Le Big Bang de la fin de l’Eurozone et l’univers financier dans le monde d’après

Par Jean Claude Werrebrouck

La grande question sera celle du niveau de stress de la communauté financière mondiale. Et ce niveau dépend probablement du mode de passage de l’ancien au nouveau système. Sera-t-il le résultat d’une concertation et d’un plan opératoire ?  Et dans ce cas tous les pays seront-ils consultés ? Ou bien le passage s’opère- t-il  de façon sauvage, est le fait d’un ou plusieurs pays, selon un processus non coopératif, voire selon un mode panique ? Hélas la deuxième solution est celle qui devrait logiquement l’emporter.

La très difficile stratégie coopérative

Il est bien évident que la vitesse d’exécution des décisions constitue la variable clé d’un succès.

Il est aussi évident qu’une coopération pour le changement ne peut intervenir qu’au terme d’une analyse commune d’une situation dont on peut déjà anticiper les contours tant ils sont  apparents.

Du côté des forces sociales qui tenteront  de maintenir l’euro, nous aurons : les rentiers qui craignent le retour de l’inflation, les « hyper-consommateurs » de marchandises mondialisées éventuellement équipés de crédits à la consommation moins usuraires, les touristes ennemis de frontières prédatrices, mais aussi les entreprises de l’économie réelle qui ont vu disparaître avec l’euro les charges de couverture de change et les risques pays, mais enfin une grande partie des classes politiques qui, historiquement, ont milité pour la construction de la zone euro. Cela fait beaucoup de monde et cela explique que, malgré la violence de la crise, les sondages, y compris dans les pays les plus meurtris, restent très favorables au maintien de la monnaie unique. (74% des Italiens malgré les dernières élections restent favorables – selon l’institut IPSOS -  au maintien de leur pays dans la zone euro) [1].

Du côté des forces qui se manifestent en faveur de la liquidation, les éléments objectifs l’emportent sur la subjectivité des acteurs et, au-delà des entreprises laminées par la sous-compétitivité induite, c’est le constat de la saignée des pays victimes d’une dégradation très lourde des échanges extérieurs qui, malgré tous les plans de rigueur, ne peuvent refaire surface. Curieusement, la situation objective avec ses manifestations concrètes (entre autres chômage de masse, dette publique ingérable et évaporation de l’Etat-providence) n’altère  pas  les engouements enthousiastes en faveur de l’euro. Cela est peut-être dû au fait qu’un groupe de pays, ceux du nord, sont très favorisés par le système : taux de change plus faibles que celui d’un Mark hors Euro-zone, dévaluation interdite pour les partenaires moins compétitifs etc. mais faveurs qui n’apparaissent que sous la forme de récompense d’un comportement jugé vertueux.

De fait la grande difficulté est que – telle une drogue  les aspects séduisants de l’Euro sont très visibles alors que ses conséquences catastrophiques sont invisibles pour le citoyen non initié à la culture économique. Particularité que l’on retrouve par conséquent dans les sondages.

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États-Unis : L’institutionnalisation de la tyrannie

Les républicains et les conservateurs étasuniens sont toujours en train de combattre l’État tout-puissant (Big Government) sous sa forme d’État-providence. Ils n’ont apparemment jamais entendu parler de sa forme d’État policier militarisé et, s’ils en ont entendu parler, ils sont à l’aise avec celui-ci et ne s’y objectent pas.

Les républicains, incluant ceux de la Chambre des représentants et du Sénat, sont satisfaits du gouvernement qui initie des guerres sans les déclarer ou sans même l’accord du Congrès et assassine avec des drones des citoyens de pays avec lesquels Washington n’est pas en guerre. Que les agences de “sécurité” fédérales espionnent les citoyens américains sans mandat et enregistrent chaque courrier électronique, site internet visité, écrit sur Facebook, appel de téléphone mobile et chaque achat par carte de crédit leur importe peu. Les républicains du Congrès étasunien ont même voté pour le financement de cette gigantesque structure dans l’Utah où les informations sont emmagasinées.

