Noorassur : Une assurance hallal, mais pas sans risque

La ferveur musulmane progresse et, avec elle, les affaires, notamment en matière financière. Sonia Mariji, 43 ans, l’a bien compris et vient d’ouvrir à Chelles (77) sa première agence d’assurance islamique sous la marque Noorassur. La première pierre d’une franchise d’assurance « hallal » qui devrait compter plus d’une vingtaine d’agences d’ici à la fin de l’année.


À l’origine de ce projet, assure-t-elle, une prise de conscience personnelle : « Le krach de 2008 était une crise de cupidité. J’ai alors pris conscience que les choses ne pouvaient plus continuer ainsi. Je suis musulmane: j’ai cherché une manière plus éthique de faire de la finance. »

Le marché est mûr, pense Sonia Mariji. D’abord parce que les musulmans en Europe, et notamment en France, sont de plus en plus nombreux à vouloir revenir à une pratique plus stricte de la loi musulmane. Or celle-ci interdit le prêt à intérêt et l’usure, ce qui exclut en théorie tout investissement dans des produits à intérêt garanti comme les produits obligataires.

Est aussi proscrit le fait de gagner de l’argent sur le malheur des gens, donc si assurance il y a, elle est fondée sur la solidarité et de type mutualiste et interdit de facto le principe de l’assurance décès ; l’investissement dans des secteurs « haram », impurs, comme l’industrie porcine, bien sûr, mais aussi la drogue, l’armement, etc. est prohibé.
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Inde : Le secteur pharmaceutique entaché par des scandales

Cet été, 700 marques de médicaments génériques testés par la société indienne GVK Bio ont dû être retirées du marché européen, à la demande de la Commission européenne.

En cause : des “manipulations systématiques de données” lors des essais cliniques. Cette décision intervient suite à la recommandation émise par l’Agence française de sécurité du médicament, en janvier dernier.

Cette nouvelle affaire ébranle la réputation de l’Inde comme leader dans le domaine pharmaceutique.

Considérations éthiques à l’ère du journalisme robotisé

Dimanche soir, les robots-journalistes du journal Le Monde produiront – comme la semaine dernière *- résultats et fiches d’élections par milliers, très rapidement. Cette initiative arrive après celle de l’agence américaine Associated Press (AP) laissant depuis quelques semaines des machines écrire les résultats financiers ou sportifs.

Car les journalistes sont enfin disponibles pour des tâches plus gratifiantes, à plus forte valeur ajoutée. Vérifier, donner du sens, notamment. Ce qu’on leur demande, d’ailleurs !

Il n’empêche ! Des questions légitimes, souvent éthiques, se posent. Tom Kent, directeur adjoint de la rédaction d’AP, responsable des standards d’écriture et des guides de style de l’agence de presse, vient d’en lister 10.

1 – Les données d’origine sont-elles fiables ?
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Bionique : copier la nature pour réinventer ?

L’objectif de la bionique : mettre à nu les principes à l’œuvre dans la nature, comprendre les mécanismes qui ont permis la survie des espèces au fil de millions d’années, puis les reproduire artificiellement.

Depuis Léonard de Vinci, les scientifiques explorent les merveilles de fonctionnalité de la nature. Les inventions qui s’en inspirent, depuis le planeur d’Otto Lilienthal jusqu’au fameux effet lotus, sont nombreuses et variées. A force, n’a-t-on pas déjà tout reproduit ?

« X:enius » observe, fasciné, que la bionique est loin d’avoir atteint ses limites. Cette science pénètre de mieux en mieux les mystères de l’évolution. Aujourd’hui, les chefs d’entreprise observent les colonies de fourmis pour comprendre comment améliorer l’efficacité d’une organisation ; demain, les capteurs électriques d’un poisson faciliteront le travail des chirurgiens du cœur.

Noël : La beauté dans la vie (Rediff.)

Par Dominique Venner

C’est aujourd’hui Noël (l’autre nom du Solstice d’hiver). Associée au sapin toujours vert, Noël a toujours été célébrée dans le pays d’Europe depuis des temps immémoriaux comme la grande fête présageant le renouveau de la Nature et de la vie après la dormition de l’hiver. On ne peut s’empêcher de penser que l’Europe, elle aussi, sortira un jour de son actuelle dormition, même si cela est plus long que dans le cycle de la Nature.

Noël est la fête des enfants. C’est aussi une fête où la beauté a toute sa place. N’est-ce pas l’occasion de réfléchir sur cette notion vitale, l’une des trois composantes de la « triade homérique » : « la Nature comme socle, l’excellence comme but, la beauté comme horizon » ?

Plutôt qu’une dissertation sur la beauté, j’ai envie d’offrir à ceux et celles qui me lisent quelques conseils pratiques, sans oublier cependant une réflexion a méditer : l’esthétique fonde l’éthique (le bien est défini par ce qui est beau) tout comme l’éthique fonde l’esthétique (le bien est inséparable du beau).

Cultivez la beauté (sens esthétique) pour vous-même et pour vos proches. La beauté n’est pas affaire d’argent et de consommation. Elle réside en tout, principalement dans les petits détails de la vie.
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Biotechnologies : Breveter le vivant pour faire du business ?

