Puissante et incontrôlée : La Troïka

Une enquête édifiante sur la fameuse Troïka FMI-CE-BCE qui dicte sa politique à l’Union Européenne. Cinq ans déjà que les États en crise de la zone euro vivent les affres du surendettement.

Pour obtenir les prêts dont ils ont besoin d urgence, il leur faut se soumettre aux exigences les fameux mémorandums de trois institutions phares qui forment la troïka: le Fonds monétaire international (FMI), la Commission européenne (CE) et la Banque centrale européenne (BCE).

Les mesures d’austérité qu’elles ont imposées n’ont jusqu’à ce jour pas eu les effets positifs escomptés, bien au contraire. Ce sont des hauts fonctionnaires, agissant sans aucun contrôle parlementaire, qui prennent les décisions, que les gouvernements doivent ensuite exécuter.

Pour mieux comprendre ce processus, le journaliste économique allemand Harald Schumann (auteur de “Quand l’Europe sauve ses banques, qui paye ?” diffusé par ARTE en 2013) s est rendu en Irlande, en Grèce, au Portugal, à Chypre, à Bruxelles et aux États-Unis.

Au cours de ce passionnant travail d’investigation, il a interrogé des ministres, des économistes, des avocats, des banquiers, des victimes de la crise, ainsi que le Prix Nobel d’économie 2008, Paul Krugman, qui explique pourquoi cette politique de restriction ne fonctionne pas.

Irlande : “C’est la reprise” pour Christine Lagarde

Christine Lagarde est l’une des femmes les plus influentes au monde. Elle dirige le Fonds monétaire international (FMI), une institution chargée de garantir la stabilité financière dans le monde.

Clairement, le rétablissement irlandais est tout à fait extraordinaire, parce que quand vous regardez la croissance, elle est la plus haute de l’eurozone, et si vous regardez le chômage, il a baissé de presque 3%. Si vous regardez la dette, elle est en baisse. Si vous regardez le déficit, il a presque été réduit de moitié. Donc la plupart de ces chiffres sont vraiment solides et montrent la voie d’une bonne reprise.

Toutefois, le chômage dépasse toujours les 10%, et le chômage des jeunes est supérieur à 20%. Donc, on n’est pas encore au bout du chemin. Donc, bien que l’Irlande a pris un bon départ, elle doit encore continuer à travailler sur la baisse du chômage et sur la création d’emplois. Ce seront les clefs d’un réel succès de la reprise irlandaise.”

Équateur : « Opération Correa – Les ânes ont soif »

Découvrez la première partie du nouveau film de Pierre Carles en accès libre, avec la collaboration de Nina Faure et Aurore Van Opstal.

En novembre 2013, le président équatorien Rafael Correa était en visite officielle en France. Le 6 novembre 2013, il donna une conférence à la Sorbonne pour décrire le modèle économique en train de se développer dans son pays, en rupture complète avec les dogmes néo-libéraux et les mesures d’austérité imposées par le FMI.

Dans le premier épisode de sa saga « Opération Correa », Pierre Carles tente de percer les mystères du « miracle équatorien » et de comprendre pourquoi la visite officielle et la conférence du président équatorien furent superbement ignorées de la quasi-totalité des médias français.

Économiste de formation, Rafael Correa a étudié en Belgique et aux États-Unis et dirige l’Équateur depuis 2007. Parfaitement francophone, sa conférence à la Sorbonne fut couverte par seulement 2 journaux, « Le Monde diplomatique » et « L’Humanité », quand tout autre Président en visite officielle rameute des dizaines des médias.
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Les fonds vautours sont l’avant-garde de la politique étrangère des États-Unis

Éric Toussaint est docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII et possède également une formation d’historien. Dans son activité militante, il est président du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde (CADTM), une organisation qui s’efforce d’analyser les origines des dettes souveraines des pays du Tiers-Monde ainsi que leurs conséquences pour ensuite élaborer des alternatives de financement du développement humain.

Il a également été conseiller du président Rafael Correa au sein de la Commission d’Audit Intégral de la Dette de l’Équateur. Eric Toussaint est l’auteur de nombreux ouvrages sur le système financier international, tels que Les Tsunamis de la dette (2005), Banque mondiale : le Coup d’État permanent. L’Agenda caché du Consensus de Washington (2006), La Dette ou la vie (2011) et Bancocratie, paru récemment.

En outre, la Chambre des députés d’Argentine l’a invité mercredi 15 octobre 2014 à participer à une conférence sur la dette extérieure aux côtés des députés du Front pour la Victoire (Frente para la Victoria) Héctor Recalde et Carlos Raimundi, et de l’économiste Fernanda Vallejos. Interrogé par le quotidien Tiempo Argentino, Éric Toussaint expose son analyse du conflit avec les fonds vautours.

Considérez-vous que le verdict du juge Griesa en faveur des fonds vautours soit un jugement juste ?

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L’influence américaine dans le dispositif européen du TTIP

Depuis juillet 2013, l’Union Européenne (UE) a entamé des négociations avec les Etats-Unis (USA) afin de conclure un accord commercial de libre-échange entre l’UE et les USA en 2015. Cet accord, baptisé « Transatlantic Trade and Investment Partnership »  (TTIP soit « Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement ») a donc pour objectifs de réduire, voire supprimer les droits de douane, d’uniformiser les réglementations de part et d’autres de l’Océan atlantique, d’ouvrir les marchés pour les services, l’investissement et les marchés publics et de mettre en place un mécanisme de règlements des différents entre entreprises et Etats.

Les différents éléments du mandat de négociations n’ont été diffusés que tardivement (9 octobre 2014) et partiellement. De façon générale, ces négociations restent opaques pour la plupart des élus des États membres et du grand public, contrairement à ce qui a été affirmé récemment par la Commission européenne, alors même que ce Traité engagera la vie économique et sociale de millions d’européens à long terme.

Les enjeux de ce traité pour les Etats membres de l’UE nécessite débat démocratique et transparence à tous les niveaux. Or le constat est que ni l’un ni l’autre n’existent. Une réelle démarche de transparence serait en premier lieu de permettre au grand public de savoir qui sont les négociateurs mandatés par l’UE pour mener les négociations.

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Rendez-nous Paul le poulpe !