Mais il ne faudrait surtout pas que l’État tout-puissant fasse quoi que ce soit pour un pauvre.

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Une Constitution pour changer d’Islande ?

Le 20 octobre, les Islandais voteront pour adopter ou rejeter la nouvelle Constitution qu’ils préparent depuis deux ans. Héritée du Danemark, la loi fondamentale qui régit actuellement la République d’Islande a été adoptée à la hâte en 1944, au lendemain de l’indépendance. A l’époque, il s’était principalement agi de remplacer le roi par un président élu, étant entendu que le texte, considéré comme provisoire, serait amendé à la première occasion. Ce n’est que fin 2008, en plein cœur de la tourmente financière qui secouait alors les institutions et sous la pression des mouvements citoyens, que la nécessité d’une refondation complète s’est finalement imposée.

Le projet sur lequel les électeurs auront à se prononcer dans quelques jours a été conçu à l’écart de toutes les structures politiques conventionnelles, sous la supervision d’un conseil de vingt-cinq représentants de la société civile élus lors de scrutins ouverts. Et c’est en lançant une vaste consultation interactive sur Internet et les réseaux sociaux que l’Assemblée constituante a débuté ses travaux. Le procédé, inédit dans les annales de la construction démocratique, a été retenu en partie en raison de la piètre estime en laquelle la population tient sa classe politique, depuis que le pays a évité de justesse la faillite à l’automne 2008 (1). Un désaveu qui ne semble pas se démentir puisqu’un sondage révélait récemment que neuf Islandais sur dix n’accordent aucune confiance à leur Parlement.

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L’Angleterre, 
nouveau royaume des inégalités

Qu’elle paraît douce en comparaison, la France de Hollande ! De l’autre côté du Channel, les Britanniques subissent une vraie rigueur. Et ça fait mal.

Un pays où l’on baisse les impôts des plus fortunés et où l’on augmente les taxes des plus modestes, cela vous tente ? Alors direction le Royaume-Uni. En mars dernier, quand la France débattait fiévreusement de la meilleure façon de faire payer les riches, le gouvernement britannique a ramené la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu de 50 à 45% pour ceux qui gagnent plus de 150.000 livres par an (179.500 euros). Objectif déclaré : favoriser la croissance en boostant l’ardeur au travail et l’initiative individuelle.

On imagine les hurlements qu’une telle mesure aurait suscités en France… D’autant que, pour compenser, George Osborne, le chancelier de l’Echiquier (ministre des Finances), a annoncé dans la foulée l’alourdissement des prélèvements sur les plus de 65 ans, qui bénéficiaient jusqu’à présent d’exonérations fiscales. Avec cette «taxe des grands-mères», les revenus de nombreuses personnes âgées seront rabotés de 400 euros par an. Même le «Sun», le quotidien populaire qui soutient la droite libérale au pouvoir, a dénoncé cette attaque insidieuse contre les «Britanniques ordinaires».
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L’État providence dépend largement de la cohésion ethnique

Dans un ouvrage traduit en français sous le  titre « Combattre les inégalités et la pauvreté : Les États-Unis face à l’Europe » (Flammarion, 2006) (1), deux économistes de renom international, professeurs à Harvard,  Alberto Alesina et Edward L. Glaeser, ont  cherché à comprendre pour quelles raisons l’État providence est plus présent en Europe occidentale qu’aux États-Unis, alors que les pays concernés ont des racines culturelles et religieuses comparables. (…)

Réunion “flash mob” (via les réseaux sociaux) ayant dégénéré en émeutes à Philadelphie, États-Unis, en février-mars 2010 (photo : Philadelphia Inquirer via le New York Times)

L’ambition du livre est d’aller aux sources des différences entre les deux modèles. Il n’a pas pour propos d’analyser les impacts des politiques de redistribution sur le dynamisme économique et sur la croissance. Il ne s’agit donc pas d’évaluer les coûts et les avantages de l’État providence.