La vie est-elle un produit marchand ? C’est là tout l’enjeu du débat sur la brevetabilité du vivant. De quoi s’agit-il exactement ? Tout simplement d’autoriser, ou non, des entreprises à déposer un brevet sur une plante, un animal ou même un être humain. Bref, de permettre à l’entreprise de faire du commerce avec le vivant.

Éthique Animale – Élevage industriel

Éthique Animale est une mini-série sur les implications éthiques de notre traitement des animaux. Réalisé par Chuck Pepin et présenté par Carl Saucier-Bouffard, professeur en éthique environnementale et animale au Collège Dawson et chercheur associé au Centre sur l’éthique animale de l’Université Oxford.

Cette troisième capsule se concentre sur les conditions des animaux d’élevages au Québec et au Canada.

Chine : Le combat isolé d’un médecin contre la corruption

Vous faire acheter un pacemaker dont vous n’avez nul besoin ou vous hospitaliser pour un simple mal de gorge: une femme médecin dénonce, seule contre ses confrères, les abus du système médical chinois gangrené par une corruption endémique au point de susciter une vague de violences de la part de patients révoltés.

Mme Lan Yuefeng, ancien médecin-chef spécialisée en échographie, a fait scandale lorsqu’elle a publiquement accusé l’hôpital où elle exerçait d’abuser délibérément les malades en leur prescrivant trop de médicaments et des traitements inutiles.

Les abus des hôpitaux suscitent l’indignation du public, mais la plupart des patients se laissent persuader par les médecins d’accepter toutes les prescriptions, raconte Mme Lan. Pour les convaincre, le personnel médical leur pose la question redoutable: “Qu’est-ce qui compte le plus pour vous, l’argent ou la vie‘”

Placée d’office en congé sans solde il y a deux ans, elle a néanmoins continué de se rendre dans cet hôpital de la ville sichuanaise de Mianyang (sud-ouest) -ce qui lui a valu dans les médias locaux le surnom de “médecin de couloir“.

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Ronnie Moas : « Quelqu’un à Wall Street devait parler des conséquences du capitalisme. »

Depuis la parution de son rapport sur l’éthique et la morale dans la finance, l’analyste de Wall Street Ronnie Moas a été propulsé sur la scène médiatique américaine. En mettant sur la liste noire de son agence Standpoint Research des firmes comme Amazon ou Apple, pour des raisons éthiques, Moas ne s’est pas fait que des alliés parmi les traders et les gestionnaires de fonds.

Quelle est l’activité de Standpoint Research, la firme que vous avez créée ?

Standpoint Research est un centre de recherche financière indépendant : nous n’avons pas de conflit d’intérêts, nous donnons des conseils sur la bourse, principalement à des fonds spéculatifs et des fonds communs de placement. J’ai aussi quelques clients individuels. Les idées sont générées par un modèle informatique à 125 variables que j’ai développé pendant cinq ans. Je le lance toutes les semaines et il génère des idées, pour moi. Ensuite, j’applique des données sur les fondamentaux et des analyses personnelles avant d’arriver à une véritable recommandation.

Typiquement, une recommandation prend la forme d’un rapport de 10, 15 ou 20 pages. Je ne peux donc pas vous recommander un nom comme cela, tout de suite, parce que j’ai besoin de mon modèle informatique tout comme je dois beaucoup travailler le résultat qu’il me donne.

Pendant ces six dernières années, j’ai donné plus de 400 recommandations et il n’y a pas une seule firme à Wall Street qui a été capable d’être aussi précise que moi. Ma précision n’a pas d’égal dans le métier.

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“Le jugement” : Êtes-vous prêts à passer à la cassererole ?

Après la quasi-totale disparition de l’espèce humaine, dans un tribunal animé par l’excentrique juge ” MagiCJacK », un homme, David Carniste, lobbyiste choisi pour représenter l’Humanité, passe en procès pour les conséquences des actes de son espèce.

S’engage alors un long procès où l’être humain est pour la première fois jugé sur trois sujets: la santé publique, l’environnement et l’éthique.

Court-métrage de Maxime Ginolin, jeune réalisateur français.

Écologie et économie

Le texte présenté ici est un extrait de l’ouvrage Vittorio Hösle (1) “Philosophie de la crise écologique” (Wildproject, 2009, trad. Matthieu Dumont), publié pour la première fois à Munich en 1991. Le texte reprend une série de conférences prononcées en avril 1990 à l’Institut de philosophie de l’Académie des sciences de Russie/URSS. Déjà traduit en plusieurs langues, cet ouvrage a contribué à faire de son auteur une voix incontournable dans le domaine de l’éthique environnementale et de la philosophie de l’écologie.

Un point commun du capitalisme et du marxisme

Il me semble à présent que l’antagonisme des systèmes de l’Ouest et de l’Est n’a pas essentiellement pour origine une divergence quant aux objectifs à atteindre. Il est certain que la liberté a occupé une place bien plus importante dans l’idéal social occidental que dans celui des pays de l’Est. Pourtant les deux modèles sociaux partageaient, du moins pour ce qui est de la théorie, les mêmes idéaux universels hérités des Lumières : autodétermination et bien-être pour le plus grand nombre possible.

