Vieillir est-il une maladie ?

Si elle n’avait pas été détectée par les radars de la revue Nature, la rencontre qui s’est déroulée le mercredi 24 juin entre une équipe médicale et la Food and Drug Administration (FDA, l’agence américaine des produits alimentaires et des médicaments) aurait pu passer inaperçue. Pourtant, ce qui va se discuter là est un changement de paradigme pour la médecine – et éventuellement la philosophie… – qui pourrait avoir d’importantes conséquences pour l’industrie pharmaceutique. Pour résumer l’enjeu en une phrase, ces chercheurs vont tenter de convaincre la FDA que vieillir est une maladie.

Concrètement, que va-t-il se passer ? Cette équipe, emmenée par Nir Barzilai, directeur de l’Institut de recherche sur le vieillissement de l’Albert Einstein College of Medicine (New York), présentera le projet TAME, mot dont le sens premier est “domestiquer” ou “dresser”, mais qui est ici l’acronyme de Targeting Aging with Metformin, c’est-à-dire “Ciblage du vieillissement avec la metformine”. Cette dernière est à l’origine une molécule couramment utilisée contre le diabète de type 2, qui a pour but de faire baisser, chez les personnes qui souffrent de cette pathologie, la résistance anormale de leur organisme à l’insuline. Mais elle a également fait preuve d’autres propriétés étonnantes, notamment sur des modèles animaux. Une équipe russe a ainsi montré dans plusieurs études que la metformine ralentissait le vieillissement et prolongeait la vie chez des souris. Le même genre de résultat a aussi été obtenu avec le petit ver Caenorhabditis elegans, qui est un organisme modèle en biologie.

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“La psychiatrie est en dérapage incontrôlé”

Le psychiatre américain Allen Frances(*) a participé en mai 2013 à un colloque parisien sur les dérives du “DSM”, fameux manuel destiné aux médecins du monde entier. Il avait accordé ce grand entretien à “BoOks”.

BoOks Pourquoi partez-vous en guerre contre le nouveau manuel de la psychiatrie (1)?

Allen Frances Je ne m’étais plus guère occupé de la question des critères diagnostiques depuis l’époque où je dirigeais l’équipe qui a rédigé le manuel encore en vigueur à ce jour, le «DSM-IV», paru en 1994. J’avais même pris ma retraite de psychiatre. Je vivais au bord de la mer, après m’être longtemps occupé de ma femme, malade. Invité à un cocktail à l’occasion d’une réunion de l’American Psychiatric Association (APA) à San Francisco, j’y ai retrouvé beaucoup d’amis. Ils étaient très excités par la préparation du «DSM-5», agitaient des idées nouvelles.
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Les doux mensonges de l’industrie du sucre

On se souvient de l’ouvrage Golden Holocaust, qui, en février dernier, esquissait une histoire de l’industrie du tabac “qui a de quoi rendre paranoïaque”, relatait un article du Monde. A travers des millions de “tobacco documents”, on découvrait comment les manufacturiers américains ont “préparé et exécuté – et continuent à préparer et exécuter – un vaste complot depuis un demi-siècle pour tromper le public” sur la dépendance et les risques sanitaires de la cigarette.

Ce sont désormais des documents sur l’industrie du sucre – plus de 1 500 pages de notes internes, lettres, rapports d’entreprise archivés – qui semblent démontrer le même type de stratégies et de manipulations destinées à promouvoir coûte que coûte un produit, malgré des risques sanitaires majeurs. C’est du moins ce qu’assure le magazine américain Mother Jones, dans une série d’articles sur les “doux mensonges” des entreprises du sucre.

Dans les années 1970, commence la revue, l’opinion prend de plus en plus conscience des risques sanitaires liés à la consommation de sucre, mise en cause dans la hausse de l’obésité (elle a depuis doublé aux Etats-Unis), du diabète (qui, aux Etats-Unis et depuis les années 1970 toujours, a triplé) et des maladies cardio-vasculaires. Un impact qui a d’ailleurs été de nouveau documenté dans un article paru dans Nature en février dernier, qui affirmait que “la menace sur la santé publique constituée par la consommation excessive de sucre, en particulier de fructose, est telle qu’elle justifie la mise en place de mesures comparables à celles prises afin de limiter la consommation de tabac et d’alcool”, rapportait Le Monde. En cause, le lien entre le sucre et ces maladies non transmissibles “qui provoquent plus de 35 millions de morts par an dans le monde, soit davantage que les maladies infectieuses”.

Dans les années 1970, donc, la prise de conscience est telle que la consommation de sucre décline de 12 % en deux ans, relate Mother Jones. Une tendance qui n’est pas du goût de la gourmande industrie.

Regroupées dans l’Association du sucre, dont le budget annuel s’élève alors à 800 000 dollars, les firmes se mettent, notamment, à recruter “une écurie de professionnels de la médecine et de la nutrition pour dissiper les peurs du public”, et à financer des articles scientifiques susceptibles de leur attirer le soutien des agences gouvernementales, et notamment de la FDA (Food and Drug Administration).

En parallèle, “les recherches sur le lien suspecté entre le sucre et les maladies chroniques sont largement mises à l’arrêt à la fin des années 1980, et les scientifiques en viennent à constater que ce genre d’activités est susceptible de mettre un terme à leur carrière”, dit Mother Jones.

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Overdose d’antibiotiques dans l’élevage industriel

Des animaux gavés aux antibiotiques pour accélérer leur croissance, et voilà des bactéries résistantes qui se retrouvent dans nos assiettes. Elles génèrent des affections parfois mortelles, qui représentent un coût élevé pour le système de santé. Mais la surconsommation d’antibiotiques représente un gain de productivité pour l’industrie agroalimentaire, qui, aux États-Unis, se réjouit de la récente décision de l’Agence de l’alimentation d’autoriser leur utilisation massive dans l’élevage.