Après des observations liminaires sur les faits et les chiffres, Alesina et Glaeser montrent que la théorie économique pure explique très peu les écarts entre les politiques de redistribution aux USA et en Europe. Par contre, et ceci constitue l’essentiel de leur apport, ils montrent que la faiblesse de l’État providence en Amérique a deux causes fondamentales et de poids égal : la spécificité des institutions américaines et l’hétérogénéité de la population Outre-Atlantique. Ce deuxième aspect est largement traité à travers la question raciale et ethnique aux États-Unis. (…)
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La souricière

Le “nouveau monde” planche de salut d’un “vieux continent” pris dans la souricière du bien-être et du vieillissement ?

Anonyme (XIXe s.) : Le cours de la vie de l’homme ou l’homme dans ses différents âges

“Aujourd’hui, la redistribution tourne à l’avantage exclusif des gens les plus âgés. Jamais la part du revenu national revenant aux moins de 35 ans n’a été aussi basse”, souligne le démographe Hervé Le Bras. Or une société qui ne fait pas de place à ses jeunes prend le risque de se scléroser. “Il faut poser lucidement le diagnostic : l’Europe devient un continent de vieux, dirigé par des vieux avec des politiques pour les vieux”, s’alarme Matthieu Pigasse, directeur général de la banque d’affaires Lazard en France et auteur de Révolutions, un essai radical.

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Un épouvantail nommé Europe

Paradis de l’euthanasie, patrie du socialisme, berceau de la crise de la dette… Dans la campagne pour les primaires républicaines américains, l’Europe apparaît comme le contre-modèle absolu pour effrayer les électeurs américains.

En Europe, on élimine les vieux décrépits, les capitaines sont les premiers à quitter le paquebot en train de couler, l’euro chancelant demeure un foyer d’infection dangereux pour le reste du monde, des Etats-providence pesants et prohibitifs asphyxient le dynamisme économique et les jeunes paient la facture de la crise.

Malgré 65 ans de plus ou moins bons et loyaux services, les anciens alliés européens en prennent plein la figure lors de ces élections primaires américaines : ils font office de tête de Turc sur laquelle les candidats républicains à la présidence prennent plaisir à cogner.

Que les politiciens s’insurgent les uns contre les autres lors des campagnes électorales fait partie du jeu. Rick Santorum n’est pas le premier conservateur qui clame, avec peu de respect pour la réalité, qu’aucun vieillard n’est plus en sécurité aux Pays-Bas depuis la légalisation de l’euthanasie. Mais dans la campagne actuelle, les choses prennent une ampleur inédite. S’y ajoute quelque chose d’encore beaucoup plus pénible pour les Européens : une certaine pitié. Comme si l’Europe n’avait plus aucune importance.

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Une crise qui nous vient de si loin…..

On a souvent tendance à penser que l’actuelle grande crise remonte à l’été 2007, avec le début de l’effondrement du marché des crédits hypothécaires américains. Et ce dernier viendrait – est-il souvent assuré- mettre un terme à trente années d’une formidable croissance mondiale qui aurait arraché de la misère plus d’un milliard d’individus. Cette façon de voir les choses n’est sans doute pas inexacte, mais ne permet pas de repérer la dynamique du long terme qui seule nous amène à nous situer clairement  dans le présent.

Nous chercherons ici à expliquer, que la présente situation est le résultat de la déformation progressive d’un régime de croissance, qui a abouti à une dislocation planétaire, laquelle s’évalue en termes de soldes extérieurs nationaux de plus en plus déséquilibrés, et probablement non durables, car socialement beaucoup trop douloureux. Ce régime de croissance s’appelle régime Fordien ou régime d’accumulation intensive, et les toutes premières manifestations de son dérèglement remontent au beau milieu des années 60, et ce dans la plupart des pays développés.

La cohérence Fordienne, version particulière d’un « ordre organisé »

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De quoi l’Europe souffre-t-elle ?