Les dissensions s’exprimaient davantage à propos de la meilleure voie à suivre pour parvenir à la réalisation de ces idéaux. Les démocraties occidentales pensaient pouvoir y arriver par l’entremise d’un développement sous contrôle de l’économie capitaliste ; et les pays communistes, par un rejet de l’économie de marché. (…)

L’impossible suppression de l’égoïsme économique

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Le business du commerce équitable

Le business de l’éthique, qui prétend réconcilier le porte-monnaie et la morale, brasse des milliards d’euros. Du Mexique au Kenya, Donatien Lemaître a décortiqué toute la filière. Il montre comment l’idée généreuse du commerce équitable est de plus en plus récupérée par des as du marketing ou des multinationales en quête de virginité.

Réalisé par Donation Lemaître (Arte, Août 2013)

Voir également ce documentaire sur rutube (partie 1, partie 2)

(Merci à NOP)

États-Unis : La culture de la cupidité tient bon à Wall Street

Les codes d’éthique établis par les grandes banques américaines ne seraient-ils que de la poudre aux yeux ? Selon une enquête réalisée auprès de professionnels du secteur, une personne sur quatre serait prête à commettre un délit d’initié si elle était sûre de ne pas se faire prendre.

Éthique. Valeurs. Intégrité. Les patrons de Wall Street ont sans cesse ces mots à la bouche. Toutes les banques ont soigneusement élaboré un code de conduite. “Notre intégrité et notre réputation dépendent de notre capacité à faire ce qui est juste même quand ce n’est pas facile”, proclame le dirigeant de JPMorgan Chase. “Aucune incitation ou perspective financières – quel que soit le résultat financier – ne justifie que nous nous éloignions de nos valeurs”, déclare Goldman Sachs.

Mais un nouveau rapport laisse entendre que ces nobles propos ne sont que des paroles en l’air. Il vient d’être publié par le cabinet d’avocats Labaton Sucharow à la demande de Jordan A. Thomas, l’un de ses associés, qui a naguère été directeur assistant de la Securities and Exchange Commission [SEC, l'équivalent américain de l'Autorité des marchés financiers].

Sur les 250 personnes travaillant pour des sociétés financières qui ont répondu au questionnaire – courtiers, gestionnaires de portefeuille, banquiers, gestionnaires de fonds alternatifs, analystes financiers, conseillers en investissement, etc. –, 23 % déclarent avoir “observé ou avoir eu connaissance directement d’actes condamnables sur le lieu de travail”. Si cela ne suffit pas à attirer votre attention, en voilà encore : 24 % des personnes interrogées se disent prêtes à “commettre un délit d’initié pour gagner 10 millions de dollars si elles étaient sûres de ne pas se faire prendre”.

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Nanotechnologie : La révolution invisible

Ce documentaire s’interroge sur les nouvelles applications dans les domaines de nos vies, de l’électronique et de la production de nouveaux matériaux. Les nanosciences et nanotechnologies, nommées NST, peuvent être définies comme l’ensemble des études et des procédés de fabrication et de manipulation de structures, de dispositifs et de systèmes matériels à l’échelle du nanomètre.

En accédant à la capacité de manipuler la matière à l’échelle des atomes et des molécules, et d’exploiter les propriétés spectaculaires des objets de taille nanométrique, les nanotechnologies ouvrent un nouveau chapitre dans l’histoire des technologies, celui d’une miniaturisation du domaine de l’invisible.

La nanotoxicologie étudie les risques environnementaux et sanitaires liés aux nanotechnologies. Par exemple, la dissémination à large échelle de nanoparticules dans l’environnement ou dans le corps humain sont sujets à des questions éthiques. Pour certains, ces évolutions technologiques devraient simplifier notre quotidien et rendre le monde plus sûr, plus efficace et plus confortable, mais pour d’autres, le risque est élevé.


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« Le culte de la performance nous a transformés en larbins »

Un texte stimulant de Flore Vasseur, auteur (entre autres) du roman paru il y a deux ans : «  Comment j’ai liquidé le siècle »…

[...] « Je suis très intriguée, depuis longtemps par cette question de la performance. Je suis née dans les années 70, j’ai grandi dans les années 80, vous savez, ces années « Duracelle ». Bref, j’ai été biberonnée au concept de performance. D’ailleurs, j’ai fait du sport à haut niveau, HEC, j’ai été chef d’entreprise à New York à 25 ans. Et puis, et puis… j’ai vu les Tours Jumelles s’effondrer un matin de septembre. J’ai senti notre obscénité.

Et depuis, je suis très remontée contre le culte de la performance. Je pense qu’il s’agit d’une méta loi, qui nous a transformé, à peu près tous, en larbin. Pour vous expliquer ce concept, le mieux est de vous montrer un film, réalisé par des Argentins et intitulé : Le syndrome du larbin

Je suis tombée sur ce film l’hiver dernier un peu par hasard et j’ai eu un choc. Tout à coup, on mettait en mot et image quelque chose d’inexprimé. Le larbin c’est vous et moi, c’est un peu tout le monde aujourd’hui. C’est une attitude d’asservissement consenti. C’est la justification et la diffusion d’un syndrome d’allégeance permanente au nom précisément de la performance, de l’efficace.

