer de remboursement immédiat » à Athènes. L’Union des banques grecques a indiqué que les banques avaient « des liquidités suffisantes jusqu’à leur réouverture prévue mardi ». Les banques sont fermées depuis le 28 juin et les retraits aux guichets automatiques limités à 60 euros par jour.

Tsipras s’appuie sur le FMI
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Allemagne : « Recrute infirmières européennes pauvres pour emploi au rabais »

Avec une population vieillissante, l’Allemagne manque cruellement de main d’œuvre, en particulier pour travailler dans le secteur de la santé. Hôpitaux, cliniques, maisons de retraites et structures de soins à domicile recrutent massivement. Heureuse coïncidence: les agences de recrutement disposent d’un vivier d’infirmiers venus de l’est et du sud de l’Europe.

Des personnels soignants souvent très qualifiés qui cherchent à échapper à l’austérité ou à la pauvreté. Mais entre des salaires bas, des contrats de travail aux clauses abusives et l’absence de droits sociaux, l’Allemagne n’est pas un eldorado. Loin de là.

Les futurs soignants sont prévenus : « En Allemagne, tout est tourné vers une société de la performance. Cela signifie que l’on doit fournir chaque jour 100 % de ses capacités », est-il inscrit en gras. Les autres clauses du contrat de travail ne sont guère plus avenantes. L’employé devra payer des sanctions financières de 3000 à 5000 euros s’il divulgue à un tiers ses conditions d’emploi et de formation, ou s’il rompt le contrat avant la première année de l’embauche. Cette « amende » sera immédiatement exigible et encaissée par une firme de recouvrement bulgare.

« Nous ne pouvons pas vous offrir un pays de cocagne en Allemagne, parce que cela n’existe pas ! ». Cette phrase, aux allures de slogan hostile aux migrants, figure sur un avenant au contrat de travail. Un contrat que s’apprêtent de signer des infirmiers bulgares recrutés par une agence d’intérim allemande.
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