Lisbonne, Portugal – Ici, tout va très mal puisque le taux de chômage dépasse les 13 pourcent. C’est encore pire en Grèce, en Irlande et d’une certaine façon en Espagne et l’Europe toute entière semble glisser vers une nouvelle récession.

Pourquoi l’Europe est-elle devenue le malade de l’économie mondiale ? Tout le monde connaît la réponse. Malheureusement, la majeure partie de ce que les gens savent n’est pas la vérité - notre discours économique est plein d’histoires fausses quant aux maux dont souffre l’Europe.

Si on lit un éditorial à propos de l’Europe - ou, comme trop souvent, un article censément factuel - on y rencontrera très certainement l’un des deux récits que je me représente comme le récit républicain et le récit allemand. Aucune de ces deux histoires ne colle à la réalité.

Le récit républicain - et c’est l’un des thèmes centraux de la campagne de Mitt Romney - veut que l’Europe ait des problèmes car elle en a trop fait pour aider les pauvres et les moins chanceux, et que nous assistons aux derniers souffles de l’état Providence. D’ailleurs, cette histoire est une histoire révérée par les républicains depuis très longtemps : en 1991, lorsque la Suède souffrait d’une crise bancaire causée par les dérèglements (ça vous rappelle quelque chose ?), le Cato Institute a publié un rapport triomphant démontrant que c’était l’échec du modèle de l’état Providence.

Ai-je mentionné le fait que la Suède, qui possède toujours un état Providence très généreux, est aujourd’hui un pays ultra performant, avec une croissance économique plus rapide qu’aucun autre pays développé ?

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Une paupérisation qui menace la démocratie

Par Louis Chauvel

Le logement est le lieu d’observation idéal d’un phénomène plus général. Les jeunes seniors aisés habitent les centres-villes, où sont les emplois et les médecins, quand les jeunes actifs doivent se loger toujours plus loin, disposer de plusieurs automobiles (d’occasion), assurances, pleins d’essence, pour trianguler maison, école et travail. Prise dans le ciseau des salaires et du logement, leur capacité à élever leurs enfants est mise en défaut, alors que les associations familiales sont visiblement devenues des organisations d’aïeux.

Il en résulte une multiplication des jeunesses avec la prolongation de la crise : à la première jeunesse aux études (celle qui a un peu manifesté sa solidarité avec les retraités), succède la deuxième, entre l’âge de 23 et 28 ans, dans la transition douloureuse vers l’emploi, la précarité ou le chômage.

Une troisième jeunesse se structure, qui se prolonge souvent bien au-delà de 30 ans, faite du constat que le travail ne permet plus de se loger décemment sans le soutien patrimonial de parents riches et généreux (ou morts). Éloignée des centres de décision, cette « tiers-jeunesse » voit son revenu grevé en loyers ou remboursements, son temps libéré évaporé dans les transports et les loisirs pauvres.

Ces jeunes, de moins en moins jeunes, découvrent, à 40 ans, que, si nous sommes jeunes de plus en plus vieux, ils sont vieux de plus en plus jeunes, ce que leur DRH (direction des ressources humaines) sait rappeler à temps.

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Quelques prévisions économiques, financières et monétaires

A notre avis, le déclin accéléré de l’Occident – Union européenne (à l’exception de l’Allemagne et de quelques petits États), Grande Bretagne mais aussi USA – vis-à-vis des pays émergents (BRIC) se poursuivra en 2011. Tant aux plans de leur influence géopolitique (ils ne sont plus en mesure de contrôler la plupart des institutions internationales, leurs cultures ne sont plus dominantes et leur modèle de développement à l’heure de la mondialisation généralisée est devenu obsolète) qu’économique (étant de moins en moins compétitifs, ils accumulent des déficits croissants de commerce extérieur ce qui diminue le pouvoir d’achat de leurs consommateurs atteints, en outre, par un chômage de masse et la diminution des prestations sociales du fait du démantèlement de l’État-providence) que financière et monétaire.