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Halal : Après la viande, l’assurance-vie

La Compagnie française de conseil et d’investissement (CFCI & associés) s’apprête à distribuer la première assurance-vie “charia compatible” en France métropolitaine. Objectif : offrir à la clientèle musulmane française – mais pas seulement – un moyen d’épargne en conformité avec ses convictions religieuses et, surtout, insiste la CFCI, éthiques. La mise minimum sera de 100 euros. La clientèle sera démarchée par téléphone ou en face à face.

L’argent récolté dans une Sicav basée au Luxembourg sera investi à 85 % sur des fonds actions, et non dans des obligations classiques, puisque la loi islamique interdit la rémunération par des taux d’intérêt. Le reste sera investi sur des fonds monétaires ou des fonds obligataires islamiques.

Éthique

Le contrat d’assurance-vie “charia compatible” sera donc plus risqué que la plupart des contrats d’assurance-vie classiques dont les portefeuilles contiennent beaucoup d’obligations d’État. Le rendement attendu sera aussi meilleur, puisqu’il devrait atteindre 5 à 7 % par an sur le long terme (pour 15 à 20 ans d’investissement), en ligne avec la performance historique des marchés actions, selon Anouar Hassoune, directeur de la Sicav concernée et ancien vice-président de Moody’s Investors Service, où il assurait notamment la notation financière des banques islamiques.

En quoi ces investissements sont-ils particulièrement éthiques ? “Les souscripteurs et les propriétaires du fonds seront copropriétaires en actions des entreprises dans lesquelles ils investiront. Le fonds ne s’endettera pas non plus pour augmenter sa performance et n’utilisera pas de produits dérivés. Il n’utilisera pas la technique de la vente à découvert, à savoir spéculer à la baisse sur un titre. Enfin, les sociétés devront produire des rendements industriels, et non pas financiers”, assure Anouar Hassoune.
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Le règne de l’économisme n’est pas notre destin

Nous ne sommes pas vos esclaves !

Les crises sont des tournants qui stimulent le développement et la réalisation de ­nouvelles idées. Dans son excellent ouvrage intitulé « Zivilisierte Marktwirtschaft » (1), Peter Ulrich évoque les questions fondamentales de l’activité et de l’éthique économiques. Il analyse la dynamique néo-libérale débridée et lui oppose une activité économique responsable, appropriée à tous les hommes et légitime.

Afin qu’une réorientation aussi radicale réussisse, « une prise de conscience de l’humanité qui fasse date » s’impose.

Le chaos règne dans les économies d’Europe et d’Amérique. Depuis la crise financière de 2008, de nombreux États sont particulièrement endettés. Or, pendant que les peuples doivent assumer les charges de la crise, les banques qui l’ont déclenchée retournent à leurs affaires courantes.

Bien que le peuple des États-Unis ait désapprouvé la politique économique du gouvernement lors des dernières élections au Congrès, l’institut d’émission a augmenté considérablement la masse monétaire peu après, mesure contestée même au sein de la FED en raison de ses effets négatifs potentiels sur la stabilité des prix.

Seules les banques semblent en profiter. Les instruments disciplinaires exigés encore à pleine voix en 2008 se révèlent peu effi­caces face au lobby bancaire. Dans la zone euro, les ­grandes ­banques peuvent même forcer le gouvernement irlandais à recueillir des crédits qu’il ne souhaite pas. Comme les crédits sont liés à de strictes mesures d’économie, des tensions se manifestent entre gouvernement et population.

L’Irlande est menacée d’une crise poli­tique ; au Portugal, une grève générale paralyse une grande partie du pays ; au Royaume-Uni, la centrale des conservateurs est mise à sac ; en Grèce, la population proteste depuis des mois contre des mesures d’économie rigoureuses.

Économie de marché civilisée

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Wikileaks va faire aussi trembler les banques

Addendum du 01/12/2010

Après la sphère diplomatique, Wikileaks s’attaque à la finance. Le site spécialisé dans la fuite d’informations qui a mis sur la place publique des centaines de milliers de documents et télégrammes diplomatiques classés confidentiels révèle qu’il détient également des documents compromettants pour une grande banque américaine, sans donner aucun nom. Des révélations dignes de celles qui ont provoqué l’affaire Enron. Pour la communauté financière, il y a aucun doute, c’est Bank of America…

Dans un entretien accordé au magazine américain Forbes, le fondateur du site Julian Assange évoque la diffusion en début d’année prochaine de milliers de documents confidentiels. Le responsable entend dénoncer des pratiques contraires à l’éthique. L’objectif est de «décrire fidèlement le mode de fonctionnement de la direction des banques dans l’optique d’encourager la mise en place d’enquêtes et de nouvelle réforme».

Il compare même l’ampleur des révélations à venir aux e-mails qui ont déclenché l’affaire Enron. En 2001, ce géant américain de l’énergie a fait faillite en raison de lourdes pertes liées à des opérations spéculatives qui avaient été maquillées au moyen de manipulations comptables, alors même que le groupe était audité. Le cabinet d’audit en question, Arthur Andersen, a plongé et a été démantelé du même coup.

«L’onde de choc sera la même. Des violations de la loi, des pratiques contraires à l’éthique vont être divulguées mais également le fonctionnement des structures internes de décisions et l’ethos des dirigeants des banques… et cela a une incroyable valeur».