Le bureau d’évaluation indépendant du FMI a publié un audit interne fracassant. L’institution y est vertement tancée pour ses remèdes inefficaces à base de saignées austéritaires et son incapacité à diagnostiquer les prochains chocs financiers. Pour résumer, il serait moins hasardeux de confier les prévisions économiques au descendant de Paul le poulpe.

Vous n’avez peut-être pas oublié Paul le poulpe, ce distingué céphalopode surnommé « l’oracle d’Oberhausen », qui accéda à la postérité en raison de l’exactitude de ses prévisions durant la Coupe du monde de football de 2010. Sans doute, en revanche, connaissez-vous moins Poul Thomsen, ce cerveau du Fonds monétaire international renommé pour n’avoir pas su prévoir ce qu’il allait advenir de l’économie grecque après le passage de la troïka.

Lundi 3 novembre, cet ancien chef de mission du FMI à Athènes a été promu, par l’ex-meilleure amie de Bernard Tapie, Christine Lagarde, directeur du département Europe de l’institution. On comprend cette distinction : le Danois Poul Thomsen aura – en partie – mené à bien sa lettre de mission : ramener l’industrie hellène au temps de Périclès.

Mais la directrice du FMI comme les instances européennes peuvent continuer à dormir sous la couette meringuée de leurs douillettes certitudes puisque Poul devra continuer à veiller sur le programme grec, qu’Athènes envisage pourtant d’écourter (les Grecs sont ingrats). Gratin supplémentaire sur la moussaka, le nouveau directeur succède à Reza Moghadam, qui a démissionné du FMI pour rejoindre la banque Morgan Stanley, où il sera en charge des investissements sur les dettes souveraines. Un tout petit monde.
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Les 20 chiffres à retenir sur le gaspillage alimentaire

Le succès récent de l’émission « Gaspillage alimentaire, les chefs contre-attaquent » sur M6 et l’organisation de la seconde Journée nationale de lutte contre le gaspillage alimentaire le 16 octobre rappellent à quel point il est important de lutter contre les pertes et les gaspillages alimentaires, d’autant plus que la FAO a publié au mois de septembre des chiffres éloquents sur le sujet.

Le gaspillage alimentaire est l’un des rares sujets concernant l’agriculture et l’alimentation qui fasse l’unanimité de la part des institutions internationales (FAO, Programme des Nations unies pour l’environnement, Commission européenne), des Etats, des syndicats professionnels comme la FNSEA, des ONG, des cuisiniers jusqu’au grand public, comme a pu en attester le succès récent de l’émission diffusée sur M6, « Gaspillage alimentaire, les chefs contre-attaquent ».

L’année 2014 a ainsi été décrétée comme année de lutte contre le gaspillage alimentaire par le Parlement européen. En juin 2013, un Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire avait été lancé par le ministère de l’Agriculture dans l’objectif de réduire de moitié le gaspillage en France à l’horizon 2025. Le 16 octobre est ainsi organisée une seconde Journée nationale de lutte contre le gaspillage alimentaire afin d’attirer l’attention du public sur cette nouvelle « grande cause nationale ».

De quoi parle-t-on au juste ?

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Vent de panique sur les Bourses mondiales

Le mois d’octobre s’annonce calamiteux pour les marchés boursiers. Après deux séances de répit, un vent de panique a soufflé hier. Le CAC 40 a chuté sous le seuil des 4000 points. A la clôture mercredi, le Dow Jones a perdu 1,06% et le Nasdaq 0,28%.De mauvaises statistiques économiques aux États-Unis et les interrogations sur le futur financement de la Grèce ont précipité les places dans le rouge. A Paris, l’indice CAC 40 a dévissé sous le seuil symbolique des 4000 points, à 3.939,72 points, son plus bas depuis fin août 2013 .

Avec un recul de 3,63% mercredi, l’indice vedette parisien affiche désormais une perte de 8,29 % depuis le début de l’année. Aucune valeur n’a été épargnée : Alcatel-Lucent (-6,3 %), Crédit Agricole (-5,45 %) et GDF Suez (-5,42 %) ont signé les plus fortes baisses de la journée.

Ailleurs en Europe, la Bourse de Francfort a reculé de 2,87%, Madrid a perdu 3,59%, Athènes 6,25% et Londres 2,83%. Wall Street a terminé en baisse une séance éprouvante mercredi : le Dow Jones, après avoir chuté de plus de 2,80% en séance, a finalement perdu 1,06% et le Nasdaq 0,28%.

Le financement de la Grèce en question

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Visite guidée de la nouvelle Athènes

Le président de la Commission José Manuel Barroso estime que les « sacrifices » du peuple grec lui « ouvrent les portes d’un meilleur avenir ». Un avenir apparemment très lointain…

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Préhistoire

2007. Pour dénoncer l’apparition d’une génération contrainte de se débrouiller avec 700 euros par mois, de jeunes diplômés lancent un mouvement baptisé G700. Quelques années plus tard, l’inacceptable d’hier fait rêver, et l’organisation annonce son autodissolution :

« Depuis la création du mouvement, les destinées des protagonistes du G700 ont été bouleversées. (…) Ce que nous appelions le “palier des 700 euros”, et que nous avions identifié comme une référence sociale, a été enfoncé par les événements. (…) Pour ceux qui continuent à participer à nos activités, 700 euros par mois constituent désormais une somme prodigieuse. » Fini l’exigence de « dignité » : « Notre quête personnelle se résume aujourd’hui à la survie » (1).

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Stiglitz dresse l’état des lieux de la macroéconomie

Dans le discours qu’il a récemment prononcé lors de la conférence tenue en l’honneur du Français Jean-Paul Fitoussi, Joseph Stiglitz (2014) débute par un constat sévère: qu’il s’agisse de la science ou de son objet, la macroéconomie ne se porte pas très bien.

Pourtant, en avril 2006, Anne Krueger, la directrice générale déléguée du FMI, affirmait que « l’économie mondiale a rarement été dans une meilleure forme ». De son côté, lorsqu’Olivier Blanchard (2008) se pencha sur « l’état de la macro » alors même que le marché du crédit subprime connaissait de fortes turbulences, il le jugea bon. Puis les pays avancés basculèrent dans la plus sévère crise économique depuis la Grande Dépression des années trente.