La consommation d’antibiotiques prescrits par les médecins n’est rien comparée à la quantité ingérée via l’alimentation. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la moitié des antibiotiques produits dans le monde sont destinés aux animaux. Un chiffre qui s’élève à 80 % aux États-Unis ! Un rapport de l’Agence de l’alimentation états-unienne (Food and Drug Administration, FDA) estime que les animaux d’élevage y consomment 13 000 tonnes d’antibiotiques par an [1] ! Cette surconsommation favorise le développement de bactéries résistantes, qui peuvent se retrouver dans nos assiettes en cas de cuisson insuffisante. Des chercheurs ont par ailleurs montré que les antibiotiques ne sont pas seulement présents dans la viande, mais aussi dans les céréales ou les légumes cultivés sur des sols fertilisés avec du fumier de bétail.


Une étude publiée par la revue médicale Clinical Infectious Diseases en 2011 révèle ainsi que la moitié de la viande de bœuf, de poulet, de porc et de dinde vendue dans les grandes surfaces aux États-Unis contient des germes résistants aux antibiotiques (le staphylocoque SARM). En août dernier, 16 000 tonnes de dinde contaminée à la salmonelle – résistante aux médicaments – ont été rappelées par le géant agroalimentaire Cargill ! Bilan : un mort et une centaine de malades.

La France détient le record de résistance aux antibiotiques

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Ces animaux mutants que la cuisine génétique vous prépare

Des super lapins produisant des médicaments, des cochons « Enviropig » génétiquement modifiés pour moins polluer, des saumons « Frankenfish » qui grandissent deux fois plus vite, des vaches hypermusclées, ou des chèvres dont le lait fabrique de la soie… Des États-Unis à la Chine, les chercheurs s’en donnent à cœur joie pour greffer des gènes et croiser des espèces. Et attendent avec impatience les autorisations de mise sur le marché.

Un croisement génétique entre cochon et souris, avec un gène supplémentaire de la bactérie E.coli. Cela vous ouvre l’appétit ? Ce porc transgénique a été créé par des chercheurs de l’université de Guelph au Canada. Baptisé « Enviropig », il rejette 30 à 70 % moins de phosphore dans ses excréments : la modification génétique lui permet de mieux digérer le phosphore du maïs ou du soja dont il se nourrit. Cette modification chromosomique se transmet de manière stable sur huit générations de porcs, affirment les chercheurs. L’élevage à des fins de recherche a déjà été approuvé. Le ministère de la Santé canadien évalue en ce moment l’innocuité d’Enviropig pour autoriser sa vente dans les rayons des supermarchés. Ce porc génétiquement modifié et présenté comme « écolo » pourrait donc arriver un jour dans nos assiettes.

Ce projet a été développé grâce à des fonds gouvernementaux et à un investissement de l’association des producteurs de porcs, Ontario Pork, propriétaire de la marque commerciale Enviropig™. Problème : le ministère de la Santé « n’effectue pas lui-même des tests d’innocuité sur les aliments transgéniques [et] se fie aux données soumises par le promoteur », proteste le Réseau canadien d’action sur les biotechnologies (RCAB). Considérés comme « renseignements commerciaux confidentiels », les données ne sont pas diffusées aux chercheurs indépendants. Difficile donc d’évaluer les réels risques sanitaires ou environnementaux. Quant à la possibilité de dissémination incontrôlée, le risque zéro n’existe pas. Pour preuve, en 2002, 11 porcelets génétiquement modifiés de l’université ont été accidentellement transformés en nourriture pour volaille, contaminant 675 tonnes d’aliments, dénonce le RCAB.

Le saumon qui grossit deux fois plus vite

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Industrie pharmaceutique : Quand les Européens servent de cobayes

C’est la prochaine étape de la mondialisation, et il y a de bonnes raisons de ne pas vouloir que ça soit le cas,” constate Vanity Fair. Les laboratoires pharmaceutiques américains testent de plus en plus leurs médicaments à l’étranger, sur des personnes qui ne bénéficient pas de toutes les garanties de sécurité.

Cette tendance concerne les pays du Tiers-Monde mais aussi l’Europe, précise le mensuel new-yorkais. De 2004 à 2007, la part des essais cliniques effectués aux États-Unis a baissé de 5,2%, tandis qu’elle augmentait de 16% en Europe de l’Est, de 12% en Asie et de 10% en Amérique latine.

L’avantage pour les laboratoires, explique Vanity Fair, est de conduire les tests dans des conditions moins strictes et moins coûteuses, obtenir des résultats positifs et “ainsi convaincre la Food and Drug Administration américaine que les médicaments sont sûrs et efficaces pour les Américains.

En 2008, 80% des produits soumis à la FDA ont été testés hors des États-Unis, soit 58 788 tests. Quelque 876 d’entre eux ont eu lieu en Roumanie et 589 en Ukraine . L’Estonie, la Pologne, la Russie, la Lituanie, la Slovaquie ou la Croatie sont des pays également appréciés des laboratoires.

Hors de tout contrôle sérieux, ces tests sont souvent mortels. Le magazine cite l’exemple d’un test de vaccin contre la grippe effectué dans un refuge pour sans-abris de Grudziadz, en Pologne. Rémunérés 2 dollars, “les cobayes pensaient recevoir une vaccination normale. Ce n’en était pas une. Au moins vingt d’entre eux sont morts.

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