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Cobayes humains

Comment l’industrie pharmaceutique sous-traite ses essais cliniques, au mépris de l’éthique et de la sécurité… Une enquête édifiante sur les pratiques des laboratoires pharmaceutiques, prêts à contourner les droits des patients au nom du progrès scientifique et de la rentabilité.

Avant qu’un médicament ne soit mis sur le marché, il est testé sur des animaux , puis sur des êtres humains, au fil d’essais cliniques strictement réglementés. En théorie, du moins. Car du fait de l’augmentation du coût de ces essais en Occident, les laboratoires pharmaceutiques en délocalisent une grande partie vers les pays émergents : Inde, Amérique latine, Europe de l’Est et Chine.

Comme Paul Jenkins le démontre dans cette enquête minutieuse menée en Inde – un marché qui pèse 1,5 milliard d’euros par an -, ces tests cruciaux s’effectuent bien souvent dans l’opacité. Ces “études” représentent pour nombre de familles pauvres une source de revenus non négligeable. Aussi l’industrie pharmaceutique n’a-t-elle aucun mal à recruter des milliers de volontaires, le plus souvent dans les hôpitaux.

La vidéo est également disponible ici. (Merci à Tirelire)

L’idéologie du travail

Par Michel Drac

« L’idéologie du travail » [par Alain de Benoist] est un texte court, mais nourrissant. On y trouve une des critiques les plus habiles et les plus convaincantes de la théorie marxienne. Si certains raccourcis peuvent choquer (par exemple l’ignorance de l’étape pourtant fondamentale de la réforme grégorienne dans le rapport de l’Occident au travail), dans l’ensemble, l’exposé tient la route.

Pour Alain de Benoist (AdB), l’idéologie du travail prend son origine dans la Bible : dès les premiers chapitres de la Genèse, l’homme est défini par l’action qu’il exerce sur la nature. Et cela, avant même la faute originelle, qui ne fera qu’aggraver les conditions dans lequel le travail est conduit.

Fondamentalement, l’homme est l’agent du travail dans l’idéologie biblique. En cela qu’il instaure un rapport instrumental entre l’homme et la nature, l’héritage hébraïque s’oppose donc à l’héritage grec, et il annonce, déjà, la technique moderne. L’homme est objet de Dieu, mais la terre est objet de l’homme. Une éthique, puis une morale, découleront inéluctablement de cette idéologie (l’éthique protestante, par exemple). Le capitalisme est, en partie au moins, un produit de l’idéologie hébraïque du travail.

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[«] Sans papiers [»] : l’Aide médicale d’Etat dans le viseur

L’Aide médicale d’Etat (AME) devrait être retouchée lors du débat parlementaire sur le budget 2011, des députés de l’UMP pressant le gouvernement de restreindre ce dispositif destiné aux sans-papiers, tandis que les associations dénoncent une stigmatisation des étrangers.

Plusieurs députés ont lancé une offensive pour restreindre cette couverture médicale gratuite pour les étrangers en situation irrégulière aux faibles ressources (moins de 634 euros par mois pour une personne seule), qui bénéficie à 215.000 personnes et donne lieu, selon eux, à de coûteux abus.

(…)  l’AME permet actuellement une prise en charge à 100% du tarif de la Sécurité sociale, sans avances de frais, des soins de maladie et de maternité, ainsi que du forfait hospitalier.

(…) le monde associatif se mobilise. « L’attaque du dispositif AME, c’est faire passer des impératifs sécuritaires devant des impératifs de santé publique », a déclaré jeudi le Dr Jean-François Corty, de Médecins du Monde (MDM), lors d’une conférence de presse.

Entouré de représentants du Ciss (associations de patients) ou encore de l’ODSE (Observatoire du droit à la santé des étrangers), il a fait valoir qu’un bon accès aux soins des sans-papiers, au-delà des questions éthiques, coûtait moins à la collectivité que des soins urgents trop tardifs.

Pour les associations, l’idée selon laquelle des étrangers viendraient en France attirés par l’AME relèverait du « mythe ».

« Pourquoi voulons-nous un statut de stigmatisation pour cette population étrangère ? », s’est interrogé le président du Ciss, Christian Saout.

Alors que des chiffres parfois fantaisistes ont circulé sur le coût de l’AME, le ministère de la Santé fait état d’un coût de 540 millions d’euros en 2010.

La forte progression (+13%) enregistrée par rapport à 2009 est liée pour moitié à la hausse des effectifs, explicable en partie par la hausse du nombre de déboutés du droit d’asile ou encore du basculement vers l’AME de certains ressortissants communautaires inactifs.

De sources concordantes, le gouvernement envisage plusieurs mesures de régulation du dispositif.

Il s’agirait notamment d’exclure du champ de l’AME pour les adultes certains actes jugés « superfétatoires », comme les fécondations in vitro (FIV). Une contribution forfaitaire des bénéficiaires, déjà évoquée par Roselyne Bachelot, devrait être proposée, autour de 30 euros par an. (…)

Déjà en 2006… (Merci à Virginie)

Lire l’article complet sur Les Echos

La Commission de Bruxelles face à une pétition anti-OGM

C’est une pétition d’un nouveau genre qui promet d’alimenter le débat européen sur les organismes génétiquement modifiés. Plus d’un million de personnes ont signé un appel pour inviter la Commission européenne à geler l’introduction des OGM.