Leurs dettes étatiques et privées, déjà à leur plus haut niveau historique, continuent de s’accroître de façon exponentielle sans que leurs programmes de monétisation – dits de Quantitative Easing – et la dévaluation compétitive de leurs monnaies apportent de solution à moyen et long termes puisqu’ils ne créent que des bulles artificielles des marchés d’actions ou d’autres actifs destinées à exploser, tout en repoussant à plus tard l’ajustement drastique auquel ils devront finir par se résoudre).

Quant à pratiquer au pire moment de vraies politiques de rigueur en Occident, pour autant que cela ne déclenche pas une révolte sociale et politique des populations, cela ne pourra qu’accroître sa récession (à l’exemple de la Grèce, de l’Irlande, de l’Espagne, du Portugal, etc.). On va vers une diminution globale de la croissance économique qui devrait progressivement se transformer en dépression.

De leur côté, les pays émergents ne sont pas encore en mesure de substituer rapidement la croissance de leur consommation intérieure à leur modèle économique basé sur l’exportation qui va s’épuiser du fait de la moindre consommation dans les pays occidentaux, d’autant que la richesse étant très inégalement répartie dans lesdits pays il n’y aura pas à court terme chez eux le “boom” de leur économie domestique que beaucoup d’analystes anticipent à tort.

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Mourir pour les banques ? Non merci

Bruxelles devait-elle soutenir le sauvetage des banques de la faillite ?

Non, estime Gheorghe Piperea, un juriste roumain, car le maintien de l’État providence est plus important.

Et il cite l’exemple des Islandais, qui ont choisi de ne pas financer le sauvetage de leurs banques.

Entre octobre 2008 et octobre 2010, la Commission européenne a approuvé des aides d’État pour les banques à hauteur de 4 589 milliards d’euros, soit le PIB de la Roumanie sur 45 ans.

On ne sait pas combien parmi ces aides d’Etat sont passées inaperçues, car la Commission était (trop) généreuse avec ce type de financement.

Mille milliards d’euros ont été dépensés pour sauver les banques en 2008 et 250 millions en 2009. Pour tous les autres secteurs économiques réunis, les aides d’État approuvées au cours de la même période s’élevaient à 73 milliards d’euros (soit 60 fois moins).

Les aides d’État représentent le soutien accordé aux entreprises par les autorités publiques, avec l’argent public. Elles sont octroyées sur des décisions de l’administration, des décisions fondamentalement anti-concurrentielles et opaques, et sur lesquelles les citoyens ne sont pas consultés. Sans le savoir, le contribuable européen est impliqué dans cet effort, à la limite de la légitimité, de sauvetage des banques de la faillite.

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Nicolas Sarkozy n’est pas David Cameron

La France est bel et bien en sursis. La perte de son triple A est une éventualité de plus en plus envisagée sur les marchés financiers. Et cela de plus en plus ouvertement. Nos compatriotes ne mesurent pas les conséquences dramatiques et les effets désastreux sur leur vie quotidienne d’un tel abaissement. Oui la France est en sursis car elle n’a plus le choix. L’alternative est entre un plan de rigueur à l’anglaise, voir pire, ou la faillite. Tout va se jouer dans les trois prochaines années.

Mais tout se passe comme si la classe politique française avait déjà choisi. Cela sera la faillite. Par lâcheté plus que par incompétence. Par peur de dire la vérité aux Français. Par peur de leur révéler l’ampleur du désastre. Par peur d’avouer que depuis 30 ans ils ont été incapables d’anticiper la fin de l’État providence. Oui notre classe politique a choisi le scénario de la faillite. Il n’y a qu’à voir les dernières propositions du parti socialiste dans l’éventualité de son retour au pouvoir : accueil des enfants en maternelle dès 2 ans, allocations pour trouver du travail, allocations pour partir en vacances etc…

Cela a fait rire un peu partout en Europe. Le parti socialiste qui sait très bien, ne serait-ce que par la présence de Dominique Strauss Kahn au FMI, que notre pays est ruiné préfère multiplier les promesses électorales les plus farfelues plutôt que d’affronter la cruelle vérité. Il redoute d’affronter son électorat qui pense toujours que « l’État peut tout », « qu’il y a du pognon et qu’il suffit de le prendre là où il est ».