Non seulement les modèles standards n’ont pas prédit la Grande Récession, mais ils suggéraient tout simplement qu’un tel événement ne pouvait survenir. Dans le type d’économies dépeint par les modèles standards, les bulles n’existent pas ; l’approfondissement des marchés financiers est censée avoir dissolu les risques.

Pourtant, ces deux derniers siècles ont été marqués par une volatilité récurrente des prix d’actifs et du crédit. Même après que la bulle immobilière ait éclaté, les modèles standards n’ont pas prédit l’ensemble de ses répercussions. Ils n’ont pas plus prédit l’occurrence de la crise de la zone euro ou ses conséquences. Ils n’ont pas pu fournir de bons conseils aux autorités monétaires pour agir efficacement face à la déstabilisation des marchés financiers et à la détérioration de l’activité.
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Les mille milliards de dollars qui manquent chaque année pour financer le développement

L’ONG américaine ONE dont l’axe de travail est la lutte contre l’extrême pauvreté vient de publier Le casse du siècle : un scandale à mille milliards de dollars. Le rapport estime à au moins 1000 milliards de dollars les sommes perdues chaque année par les pays en développement (PED) et pointe 4 grands facteurs qui sont “des accords opaques liés à l’exploitation de ressources naturelles, l’utilisation de sociétés écrans, le blanchiment d’argent et la fraude fiscale”.

En fait, il pourrait s’agir de bien plus de 1000 milliards de dollars car le rapport estime que les pertes subies par les PED se chiffrent entre 972 et 2020 milliards de dollars, on passe donc carrément de plus du simple au double. Une note de bas de page explique la méthodologie de calcul qui se base sur des estimations fournies par le FMI et la Banque des règlements internationaux.

Il s’agit en particulier pour cette dernière institution de son rapport de décembre 2013 qui a permis à ONE de calculer “le nombre total de dépôts enregistrés dans les juridictions de paradis fiscaux off-shore” dont le rapport mentionne qu’ils sont au nombre de 50 selon la liste du Governement Accountability Office (GAO) des Etats-Unis |1|.

L’accroche en gras de la page de garde indique que “les pays les plus pauvres du monde sont privés chaque année d’au moins mille milliards de dollars par des criminels qui profitent de l’opacité du système pour dérober des capitaux par le biais du blanchiment d’argent, de la fraude fiscale et du détournement de fonds”, l’utilisation du présent laissant entendre qu’il s’agit d’un fait avéré.

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L’Europe est en train de mourir, surtout ne faites rien

Tous les clignotants économiques montrent que la reprise s’est étouffée. La défiance qui préside désormais aux rapports franco-allemands, ajoutée au conservatisme de la Commission, laisse notre continent sans solution.

Il n’y a pas que l’organisation de l’État islamique qui entend détruire la civilisation européenne démocratique, laïque, infidèle. Il y a les responsables européens eux-mêmes qui laissent s’installer la stagnation et le chômage de masse. Leur immobilisme fait le lit du rejet.

L’appauvrissement et la déception conduisent au nationalisme, qui conduira à la disparition de l’idée d’une communauté européenne, laquelle laissera les États humanistes, séparés, petits, désarmés, proies faciles.

Tous les clignotants économiques montrent, avec clarté, que la reprise s’est étouffée. La croissance de la zone euro atteindra 0,8 % cette année et 1,1 % en 2015, selon l’OCDE, mais tous les indicateurs avancés laissent penser que c’est un scénario bien trop optimiste. L’Italie est retombée en récession, la France en stagnation et l’Allemagne, qui croyait s’en sortir de son côté, voit les freins se serrer.
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Ouvrons les yeux, l’Espagne ne va pas mieux !

Depuis le début de l’année, médias et économistes répètent à l’envi que l’économie espagnole est repartie, que la page “bulle immobilière” se tourne enfin. Un doux rêve, presque un mensonge. Mais surtout à quel prix ce supposé redressement se fait-il ?

Le ministre de l’Economie espagnol Luis de Guindos en conversation avec le président de la Banque Centrale Européenne Mario Draghi (avril 2014)

Aujourd’hui un Espagnol a presque trois fois plus de “chances” de se retrouver au chômage qu’un Français, et ce, pour une durée deux fois plus longue…

Janvier 2014. Le Figaro titre : « L’Espagne, l’Italie et le Portugal ont inversé, eux, la courbe du chômage ». L’Espagne affiche alors 25,8% des chômeurs et pourtant nos voisins ibériques ont réussit à « inverser la courbe », les trois mots magiques, laquelle culminait un an plus tôt à 26,94%.

Quelque temps plus tard, en juillet 2014, le FMI annonce une hausse du PIB sur un an de 1,2%, alors que les dernières prévisions, qui dataient du mois d’avril, prévoyaient 0,9%. Et, cerise sur le gâteau, le FMI voit pour l’Espagne une hausse de 1,6% en 2015 ! Tant d’années de sacrifices, de soumission structurelle totale et d’amputation du coût du travail ont donc enfin porté leur fruit. Alléluia ! Cette fois, toujours pour nos confrères du Figaro, l’Espagne est la « bonne surprise de la zone euro » qui « remonte la pente ». Quand on sait que ce fameux PIB a baissé de 6 % entre 2008 et 2013, c’est sûr qu’il y a de quoi souffler un peu.

La Banque d’Espagne, qui elle, comme le gouvernement de Mariano Rajoy, fantasme sur des chiffres du PIB à 1,3 % et 2 % pour l’année prochaine, lance : « Les composantes privées – consommation et investissement des entreprises – ont été les principaux soutiens du PIB au deuxième trimestre ». En effet, la bonne santé du secteur touristique (28 millions de visiteurs au premier semestre) et des exportations (qui progressent plus vite qu’en Allemagne) ont de quoi faire envie. Seulement, fin août, plusieurs rapports ont sifflé la fin de la récré. Comme les chiffres de l’Ine (L’Insee espagnol), qui ne voit en Espagne qu’une hausse du PIB de 0,6% au second semestre (comparé au premier) et, surtout, une baisse des prix à la consommation qui vient faire planer le spectre de la déflation. Surprenant ça aussi ?

Le cancre de l’OCDE
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Les grecs se cachent pour survivre

Trois millions de personnes sans couverture maladie, des hôpitaux surchargés, des médicaments inaccessibles aux plus pauvres, de longues files d’attente aux soupes populaires: la Grèce continue à payer un très lourd tribut à la crise économique.