L’opération, dévoilée mercredi 6 octobre par l’association Greenpeace et le mouvement Avaaz, cherche à tirer parti d’une des innovations du traité de Lisbonne : l’initiative citoyenne [article 11 du traité sur l'Union européenne].

Ce dispositif prévoit qu’un million au moins de citoyens européens, résidant dans un nombre significatif d’Etats membres, peut, par voie de pétition, inviter la Commission à faire une proposition législative dans un de ses domaines de compétence.

Avec l’aide d’Internet, les deux ONG se sont empressées de recourir à cette forme inédite de démocratie participative, consacrant le rôle de la société civile. Première du genre, leur pétition appelle donc José Manuel Barroso, le président de la Commission, à “décréter un moratoire sur l’introduction des plantes génétiquement modifiées en Europe”.

Elle vise aussi “à mettre en place un organisme éthique et scientifique indépendant chargé de mener à bien la recherche sur l’impact des OGM et déterminer leur régulation”. Deux sujets à l’origine de multiples polémiques.

Consultative, la pétition ne peut déboucher sur un référendum contraignant. La Commission aura quatre mois pour donner, ou pas, suite à la démarche. S’il n’entend pas modifier sa position sur le fond, M. Barroso peut pour l’instant jouer la montre, en faisant valoir que le règlement qui encadre l’initiative citoyenne est toujours en négociation entre le Parlement européen et les Etats. La première initiative citoyenne ne sera donc pas recevable avant la fin de l’année.

Le Monde

L’École économique autrichienne

Par Werner Wüthrich

Dans son livre «Économie de crise – une introduction à la finance du futur» (cf. Horizons et débats n° 34 du 30/8/10), Nouriel Roubini et Stephen Mihm évoquent l’influ­ence qu’a exercée la pensée économique autrichienne. A côté des «keynésiens» et des «monétaristes», ils mentionnent également l’école économique autrichienne. Sur la plupart des questions relatives à la crise financière, ils s’opposent aux opinions dominantes des gouvernements et des banques centrales. Les «Autrichiens» sont peu connus des spécialistes comme du grand public. C’est pourquoi, dans le contexte de la crise financière, nous leur consacrons le présent article.

L’école économique autrichienne ­plonge ses racines dans le XIXe siècle, à ­Vienne. Elle se réfère à la doctrine sociale de ­l’Église catholique. Au début du XXe siècle, des économistes ont développé une théorie originale connue sous le nom d’«École autrichienne». Son représentant probablement le plus célèbre aujourd’hui est ­Ludwig von Mises (1881–1973). Sous le national-socia­lisme, presque tous les économistes de ­l’École autrichienne quittèrent Vienne ou en furent chassés. Ludwig von Mises émigra tout d’abord à Genève où il enseigna à l’Institut universitaire des hautes études internationales. En 1940, il se rendit aux États-Unis et enseigna à l’Université de New York de 1946 à 1969.

Il resta toute sa vie fidèle à la pensée libérale classique de l’École de Vienne. Il créa ainsi un mouvement opposé à l’économiste anglais John Maynard Keynes qui, dans les années 1930, lors de la dépression, élabora une théorie prônant les interventions massives de l’État dans l’économie et le «deficit spending». Aux États-Unis, Ludwig von Mises inspira le «libertarianisme». Ce mouvement typiquement américain s’inscrit dans la tradition du père fondateur des USA ­Thomas ­Jefferson. Il se caractérise par son scepticisme à l’égard du pouvoir toujours grandissant du gouvernement central qui intervient de plus en plus dans les do­maines les plus divers et limite les droits souverains des différents États de l’Union. Ron Paul, ­député républicain au Congrès, candidat récent à la présidence, défend une politique liberta­rienne.

On observe actuellement une renaissance de l’École autrichienne. Dans le monde entier, on retrouve ses idées dans des déclarations de politiques, dans des commentaires de journalistes, dans des lettres de lecteurs à propos de la crise financière ainsi que dans le débat sur l’euro (cf. Schweizer Monatshefte, juin 2010: «Der Staatsstreich von Brüssel»). Les «Autrichiens» sont d’avis que le système monétaire et bancaire, et surtout les banques centrales, ont une part importante de responsabilité dans les crises financières de plus en plus fréquentes.

Les «Autrichiens» ne figurent qu’épisodiquement au programme des universités. Ludwig von Mises en est le représentant le plus important. Son élève le plus célèbre, ­Friedrich August von Hayek, a enseigné à la London School of Economics et a développé ses idées. Hayek a reçu le Prix Nobel en 1974. Joseph Schumpeter (1883–1950) appartient également à l’École autrichienne. Il enseigna à Bonn dans les années 1920 puis, dès 1932, à l’Université Harvard de New York.