Mais comment cet électorat pourrait penser autrement puisque ceux qui sont chargés de l’informer préfèrent, par lâcheté (nous insistons là-dessus car c’est le coeur du problème), le bercer de douces illusions.

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Economie : cinq idées-zombies qui refusent de mourir

Deux ans ont passé depuis la fin de la crise financière mondiale. L’économie américaine a [soi-disant] échappé au désastre. Le cours du Dow Jones est aujourd’hui proche de son niveau d’avant-crise. Mais les théories qui ont provoqué cette catastrophe sont toujours là, tapies dans l’ombre…

L'économie vaudoue (caricature américaine, avril 2009)

La crise financière de 2007 (qui a débuté avec l’effondrement du marché américain des subprimes) a finalement révélé que les entreprises financières qui dominaient l’économie mondiale depuis des décennies étaient des sociétés spéculatives instables – sociétés qui, si elles n’étaient pas stricto sensu insolvables, n’étaient du moins pas véritablement solvables.

On peut en dire autant de nombre de principes économiques défendus par les décideurs politiques au cours des décennies qui ont précédé la crise. Les économistes qui ont fondé leurs analyses sur ces principes sont en partie responsables des erreurs qui ont précipité cette même crise. Ils n’ont pas pu la prédire, ni même la déceler, et n’ont proposé aucune mesure capable de l’enrayer.

Mais une chose semblait au moins acquise : on en avait bien fini avec la prédominance du secteur financier, comme avec celle des principes qui lui avaient donné un rôle central au cœur de notre économie.

Les banques et les compagnies d’assurance ont donc été tirées d’affaire par les plans de sauvetage massifs des gouvernements (et, au final, par les citoyens des pays concernés, qui ont dû payer plus d’impôts pour des services réduits). Mais trois ans plus tard, ces idées sont de retour – sous la forme de zombies.

On a pu observer le même processus de réanimation dans le monde des idées. Les théories, allégations factuelles et autres projets qui semblaient morts et enterrés au lendemain de la crise s’extirpent lentement de la terre fraîchement retournée. Elles ressurgissent, prêtes à semer de nouveau la discorde.

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Qui a endetté la France ?

Addendum du 20/10/2010 à cet article paru le 09/10/2010

Dans la version intégrale de son intervention, lisible ici, Jean-Yves Le Gallou a bel et bien évoqué la loi de 1973 :

Reconnaissons qu’il y a un autre service rendu à l’oligarchie qui remonte, lui, à 1973. Et il s’agit cette fois de l’oligarchie bancaire : en 1973, la Banque de France s’est vu interdire de prendre en pension des emprunts d’Etat : ainsi fut créé un revenu supplémentaire et sans risques pour les banques qui créent la monnaie qu’elles prêtent à l’Etat ; prêt qu’elles facturent 2% à 3% l’an, ce qui contribue ainsi à augmenter le profit des banques en creusant le déficit de l’Etat, à hauteur de 40 milliards d’euros par an de charge des intérêts.

(Merci à Boreas)

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Note de Fortune : dans la mesure où le texte qui suit n’évoque pas la loi du 3 janvier 1973, ni l’article 104 du Traité de Maastricht transposé dans la loi française du 4 août 1993, qui, pourtant, nous paraissent constituer une source fondamentale (même si elle n’est certes pas la seule) de l’endettement public, nous renvoyons, en complément, à ces articles :

- La dette publique une affaire rentable

- La dette publique française

- De Socrate à nos jours, la ploutocratie toujours…

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Par Jean-Yves Le Gallou

Qui a endetté la France ?

La réponse est simple : la dynastie des Endettors qui gouverne la France depuis 1981.

La dynastie des Endettors arrive au pouvoir en 1981 : elle ne l’a pas quitté depuis.

