La fabrique du surhomme soviétique

En 1917, les vainqueurs de la révolution sont confrontés à une société russe pauvre et essentiellement agricole. Pour assurer l’industrialisation du pays, il est nécessaire de mettre l’individu au service du collectif.

Les travaux de Pavlov sont mis à profit pour conditionner les ouvriers dans les usines, mais aussi rééduquer les «éléments non prolétariens» dans des camps de travail.

De son côté, le généticien Ilya Ivanov se passionne pour les croisements entre singes et humains : il espère donner naissance à un être hybride, qui servirait de robot ou de cobaye dans les laboratoires.

Le transhumanisme, ce nouvel eugénisme ?

Le transhumanisme apparaît de façon récurrente dans l’actualité : neurosciences, intelligence artificielle, robotique, séquençage de l’ADN, autant d’ « avancées » qui sont les parties émergées de l’iceberg. Gènéthique se penche sur les fondements de ce courant qui prend de plus en plus de place dans notre vie quotidienne et semble être une résurgence de la pensée eugéniste. Deux philosophes, respectivement spécialistes de ces courants, livrent leurs réflexions sur les convergences entre eugénisme et transhumanisme.

Gènéthique : Pouvez-vous donner, chacun selon votre spécialité, une définition de l’eugénisme et du transhumanisme en rappelant les sources historiques et philosophiques de ces courants ?

D. Moyse : Historiquement, l’eugénisme est né sous l’impulsion de Francis Galton, le cousin de Darwin, au XIX ème, et son projet était « d’améliorer l’homme ». On voit donc aussitôt que l’eugénisme est, dans une certaine mesure, la forme initiale de l’intention d’ « augmenter l’homme » ! L’eugénisme s’est déployé sous deux formes, dites « positive » et « négative ». La première relevait de l’intention de produire les hommes les « meilleurs », par croisement des « spécimens humains » eux-mêmes supposés dotés d’aptitudes excellentes. La forme négative se manifestant de son côté par l’élimination des « moins bons », par le moyen de la stérilisation notamment.
Il convient d’insister sur le fait que l’eugénisme n’est nullement réductible à ses exactions ostensiblement criminelles, et qu’il ne fut pas du tout l’apanage des régimes politiques totalitaires, en particulier fascistes.

Alexis Escudero : « La reproduction artificielle de l’humain »

L’ouvrage d’Alexis Escudero, La Reproduction artificielle de l’humain1, a suscité de vives polémiques dans les milieux politiques « radicaux » [de gauche NDLR], certains critiques allant jusqu’à le qualifier de réactionnaire et machiste2. [...] PMA et GPA ne signifient pas l’égalité des minorités et des majorités sexuelles dans leur rapport à la procréation, mais la soumission de tous et toutes à l’institution médicale, l’État, l’économie, et la tyrannie technologique. Telle est la position d’Alexis Escudero.

À rebours des positions qu’a tenue la gauche ces deux dernières années, les partisans de la liberté et de l’émancipation doivent s’opposer à la reproduction artificielle de l’humain et à ce qu’elle implique inévitablement : eugénisme, marchandisation des corps et du vivant, manipulation génétique des embryons, transhumanisme.[...]

La dernière publication de la sociologue canadienne Céline Lafontaine, Le Corps-marché3, ouvrage sur la marchandisation de la vie humaine dans la bioéconomie, pointe l’un des nœuds du désaccord : « La volonté affirmée par certaines auteures de s’affranchir des conceptions biologisantes et naturalisantes de la différence des sexes au profit d’une perspective purement constructiviste a favorisé un certain aveuglement face aux enjeux réels des biotechnologies, surtout en ce qui a trait aux technologies de la procréation assistée. »

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Le transhumanisme : La prochaine étape de la civilisation

Le transhumanisme est la prochaine étape de la civilisation, et le laissez-faire est sa justification, sa condition préalable et sa limite :

  • Premièrement, c’est la seule philosophie qui fournisse une justification adéquate à la liberté transhumaniste, et une réponse solide à ceux qui l’opposent ;
  • Deuxièmement, c’est la seule philosophie qui permette au monde d’être suffisamment prospère pour que nous puissions effectivement nous le permettre, et laisse les gens utiliser leur argent à cette fin ;
  • Troisièmement, c’est la seule philosophie qui se développe en un cadre cohérent et rationnel permettant de gérer les nouvelles questions éthiques soulevées par le progrès technologique.

1. Le transhumanisme en tant que droit libéral
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Contrôler le génome, une ambition sans limites ? (Docu)

A Shenzhen, aux portes de Hongkong, l’entreprise privée BGI est le plus grand centre de recherche génétique au monde, tant en personnel qu’en moyens techniques. A la tête de l’unité de recherche de génomique cognitive, Zhao Bowen, 21 ans, tente de découvrir les gènes associés à l’intelligence dans l’espoir de permettre bientôt aux parents de pouvoir «manipuler le QI» de leur progéniture.

Conscients de surmonter les obstacles économiques et déontologiques qui rendraient de tels projets impossibles dans d’autres pays, et persuadés d’agir pour le bien commun, les jeunes scientifiques de BGI se laissent filmer de bonne grâce.

Sans jugement, Bregtje van der Haak montre que ce futur façonné par la technologie, où le marché pourrait offrir aux consommateurs une forme d’eugénisme «ordinaire», ne relève plus de la science-fiction.

Réalisé par Bregtje Van der Haak (Pays-Bas 2013)