Aujourd’hui, le Ludwig von Mises Institute d’Auburn (Alabama) est un centre de ­l’École autrichienne. En Europe, il ­existe des ­centres de formation à Prague et à ­Madrid. Dans la capitale espagnole, l’Université Juan Carlos, dirigée par Jesus Huerta de Soto, offre le seul cursus de master en économie de l’École autrichienne. En Suisse, la pensée économique autrichienne est avant tout représentée et diffusée par le Liberales Institut de Zurich. Dernièrement, il a publié ­l’ouvrage «Aus Schaden klug? Ursachen der Finanz­krise und notwendige ­Lehren» (­Zurich, 2009) dans lequel il étudie la crise finan­cière dans l’optique autrichienne. C’est Robert Nef qui a fondé cet Institut en 1979 et l’a dirigé jusqu’en 2007. Il encourage la tradition et la culture suisses de liberté individuelle, de paix, d’ouverture et de diversité politique et défend les marchés ouverts dans un système non centraliste. Il publie les Schweizer Monatshefte.

Qu’est-ce qui caractérise l’École autrichienne?

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Crise économique ou crise du sens ?

Un entretien avec Michel Drac

En 2009, dans « Crise ou coup d’état ? », vous analysiez les aspects purement macro-économiques de la Deuxième Grande Dépression. Cette année, dans « Crise économique ou crise du sens ? », vous écrivez : « Il est temps de nous éloigner de l’économie-monde, pour nous demander si l’économie peut constituer un monde ». Pouvez-vous, dans un premier temps, nous présenter la structure de votre livre ?

Dans « Crise ou coup d’Etat ? », j’ai tenté de montrer que la « bulle de l’endettement » est une stratégie des milieux dirigeants pour gérer le recul de leur domination dans le monde. Il s’agit de gagner la guerre de classes en Occident, alors que sur le plan géostratégique, les milieux dirigeants occidentaux sont confrontés à la montée en puissance d’une Asie rivale. Les classes dirigeantes veulent un modèle dual, afin que l’oligarchie survive au monde qu’elle gérait.

Dans « Crise économique ou crise du sens ? », j’ai voulu comprendre pourquoi notre classe dirigeante avait fait ce choix. Dire que notre classe dirigeante est formée d’irresponsables égotiques préoccupés de leurs intérêts de caste, c’est décrire la surface des choses ; la vraie question, c’est : pourquoi cette classe dirigeante pense-t-elle comme elle pense ?

Je propose d’articuler la réponse autour de la notion de crise du sens. Notre système est en lui-même une crise. La crise est devenue l’essence de notre système, parce qu’il n’est plus consacré qu’à sa propre reconduction. Il n’y a plus de sens à l’action de nos dirigeants, en dehors du maintien de leur position. J’emploie, pour décrire cette situation, des analogies avec, en particulier, la situation de l’Union Soviétique sous Brejnev, ou encore la paraphrénie qui a saisi, à l’échelle micro-économique, la direction d’Enron, progressivement, dans le courant des années 1990. Tout l’Occident est, désormais, un Enron géant.

La crise des subprimes dissimulerait en réalité une implosion spirituelle. Quels éléments vous ont amené à dépasser le cadre de la réflexion macro-économique ?

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Contribution [les baisses d'impôts sont-elles bonnes pour l'économie ?]

Par Denis Clerc

Source : Alternatives Economiques

J’avoue que cela m’avait échappé. C’était pourtant dans Le Monde, un quotidien que je lis attentivement depuis une cinquantaine d’années (ce qui ne me rajeunit pas…). Circonstance aggravante : l’article en question remplissait une page entière, avec un gros titre, qui aurait dû éveiller ma vigilance: “Faut-il augmenter les impôts ?” (1).

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Les nanotechnologies, mal connues du grand public, au coeur d’un débat houleux

Le débat public sur les nanotechnologies a mis en lumière un “consensus sur la nécessité” de recenser ces substances et de fournir “une information large, précise et continue”, relève dans un bilan rendu public mardi la commission chargée d’organiser ce débat.

Les matières et déchets radioactifs font l’objet d’un large inventaire national rendu public. Pourquoi ne pas procéder de la même manière pour les nanotechnologies, note la Commission nationale du débat public (CNDP) en résumant dans ce bilan et dans un compte-rendu les propositions avancées lors du débat.

Organisé du 15 octobre au 23 février dans 17 villes en France, il a été “particulièrement perturbé” à Lille, Grenoble, Rennes, Lyon et Marseille et les trois dernières réunions (Orsay, Montpellier, Nantes) ont été annulées et remplacées par des débats sur internet, rappelle la CNDP.

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La défense française se privatise, comme aux USA

Sur le blog «Défense en ligne», Philippe Leymarie revient sur les problématiques actuelles de la défense française : la privatisation et la robotisation de la guerre, qui sont déjà une réalité outre-Atlantique.

Tombe d'Alain-Fournier

« Les forces armées face au défi de la privatisation de l’action militaire » : ce colloque international organisé le 18 mars dernier à l’Ecole Militaire à Paris, a mis en évidence le gouffre qui sépare, dans ce domaine, les pays dits anglo-saxons – USA, Canada, Royaume uni – où de larges pans de l’activité de défense et de sécurité sont abandonnés aux sociétés militaires privées (SMP), de la plupart des autres, soucieux de conserver dans le giron des Etats l’essentiel des fonctions « régaliennes », et plus regardants sur les activités qui pourraient être concédées à des entreprises privées…

Il y a actuellement en Afghanistan moins de soldats réguliers américains que d’effectifs de « contractors » privés : gardes du corps ; techniciens ; agents pour la protection de bâtiments ou de personnalités, la sécurité d’ONG, l’escorte de convois, le déminage, etc. Une partie de ces 100 000 hommes sont recrutés sur place, parmi les anciens militaires, policiers ou miliciens (dont se débarrassent les chefs de guerre locaux).