Les apparences sont trompeuses: malgré ses plages, son soleil, sa mer d’azur, la Grèce paie un terrible tribut à la crise économique commencée en 2009 et qui n’en finit pas de durer. Ainsi le salaire moyen dans le secteur privé a diminué de 20%, passant d’un peu plus de 1 000 euros nets par mois en 2009 à 817 euros en 2013. Aujourd’hui le taux de chômage atteint 27% de la population active et près de 40 % chez les jeunes.

Mais il y a pire : un chômeur en Grèce perd au bout d’un an tout droit à une assurance-maladie. Cette décision, imposée au gouvernement par « la troïka » (banque centrale européenne, commission européenne, FMI) a plongé près de 3 millions de personnes dans le désespoir. Pour un Grec sur 5, décrocher un rendez-vous chez le médecin ou trouver un médicament est devenu impossible.

Au point que des organisations comme Médecins du Monde ont recentré en Grèce des programmes d’aide qu’elles destinaient à l’Afrique.

L’équipe de Temps présent s’est rendue à Athènes pour prendre la mesure de ce drame invisible. Elle a découvert des hôpitaux surchargés, des soupes populaires où se rendent tous les jours des milliers de personnes et le désarroi d’anciens entrepreneurs ruinés par la crise. Mais elle a rencontré aussi des médecins révoltés qui inventent de nouvelles solidarités sur les ruines d’un pays qui a longtemps vécu au-dessus de ses moyens.

Temps présent – RTS – 04/09/14

Portugal : La poste vendue au secteur privé

Le gouvernement portugais s’est défait des 31,5% qu’il détenait encore dans le capital de la poste. Les 70% déjà privatisés en décembre dernier avaient rapporté 579 millions d’euros aux caisses de l’Etat. Le gouvernement a recueilli cette fois 343 millions d’euros supplémentaires.

La privatisation de la poste, institution vieille de 500 ans, était l’une des contreparties à l’aide accordée au Portugal par l’Union européenne et le FMI en 2011 et qui a pris fin en mai dernier. La poste a été introduite en Bourse en décembre 2013 et l’opération s’est avérée un succès. Le désengagement total de l’État portugais constitue aussi un apport financier pour le gouvernement qui s’est vu retoquer par la Cour constitutionnelle certaines mesures d’austérité.

Par ailleurs, une amélioration de la situation de l’emploi a permis au gouvernement de réduire les indemnités chômage à verser et d’augmenter parallèlement les recettes fiscales et les rentrées de cotisations sociales. Un surplus de recettes inespéré de plus d’ 1,6 milliard d’euros qui vient équilibrer le budget rectificatif pour 2014.

Cette loi de finances prévoit d’atteindre l’objectif d’un déficit de 4% du PIB dès cette année et ce sans avoir à augmenter les impôts des Portugais déjà lourdement mis à contribution depuis la crise de 2008.

RFi

(Merci à Pierre)

Espagne : Taxation des comptes bancaires, début du plus grand hold-up de l’Histoire ?

C’est parti : le 7 juillet, l’Espagne a décidé de taxer de façon rétroactive tous les dépôts bancaires de 0,03%. Et devinez pourquoi ? Pour relancer la croissance et la création d’emploi, bien sûr ! À chaque fois que nous nous disons « ils n’oseront pas » nous nous trompons. « Ils » c’est bien sûr les fonctionnaires omniscients et leurs conseillers intéressés. La chypriotisation, la confiscation des assurances vies en Pologne, les taux négatifs, la taxe Lagarde… Quelle couleuvre n’avalerait-on pas pour la croissance et l’emploi ?

Pourtant, pendant des milliers d’années, l’économie – c’est à dire la production de biens et services et les échanges commerciaux librement consentis entre bipèdes – s’est développée sans ces artifices. En effet, nous produisons plus qu’à l’Âge de pierre et les biens et services circulent plus librement qu’au XIXème siècle. Ce résultat a été obtenu le plus souvent malgré les taxes douanières, les escroqueries monétaires, de malheureux épisodes guerriers ; nous avons connu des hauts et des bas, mais sommes arrivés à produire et à échanger plus et mieux.

Aujourd’hui, toutefois, on nous explique que des administratifs et des fonctionnaires sont seul aptes à savoir ce qui est bon pour la croissance et l’emploi. Ce qui leur donne le droit de confisquer notre argent.

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Royaume-Uni : David Cameron veut “donner la priorité aux Britanniques”

Baisse des allocations chômage et familiales pour les immigrés, expulsions facilitées… Le Premier ministre britannique a annoncé une série de mesures destinées à faire baisser l’immigration et à “réduire la pression” sur le système social du pays.

La répression de l’immigration par Cameron“, titre le Daily Telegraph ce 29 juillet. Dans un article d’opinion que publie le journal, le Premier ministre conservateur dévoile un certain nombre de mesures pour réduire l’immigration légale aussi bien qu’illégale, afin de “donner la priorité aux Britanniques“.

Premièrement, le gouvernement britannique souhaite réduire les allocations chômage et les allocations familiales accordées aux immigrés à trois mois maximum (contre six mois actuellement) “afin d’agir contre les abus du système social britannique”.

On ne peut pas à arriver au Royaume-Uni et prétendre à obtenir des choses sans rien donner en retour“, écrit le Premier ministre. De plus, David Cameron entend limiter l’affluence des travailleurs immigrés en abaissant le nombre d’annonces des pôles emploi britanniques mises en ligne sur le portail européen EURES. Actuellement, ce portail compte plus d’un million de postes à pourvoir en Grande-Bretagne, un chiffre que le Premier ministre souhaite limiter à 500.000.
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Argentine : Compte à rebours avant la faillite du pays

La présidente argentine, Cristina Kirchner, est sous la menace du fonds vautour Elliott. Paul Singer, son fondateur, réclame le remboursement de la totalité de la dette de l’Argentine.

Paul Singer, fondateur et président du fonds Elliott Management

Le compte à rebours est terrible. Au moment où nous écrivons ces lignes, il ne reste que quelques heures au gouvernement de Cristina Kirchner pour négocier un accord avec NML (filiale du fonds Elliott) et Aurelius, les deux fonds vautours qui réclament le remboursement des 1,33 milliard de dollars que leur doit le pays.