Lorsque François Mitterrand, Endettor-Ier, arrive au pouvoir, la dette de la France est de moins de 300 milliards (en équivalent euros actuels) ; il la porte à 650 milliards. Jacques Chirac, Endettor-II, double lui aussi la dette qui atteint à son départ de l’Elysée près de 1.200 milliards. Endettor-III, Nicolas Sarkozy, va faire encore mieux : en trois ans seulement il porte la dette à 1.600 milliards. Tous les premiers ministres successifs ont pris activement part à cette politique.

Tous ces hommes ont eu une logique courtermiste. Leur horizon s’est souvent borné à la prochaine élection : « Plaire aujourd’hui… et facturer le plus tard possible », telle a été leur devise.

La logique clientéliste des Endettors-Distributors

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Que crève le système

Par Boreas
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Dans le contexte actuel de dé-mondialisation, on a pu lire récemment sur le blog de Paul Jorion, parlant de la divergence désormais avérée des grandes puissances économiques dans leur quête désespérée d’une illusoire reprise : « l’affirmation renforcée d’une politique du chacun pour soi (…) ne fera qu’accentuer la crise ».

C’est exactement ce que dit le LEAP (Laboratoire Européen d’Anticipation Politique) depuis l’an dernier, même si, au plan chronologique, ses prévisions se sont avérées à trop court terme : « d’ici la fin de l’été 2009. Sur fond de cessation de paiement des Etats-Unis s’ouvrira alors la période à partir de laquelle le « chacun pour soi » deviendra la règle du jeu international ».

Or, en effet, même dans le « chacun pour soi », ne gît aucune solution de continuité pour le système.

Parce qu’aucun des prétendus remèdes n’est viable (la planche à billets aux Etats-Unis et au Japon, les politiques d’austérité de droite – réduction des dépenses publiques – comme de gauche – augmentation des recettes publiques – en Europe).

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« Le suicide au travail, symbole de la désespérance révolutionnaire »

Intervenant dans un colloque sur les effets politiques de la crise, le philosophe Marcel Gauchet retient plusieurs dimensions : l’éclipse de l’idée de révolution, le suicide au travail comme symbole de cette désespérance révolutionnaire, le renforcement paradoxal des pouvoirs en place, la délégitimisation des élites et le déficit d’alternative marqué par la crise idéologique de la gauche de gouvernement.

Deux remarques préalables, avant d’en venir à ce que l’on peut d’ores et déjà discerner dès à présent des effets de la crise.

Premièrement, sur le caractère paradoxal des effets de cette crise. On peut en effet considérer qu’elle aura eu le bénéfice intellectuel de nous obliger à sortir de tout ce qui, dans les sciences, continue à emprunter à des modèles, au fond, de la causalité physique avec des schémas linéaires de transposition et de contamination de l’économique au social, puis du social au politique.

Nous ne sommes plus du tout, en effet, dans cette configuration. C’est un point sur lequel on ne saurait trop insister et, de toutes les manières, nous allons devoir réviser profondément la manière d’articuler ces différents paramètres.

Deuxième remarque préalable à propos de l’ombre gigantesque des années 1930 qui pèse évidemment sur notre perception de la crise. Pour aller très vite, je dirais que la différence – nous pouvons la situer assez précisément, me semble-t-il – tient à l’offre idéologique. Lire la suite

L’euro et ses prochaines aventures

Par Jean-Claude Werrebrouck

Note au lecteur : la bonne compréhension de ce texte suppose la lecture des articles du 28/01/2010 (L’euro : implosion ou sursaut ?) et du 16/02/2010 (Pour mieux comprendre la crise : déchiffrer l’essence de l’Etat).

La crise grecque et ses prolongements confirment que ce prêt à porter qu’est la monnaie unique est porteur de méfiance chez les passagers clandestins du bateau euro.

Tous veulent conserver les avantages qu’ils se sont progressivement créés dans le bateau : faibles taux d’intérêt, « monnaie de réserve à l’américaine », terrain de jeu plus vaste au profit des entrepreneurs politiques pour certains, exportations « à la chinoise » pour d’autres.