En Irak, 160 000 civils (dont plus de 13 000 « soldats de fortune », armés) assistent, complètent, côtoient les 189 000 militaires réguliers, en majorité américains. La Cour des Comptes, à Washington, vient d’étudier cinq cas particuliers de SMP américaines opérant dans ce pays : quatre interventions sont considérées comme meilleur marché, au final, que le recours aux forces régulières ; mais la Cour pointe les autres facteurs à prendre en considération (sélection, légalité, qualité, contrôle, perte de savoir-faire). Dans les faits, la population ne fait pas la différence entre les étrangers en armes et leurs statuts.

Fonds opaques

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Aux États-Unis, la fin des certitudes

L’ultralibéralisme n’a plus le vent en poupe. Les universitaires s’interrogent. Après les banques, c’est au tour des écoles de commerce et universités d’être mises en cause pour leur rôle dans la crise économique, aux États-Unis. Et outre Atlantique, les MBA (Master of Business Administration), réputés mettre l’accent sur la rentabilité sont en première ligne de ces attaques.

Le théoricien des affaires canadien, Henry Mintzberg, lui-même diplômé de l’école de commerce du célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT), reproche aux enseignants de vouloir faire du management une science exacte. A trop privilégier les chiffres et négliger les considérations sociales, Mintzberg estime que l’on va droit à la catastrophe; les étudiants de ces écoles étant les acteurs de Wall Street de demain. L’auteur du livre «Des managers, des vrais ! Pas des MBA,» épingle aussi bien la Harvard Business School que la plus prestigieuse école de finance américaine, la Wharton Business School de l’Université de Pennsylvanie. Le problème, souligne dans l’une de ses publications la Fondation Carnegie pour l’Avancement de l’Éducation, réside dans le fait que «les techniques analytiques, les méthodes d’ingénierie financière et l’idéologie même du programme des écoles de commerce sont profondément hostiles à l’éthique des affaires.»

Nouvelle formule. Les doyens semblent avoir reçu le message. Depuis l’automne noir de 2008, les établissements américains sont en quête d’une nouvelle formule, plus adaptée, plus performante aussi. Et l’on assiste de New York à Los Angeles, à un véritable chamboulement des programmes d’enseignement. Des cours et séminaires sont modifiés, supprimés, de nouveaux sont créés, voire imposés.

La récession est même vécue par certains comme une «aubaine.» Edmund Phelps, professeur d’économie politique à l’Université de Columbia à New York, et prix Nobel d’économie, a presque accueilli la crise à bras ouverts: «J’avais soudain une bonne excuse pour concentrer mon cours sur une conception théorique plus moderne. Notre enseignement est dominé depuis trente ans par la théorie néo-classique de l’école de Chicago, qui suppose que les marchés financiers fonctionnent parfaitement.»

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Le poids réel de la finance islamique

La finance islamique est souvent présentée comme un mastodonte, représentant une menace pour l’économie française et européenne.

Au-delà des polémiques sur la sincérité des principes religieux et moraux dont elle se réclame, ainsi que sur l’éventuelle agressivité des pratiques sociales dont elle émane, qu’en est-il de son poids financier, au plan strictement factuel ?

Une étude universitaire récente, le rapport Jouini et Pastré du 8 décembre 2008, fait le point. On peut évidemment ne pas partager son parti-pris favorable à l’introduction en France de la finance islamique, mais ses données chiffrées paraissent difficilement contestables.

En voilà un long extrait, qui répond à la question.

1.4.1 Les premiers développements de la Finance Islamique

Malgré ses racines théoriques lointaines, la Finance Islamique est une construction contemporaine. Durant des siècles, en effet, il n’y eut pas véritablement un système financier islamique complet. Il n’y eut que l’interdiction du riba [l'intérêt]. On ne proposa pas des modes de financement alternatifs, ni n’imagina d’organisations financières adaptées. Sans les structures et les produits, on ne peut évidemment pas parler de finance proprement dite.

Les premières expériences modernes dans ce domaine datent des années 1960, avec l’expérience des caisses rurales MitGammar en Egypte et du « Pilgrim’s Management Fund » (Tabung Hadjji) en Malaisie. Ces institutions avaient comme objectif de réduire l’exclusion bancaire et de promouvoir le développement des couches de population défavorisées. Leur activité qui avait essentiellement un objectif de développement, restait confinée au niveau local.

Ainsi, de nombreux économistes, sans ignorer ces premières expériences, s’accordent à considérer comme véritable date de naissance de la Finance Islamique moderne le début des années 1970, au carrefour de la montée du panislamisme et du boom pétrolier. Selon certains observateurs, le développement spectaculaire de la Finance Islamique à partir des années 1970 est une conséquence directe de la mise en exploitation des gisements du pétrole dans le Golfe Persique et des richesses que cette industrie a générées. Lire la suite