Sans cela, l’Argentine sera en défaut de paiement technique passé le 30 juillet. « Tout le monde y perdrait, mais les deux parties s’enferment dans des comportements jusqu’au-boutistes », résume Juan Carlos Rodado, économiste chez Natixis. Un tragique dilemme du prisonnier, où chacun tente de faire plier l’autre en espérant qu’il craque en premier.

Comment Buenos Aires en est arrivé là ?

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Dette argentine : les fonds vautours, maîtres-chanteurs des Etats, au nom du droit

Par Xavier Boucobza, professeur agrégé des Facultés de droit

La récente décision de la Cour suprême américaine rejetant le recours de l’Argentine contre les décisions new-yorkaises ayant ordonné le paiement d’une partie de la dette due à des fonds d’investissements, manifeste certainement une certaine impuissance des Etats à faire valoir leurs intérêts face à des investisseurs privés rompus aux stratégies judiciaires internationales.

“La patrie, oui ! Les vautours, non !” – Manifestation pro-gouvernementale en Argentine, juin 2014

Deux fonds d’investissements, assez justement qualifiés de vautours, l’un américain l’autre bahamien, avaient acquis des obligations émises par l’Etat argentin. Compte tenu de ses difficultés récurrentes, l’Argentine a entamé une renégociation de sa dette avec ses créanciers, qui a abouti à une diminution du montant dû et à la mise en place d’un nouvel échéancier. Par des accords passés en 2005 et 2010, 93% des créanciers ont alors accepté ces nouvelles conditions.

Les deux fonds d’investissements qui avaient racheté les obligations à un prix très décoté en raison des risques connus qui pesaient déjà, ont, quant à eux, refusé cette renégociation et préféré entamer des procédures judiciaires, afin de se faire régler la totalité de la créance obligataire acquise.

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Grèce, année zéro (Docu)

Depuis qu’elle a été contrainte par l’Union européenne et le FMI, en 2010 et 2011, à des réformes et des économies drastiques en échange de prêts de 240 milliards d’euros, la Grèce est volontiers présentée, en France, comme une victime de l’Europe. En Allemagne, à l’inverse, on la considère largement comme responsable des tourments de la zone euro.

Jean Quatremer et Pierre Bourgeois sont partis à la rencontre de Grecs de toutes conditions sociales, depuis les citoyens ordinaires qui, à Patmos comme à Athènes, ont souffert des mesures d’austérité, jusqu’aux responsables chargés de mettre en œuvre les réformes.

Réalisé par Pierre Bourgeois et Jean Quatremer (France/Grèce 2014)

André Gorz : « Misères du présent, richesse du possible »

Critique radical du capitalisme, philosophe du travail, de l’autonomie du sujet et des communautés, André Gorz (1923-2007) est l’un des précurseurs de l’écologie politique et du mouvement pour la décroissance. (Les phrases à la première personne du singulier sont d’André Gorz).

Ilya Repine – Les Bateliers de la Volga (1873)

Introduction : Il faut oser l’Exode. Il faut oser rompre avec cette société qui meurt et qui ne renaîtra plus. Il faut ne rien attendre des traitements symptomatiques de la «crise», car il n’y a plus de crise : un nouveau système s’est mis en place qui abolit massivement le «travail». Il restaure les pires formes de domination et d’asservissement en contraignant tous à se battre contre tous pour obtenir ce «travail» qu’il abolit.

Ce n’est pas cette abolition qu’il faut lui reprocher : c’est de prétendre perpétuer comme obligation, comme norme, comme fondement irremplaçable des droits et de la dignité de tous, ce même «travail» dont il abolit les normes, la dignité et l’accessibilité. Il faut que le «travail» perde sa centralité dans la conscience et l’imagination de tous.

Il est rare que ces «travailleurs» puissent dire : «Voici ce que j’ai fait. Voici mon ouvrage. Ceci est mon œuvre». Je hais les mystificateurs qui, au nom de la définition philosophique ou anthropologique du travail, justifient la valeur d’un «travail» qui en est la misérable négation. C’est précisément au sens de réalisation de soi, au sens de poièsis, que le travail disparaît.

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Pourquoi le FMI craint-il une bulle immobilière en France ?

Une semaine après que le Fond monétaire international (FMI) ait tiré la sonnette d’alarme concernant, notamment, les marchés immobiliers anglais et français, deux études viennent nous éclairer sur les raisons qui poussent l’institution à y redouter une bulle immobilière.

Les prix y sont absolument ahurissant

À croire l’étude européenne (mais aussi russe et israélienne) Property Index, tout juste publiée par le sérieux cabinet Deloitte, le Royaume-Uni et la France sont les pays les plus inabordables d’Europe, sur le plan immobilier.

Pour preuve : comptez 10 000€ le mètre carré pour un appartement dans le centre de Londres et 8 140€/m2 à Paris. C’est ce qui atteste, pour certains spécialistes, de l’existence d’une bulle immobilière.

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Cinéma : “The take”

En décembre 2001, l’Argentine implosait. Arrivée au terme du processus de « réforme » néolibérale, le pays entra tout simplement en faillite. Plus d’argent, plus de salaires, plus d’économies.

La conclusion logique d’une décennie durant laquelle l’Argentine avait été considérée comme le meilleur élève du Fond Monétaire International et avait « modernisé » son économie en effectuant les « réformes structurelles » devant lui permettre d’assurer sa « croissance ».

30 ouvriers au chômage dans la banlieue de Buenos Aires occupent leur usine abandonnée par les patrons et refusent de la quitter. Ils demandent le droit de faire repartir les machines, de reprendre le travail.

Freddy Espinosa, président de la nouvelle coopérative des ouvriers de La Forja, et Lalo Paret, activiste du Mouvement National des Entreprises Récupérées, vont faire face, avec leurs camarades, à leurs anciens patrons, aux banquiers et au système tout entier…

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États-Unis : Le FMI abaisse sa prévision de croissance pour 2014

Le Fonds monétaire international a revu en baisse sa prévision de croissance de l‘économie américaine pour cette année et déclaré que les États-Unis ne devrait pas être en situation de plein emploi avant la fin 2017.

