Europe-marché ou Europe-puissance ?

Le rêve européen s’est transformé en cauchemar. L’Union européenne traverse une crise de légitimité sans précédent. Et le spectacle qu’elle offre n’a rien pour enthousiasmer. Le sentiment le plus répandu est que l’Europe se construit désormais contre les Européens. Un sondage Ipsos a révélé que 70 % des Français souhaitent « limiter les pouvoirs de l’Europe ». Comment en est-on arrivé là ? Colloque du 26 avril de la revue éléments, sept intervenants.

Eric Maulin : “De l’occidentalisation du monde à la provincialisation de l’Europe”Eric Maulin, professeur à l’université de Strasbourg et vice-président du Forum Carolus.
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La fallacieuse théorie du libre échange et la diabolisation du protectionnisme

Marc Rousset, auteur de “La Nouvelle Europe Paris-Berlin-Moscou. Le continent paneuropéen face au choc des civilisations” (Editions Godefroy de Bouillon, 2009), critique le dogme du libre-échangisme, utilisé, selon lui, comme arme de domination par ceux qui y ont intérêt, et prône le rétablissement du protectionnisme, seul réel moyen de développement et de prospérité.

Le modèle de la théorie des coûts comparés de Ricardo, décrit en 1817, dans son ouvrage On the principles of Political Economy repose sur une hypothèse essentielle, à savoir que la structure des coûts comparatifs dans les divers pays reste invariable au cours du temps.

Or, il n’en est ainsi que dans le cas des ressources naturelles.

Ainsi, par rapport à l’Europe occidentale, les pays producteurs de pétrole disposent d’un avantage comparatif qui restera le même dans un avenir prévisible.

De même, les produits tropicaux ont un avantage comparatif qui ne saurait disparaître.

La théorie des coûts comparés est fondée sur l’immobilité des facteurs de production

En revanche, dans le domaine industriel, aucun avantage comparatif ne saurait être considéré comme permanent. Chaque pays aspire légitimement à rendre ses industries plus efficaces et il est souhaitable qu’il puisse y réussir.

Il résulte de là que l’arrêt de certaines activités dans un pays développé, en raison des désavantages relatifs d’aujourd’hui, pourra se révéler demain complètement stupide, dès lors que ces désavantages relatifs disparaîtront. Il faudrait alors rétablir ces industries, mais entre-temps on aura perdu le savoir-faire.

Voir : “Les théories de la mondialité”, par Gérard Dussouy.

La théorie de Ricardo ne vaut que dans un monde stable et figé. Elle n’est pas valable dans un monde dynamique, où les fonctions de production et les salaires évoluent au cours du temps, où les capitaux peuvent se déplacer librement et où les industries peuvent être délocalisées. Lire la suite

L’illusion de la “mondialisation heureuse” (redif.)

En juin 2009 est paru “Les théories de la mondialité”, dont l’auteur est Gérard Dussouy, professeur de géopolitique à l’Université Montesquieu-Bordeaux IV.

Un ouvrage iconoclaste, d’un grand intérêt, dont nous reproduisons ici la recension par Jean-Yves Le Gallou.

Ce livre est une mine d’informations et de réflexions sur la mondialisation.

Le point de vue dominant libéral-mondialiste y est clairement exposé : le libre échange mondial, la dérégulation des économies nationales et la globalisation des grandes firmes et des services (Elie Cohen) déboucherait sur « la mondialisation heureuse » (Dominique Strauss-Kahn).

Selon ces théories, le libre échange mondial présenterait deux caractéristiques :

1-Il s’agirait d’un jeu à somme positive ;

2-Tout le monde y gagnerait !

Le premier point mérite discussion : il est possible qu’en termes de croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) mondial, la mondialisation ait des effets positifs. Reste à savoir si le PIB est à lui seul une bonne mesure du bien-être des individus et du fonctionnement harmonieux des nations.

Quant au deuxième point selon lequel « tout le monde gagnerait à la mondialisation », il relève clairement de l’illusion : « il n’est pas possible que tous soient gagnants » (p. 17) ; « contrairement à la doctrine officielle, la globalisation a ses gagnants et ses perdants » (p. 78).

Alors qui sont les gagnants et les perdants du « sans frontiérisme » ? Lire la suite