Aucun ne voulant en payer le prix, c’est-à-dire le coût de l’entretien du bateau pour le maintenir à flots : création d’une zone monétaire optimale par vaste édification d’un Etat européen à l’instar de l’Etat fédéral américain, politique de change, contrôle de la banque centrale, etc.

La grande crise des années 2010 devant inéluctablement connaître des développements monétaires, il était logique qu’elle développe d’abord une métastase dans le bateau le plus sensible : l’euro zone.

La solution toute temporaire à la crise grecque et à ses prolongements immédiats, confirme le refus de payer le prix d’une bonne maintenance du bateau.

Avec le temps, il se confirmera que les entrepreneurs politiques français ont préféré une nouvelle fuite en avant, plutôt que d’affronter leurs collègues allemands et d’exiger des solutions plus radicales : quel entrepreneur politique français au pouvoir pourrait aujourd’hui, sans risque, oser vendre sur le marché des idées, outre le « quantitative easing » semble-t-il acquis de haute lutte, la fin de l’indépendance de la BCE, ou la fin de la libre circulation des capitaux ?

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La crise après la crise : au tour de la France ?

Par Eric Le Boucher

La France échappera-t-elle à la tourmente financière? Est-elle à l’abri du côté de l’Allemagne ou est-elle fragile et susceptible d’être à son tour victime d’attaques spéculatives après l’Espagne puis l’Italie? La réforme des retraites sera-t-elle assez «forte» pour préserver la signature AAA du pays? Faut-il, dès à présent, instaurer la rigueur, l’austérité générale?

L’économie française, se félicite le gouvernement, a moins souffert de la crise que les autres. C’est vrai: la récession n’y a été que de -2,2% en 2009 contre -4% dans l’ensemble de la zone euro et -5% en Allemagne. Les dépenses publiques (allocations, salaires des fonctionnaires, investissements) qui ne dépendent pas des hauts et bas de la conjoncture ont servi de «stabilisateurs automatiques». Le plan de relance du gouvernement (aides de trésoreries, travaux publics) a été bien calibré. Conclusion: un choc inférieur, une politique raisonnable ensuite, la France, peut-on penser, va s’en sortir mieux que les autres et rebondir plus haut. Hélas, on peut craindre le contraire. Pour deux raisons.

D’abord, la compétitivité

Au cours de la crise, la France n’a, sans doute, pas perdu plus d’usines ou d’entreprises, bref de «potentiel de croissance», que ses partenaires. L’OCDE estime à 0,5 point de PIB cette perte moyenne due à la crise. La croissance française qui a été de 2,2% de 1998 à 2007 en tendance, devrait donc retomber autour de 1,5% (à 0,8% selon Patrick Artus de Natixis qui est nettement plus pessimiste). C’est une chute qui va compter, la baisse du chômage en sera plus longue, mais c’est une chute collective, tous les pays européens subissent le même sort.

Mais avant la crise, et depuis dix ans, la France perdait des parts de marchés à l’exportation. Elle est, selon ce critère, beaucoup plus proche de l’Italie et l’Espagne que de l’Allemagne, dont les exportations sont redevenues ronflantes. Déficitaire chronique, le commerce extérieur français s’était rétabli dans les années 1985-2000 grâce à la stratégie de «désinflation compétitive» menée par la gauche puis la droite. Mais il a replongé gravement ensuite. La hausse des prix du pétrole (importé) ne l’explique pas.

Le problème économique posé au pays est que sa croissance d’avant crise était tirée par la consommation. Le déficit extérieur venait, lui, en négatif. Après la crise, avec un chômage à 10%, des revenus en hausse ralentie voire en baisse si les impôts augmentent et avec un État qui va devoir réduire son déficit, la demande interne va fléchir. Pour retrouver le point de croissance qui fait défaut, il faut absolument que les exportations prennent le relais.

Comment faire? La cause du manque de compétitivité est complexe et elle ne fait pas l’objet d’un diagnostic partagé.
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