L’institution prévoit une croissance du PIB américain de 2% en 2014, contre 2,8% anticipés en avril, en raison du ralentissement du premier trimestre.

Notre révision de croissance en baisse est largement due au mauvais résultat du premier trimestre qui est majoritairement mais pas uniquement en relation avec la météo, a souligné Christine Lagarde, la directrice générale du FMI. Nous pensons que ce ralentissement est temporaire et qu’il cache de meilleures perspectives”.

L’institution appelle les États-Unis à investir massivement dans les infrastructures et l‘éducation mais surtout à renforcer son marché du travail dont l’amélioration progressive ne serait qu’un trompe l’œil selon le FMI.

Ce constat suggère que la Réserve fédérale, la Fed peut prendre son temps avant de relever ses taux d’intérêt.

Euronews

Immobilier : Le FMI met en garde contre une nouvelle crise mondiale

Le monde doit agir maintenant pour éviter une nouvelle crise de l’immobilier, avertit le Fonds monétaire international (FMI), qui vient de publier un rapport: le Global Housing Watch. Il indique que les prix des biens immobiliers ont augmenté dans la plupart des pays au point de devenir inabordables pour les ménages.

Selon le FMI, cette hausse continue une véritable menace pour l’économie mondiale et les gouvernements ne font pas assez d’efforts pour la contrôler.

Min Zhu, directeur général adjoint du FMI, cite quelques pays pour lesquels ce phénomène est particulièrement problématique, évoquant même une bulle immobilière :

« Pour les pays de l’OCDE, où les statistiques de long terme concernant le prix des maisons, les loyers et les revenus sont disponibles, ces ratios [ceux des prix des maisons comparés aux revenus] demeurent très au dessus de leurs moyennes historiques dans une majorité de pays. Cela est vrai par exemple pour l’Australie, la Belgique, le Canada, la Norvège et la Suède ».

Comment l’expliquer ?
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La grande remise à zéro du système est officiellement admise. Elle aura lieu. Et va vous ruiner ! (+ vidéo)

Par Charles Sannat

Comme vous le savez, je conteste la réalité de la reprise mondiale que l’on tente de nous vendre actuellement et depuis maintenant presque deux années.

La croissance n’est pas au rendez-vous. Certes les bénéfices augmentent comme l’explique très bien Martin Prescott dans sa dernière vidéo que je vous fais découvrir dans l’édition d’aujourd’hui du Contrarien Matin. Pour lui, et je partage totalement son analyse (mais c’est toujours important de vous montrer qu’un Olivier Delamarche ou un Charles Sannat ne sont pas les seuls dans le monde à penser ce que l’on pense),

l’augmentation des bénéfices des entreprises est réel certes, mais il résulte en très grande partie des licenciements et des réductions de coûts dans les sociétés. Les chiffres d’affaires, eux, sont sans doute possible orientés à la baisse.

Or le chiffre d’affaires est le seul véritable indicateur des volumes de transaction et bien évidemment une des composantes essentielles du calcul du PIB et donc de la croissance économique générale.

Le grand « reset » est officiellement admis par le FMI
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Grèce : Vers un échelonnement de la dette fiscale des particuliers face aux impayés, de Charybde en Scylla ?

La politique de la troïka (BCE/FMI et UE), une aubaine pour les banquiers ? Mais au détriment des particuliers et des petites entreprises ? Cela y ressemble …

“Charybde et Scylla” par Alessandro Allori

Alors que les impôts ne cessent de s’envoler en Grèce, Athènes est désormais à un double problème : l’appauvrissement de sa population pour ne pas dire la descente aux enfers des plus pauvres … et la montée des impayés concernant ses revenus fiscaux.

Les citoyens grecs doivent en effet faire face à une situation tellement exsangue qu’ils ne peuvent s’acquitter de leurs dettes fiscales. Mettant en péril le respect des objectifs fixés par la troïka. Laquelle dicte inexorablement sa loi ….

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“La bonne nouvelle est que le peuple est en train de se réveiller”

Une autre politique climatique peut-elle sauver l’Europe ? La croissance va-t-elle revenir ? Un nouveau mouvement politique peut-il remplacer un PS en effondrement moral ? Rencontre avec Pierre Larrouturou, après José Bové, Corinne Lepage, et Jean-Luc Mélenchon.

Reporterre – Comment interprétez-vous le désamour des Français à l’égard de l’Europe ?

Pierre Larrouturou - Pendant trente ans, l’Europe était un espace de coopération et de justice sociale. Et puis il y a eu un tournant, qu’on a appelé la révolution néo-libérale les débuts des années 1980. Depuis trente ans, au lieu d’avoir une coopération et une justice sociale, la concurrence a été érigée comme un dogme fondamental au-dessus de tout le reste. Cela amène une précarité terrible, à la violence sociale, à la violence contre la planète. L’Europe n’est plus fidèle aux valeurs des pères fondateurs.

En quoi est-elle différente de la conception originelle ?

La première volonté était de mettre le charbon et l’acier en dehors des mains des capitalistes et de faire une union politique en commençant par des choses concrètes. il y avait des règles sur le charbon et l’acier, sur le salaire minimum, sur le fonctionnement économique. Et quand un pays dévaluait sa monnaie, il y avait un montant compensatoire agricole qui évitait qu’il y ait un avantage compétitif lié à cette dévaluation.

Aujourd’hui, le traité transatlantique dont François Hollande veut accélérer la négociation est le contraire des valeurs de ceux qui ont créé l’Union européenne.

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Europe : 5 ans après la crise, la régulation du secteur financier a-t-elle avancé

Les gouvernements des vingt pays les plus riches l’avaient promis : le secteur financier sera réformé, les banques mises sous contrôle. Plus de finance folle, de sauvetage bancaire ruineux, de mise en péril de l’économie par la spéculation débridée. Cinq ans après les déclarations du G20, où en est-on ? L’Union européenne a voté une dizaine de directives, sous la houlette de Michel Barnier. Bonus des banquiers, organisation des plans de sauvetage, supervision et contrôle… Tour d’horizon de cette difficile reprise en main, avec Thierry Philipponnat, secrétaire général de l’ONG Finance Watch, rare contrepouvoir au puissant lobby bancaire européen.

L’union bancaire européenne a pour objectif d’éviter que de nouvelles faillites bancaires ne soient supportées par les contribuables. Son principe a été adopté par les eurodéputés le 15 avril. Est-ce une mesure satisfaisante ?

Thierry Philipponnat [1] : La réforme de l’Union bancaire a pour objectif que la prochaine crise bancaire ne coûte pas d’argent au contribuable – contrairement à la crise de 2008 qui coûté 450 milliards d’euros aux pays européens. Et de casser le lien incestueux et complètement absurde entre les banques et les États : les banques financent les États mais comptent sur eux pour les sauver quand elles ont un problème. Après un an et demi de négociations, nous avons avancé dans la bonne direction. L’Union bancaire permet une surveillance unique des 130 plus grandes banques par la Banque centrale européenne (BCE). Et la remise à plat du système de « résolution », c’est-à-dire l’intervention publique lorsqu’une banque a des problèmes, avant qu’elle ne fasse faillite.

Désormais, les pertes financières devront être absorbées par les actionnaires et les créanciers, avant que les déposants et contribuables ne soient mis à contribution. Cette nouvelle directive européenne [2] est un vrai progrès, elle met fin à « l’aléa moral », qui fait que les gagnants et les perdants n’étaient pas les mêmes : certains pouvaient gagner de l’argent mais pas en perdre !

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La Grèce, crise et châtiments (Docu)

« Pour nous balancer des gaz lacrymogènes, s’insurge une femme, ils trouvent toujours l’argent, mais pour nourrir et loger les trois millions de pauvres en Grèce, il n’y a en jamais. » Depuis que la crise de sa dette publique a éclaté en 2008, la Grèce, mise au régime sec par la « troïka » Fonds monétaire international, Commission européenne et Banque centrale européenne, s’enfonce dans une crise sans précédent.

Coupes budgétaires drastiques dans les services publics, salaires divisés par deux, salaire minimum fixé à 476 euros, augmentation de la TVA, baisse des retraites… la cure d’austérité, avalisée par un gouvernement libéral, devait aider le pays à regagner la confiance des marchés. Elle n’a pourtant pas permis de diminuer la dette, passée de 124 % du PIB en 2008 à 174 % aujourd’hui. Avec un taux de chômage avoisinant les 30 % de la population active, la misère s’est installée partout.

Réalisé par Angelos Abazoglou (France 5 – 22/04/2014)

Grèce : « Ne vivons plus comme des esclaves »

Venu des catacombes grecques de l’Europe, un murmure traverse le continent dévasté :« Na mi zisoumé san douli ».

Sur les murs des villes et sur les rochers des campagnes, sur les panneaux publicitaires vides ou détournés, dans les journaux alternatifs et sur les radios rebelles, dans les lieux d’occupation et d’autogestion qui se multiplient, tel est le slogan que la résistance grecque diffuse, jour après jour, et nous invite à reprendre en chœur sur les mélodies de ce film à ses côtés.

Un grand bol d’air frais, d’enthousiasme et d’utopies en marche, venu de la mer Égée.

Frédéric Lordon : « Nous avons une occasion de mettre le système bancaire et financier à terre, il ne faut pas la louper »

« Sortir de l’euro est une opération qui n’a vocation qu’à transformer l’état présent des structures du capitalisme, sans nous faire sortir du capitalisme lui-même. »

« J’envisage la possibilité d’un défaut [de paiement] comme d’un levier, c’est à dire l’instrumentalisation politique du défaut qui conduirait à mettre à terre l’intégralité des systèmes bancaires et financiers. »

France Inter (Le 7/9 du 17/04/2014)

L’histoire secrète de la crise financière ou comment la Fed domine le monde

Par Harold James, professeur d’histoire à l’Université de Princeton et senior fellow au Center for International Governance Innovation.

De nouvelles informations apparaissent, concernant l’attitude des autorités monétaires et financières, face à la crise, en 2008. Elles montrent le rôle clé de la Fed et la marginalisation du FMI.

Le grand roman de Balzac Les illusions perdues se termine par une tirade sur la différence entre « l’histoire officielle », qui est un « tissu de mensonges », et « l’histoire secrète » – c’est à dire la vraie histoire. Dans le temps, il était possible de cacher les vérités scandaleuses de l’histoire pendant longtemps – voire pour toujours. Plus maintenant.

Ceci n’est nulle part aussi apparent que dans les récits de la crise financière mondiale. L’histoire officielle dépeint la Réserve fédérale américaine, la Banque centrale européenne et les autres grandes banques centrales comme adoptant une action coordonnée pour sauver le système financier mondial de la catastrophe.

Cependant, les transcriptions publiées récemment des réunions de 2008 du Federal Open Market Committee, le principal organe de décision de la Fed, révèlent que, dans les faits, la Fed a émergé de la crise en tant que la banque centrale du monde, tout en continuant à servir en premier lieu les intérêts américains.

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Irlande : Un “succès” de l’austérité que la population paye cash

L’Irlande est le premier pays de la zone euro à être sorti du plan d’aide de la troïka. Le 7 janvier, le pays revient sur les marchés financiers et emprunte à bas prix. La reprise est là: le taux de chômage est en décembre 2013 à 12,1% pour 14,7% un an auparavant. Le ministère des Finances se félicite du taux de croissance de l’économie (2% attendu en 2014). L’Europe se réjouit de ce succès. Mais est-ce vraiment un succès ?

En Irlande, les habitants ont vu leur vie et leur avenir complètement ravagés par l’austérité. Et malgré le retour de l’Irlande sur les marchés, eux ne voient pas leur vie s’améliorer.

Comment l’Irlande en est-elle arrivée là ?

Dans les années 90 et 2000, l’Irlande était une nation prospère, essentiellement portée par le secteur de la construction. Des chantiers fleurissaient un peu partout. Et les Irlandais étaient nombreux à emprunter, parfois plusieurs fois. Les banques suivaient. Les prix de l’immobilier atteignaient des sommets. Mais en 2007-2008, la bulle immobilière explose. Les prix chutent et emportent avec eux les banques, achevées par la crise financière mondiale.

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« Mon amie, c’est la finance »

Pour réussir un hold-up, laissez faire les professionnels ! Trois journalistes racontent comment les banquiers français ont roulé gouvernement et Parlement dans la farine sous vos yeux. Du grand art ! Extrait

(…)

Le Parlement tiraillé

Le 30 janvier à 9 heures, les banquiers ouvrent le bal des auditions à l’Assemblée nationale. Pour percevoir l’humeur du moment, les députés sont venus en nombre dans la salle 63 50. L’auditoire est composé de Jean-Paul Chifflet, président du Crédit agricole et devenu président de la FBF en septembre 2012, de Frédéric Oudéa, ainsi que de Jean-Laurent Bonnafé. Tous se sont positionnés à la droite du président de la commission, Gilles Carrez.

Un par un, ils entament des exposés lénifiants et conservateurs. Jean-Paul Chifflet ouvre le bal : “Les vraies raisons de la crise de 2008 sont liées à l’immobilier, l’accumulation d’actifs risqués et la faiblesse de régulateurs nationaux, ça n’a rien à voir avec la séparation des activités bancaires ! Cette réforme n’était ni urgente ni prioritaire !” juge-t-il. Il met en garde : “Attention ! Cette loi aura un impact sur le financement de l’économie et la présence des banques françaises dans le monde.”

Frédéric Oudéa et Jean-Laurent Bonnafé sont moins véhéments et appellent au statu quo : “Vous bâtissez une loi pour le futur et en l’état, elle sauve l’essentiel : notre capacité à travailler avec nos clients, à aider les entreprises et l’Etat à emprunter sur les marchés. N’allez pas casser la croissance en Europe quand celle-ci risque un gros décrochage. [...] Il faut des banques fortes”, assène le premier. “Le secteur bancaire français a raisonnablement passé la crise. La loi telle qu’elle est paraît équilibrée”, admet le second.

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Crise financière : comment des « fonds vautours » commencent à attaquer l’Europe

Plusieurs dizaines de fonds spéculatifs s’estiment lésés par la suppression d’aides publiques ou les restructurations de dettes souveraines menées en Europe. Au nom de la protection des investissements, ils attaquent donc les Etats devant des tribunaux commerciaux extranationaux. En jeu : des centaines de millions d’euros d’indemnités à empocher. Si leurs premières cibles sont l’Espagne, la Grèce et Chypre, d’autres pays pourront être concernés. Après l’austérité, les citoyens européens paieront-ils la facture de la crise une seconde fois ?

En plus des politiques d’austérité, une nouvelle menace se profile à l’horizon pour les pays du Sud de l’Europe : celle de procédures intentées devant des juridictions commerciales opaques par des acteurs financiers, qui cherchent à tirer profit des traités garantissant la « protection des investisseurs ». Des fonds spéculatifs, s’estimant lésés par des restructurations de dette ou par la fin de subventions publiques à certains secteurs, font ainsi jouer la clause du « traitement juste et équitable » (lire notre article) des investisseurs pour demander réparation.

Grèce, Chypre et Espagne sont ainsi la cible de procédures intentées devant divers « tribunaux » d’arbitrage par des firmes privées, qui leur réclament plusieurs centaines de millions d’euros. Ces poursuites pourraient être les signes avant-coureurs d’une nouvelle déferlante de procédures du même type affectant tous les pays d’Europe, dont la France. Un nouveau rapport publié par le Transnational Institute et le Corporate Europe Observatory, intitulé « Profiter de la crise – comment entreprises et avocats d’affaires font des profits au détriment des pays européens frappés par la crise » [1] tire la sonnette d’alarme.

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L’Ukraine annonce une récession de 3% pour 2014

Le gouvernement ukrainien prévoit une chute de 3% du PIB pour cette année, après une croissance nulle en 2013.

L’économie ukrainienne sortira de cette révolution très affaiblie.

C’est le constat de son ministre des Finances Olexandre Chlapak, qui a déclaré lundi s’attendre à “une baisse de 3% du Produit Intérieur Brut cette année”.

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Argentine : Moody’s abaisse la note, pour pousser le pays à se tourner vers le FMI ?

Moody’s, la célèbre agence de notation financière a abaissé d’un cran lundi la note de la dette de l’Argentine, rétrogradant cette dernière de B3 à Caa1. Raisons invoquées : la baisse des réserves de change du pays assortie selon elle de mesures politiques « inadaptées ».

Faible élément positif : Moody’s attribue une note stable à la perspective du pays, ce qui signifie qu’elle n’envisage pas un nouvel abaissement de la note à moyen terme.

L’agence de notation s’inquiète tout particulièrement du fait que le pays ne pouvant actuellement recourir au marché financier, s’est vu contraint de puiser dans ses réserves afin de contrer la chute du peso et rembourser sa dette.

Selon Moody’s, les réserves de l’Argentine auraient chuté de 52 milliards de dollars en 2011 à 27,5 milliards actuellement, les exportations de soja – pourtant importantes – ne permettant pas au pays de redresser la situation. Une situation due notamment à son déficit énergétique (8 milliards de dollars en 2013). Or, selon l’agence, Buenos Aires n’aura pas d’autre choix que de continuer à puiser dans ce capital en vue de rembourser les quelque « 20 milliards de dollars » qu’elle doit à ses créanciers entre 2014 et 2015.

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L’histoire secrète de la crise financière ou comment la Fed domine le monde

par Harold James, Princeton

De nouvelles informations apparaissent, concernant l’attitude des autorités monétaires et financières, face à la crise, en 2008. Elles montrent le rôle clé de la Fed et la marginalisation du FMI.

Le grand roman de Balzac Ies illusions perdues se termine par une tirade sur la différence entre « l’histoire officielle », qui est un « tissu de mensonges », et « l’histoire secrète » – c’est à dire la vraie histoire. Dans le temps, il était possible de cacher les vérités scandaleuses de l’histoire pendant longtemps – voire pour toujours. Plus maintenant.

Ceci n’est nulle part aussi apparent que dans les récits de la crise financière mondiale. L’histoire officielle dépeint la Réserve fédérale américaine, la Banque centrale européenne et les autres grandes banques centrales comme adoptant une action coordonnée pour sauver le système financier mondial de la catastrophe.

Cependant, les transcriptions publiées récemment des réunions de 2008 du Federal Open Market Committee, le principal organe de décision de la Fed, révèlent que, dans les faits, la Fed a émergé de la crise en tant que la banque centrale du monde, tout en continuant à servir en premier lieu les intérêts américains.

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